Le digamma

Le digamma
Bonnefoy Yves
Ed. Galilée

La disparition du digamma du sein de l’alphabet de la langue grecque ne fut probablement pas ce qu’un de mes personnages imagine, la cause de l’inadéquation ultérieure de la chose et de l’intellect dans les sociétés du monde occidental. Mais il se peut qu’elle ait retenu l’attention de l’adolescent qu’il était quand il apprit qu’elle avait eu lieu parce qu’elle fait penser à d’autres disparitions. Par exemple, dans les réseaux des significations conceptuelles, celle du savoir de la finitude. Une sorte de mauvais pli qui paraît alors entre l’existence et sa vêture verbale, une bosse sous la parole qui n’en finit pas de se déplacer sans se résorber dans des mots qui en seront à jamais fiction, en dépit des efforts – mais du fait des rêves – de ce que notre temps a dénommé l’écriture, cette attestation, tout de même, de notre besoin de poésie.   Y. B.

Suites anglaises. De Swift à Joyce, Stevenson, Orwell, et quelques autres

Suites anglaises. De Swift à Joyce, Stevenson, Orwell, et quelques autres
Arnaud Philippe
Ed. Arléa

Je crois fermement que si la culture européenne a du mal à se connaître elle-même, cela est dû à l'ignorance du roman européen en général, et du roman anglais en particulier.

D'où l'importance des classiques. Parmi toutes les bonnes raisons de les lire, Calvino écrit que «les classiques sont des livres d'autant plus neufs, inattendus, inouïs, qu'on a cru les connaître par ouï-dire».

Le pari de Philippe Arnaud est de nous convaincre que «la littérature anglaise est la plus riche, la plus universelle, la plus libre, la plus souveraine, la plus merveilleuse, la plus vivante, et la plus drôle du monde».

Il a pour arguments Fielding, Sterne, Wilde, Orwell, Joyce, Woolf, et d'autres encore.

Son défi est de distraire le lecteur, en l'instruisant. Ou le contraire... car tout dans cet essai est bonheur de lecture.

Langue de chats. Le chat. Petite anthologie littéraire

Langue de chats. Le chat. Petite anthologie littéraire
Anthologie
Ed. Parangon

À ceux qui jouent au chat et à la souris, aux chicaneurs qui sont comme chien et chat, à l'averti qui sait que chat échaudé craint l'eau froide et croit que quand le chat n'est pas là, les souris dansent, cette anthologie très féline s'adresse, toutes griffes dehors, pour leur offrir tous les aristochats, minets, mistigris, Pussy cat et chats fourrés prêts à bondir de page en page, à s'y étirer en toute langueur...

« Le chat tigré, François, était assis sur son derrière, au beau milieu de la chambre. Grave, immobile, il regardait de ses yeux ronds les deux amants. Il semblait les examiner avec soin, sans cligner les paupières, perdu dans une sorte d'extase diabolique. » Emile Zola

D'où viens-tu Boris ?

D'où viens-tu Boris ?
Collectif
Ed. Cherche midi

1920-1939 : Vian, de Ville-d'Avray à Landemer, enfance, adolescence, insouciance

«Enfant, Boris était déjà différent», répétait volontiers Ninon Vian, sa soeur cadette. C'est l'histoire de cette différence qui est restituée dans cet ouvrage.

D'où viens-tu, Boris ? À Ville-d'Avray et à Landemer, Boris Vian évolue, grandit, s'épanouit et s'émancipe dans un havre affectueux, libre et généreux. Il n'est pas comme les autres, mais il vit bien avec les autres : parents, tantes, frères et soeur, cousins et amis de la famille. Et les très proches voisins, les Menuhin et les Rostand. D'où viens-tu, Boris ? Tout commence avec l'arbre généalogique des Vian établi et annoté par Boris lui-même. La suite s'appuie sur des centaines de documents inédits et exceptionnels : des photos familiales, des correspondances, des manuscrits, des témoignages, des diplômes, des papiers officiels, des poèmes, des extraits du journal intime de Boris, etc. Et la fin semble annoncée : ce garçon-là deviendra un écrivain et un artiste aux multiples talents.

D'où viens-tu, Boris ?
Il vient de son enfance, de sa jeunesse. Il ne les quittera jamais.

Les histoires d'amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines

Les histoires d'amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines
Giard Agnès
Ed. Glénat

À la découverte des mythes fondateurs de l'Empire du Soleil levant

Il est dit au Japon qu'au Commencement était non pas un, mais deux dieux - Izanagi l'homme et Izanami la femme – car dans ce pays qui pose une histoire de cœur au départ de tout, la seule chose importante c'est d'aller à la rencontre de l'autre. Dans la Genèse japonaise, donc, le monde est le résultat d'un acte d'amour entre deux êtres qui, préalablement, tournent autour d'un poteau pour mimer la première rencontre... Après quoi, les amoureux mythiques procèdent aux multiples étreintes qui donnent naissance à ce qui existe, y compris les êtres humains, tous issus de ce désir qui a porté la première femme vers le premier homme.

Cet ouvrage recense les cent histoires d'amour les plus connues du Japon, décryptées et commentées par des artistes, des anthropologues ou des historiens. Entrez dans la danse de ces multiples désirs croisés qui reflètent, chacun, une parcelle du nihon no kokoro : 'le cœur du Japon'.

L'espace négatif de Krzyzanowski

L'espace négatif de Krzyzanowski
Toporov Vladimir Nikolaevitch
Ed. Verdier

À quel moment Moscou la génitrice, porteuse du souffle créateur de la modernité, se fait-elle persécutrice, chassant l'écrivain vers le néant qui guette derrière ses façades ? À quel moment l'étroitesse des logements communautaires se révèle-t-elle un décor masquant un vide sans fond ?

Les cauchemars de Krzyzanowski que Toporov analyse en termes de pathologie de l'espace transmuent l'imaginaire fantastique en un réel psychologique et politique.

Avant même de choisir la clandestinité et le silence, Krzyzanowski se sent « retranché » de l'espace des vivants, relégué dans une négativité qui n'en finit pas de croître avant de l'engloutir définitivement.

Acteur de ce théâtre de l'absurde, qui n'est autre que l'existence elle-même, Krzyzanowski se fait médiateur de l'espace négatif et paie de sa personne cet acte littéraire désespéré, l'unique possible contre le néant à l'oeuvre.

C'est le sens de cet engagement, ainsi que les stratégies littéraires qu'il mobilise, que tente de saisir Toporov.

Vladimir Toporov (1928-2005) est une des figures majeures de la critique russe du XXe siècle. Son intérêt initial pour la reconstruction des contextes effacés l'a conduit à une approche archéologique du texte visant à en faire remonter les contenus cachés, les aspects passés inaperçus.

Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers

Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers
Mazuet Dominique
Ed. Delga

Correspondance avec la classe dirigeante sur la destruction du livre et de ses métiers : augmentée d'une réponse aux objections courantes composant un court Essai contre la dématérialisation du monde

Libraire dans le XIVe arrondissement de Paris, l'auteur livre ses doléances au Centre national du livre et au ministère de la Culture. Il entend attirer l'attention des autorités publiques sur les risques que font courir dématérialisation et numérisation du livre aussi bien aux librairies indépendantes qu'à la lecture en général. Pour l'auteur, il faut combattre 'l'imposture numérique'.

Les mal nommés. Duras, Leiris, Calet, Bove, Perec, Gary et quelques autres

Les mal nommés. Duras, Leiris, Calet, Bove, Perec, Gary et quelques autres
Burgelin Claude
Ed. Seuil

Claude Burgelin livre une analyse surprenante de la relation que certains auteurs entretiennent avec leur nom propre. Si tant d'écrivains sont à l'aise avec leur patronyme, d'autres, souvent célèbres, se sentent « mal nommés » : ils sont sous l'emprise d'un trouble mal dicible, un tourment, un ressentiment, une inquiétude autour d'un nom devenu question.

Qui se cache sous les noms de Labrunie, Kostrowitsky, Destouches, Grindel, Bobovnikoff, de Crayencour, Donnadieu, Kacew, Joyaux, Thomas ou Alexis Mital ? On reconnaît plus aisément : Nerval, Apollinaire, Céline, Éluard, Bove, Yourcenar, Duras, Gary, Sollers, Houellebecq ou Camille de Toledo... La renaissance « par le nom » peut coïncider avec l'instant premier de la création littéraire au risque d'une affirmation de soi comme « pseudo » -, ce qui n'est parfois pas sans danger.

Par l'invention d'un pseudonyme, acte d'une création de soi comme auteur, c'est aussi le nom du père qui se trouve mis à distance.

Analysant la relation entre le nom propre de l'écrivain et ses écrits, Claude Burgelin formule une hypothèse rarement explorée : la relation complexe au père, aux aïeux, aux « siens », l'angoisse qui peut en résulter, ont été pour certains auteurs un des ressorts secrets de leur oeuvre.

La passion suspendue. Entretiens avec Leopoldina Pallotta Della Torre

La passion suspendue. Entretiens avec Leopoldina Pallotta Della Torre
Duras Marguerite
Ed. Seuil

'Pendant des années, j'ai eu une vie sociale et la facilité avec laquelle je rencontrais les gens ou je leur parlais se reflétait dans mes livres. Jusqu'à ce que je connaisse un homme, et peu à peu, toute cette mondanité a disparu. C'était un amour violent, très érotique, plus fort que moi, pour la première fois. J'ai même eu envie de me tuer, et ça a changé ma façon même de faire de la littérature : c'était comme de découvrir les vides, les trous que j'avais en moi, et de trouver le courage de les dire.
La femme de Moderato Cantabile et celle de Hiroshima mon amour, c'était moi : exténuée par cette passion que, ne pouvant me confier par la parole, j'ai décidé d'écrire, presque avec froideur.'

Entre 1987 et 1989, après le succès foudroyant de L'Amant qui fait d'elle un écrivain mondialement reconnu, Marguerite Duras se confie en toute liberté à une jeune journaliste italienne sur sa vie, son oeuvre, son obscurité, puis sa gloire, la politique, la passion. Ce dialogue, publié une seule fois en langue italienne, avait disparu, ignoré des admirateurs de Duras qui vont ici réentendre sa voix.'

 

Monsieur Spleen. Notes sur Henri de Régnier

Monsieur Spleen. Notes sur Henri de Régnier
Quiriny Bernard
Ed. Seuil

Poète, romancier, critique, Henri de Régnier (1864-1936) fut une sommité dans la littérature de son époque. Successivement chef de file des jeunes symbolistes, romancier à succès, pilier du Mercure de France, conteur fantastique et Académicien français, il fut adoubé par Mallarmé, admiré par André Gide, haï par Montesquiou qu’il combattit en duel, et fréquenta tous les artistes de son temps. Il fut aussi l’époux cocu de Marie de Heredia, la fille du poète, qui lui donna un fils signé Pierre Louÿs… Spleenétique, aimable et tourmenté, ce personnage oublié témoigne d’un art de vivre et d’écrire qui nous change de l’hystérie contemporaine. Avec ce libre portrait aux allures de flânerie mélancolique, Bernard Quiriny ressuscite ce second couteau magnifique et remet toute une époque en scène.

En numérique chez Tropismes : Monsieur Spleen. Notes sur Henri de Régnier