Paulhan et son contraire

Paulhan et son contraire
Kéchichian Patrick
Ed. Gallimard

De l'enfance à la vieillesse, d'une guerre à l'autre, dans sa réflexion sur le langage et la littérature ou sur la morale politique, dans son commerce avec les écrivains, dans ses responsabilités éditoriales, dans son exercice de la critique, dans ses engagements et ses dégagements, dans ses amours enfin, Jean Paulhan refusa de s'en tenir aux évidences acquises. Sous chaque apparence, sous la moindre certitude, autour de chaque mot, de la moindre idée, il creusa des tranchées, des trous, des galeries, des abîmes. Et comme cela ne suffisait pas, il se mit lui-même en jeu, en danger - celui de devenir fou -, tenant simultanément ou successivement les différents rôles : l'écrivain et le critique, l'auteur et l'éditeur, le maître et l'élève, le terroriste et le rhétoriqueur, le sujet et l'objet, le mot et l'idée, le parlant et le parlé, en somme le marteau et l'enclume, la plaie et le couteau.

Jean Paulhan n'a pas simplifié ma vie. Cette vie, il ne l'a pas non plus exactement éclairée. Mais, incontestablement, il l'a rendue, secrètement, cocasse, imprévisible, sensible, poreuse, faillible, risible et dramatique : intéressante dans des proportions considérables, presque extravagantes.

Jack London. Photographe

Jack London. Photographe
London Jack
Ed. Phébus

Jack London, tête brûlée éprise de liberté, a, en quarante années d'une existence intense, semé sur sa route de nombreux romans, nouvelles ou essais comme autant de témoignages de sa soif de vivre. Marin en Sibérie et au Japon, blanchisseur, pilleur d'huîtres, chasseur de phoques, vagabond, chercheur d'or, militant socialiste, correspondant de guerre ou agriculteur... l'auteur de L'Appel sauvage, de Martin Eden, du Peuple d'en bas, de John Barleycorn ou du Talon de fer aura bel et bien vécu plus de cent vies.

Curieusement, on ignore souvent que cet aventurier des mers et des mots était également un photographe de génie qui, par l'image, a reflété son temps. Et de quelle manière ! Avec douze mille clichés, le petit gars des rues de San Francisco a porté sur le monde le regard des grands humanistes. Toujours en empathie avec ses sujets - miséreux de l'East End londonien, soldats du conflit russo-japonais, lépreux de l'île de Molokaï - Jack London a fait part de ses émotions sans jamais se départir d'une sensibilité éloignée des images d'Épinal attendues.

Grâce au travail de Jeanne Campbell Reesman, de Sara S. Hodson et de Philip Adam qui ont sélectionné les deux cents photos les plus marquantes de ce grand reporter s'il en est, un hommage est enfin rendu au Jack London photographe, tant chacune de ses prises de vue déborde d'humanité, de tendresse et de beauté.

Après le livre

Après le livre
Bon François
Ed. Seuil

Nous vivons une des très rares mutations de l'écrit. Rares (la tablette, le rouleau, le codex, l'imprimerie), mais chaque fois irréversibles et globales.

Ce que change Internet, ce n'est pas le rapport au livre, c'est le rapport au monde. Le numérique affecte la façon dont on écrit aussi bien que celle dont on lit, nos bibliothèques comme la trace que nous laissons parmi les autres. Il ne s'agit pas ici de prédire. Prendre le temps, au contraire, de considérer l'histoire récente de notre propre rapport à ces machines, comment nous nous en servons, ce qu'elles ouvrent de possibles. Prendre le temps de revenir à quelques oeuvres décisives, celles de Balzac ou de Rabelais en font partie, qui sont elles-mêmes l'empreinte d'une de ces transitions. Alors peut-être accepterons-nous de voir que s'offrent pour nos fables, nos récits, nos lettres, nos carnets privés, nos images aussi, d'autres vecteurs, une autre mémoire et de nouveaux modes de transmission. Nous sommes déjà après le livre.

L'invention de Philippe Muray

L'invention de Philippe Muray
de Vitry Alexandre
Ed. Carnets Nord

Mars 2010, Fabrice Luchini lit Philippe Muray. Ou comment passer du statut d'artiste confidentiel à celui d'écrivain en vogue qu'on cite dans les dîners parisiens. Mais le Philippe Muray qu'on décrit comme un pamphlétaire ne donne qu'une image grossièrement simplifiée de cet écrivain : au-delà des « billets d'humeur » les plus connus, il a en effet légué une oeuvre complexe, marquée par sa vision grinçante - mais libératrice - de l'individu et de la société.

En s'appuyant sur le grand-oeuvre de Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges, cette véritable petite encyclopédie plonge le lecteur dans les coulisses de son écriture, pour découvrir comment il invente une nouvelle manière de dépeindre l'homme moderne - et comment l'écrivain Muray s'invente à travers la lecture de ses prédécesseurs.

Entre rire et désillusion, comique et tragique, c'est un personnage riche d'infinies contradictions dont on découvre ici le portrait.

La cause des livres

La cause des livres
Ozouf Mona
Ed. Gallimard

J'ai réuni dans ce livre des articles que, pendant quarante ans, j'ai donnés au Nouvel Observateur. Une actualité littéraire fantasque les a souvent inspirés, les figures imposées du journal en ont toujours dicté la forme : c'est une brocante où le hasard semble avoir plus à dire que la nécessité.

Et pourtant, cette promenade buissonnière à travers les livres dessine peu à peu un itinéraire familier. On retrouvera ici les aveux du roman, les mots des femmes, l'ombre portée de la Révolution sur les passions françaises, et un tableau de la France et des Français où l'on voit une diversité obstinée tenir tête à la souveraine unité de la nation.

Ces rencontres d'occasion avec les oeuvres et les figures du passé me renvoient donc à mes goûts et à mes attaches. Je n'ai pas de peine à reconnaître en elles des voix amicales et des présences consolantes. Mais j'y vois aussi surgir l'événement intempestif, la rencontre inattendue, la surprise des sentiments. La littérature et l'histoire, sur la chaîne usée des destinées humaines, n'ont jamais fini de broder les motifs inépuisables de la complexité. Telle est la cause des livres.

Leçons sur la langue française

Leçons sur la langue française
Guyotat Pierre
Ed. Léo Scheer

De 2001 à 2004, Pierre Guyotat a donné à l'université Paris-VIII Saint-Denis, dans le cadre de l'Institut d'Études Européennes, devant un auditoire composé de jeunes étudiants en grande partie étrangers, un cours d'« Histoire de la langue française par les textes », qui est ici retranscrit dans sa quasi-intégralité.

Lectures commentées, éléments d'une pensée de la langue et de l'Histoire, récits de la vie intérieure, sociale, politique, des grands auteurs et de la scolarité de Pierre Guyotat, dans la continuité de ses derniers livres, Formation et Arrière-fond, permettent de renouveler l'idée que l'on se faisait des grands textes classiques et, en offrant une vue unique de la relation que l'auteur d'Éden, Éden, Éden entretient avec eux, de remonter aux sources d'une oeuvre, la sienne, qui ne cesse de s'inventer.

L'ensemble forme une anthologie à la fois intime et universelle : parcours de savoir et d'imagination dans l'Histoire de la France et de l'Europe, et au-delà - le Nouveau Monde, l'Empire ottoman, la Chine... Du Serment de Strasbourg à Paul Claudel, de Rutebeuf à Buffon, de Montaigne à Tocqueville, de la science à la peinture, à la musique, à l'architecture et aux lois, d'Ézéchiel à l'Henry V de Shakespeare, c'est toute une tradition occidentale qui est ici exposée librement et liée à l'actualité immédiate, par un des créateurs les plus puissants du dernier demi-siècle.

Dictionnaire André Malraux

Dictionnaire André Malraux
Collectif
Ed. CNRS

Le dictionnaire total qui épouse le rythme d'une vie menée tambour battant, de l'Indochine à l'Espagne, de Trotsky à De Gaulle, de la Résistance au ministère de la Culture, de La Condition humaine aux Chênes qu'on abat. Malraux restitué dans toute sa diversité, dans tous ses paradoxes et dans tout son génie. Malraux public et privé, esthète et aventurier, solitaire et mondain, séducteur et timide. Malraux et son rapport à l'enfance, à l'argent, au bonheur, à la mort, à la religion, à la science, aux femmes et à lui-même.

Près de 300 notices établies par des universitaires (français, chinois, japonais, américains, turcs) mais également des témoins (Sophie de Vilmorin, dernière compagne de l'écrivain, Alain Malraux, neveu d'André, Dominique Desanti), des philosophes (Bernard-Henri Lévy), des écrivains (Jorge Semprún), des conservateurs de musées.

Une entreprise éditoriale sans précédent.

Un monument de savoir, à la mesure de la place occupée par Malraux dans notre roman national.

Schnock, n°1

Schnock, n°1
Revue
Ed. Le Tengo

Hommage à Claudette Oriol-Boyer

Conscience et roman, vol. 2. La conscience à mi-voix

Conscience et roman, vol. 2. La conscience à mi-voix
Chrétien Jean-Louis
Ed. Minuit

Renouvelant profondément la présentation de la conscience, Gustave Flaubert et Henry James ont ouvert au roman des régions jusqu'alors inconnues, et donné à ce genre au XXe siècle la mesure de sa tâche et de son exigence. Le jugement moral sur les personnages s'atténue ou se suspend, au bénéfice d'une description aussi fine qu'ambiguë. Et cette descente dans les abîmes intérieurs délaisse désormais la trop nette articulation du monologue intérieur (étudié dans La Conscience au grand jour) pour une approche plus subtile, notamment grâce au style indirect libre, dans une parole à mi-voix.

Comment les mouvements et les glissements de la conscience en viennent-ils à prendre une force dramatique plus intense que les événements même du monde ? Pourquoi son « intime aventure » occupe-t-elle à présent le centre ? En quoi ce qui faillit seulement avoir lieu peut-il avoir autant d'effet que ce qui se produisit ? Par quels modes du style le secret peut-il être suggéré comme tel, avec tout le non-dit qu'il suscite ? Pourquoi la vie quotidienne se fait-elle ce qu'il y a de plus lourd d'un sens inépuisable ? Et quel jour neuf se lève-t-il alors sur notre relation aux choses et aux lieux, comme sur les rapports de force qui ordonnent nos multiples liens avec les autres consciences, noeuds de notre identité ? Comment montrer avec rigueur le règne en nous du faux, de l'illusion, du clair-obscur ?

Ce volume présente les conclusions du diptyque sur la vision que le roman des deux derniers siècles a prise de l'humaine conscience dans toutes les nuances de sa fragilité.

Sous le signe de Baudelaire

Sous le signe de Baudelaire
Bonnefoy Yves
Ed. Gallimard

Tout à la fois un hommage à Baudelaire, un dialogue avec lui et une lecture de son oeuvre, ce rassemblement chronologique de quinze essais d'Yves Bonnefoy sur Baudelaire s'échelonne sur plus de cinquante années, au cours desquelles Baudelaire n'a cessé de l'accompagner.

À Baudelaire il doit, écrit-il, « d'avoir pu garder foi en la poésie ». Car « aucun, sauf Rimbaud », ne montre aussi fortement que l'espérance « peut survivre aux pires embûches de la conscience de soi. Aucun pour descendre avec tant de modestie exigeante des hauteurs intimidantes de l'intuition poétique, où pourtant il ne cesse de revenir, vers la condition ordinaire », « aucun », enfin, « pour encourager plus efficacement ceux qui croient en la poésie à ne pas décider trop tôt qu'ils sont indignes de son attente ».

Ainsi, « les grands poètes sont ceux qui nous aident » « à nous diriger vers nous-mêmes ». Et « c'est même cette recherche de soi qu'ils attendent de nous, avec l'offre que nous partagions leurs soucis, leurs espoirs, leurs illusions, et le désir de nous guider, tant soit peu, vers là où nous découvrirons qu'il nous faut aller. Le voeu de la poésie, c'est de rénover l'être au monde, ce qui demande d'entrée de jeu l'alliance du poète et de ceux qui les lisent sérieusement ».