Comment j'ai appris à lire

Comment j'ai appris à lire
Desarthe Agnès
Ed. Stock

«Apprendre à lire a été, pour moi, une des choses les plus faciles et les plus difficiles. Cela s'est passé très vite, en quelques semaines ; mais aussi très lentement, sur plusieurs décennies.

Déchiffrer une suite de lettres, la traduire en sons fut un jeu, comprendre à quoi cela servait fut une traversée souvent âpre, et, jusqu'à l'écriture de ce livre, profondément énigmatique.»

Comment apprend-on à lire ? Comment notre désir de lecture peut-il être entravé ? Comment l'écriture peut-elle rendre meilleur lecteur ? Cheminant à travers ses souvenirs, Agnès Desarthe mène une enquête passionnante, puisant au coeur d'un secret : celui de n'avoir pas aimé lire pendant longtemps.

L'angoisse de l'influence

L'angoisse de l'influence
Bloom Harold
Ed. Aux forges de Vulcain

L’Angoisse de l’influence s’est imposé, depuis sa première publication en 1973, comme une référence incontournable de la théorie littéraire. Harold Bloom y expose les modalités que peut employer chaque poète et écrivain pour faire éclore sa vision propre de l’art, et travailler à se libérer des auteurs de la tradition.

Dessinant une cartographie précise des rapports existant entre les écrivains d’une époque et ceux qui les ont précédés, Bloom produit ainsi une théorie complète de l’intertextualité, et met en évidence ce qui est à la source non seulement des productions individuelles, mais aussi de l’évolution générale de la littérature.

Le tombeau d'une amitié. André Gide et Pierre Louÿs

Le tombeau d'une amitié. André Gide et Pierre Louÿs
Dellisse Luc
Ed. Impressions nouvelles

Ils se sont rencontrés adolescents, au moment où leurs goûts et leur caractère étaient en train de se former. Ils ne se sont plus beaucoup quittés durant six ans, voyageant ensemble, se rendant visite sans cesse, s'écrivant presque chaque jour, se montrant leurs projets, fréquentant Mallarmé et Heredia, participant à la création d'une importante revue, La Conque, élaborant chacun une oeuvre singulière qui frappe par son originalité. Dès l'âge de vingt ans, la gloire les guette.

Leur entente ne va pourtant pas sans incompréhension ni disputes. Ils n'ont rien en commun, sauf la littérature. Leurs personnalités sont aux antipodes. À plusieurs reprises, ils manquent de se brouiller. Et au printemps 1895, c'est la rupture. Ils gardent quelques contacts distants durant un an encore, puis ils cessent de se voir pour toujours.

Sur quoi reposait l'amitié entre deux esprits si différents ? Quel est le secret de leur séparation ? Il faut pour y voir clair remettre en cause les idées reçues. C'est ce que ce livre s'attache à faire, d'une manière précise et vivante, qui permet de relire d'un autre oeil deux écrivains surprenants. L'un, glorieux, futur prix Nobel : André Gide. L'autre, méconnu, à redécouvrir dans la complexité de son génie : Pierre Louÿs.

Georges Bataille, cinquante ans après

Georges Bataille, cinquante ans après
Collectif
Ed. Editions nouvelles Cécile Defaut

Cinquante ans après la mort de Georges Bataille, nous avons souhaité faire le point sur l'état de la recherche concernant celui que Michel Foucault tenait pour «l'un des écrivains les plus importants de son siècle».

De là un colloque qui se tint en Sorbonne - la chose eût sans doute fait sourire Bataille. Les analyses présentées à cette occasion, et reproduites ici, s'organisent selon deux orientations majeures.

D'une part, le lecteur trouvera une série de mises au point sur les relations de Bataille avec ceux qui l'ont précédé (les grands mystiques, Lautréamont, Gide), ou ceux qui l'ont entouré (les surréalistes, Genet, Camus, ou encore les «misologues» dont parle Paulhan).

D'autre part, se dessine l'ouverture de pistes nouvelles : on y verra Bataille repenser la catégorie esthétique du sublime, fournir des armes contre les utopies post-humaines, inspirer une écrivain(e) américaine comme Kathy Acker.

Dans tous les cas, y compris - ou plutôt surtout - dans les études portant sur des récits comme Histoire de l'oeil ou Le Mort, il s'agit de faire entendre cette chanson de la sirène qu'est pour Bataille la littérature, chanson dans laquelle se composent la séduction et la terreur.

L'être du balbutiement. Essai sur Sacher-Masoch

L'être du balbutiement. Essai sur Sacher-Masoch
Quignard Pascal
Ed. Mercure de France

Pour comprendre, pour lire Sacher-Masoch, il faut d’abord se débarrasser de l’équivoque du masochisme et des interprétations cliniques ou philosophiques qu’on en a données. Reste alors une parole, dont l’être n’est pas affirmation, nomination claire et consciente de soi, mais balbutiement. La recherche de l’être de Masoch devient alors une sorte d’enquête étymologique, qui recourt aussi bien à l’étude des racines grecques et latines qu’à des sortes de parenthèses — sur Heidegger ou le Roman de Renart — permettant d’approcher, comme des ruses de guerre de l’esprit, l’énigme masochienne. Ainsi Pascal Quignard développe-t-il un discours qui n’est ni psychanalytique ni structuraliste, ni historique ni marxiste, mais dévoilement d’une lecture indépendante, elle-même insérée dans le vaste discours des œuvres littéraires, toujours contemporaines les unes des autres, toujours perdues les unes dans les autres, toujours en train de se lire.

En numérique chez Tropismes : L'être du balbutiement. Essai sur Sacher-Masoch

Histoire critique de la littérature latine

Histoire critique de la littérature latine
Laurens Pierre
Ed. Belles lettres

Ce que nous savons de la littérature latine et qui nous est présenté dans un cadre chronologique impeccable est une construction, une appropriation, fruit d'une conquête héroïque : des oeuvres arrachées au néant par le travail des copistes, retrouvées par les Pétrarque, les Poggio Bracciolini, infatigables chasseurs de manuscrits, rendues à leur vérité textuelle et historique par des philologues brûlant de l'ardor eruditionis, diffusées par les éditeurs, les traducteurs ; constamment réinterprétées, réinventées à travers une longue série d'aléas et de débats passionnés qui réactualisent le canon, débats qui dépassent l'académie, enflamment la République des Lettres, mobilisent notamment ces lecteurs privilégiés que sont les grands écrivains. Aussi ces pages, qui racontent l'histoire de cette histoire, offrent-elles, à côté de Virgile et d'Ovide, à côté de Politien, de Juste Lipse, de Lachmann, les noms de Montaigne, Hugo, Laurent Tailhade, Huysmans.

Rendu possible par les nombreux travaux qu'a suscités, par delà l'Humanisme, l'intérêt porté à l'histoire de la réception, le point de vue choisi commande l'organisation du livre. En premier lieu, détachés des autres par leur oeuvre polyvalente et réunis sous le titre, repris à Dante, de «La Bella scuola», quatre noms qui n'ont jamais disparu de l'horizon, astres majeurs au «ciel» de la littérature latine : Virgile, Cicéron, Horace, Ovide. Suivent, vaste zodiaque, les représentants des principaux genres de prose et de poésie : Philosophie (Lucrèce, Sénèque, les Platonismes), Histoire, Théâtre, Roman, les Genres poétiques (Épopée, Élégie, Satire, Épigramme, Fable et Silve, les Poètes «mineurs»), Épistoliers et Orateurs et enfin Théorie de l'éloquence. Une troisième partie est consacrée à la Littérature technique (Pline, Vitruve, etc.) et érudite (les polygraphes, les grammairiens). Écrit sous la plume savante et sensible de Pierre Laurens, enrichi de nombreux extraits en traduction, l'ouvrage se clôt par une quatrième partie consacrée à cette poussière d'étoiles qu'on appelle la «Littérature latine inconnue».

Une âme douce

Une âme douce
Minkine Alexandre
Ed. Syrtes

Une âme douce est une interrogation sur le théâtre de Tchekhov et sur la littérature, sa place dans la vie et sa dimension éthique. La Cerisaie et La Mouette sont encore aujourd'hui deux des pièces les plus populaires du répertoire dramaturgique mondial. Grand amoureux du théâtre, Alexandre Minkine cherche à renouveler la lecture des oeuvres de Tchekhov en les débarrassant des innombrables strates de commentaires qui pèsent sur leur réception.

Dans une « dramaturgie » savamment orchestrée, l'auteur revient aux indications scéniques de Tchekhov et à ses intentions initiales, en insistant sur des détails concrets, qui abondent le plus souvent en coulisses. Sa réflexion vise à redonner au théâtre son épaisseur existentielle et son impact social.

Le lecteur y découvrira un Tchekhov simple, proche, revitalisé et une approche sensible de l'art théâtral, ainsi qu'une exploration originale des voies de la culture dans le monde contemporain. Mais, en filigrane, il devinera également un plaidoyer pour la littérature et la langue russes.

Critique de la raison numérique, vol. 1. La forêt en mouvement

Critique de la raison numérique, vol. 1. La forêt en mouvement
Mazuet Dominique
Ed. Delga

Dominique Mazuet critique la politique des grandes enseignes, encouragée par les pouvoirs publics, qui vise à promouvoir le livre numérique aux dépens du livre papier, et dénonce une tentative de déqualification du métier de libraire. Or, ces nouvelles pratiques ne semblent pas correspondre aux envies des lecteurs, encore attachés au livre et à ce qu'il représente.

Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture

Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture
Hamel Jean-François
Ed. Minuit

Mallarmé a connu des vies posthumes que ne suffisent à conjurer ni le recours aux registres de l'état civil ni le retour au corpus de ses textes. À l'âge de l'existentialisme, les critiques littéraires inscriront la négativité de sa poésie dans les aventures de la dialectique. Aux grandes heures du structuralisme, les avant-gardes le croiront capable de réconcilier Marx et Saussure. Quand tomberont les statues de Lénine, les philosophes liront dans ses vers la mémoire d'un siècle de révolutions. Voici Mallarmé tel qu'en lui-même le XXe siècle le change.

Cette tradition interprétative, qui prend à revers la question de l'engagement littéraire, nous invite à reconnaître l'inventivité polémique des gestes de lecture et d'interprétation. Car ce n'est pas les intentions de l'écrivain qui produisent la signification politique des textes, mais les stratégies herméneutiques des lecteurs. La politique de la lecture qui a inventé la figure du camarade Mallarmé est un art du contretemps, toujours à la limite de l'anachronisme, qui rend perceptible, dans la littérature d'autrefois, une force d'opposition et de rupture toujours actuelle. Le destin politique de Mallarmé illustre les tours et détours d'une lecture engagée.

Correspondance. 1914-1922

Correspondance. 1914-1922
Marcel Proust & Jacques Rivière
Ed. Sillage

Jacques Rivière est l'un des premiers admirateurs de Proust. Rattrapant immédiatement l'erreur du comité de lecture Gallimard qui laissa Du côté de chez Swann paraître chez Grasset en 1913, il envoie à Proust des lettres d'une rare prescience et insiste pour publier dans la N. R. F. des extraits d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Interrompue par la guerre, leur relation renaît en 1919. Gallimard est devenu l'éditeur à part entière de Proust, et Rivière dirige désormais seul la N. R. F. Leurs fréquents échanges, dont la quasi-intégralité nous est parvenue, constituent l'une des plus exceptionnelles correspondances littéraires du XXe siècle ; ils se poursuivent durant les quatre dernières années de la vie de Proust. Alité, il corrige, remanie et publie peu à peu son chef-d'oeuvre, sans toujours simplifier la tâche d'un Jacques Rivière qu'il tient pourtant en haute estime, et dont le dévouement reste inlassable.