Critique n°759-760/Août-septembre 2010. A quoi pense l'art contemporain ?

Critique n°759-760/Août-septembre 2010. A quoi pense l'art contemporain ?
Revue
Ed. Minuit

Longtemps remisées dans les garages ou oubliées au fond des jardins, les caravanes font depuis peu un retour spectaculaire. Alors que de plus en plus de gens cherchent à échapper à la pollution et au bruit des villes, la caravane apparaît comme un moyen idéal pour se mettre au vert à moindre frais. Apparues dans les années 1940, elles seront construites en série dès les années 1960 pour répondre à l'engouement grandissant du public. Ce sont ces caravanes d'époque que les amateurs s'arrachent désormais et qu'ils sont fiers de présenter lors de rassemblements toujours plus nombreux (près d'une cinquantaine chaque année sans parler des rassemblements européens). La France qui possède le plus grand parc de camping du monde juste après les Etats-Unis propose même depuis peu des campings rétro, le plus grand restant celui de Berlrepayre au cœur des Pyrénées Cathares, qui propose à la location des caravanes Aistream d'époque aménagées dans le style rétro. Certains heureux propriétaires, sont parvenus à dénicher des pièces rares ou étonnamment bien préservées. D'autres comme Paul, passionné du modèle Teardrop des années 1940, désormais introuvable, se sont résolus à fabriquer eux-mêmes leur caravane. Sans parler de cet ancien garde-chasse qui a fait d'un camion réservé au transport de chevaux une nouvelle résidence secondaire. Ces caravanes d'époque inspirent à leurs propriétaires un style ' vintage ' assorti : couleurs acidulées, vaisselle en mélanimé, frigos 1950 à poignées chromées ou papiers peints bariolés, les quarante caravanes que présente cet ouvrage allient le confort au charme du rétro.

Quatorze Juillet

Quatorze Juillet
Van der Keuken Johan
Ed. Van Zoetendaal publishers

Lisez le compte-rendu du journal Le Monde

 

Essai sur le camion. D'après Camion rouge, peinture d'Alain Mathiot

Essai sur le camion. D'après Camion rouge, peinture d'Alain Mathiot
Ravey Yves
Ed. Maison chauffante
Rendu dans la cuisine du peintre, mon regard s'étant porté sur le Camion Rouge, peinture-collage sur carton, j'ai pensé à Maître Eckhart. Puis ce fut le tour de l'Âne Jaune : Un âne, un camion, un personnage, le corps à quatre centimètres de l'âne, la main touchant l'âne.
Mon attention s'est concentrée sur ces deux compositions. Et je note aujourd'hui que dans Camion Rouge, l'objet représenté ne compose avec rien.

Les éclats du miroir. Petits contes algériens

Les éclats du miroir. Petits contes algériens
Françoise Saur & Boualem Sansal
Ed. Trans photographic press
«Ils s’appellent Osmane, Zaïd, Hussein, Ishtar… On le voit dans leurs regards amis, dans leurs sourires innocents, leurs gestes mesurés, leur coquetterie d’enfant, leurs attitudes prudentes.
Ils connaissent déjà la misère et le dénuement, ils connaissent la violence et les privations, ils les ont subi des siècles durant, sans discontinuer ; ils n’ont plus rien à craindre. Comme ils connaissent la patience, le courage, la dignité, l’humilité ; ils n’ont plus rien à apprendre. Ils possèdent tout ce qui fait levain pour magnifier leur vérité, notre vérité.
[…]
Grâce soit rendue à cette femme venue d’ailleurs, elle nous a permis de nous rencontrer dans ce grand puzzle nommé Algérie. Et grâce soit rendue à Tendo Taijin et Nacer Khemir dont les chants ont accompagné notre quête»
 
Françoise Saur, première femme à avoir obtenu le prix Niépce, poursuit un travail documentaire original, à la marge de l’autobiographie. 
Alsacienne, mais née en Algérie, elle signe avec ce (beau) livre son travail le plus personnel.
Boualem Sansal qui accompagne cet ouvrage d’un long texte original, est chroniqueur dans la presse française (Le Monde notamment). Son dernier ouvrage « Le village de l’Allemand » Gallimard, 2009 a fait polémique en France et en Algérie cette année.

Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain

Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain
Augoyard Jean-François
Ed. A la croisée

Alors que la sémiologie de l'espace et la macrosociologie déterministe dominaient les études urbaines, apparut dans les années 1970 ce livre à la recherche d'une autre voie pour comprendre la vie quotidienne et les pratiques d'habiter. L'objet observé : la marche en milieu urbain telle que racontée par les habitants et dont le caractère transversal est exploité à plusieurs titres : elle relie naturellement toutes les pratiques quotidiennes que la sociologie sectorielle distingue ; elle articule les façons de marcher et les façons de parler dans un même style d'être ; elle configure l'espace par le corps et oriente la perception par le mouvement : elle mobilise l'insu et l'instinctif sous les représentations figées ; elle «déréalise» l'espace conçu par la dynamique de l'invention banale et de l'imaginaire. Pour finir, il s'agit, dit David Ames Curtis dans sa postface, «d'une élucidation exceptionnelle non seulement du fond imaginaire instable de l'expression habitante vécue [...], mais aussi des dessous souterrains de ce fond».

En ce sens, Pas à pas n'est pas qu'une étude sur les nouveaux grands ensembles apparus dans les années 1970, ni seulement une tentative post-structuraliste pour nommer et classer les figures cheminatoires d'une sorte de rhétorique intuitive. Dans Pas à pas, oeuvre traversante à la lettre, la marche devient un paradigme pour penser autrement l'espace urbain. Une lecture attentive révèle un spectre beaucoup plus vaste touchant à la rénovation des techniques d'enquête, à une nouvelle sociologie des appropriations, à la critique de la logique urbanistique. Réintroduisant le sensible et les prégnances de l'atmosphère dans l'étude des pratiques urbaines, Pas à pas anticipe déjà les travaux ultérieurs de son auteur. Loin des discours hâtifs ou généralisateurs, page après page, avec une précision concrète, l'oeuvre construit une véritable philosophie de l'expression ordinaire, une autre façon de fonder le sens de la vie quotidienne : dans l'immanence et la modalité. À «relire Pas à pas, le monde commence autrement» dit Yves Winkin dans sa préface.

Traduit en italien et en américain, mais épuisé depuis longtemps en France et souvent recherché comme ouvrage de référence, Pas à pas méritait une réédition attendue. En effet, des notions telles que façons d'habiter, manières de faire, expression habitante, modalités ordinaires, invention du quotidien, aujourd'hui très répandues dans les sciences sociales, y trouvent leur origine. Plus encore, le récent retour à l'échelle mondiale des études sur la marche quotidienne appelait la disponibilité de ce texte fondateur qu'on a trop souvent omis de citer. Dans son avant-propos, Françoise Choay affirme ainsi que «les questionnements et les constats énoncés par Augoyard sont non seulement prémonitoires, mais d'une pleine actualité. En vingt-cinq ans, Pas à pas a acquis une portée globale».

Comment dire la grâce en peinture. 52 maîtres de Giotto à Bacon

Comment dire la grâce en peinture. 52 maîtres de Giotto à Bacon
Vergnon Dominique
Ed. Michel de Maule

La peinture résulte du jeu entre beauté et vérité, séduction et intuition que les peintres, recréateurs de la réalité, imaginent et nous proposent à travers leur oeuvre, chacun à sa manière. À son tour, ce jeu conduit à ce point unique et fédérateur qu'on appelle la grâce. C'est elle qui lie le génie au sublime. C'est elle qui transcende le spectateur, lui donne émotion et plaisir.

Avec ses cinquante-deux portraits, de Giotto à Bacon, Dominique Vergnon nous fait entrer dans l'intimité de ces peintres et donne à voir comment ils disent cette grâce, la saisissent, l'éternisent et, en s'adressant à notre sensibilité, comment ils nous permettent son appropriation.

Les choix de l'auteur nous invitent à parcourir un itinéraire ouvert par son amitié pour chacun d'eux. Son texte, nourri à la source de leur existence, montre combien ces artistes, chacun dans un moment de l'histoire, demeurent des « maîtres de toujours ».

Répétitions. L'esthétique musicale de Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass

Répétitions. L'esthétique musicale de Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass
Collectif
Ed. Presses Sorbonne nouvelle

Qu'entendre dans les boucles infinies que déroule la musique «répétitive» de Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass ? Quelles formes d'écoute leurs oeuvres sollicitent-elles ? Quel sens prend leur démarche dans le champ d'oppositions esthétiques des années 1960 ? Quel rapport au temps et à la mémoire se trouve induit par la sempiternelle itération du similaire ?

Dans le sillage de l'esthétique analytique, cet ouvrage s'intéresse à une forme musicale souvent mal comprise, dont les échos s'entendent pourtant dans les musiques contemporaines, non seulement savantes, mais aussi populaires : techno, house music, electronica en sont largement tributaires.

Peinture et regard. Ecrits sur l'art

Peinture et regard. Ecrits sur l'art
Arikha Avigdor
Ed. Hermann

Avigdor Arikha (1929-2010) était de toute évidence l'un des grands peintres de notre temps. Ami intime de Samuel Beckett et portraitiste, entre autres, de la Reine Elizabeth ou de Catherine Deneuve, il était aussi un historien d'art admiré par ses pairs.

Dans Peinture et regard, il examine l'oeuvre d'artistes éminents et porte sur l'univers des arts le double regard de l'historien et de l'artiste. En-dehors des grands noms comme Rubens et Vélasquez, Arikha traite aussi de peintres pour lesquels il ressent plus d'estime que d'affinité ; mais la raison ultime de ses écrits est, pour lui, de donner envie de regarder les oeuvres dont il parle et de contribuer ainsi à apprendre à voir.

D'une érudition exceptionnelle, Arikha s'est vu confier par plusieurs grandes institutions (Le Musée du Louvre, la Frick Collection de New York, le Museum of Fine Arts de Houston et tant d'autres) des présentations nouvelles, plus explicites, des oeuvres de Poussin ou d'Ingres.

 

 

Foucault va au cinéma

Foucault va au cinéma
Patrice Maniglier & Dork Zabunyan
Ed. Bayard

Des textes réunis pour la première fois

Voici réunis pour la première fois les textes de Michel Foucault sur le cinéma grâce à Dork Zabunyan et Patrice Maniglier qui les présentent et les analysent. On peut s'étonner que cette facette de l'œuvre de Michel Foucault n'est jamais fait l'objet d'un livre jusque là tant ses ouvrages sont commentés et débattus aujourd'hui. Une réflexion inédite sur sa relation au cinéma .

Penser autrement le cinéma

Ses travaux sur la prison, l'hôpital, la sexualité répondaient à son désir de « penser autrement » et notamment de faire de l'histoire autrement, en s'attachant à tous ces micro-procédures dont nous ne sommes pas conscients mais qui décident certains des changements les plus profonds. Justement, et c'est ce que démontrent ici les philosophes Dork Zabunyan et Patrice Maniglier, le cinéma est un lieu où ces micro-changements inconscients peuvent être vus. La relation de la pensée de Foucault au cinéma est donc loin d'être marginale, comme l'apport de cet ouvrage à la réception de son œuvre.

 

Le dictionnaire Eustache

Le dictionnaire Eustache
de Baecque (dir.) Antoine
Ed. Léo Scheer

Jean Eustache a tourné treize films de tout format et de tout genre, des films courts (plutôt que des courts métrages) et des films fleuves, des films de cinéma et des films pour la télévision, des documents (plutôt que des documentaires) et des fictions, un film célèbre, La Maman et la Putain, et des films discrets. Tous ont une part autobiographique, au sens où Eustache était l'ethnographe de son propre réel. Ce fut un cinéaste secret, souffrant du manque de succès, mais charismatique. Qu'est-ce qui nous touche tant chez lui, quand Alexandre parle à n'en plus finir, que Véronika rit et pleure dans le même mouvement, que la Rosière sourit ou qu'on découpe le cochon ? Qu'est-ce qui subsiste ainsi, irréductiblement, trente ans après son suicide, en novembre 1981, diamant qu'on ne saurait rayer, regard clair qui ne saurait s'éteindre ?

À ces différents questions, le Dictionnaire Eustache voudrait répondre, explorant cet univers et cette vie comme un puzzle bio-filmographique, une forme en multiples détails - ces détails dont Eustache était fou -, une marqueterie faite de séquences, d'histoires, d'amitiés, d'amours, de collaborations, de références et de fétiches personnels. Qu'est-ce ainsi que le « désir » ou la « mort » chez Eustache, l'« adolescence » ou le « montage », la « captation du réel » ou le « fondu au noir » ? Pourquoi le « vouvoiement », le « trou », le « passé », le « sexe », la « mélancolie » ou la « drague » ? Quelles places ont occupées ses acteurs, tels Jean-Pierre Léaud ou Françoise Lebrun, ses proches et sources d'inspiration, tels Jean-Noël Picq ou Jean-Jacques Schuhl, ses modèles cinématographiques, tels Murnau ou Renoir ?
Le Dictionnaire Eustache propose une manière originale, ludique, cinéphile et littéraire de décrire et de comprendre l'univers et la vie du cinéaste, curiosité se déclinant sur près de deux cents entrées qui tentent de dire au plus juste qui il était et ce qu'étaient ses films.