L'espace négatif de Krzyzanowski

L'espace négatif de Krzyzanowski
Toporov Vladimir Nikolaevitch
Ed. Verdier

À quel moment Moscou la génitrice, porteuse du souffle créateur de la modernité, se fait-elle persécutrice, chassant l'écrivain vers le néant qui guette derrière ses façades ? À quel moment l'étroitesse des logements communautaires se révèle-t-elle un décor masquant un vide sans fond ?

Les cauchemars de Krzyzanowski que Toporov analyse en termes de pathologie de l'espace transmuent l'imaginaire fantastique en un réel psychologique et politique.

Avant même de choisir la clandestinité et le silence, Krzyzanowski se sent « retranché » de l'espace des vivants, relégué dans une négativité qui n'en finit pas de croître avant de l'engloutir définitivement.

Acteur de ce théâtre de l'absurde, qui n'est autre que l'existence elle-même, Krzyzanowski se fait médiateur de l'espace négatif et paie de sa personne cet acte littéraire désespéré, l'unique possible contre le néant à l'oeuvre.

C'est le sens de cet engagement, ainsi que les stratégies littéraires qu'il mobilise, que tente de saisir Toporov.

Vladimir Toporov (1928-2005) est une des figures majeures de la critique russe du XXe siècle. Son intérêt initial pour la reconstruction des contextes effacés l'a conduit à une approche archéologique du texte visant à en faire remonter les contenus cachés, les aspects passés inaperçus.

Du style tardif. Musique et littérature à contre-courant²

Du style tardif. Musique et littérature à contre-courant²
Said Edward W.
Ed. Actes Sud

Hommage à Claudette Oriol-Boyer

Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers

Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers
Mazuet Dominique
Ed. Delga

Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers : augmentée d'une réponse aux objections courantes composant un court Essai contre la dématérialisation du monde

Libraire dans le XIVe arrondissement de Paris, l'auteur livre ses doléances au Centre national du livre et au ministère de la Culture. Il entend attirer l'attention des autorités publiques sur les risques que font courir dématérialisation et numérisation du livre aussi bien aux librairies indépendantes qu'à la lecture en général. Pour l'auteur, il faut combattre 'l'imposture numérique'.

Les mal nommés. Duras, Leiris, Calet, Bove, Perec, Gary et quelques autres

Les mal nommés. Duras, Leiris, Calet, Bove, Perec, Gary et quelques autres
Burgelin Claude
Ed. Seuil

Claude Burgelin livre une analyse surprenante de la relation que certains auteurs entretiennent avec leur nom propre. Si tant d'écrivains sont à l'aise avec leur patronyme, d'autres, souvent célèbres, se sentent « mal nommés » : ils sont sous l'emprise d'un trouble mal dicible, un tourment, un ressentiment, une inquiétude autour d'un nom devenu question.

Qui se cache sous les noms de Labrunie, Kostrowitsky, Destouches, Grindel, Bobovnikoff, de Crayencour, Donnadieu, Kacew, Joyaux, Thomas ou Alexis Mital ? On reconnaît plus aisément : Nerval, Apollinaire, Céline, Éluard, Bove, Yourcenar, Duras, Gary, Sollers, Houellebecq ou Camille de Toledo... La renaissance « par le nom » peut coïncider avec l'instant premier de la création littéraire au risque d'une affirmation de soi comme « pseudo » -, ce qui n'est parfois pas sans danger.

Par l'invention d'un pseudonyme, acte d'une création de soi comme auteur, c'est aussi le nom du père qui se trouve mis à distance.

Analysant la relation entre le nom propre de l'écrivain et ses écrits, Claude Burgelin formule une hypothèse rarement explorée : la relation complexe au père, aux aïeux, aux « siens », l'angoisse qui peut en résulter, ont été pour certains auteurs un des ressorts secrets de leur oeuvre.

La passion suspendue. Entretiens avec Leopoldina Pallotta Della Torre

La passion suspendue. Entretiens avec Leopoldina Pallotta Della Torre
Duras Marguerite
Ed. Seuil

'Pendant des années, j'ai eu une vie sociale et la facilité avec laquelle je rencontrais les gens ou je leur parlais se reflétait dans mes livres. Jusqu'à ce que je connaisse un homme, et peu à peu, toute cette mondanité a disparu. C'était un amour violent, très érotique, plus fort que moi, pour la première fois. J'ai même eu envie de me tuer, et ça a changé ma façon même de faire de la littérature : c'était comme de découvrir les vides, les trous que j'avais en moi, et de trouver le courage de les dire.
La femme de Moderato Cantabile et celle de Hiroshima mon amour, c'était moi : exténuée par cette passion que, ne pouvant me confier par la parole, j'ai décidé d'écrire, presque avec froideur.'

Entre 1987 et 1989, après le succès foudroyant de L'Amant qui fait d'elle un écrivain mondialement reconnu, Marguerite Duras se confie en toute liberté à une jeune journaliste italienne sur sa vie, son oeuvre, son obscurité, puis sa gloire, la politique, la passion. Ce dialogue, publié une seule fois en langue italienne, avait disparu, ignoré des admirateurs de Duras qui vont ici réentendre sa voix.'

 

Monsieur Spleen. Notes sur Henri de Régnier

Monsieur Spleen. Notes sur Henri de Régnier
Quiriny Bernard
Ed. Seuil

Poète, romancier, critique, Henri de Régnier (1864-1936) fut une sommité dans la littérature de son époque. Successivement chef de file des jeunes symbolistes, romancier à succès, pilier du Mercure de France, conteur fantastique et Académicien français, il fut adoubé par Mallarmé, admiré par André Gide, haï par Montesquiou qu’il combattit en duel, et fréquenta tous les artistes de son temps. Il fut aussi l’époux cocu de Marie de Heredia, la fille du poète, qui lui donna un fils signé Pierre Louÿs… Spleenétique, aimable et tourmenté, ce personnage oublié témoigne d’un art de vivre et d’écrire qui nous change de l’hystérie contemporaine. Avec ce libre portrait aux allures de flânerie mélancolique, Bernard Quiriny ressuscite ce second couteau magnifique et remet toute une époque en scène.

En numérique chez Tropismes : Monsieur Spleen. Notes sur Henri de Régnier

La musique inconnue

La musique inconnue
Maulpoix Jean-Michel
Ed. José Corti

La musique me reste inconnue. Je ne suis pas musicien, et le corps du seul instrument dont je joue est rempli d'encre noire... Aussi ne lira-t-on pas dans ce livre, à proprement parler, une étude sur la musique, mais une suite d'essais sur certaines idées que l'écriture poétique s'en fait et sur les songeries qu'elle développe à son propos. Puisque depuis toujours 'les routes de musique et de poésie se croisent', les pages qui suivent s'attardent un peu sur ce que pensent les mots de la belle inconnue qui s'éloigne... Jean-Michel Maulpoix

 

Gestes lyriques

Gestes lyriques
Rabaté Dominique
Ed. José Corti

Interroger, appeler, interrompre, donner, promettre : ces verbes,
parmi quelques autres, désignent certains des gestes lyriques que la poésie moderne permet d'effectuer selon des opérations de langage qui lui sont propres. Telle est l'hypothèse de ce livre. Ce sont de tels gestes que vise le poème. Et ce sont eux qui jouent, en amont, un rôle moteur pour alimenter l'énergie lyrique qui en découle.
Il s'agira donc moins de décrire le sujet lyrique qui présiderait à ces
actions que de recueillir la force de mouvements que la poésie capte,
entre vers et prose, dans un partage nouveau que lui a imposé la modernité. Cette recherche d'une dynamique de la parole se rapproche souvent de l'aventure du geste pictural. Quelque chose entraîne, de l'ordre de l'impulsion ou d'un dessaisissement, mais aussi d'une maîtrise et d'un calcul. Dans le rythme d'une scansion qui ne saurait plus reposer sur les anciens patrons métriques, la gestualité lyrique organise une forme-sens qui redonne, ou rêve de redonner, au langage son efficace.
Cette traversée de quelques gestes lyriques n'est ni un répertoire,
ni une typologie. J'ai voulu plutôt rendre au poème sa force de provo-
cation, son énergie d'incitation, et comprendre pourquoi, en lisant un
poème, nous sommes aussi appelés à prolonger le geste qui l'a guidé. Ce parcours dans la poésie française moderne et contemporaine va de Hugo, Baudelaire et Apollinaire, en passant par Frénaud, Bonnefoy, Ponge, Jaccottet et Michaux, jusqu'à des tentatives très récentes, notamment chez Deguy, Roubaud, Cadiot, Hocquard, Emaz. Car si la poésie n'est heureusement pas encore chose du passé, et qu'elle nous implique donc dans les possibilités de vie plus large qu'elle invente, c'est parce que se poursuit la recherche par le langage de ce qui est peut-être absolument hors
du langage, mais dont la traction mobilise le besoin et le désir de dire. D.R.

Paul Celan. Contre-parole et absolu poétique

Paul Celan. Contre-parole et absolu poétique
Jackson John E.
Ed. José Corti

Quatre décennies ont passé depuis la mort de Paul Celan.
Son suicide, dans la nuit du 19 au 20 avril 1970, a créé un vide
qui, d'une certaine manière, n'a pas été rempli. Vide parmi ceux
qui avaient eu la chance de le connaître, vide dans la poésie de
langue allemande qu'aucune grande figure n'est parvenue depuis
à combler. La très forte croissance des études qui lui sont consa-
crées l'atteste à sa façon: tout se passe comme si, pour reprendre
le titre de l'article de Maurice Blanchot, Celan avait été, du moins
en poésie, «le dernier à parler », comme si la poésie de langue
allemande s'était tue avec lui.
Il se trouve qu'ayant commencé à lire Celan vers 1966, j'ai été
le témoin de la croissance de sa notoriété. C'est pourquoi, lorsque
Yves Bonnefoy et Antoine Compagnon m'ont fait l'honneur de
me demander quatre leçons au Collège de France, j'ai pensé que
le moment était venu d'essayer de faire le point sur ce que je
croyais être parvenu à comprendre d'une œuvre dont le mystère
et la beauté n'ont jamais perdu le pouvoir de fascination qu'elle
exerça sur moi dès que je la découvris.

 

En Amazonie. Infiltré dans le 'meilleur des mondes'

En Amazonie. Infiltré dans le 'meilleur des mondes'
Malet Jean-Baptiste
Ed. Fayard

Hommage à Claudette Oriol-Boyer