Diderot. Le génie débraillé

Diderot. Le génie débraillé
Chauveau Sophie
Ed. Folio

Diderot l'écrivain, le philosophe, l'encyclopédiste nous est ici révélé sous un autre jour. Voici un adolescent, fuyant son père avec la complicité de sa soeur, qui plonge avec délices dans le Quartier latin. Voici un bon vivant, gastronome et séducteur, naviguant d'amour en amour. Surveillé par les censeurs sous le règne de Louis XV, il se passionne pour toutes les causes, entraîne d'Alembert, La Condamine dans l'aventure de l'Encyclopédie. Avant de quitter la France pour la Russie et de rejoindre à Saint-Pétersbourg la cour de la Grande Catherine...

Après avoir ressuscité Lippi, Botticelli, et Léonard de Vinci dans le « Siècle de Florence », Sophie Chauveau se penche avec la même verve sur le siècle des Lumières. Des années bohème aux cercles de l'Encyclopédie, elle nous raconte la vie passionnée et passionnante d'un de nos plus grands penseurs.

Dostoïevski, mémoires d'une vie

Dostoïevski, mémoires d'une vie
Dostoïevskaïa Anna Grigorievna
Ed. Mercure de France

En 1867, Anna Grigorievna Snitkine (1846-1918) devient l'épouse de Dostoïevski alors qu'elle n'a que vingt ans. Lui en a vingt-cinq de plus. Il l'avait engagée comme sténographe quelques mois auparavant pour achever dans la précipitation l'écriture des Joueurs.

Depuis la jolie rencontre amoureuse qui bouleversa le cours de son existence, jusqu'à la mort de Dostoïevski, Anna Grigorievna revient dans ses Mémoires sur leurs quatorze années de vie commune. Leur quotidien, marqué par les problèmes constants d'argent et les soucis à propos des enfants, est aussi illuminé par les moments de bonheurs familiaux et les rencontres intellectuelles (on croise de nombreux écrivains, entre autres Tourgueniev et Tolstoï).

Malgré la différence d'âge, chacune de ces pages témoigne aussi d'un amour et d'un dévouement extraordinaire pour un homme certes malade et parfois difficile à vivre, mais qui s'avère aussi dans l'intimité un mari et un père très affectueux.

Quand Dostoïevski meurt en 1881, Anna Grigorievna n'a que trente-cinq ans. Elle décide de consacrer le reste de sa vie à ses enfants, à l'édition des oeuvres posthumes de son mari, et à la rédaction de ces Mémoires qui se révèlent un document exceptionnel à la fois sur la vie et sur le travail du grand écrivain russe.

L'esprit de conversation

L'esprit de conversation
Thomas Chantal
Ed. Rivages poche

À travers trois célèbres salons : la Chambre bleue de Mme de Rambouillet (XVIIe siècle), le salon de Mme du Deffand (XVIIIe siècle), le château de Coppet de Mme de Staël (XIXe siècle), se tracent trois différentes approches de l'esprit de conversation et des jeux de langage, trois moments dans l'histoire de « la femme supérieure » (Mme de Staël), c'est-à-dire libre de refuser la tradition et d'affirmer ses talents ; les Précieuses optant pour la féerie, Mme du Deffand pour la distance et l'humour, Mme de Staël pour la passion et la littérature comme arme.

L'évocation de ces figures féminines, prise dans une réflexion actuelle, est aussi, ou d'abord, un éloge de la conversation - de ses capacités de découvertes, de ses ressources de réconfort et de rires, de son pouvoir de séduction.

Hemingway. La vie, et ailleurs

Hemingway. La vie, et ailleurs
Vejdovsky Boris
Ed. Michel Lafon

Cinquante ans après sa disparition, Ernest Hemingway, écrivain hors norme, suscite de par le monde une fascination intacte. Géant de l'écriture, il défiait tous les dangers et plaçait le courage physique et moral au sommet de l'échelle de ses valeurs. Boxeur, chasseur, aficionado, correspondant de guerre et même agent secret, il a tiré de ces expériences extrêmes un style résolument contemporain qui allait révolutionner la littérature.

Élevé à l'école de Kipling, ami de Fitzgerald, de Joyce ou Dos Passos, prix Nobel en 1954, Hemingway laisse une oeuvre immense, marquée par son goût du voyage, d'un « Ailleurs » où l'entraînent un autre lieu, une autre femme, un autre récit. Le Soleil se lève aussi, L'Adieu aux armes, Pour qui sonne le glas et bien sûr Le Vieil Homme et la Mer sont des romans qui ont façonné nos mémoires individuelles et collectives.

Ils sont empreints de cette différence qu'a ainsi résumée son amie et confidente Marlène Dietrich : « Ce qu'il y a de plus incroyable, concernant Ernest, c'est qu'il a trouvé le temps de faire les choses dont la plupart des hommes se contentent de rêver. »

Dictionnaire des sentences latines et grecques

Dictionnaire des sentences latines et grecques
Tosi Renzo
Ed. Jérôme Millon

Cet ouvrage est une somme de 2286 proverbes, locutions et citations littéraires en langue latine et grecque, issus aussi bien de la littérature antique et chrétienne, que des auteurs du Moyen-Âge et de la Renaissance ou que des textes juridiques, politiques ou médicaux. Au fil des commentaires accompagnant chacune des sentences, le lecteur pourra découvrir leur origine, leur signification et leur histoire, ainsi que leurs différentes utilisations par les auteurs et leurs transformations successives au cours des siècles jusqu'aux proverbes de nos langues européennes actuelles. Recueil de philologie, mais aussi de littérature et d'histoire des idées, ce Dictionnaire des sentences latines et grecques nous fera découvrir à quel point notre monde moderne est l'héritier direct de la culture classique, qui affleure constamment dans notre langage quotidien, car nos mentalités européennes se sont forgées depuis des millénaires sur un même patrimoine d'images, que nous ont transmis les civilisations grecques et latines.

Verba volant, scripta manent .... Les paroles s'envolent mais les écrits restent.

Un ouvrage à lire, offrir, feuilleter, méditer et butiner pour découvrir que les proverbes ressemblent aux papillons, et qu'il vaut la peine parfois d'en attraper quelques-uns pour profiter un peu de la poudre qui colore leurs ailes.

Renzo Tosi et Rebecca Lenoir

Gallimard. Un éditeur à l'oeuvre

Gallimard. Un éditeur à l'oeuvre
Cerisier Alban
Ed. Gallimard

Couverture ivoire à filets rouges et noirs, marquée du monogramme NRF, la collection Blanche inaugure en 1911 le comptoir d'édition d'André Gide et de ses amis. La modeste association se développe sous l'impulsion de Gaston Gallimard, dont l'engagement et les choix seront toujours guidés par le désir de servir au mieux la littérature. L'entreprise Gallimard est transmise d'une génération à l'autre, avec des valeurs inchangées, « comme un serment qu'on s'est fait ». Riche de 40 000 titres, son catalogue réunit la plupart des grands auteurs contemporains : Claudel, Proust, Malraux, Faulkner, Queneau, Sartre, Camus, Hemingway, Borges, Yourcenar, Duras... Dans une chronique au long cours, Alban Cerisier entraîne le lecteur dans les arcanes de la plus grande maison d'édition française indépendante.

L'érotisme

L'érotisme
Bataille Georges
Ed. Minuit

Les êtres qui se reproduisent, les êtres reproduits, sont des êtres distincts entre eux, séparés par un abîme, une fascinante discontinuité. Mais, individus mourant isolément dans une aventure inintelligible, nous gardons la nostalgie de la continuité perdue. L'activité sexuelle de reproduction, dont l'érotisme est une des formes humaines, nous la fait retrouver ; au moment où les cellules reproductrices s'unissent, une continuité s'établit entre elles pour former un nouvel être à partir de leur mort.

C'est aussi par la mort, la mort violente, que cet effort de libération s'est manifesté dès l'origine des activités de l'homme. Mais le désir de meurtre met en cause toute l'organisation de communautés fondées sur le travail et la raison. D'où la naissance d'interdits, à quoi s'oppose, ou plutôt s'ajoute, en un dépassement nécessaire, leur propre transgression. Guerre et chasse rejoignent ici l'inceste ou l'orgie sacrée...

La part maudite. Précédé de la Notion de dépense

La part maudite. Précédé de la Notion de dépense
Bataille Georges
Ed. Minuit

Lors de la parution de La Part maudite, en 1949, Georges Bataille révélait qu'il travaillait depuis dix-huit ans à l'élaboration de cette représentation du monde, dont, seize ans auparavant. «La notion de dépense» - publiée dans la revue La Critique sociale - constituait une première approche.

Pour Georges Bataille, La Part maudite abordait, «en dehors des disciplines particulières, un problème [...] à la clé de tous ceux que pose chaque discipline envisageant le mouvement de l'énergie sur la terre - de la physique du globe à l'économie politique, à travers la sociologie, l'histoire et la biologie [...]. Même ce qui peut être dit de l'art, de la littérature, de la poésie est en rapport au premier chef avec le mouvement [...] de l'énergie excédante, traduit dans l'effervescence de la vie».

Le sens le plus intime de cette entreprise est donné par le fait que cette ébullition du monde, voué à l'«abandon», à l'«écoulement» et à l'«orage», est conçue à l'image de celle qui n'a cessé d'animer la vie de l'auteur. Aussi La Part maudite occupe-t-elle une place centrale dans l'oeuvre de Georges Bataille.

Grâces leur soient rendues. Mémoires littéraires

Grâces leur soient rendues. Mémoires littéraires
Nadeau Maurice
Ed. Albin Michel

Éditeur de Malcolm Lowry, Witold Gombrowicz, Leonardo Sciascia, Georges Perec, et tant d'autres, fondateur des Lettres Nouvelles et de La Quinzaine littéraire, critique et écrivain, Maurice Nadeau est un des acteurs essentiels de la vie artistique et littéraire de ce siècle, dont il est aussi le témoin privilégié.

Il revisite dans ces mémoires un itinéraire hors du commun, fait de rencontres et de sa passion, déterminante, pour «l'écrit» auquel il voue depuis l'enfance un respect qui lui interdit tout compromis. Redouté parmi les jurys et les cercles littéraires pour sa franchise, Nadeau défend la littérature, la vraie, mais aussi ses plus fervents acteurs. D'Adrienne Monnier, dont il fréquentait assidument la librairie lorsqu'il avait vingt ans, à son ami Henry Miller en passant par les surréalistes André Breton et Benjamin Péret, ou encore Raymond Queneau, avec lequel il revendique une ressemblance physique et spirituelle aussi troublante que drôle, ces chroniques racontent, avec ironie et tendresse, le fabuleux parcours d'un passeur de génie qui déclare, en toute modestie : «Henri Michaux, qui m'avez, un jour, étrillé, Witold, qui m'avez si cordialement haï, je vous remercie. Pour vous, j'ai existé. Même si ce n'était que par vous.»

La monarchie des lettres. Histoire, politique & littérature

La monarchie des lettres. Histoire, politique & littérature
Bainville Jacques
Ed. Robert Laffont/Bouquins

«À monsieur Jacques Bainville, à la Raison anticipatrice dont les événements suivent après coup l'ordre infaillible, effroyable et gracieux» : cet envoi de Marcel Proust, dans l'exemplaire de Sodome et Gomorrhe qu'il lui offre, en 1922, dit assez les qualités de l'historien que Les Conséquences politiques de la paix, en particulier, ont élevé sur le pavois. Spécialiste de la «question allemande», lancinante au lendemain de la Grande Guerre, historien monarchiste proche de Charles Maurras et de Léon Daudet, Jacques Bainville (1879-1936) passe en effet pour «très calé sur les questions de politique extérieure» et à cet égard, ajoute un rapport de la Sûreté générale, il «fait le Parlement».

Esprit universel et travailleur insatiable, Bainville collabore à nombre de journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels, de L'Action française à La Revue universelle, en passant par Le Capital, Le Petit Parisien, L'Éclair de Montpellier, Le Mercure de France ou La Nation belge. Dans leurs colonnes, il s'attache à soumettre l'événement à une étude complète, méthodique et sereine qui seule peut permettre de démêler l'essentiel et de prévoir les mouvements de l'histoire. Son intelligence, sa culture, ses analyses s'imposent.

Apprécié, reconnu tant par ses pairs que par le grand public, Bainville est aussi romancier - auteur notamment d'Une histoire d'amour -, conteur - La Tasse de Saxe, Jaco et Lori - et voyageur - Les Sept Portes de Thèbes, Tyrrhenus, Quatre Mois en Russie. Ces aspects très largement méconnus de sa personnalité sont ici restitués, grâce à de nombreux textes restés inédits ou jamais réédités, et tous contribuent à redonner à l'analyste, à l'économiste, au chroniqueur, au traducteur, à l'historien, à l'écrivain, dont François Mauriac a pu dire qu'«aucun [...] n'a eu dans sa génération un rôle aussi défini que le sien», sa place en son siècle : assurément l'une des toutes premières.