Jean Genet. Matricule 192.102. Chronique des années 1910-1944

Jean Genet. Matricule 192.102. Chronique des années 1910-1944
Albert Dichy & Pascal Fouché
Ed. Gallimard

Ecrire sur Genet est peut-être encore une façon de poursuivre le voleur. Ce vieux désir d'arrestation qui anime toujours les entreprises critiques ou biographiques, comment ne serait-il pas exacerbé par le statut d'un écrivain en perpétuelle fuite, échappant toujours à ses propres images, vagabond littéraire 'sans profession' ni 'domicile fixe' - comme disent si bien, à son propos, les divers rapports de police ou minutes de jugement que vous lirez ici ?
A ce soupçon, ce livre, d'évidence, ne saurait se dérober. Il offre à la lecture les résultats d'une enquête menée, avec une patience bénédictine, sur les traces de Genet de sa naissance en 1910 jusqu'à sa sortie définitive de prison en 1944. Enquête non policière cependant : elle ne s'érige nullement en instance de vérité, ne donne lieu à aucune interprétation, ne tire aucune conclusion. Avec le moins de commentaires possible, elle livre les éléments et les pièces de la dernière fiction de l'auteur : celle de sa vie.
Dernière précision. Ce livre ne vise guère à la destruction de la 'légende' dont Genet se serait entouré et encore moins au rétablissement d'une vérité dont l'oeuvre serait le masque. Si elle existe, cette 'légende' a la forme exacte de l'oeuvre qui la développe et, en cela, demeure irréductible, échappe à toute révélation.

 

Jean Genet, menteur sublime

Jean Genet, menteur sublime
Ben Jelloun Tahar
Ed. Gallimard

Tahar Ben Jelloun nous livre ici le récit de douze années de rencontres avec Jean Genet. Les fulgurances de leurs conversations et les nombreuses anecdotes que recèlent ces souvenirs inédits jettent un jour nouveau sur cet écrivain secret et souvent mal compris. On y retrouve aussi toute la force et l'urgence des débats politiques et intellectuels du tournant des années quatre-vingt.

En 1974, lors de leur premier rendez-vous, l'homme qui s'installe en face de Tahar Ben Jelloun n'a plus grand-chose en commun avec l'écrivain-voleur mythique, saint et martyr. Il écrit rarement, a coupé les ponts avec Sartre et Cocteau et se passionne désormais pour les luttes révolutionnaires les plus contemporaines : Zengakuren japonais, Black Panthers américains, et enfin la cause palestinienne.

Ce Genet « politique » n'en est pas moins resté un homme insaisissable et créatif. Pendant les dix années qui vont suivre, Genet tantôt apparaît, tantôt disparaît, pour se lancer dans de nouveaux projets auxquels il associe souvent Tahar Ben Jelloun : entretiens, articles, scénarios, traductions...

Malgré les séismes que Genet provoque encore régulièrement, quand il apporte son soutien à la Fraction armée rouge par exemple, ces années sont également marquées par des doutes et une fragilité dont Tahar Ben Jelloun est aussi le témoin. L'opinion l'ignore, Genet est alors un homme gravement malade qui met ses dernières forces dans l'écriture d'un livre ultime, achevé à la veille de sa mort : Un captif amoureux.

Essais

Essais
Muray Philippe
Ed. Belles lettres

L'empire du bien triomphe
Il est urgent de le saboter

L'empire du bien
Après l'Histoire, I-II
Exorcismes spirituels, I-IV

Présentation de l'éditeur

P. Muray (1945-2006) porte un regard désespéré sur le monde. Ses cibles sont toutes les formes de bien-pensances et sa plume conjugue style et liberté de ton. Ce volume rassemble sept de ses plus grands textes dont L'empire du bien et Après l'histoire.

Paul Flamand, éditeur

Paul Flamand, éditeur
Lacouture Jean
Ed. Les Arènes

Jean Lacouture rend hommage à celui qui fut pour lui un maître et un ami : Paul Flamand, directeur - avec Jean Bardet -des Éditions du Seuil pendant près d'un demi-siècle. C'était un bourgeois venu de Charente, sauvé à vingt ans de la tuberculose, dépourvu de tout diplôme universitaire, un chrétien non conformiste, un seigneur insomniaque qui écrivait des lettres magnifiques, aussi bien pour accueillir que pour refuser un manuscrit.

Homme libre, il savait publier des auteurs dont il ne partageait pas les idées, et s'opposer à toutes les autorités établies, de Moscou au Vatican - et à Paris... Sous son impulsion, le Seuil propose un catalogue rivalisant avec tout ce qui a été publié en France après la guerre, Gallimard compris.

Paul Flamand plaçait au-dessus de tout l'exigence esthétique et l'amitié. Aucune culture ne lui était étrangère. Jean Lacouture trace un portrait gai et chaleureux d'un homme qu'il a aimé. Il nous emporte au coeur de l'aventure intellectuelle de toute une génération. Il nous dévoile l'une des figures les plus originales de ce beau métier mystérieux et parfois décrié : éditeur.

La vie secrète d'Hergé

La vie secrète d'Hergé
Reibel Olivier
Ed. Dervy

Les nombreuses biographies et études consacrées au créateur de Tintin font presque toutes référence, à un moment ou à un autre, à l'intérêt qu'Hergé portait à la franc-maçonnerie, aux sciences occultes, à la théosophie... mais aucune n'avait été aussi loin dans ses investigations pour comprendre qui était Georges Rémi. Ami d'Edgar P. Jacobs et de Jacques Van Melkebeke qui l'ont beaucoup influencé, Hergé, personnage secret et indéchiffrable, connaissait parfaitement ces milieux, peut-être même faisait-il partie de certains, mais qui était-il vraiment ? Quel message voulait-il transmettre ?

Pour le savoir, Olivier Reibel, en tintinophile averti, a donc décrypté les albums de Tintin, les uns après les autres, pour y dénicher la moindre référence, le moindre indice. À l'aide d'extraits, il montre qu'Hergé nous fait continuellement des clins d'oeil à l'aide de dessins, mais aussi d'expressions, d'onomatopées...

Truffée d'éléments inédits et très documentée, cette enquête passionnante démontre que l'ésotérisme est bien omniprésent au coeur de l'oeuvre et de la vie d'Hergé, et nous dévoile les nombreux symboles ésotériques occultés, illustrant chaque album de Tintin.

C'est donc à votre tour, cher lecteur, de vous initier à « La vie secrète d'Hergé » !

Dans la peau de Tintin

Dans la peau de Tintin
Apostolidès Jean-Marie
Ed. Impressions nouvelles

Tintin est une peau, une armure, une carapace. Hergé le conçut ainsi, d'abord pour conquérir la jeune femme qu'il aimait, ensuite pour obtenir la reconnaissance sociale dont il avait besoin. Il s'investit si bien dans cette saga qu'elle peut se lire aujourd'hui comme une autobiographie cachée de son créateur. On y retrouve ses peurs, ses blessures secrètes, ses aspirations les plus nobles comme ses désirs les moins avouables. Tout cela forme le terreau sur lequel il bâtit une oeuvre complexe, comique, riche en rebondissements et présentée sous une enveloppe enfantine, à la manière des contes de fées du XVIIe siècle.

À la suite d'Hergé, le lecteur est invité à entrer dans la peau de Tintin, pour se sentir plus fort, pour vaincre les peurs de son enfance. La peau de Tintin se fait alors corps collectif et le petit reporter acquiert le statut d'un mythe. Ce mythe nouveau permet à ceux qui y participent de se reconnaître entre eux comme des frères unys et de solidifier leur rapport au monde contemporain, un rapport souvent fondé sur l'inquiétude et le défi.

Enfin, ce volume s'attache à éclaircir une situation paradoxale : qu'arrive-t-il lorsque les ayants droit se sentent eux-mêmes exclus de la peau de Tintin, qu'ils ne comprennent ni la force ni la spécificité de ce mythe, perpétué hors de leur contrôle ? Le danger est grand qu'ils cherchent à réduire le personnage d'Hergé au statut d'une marque commerciale, de façon à regagner le contrôle d'un produit dont ils se veulent les propriétaires exclusifs et jaloux.

Tolstoï. Le pas de l'ogre

Tolstoï. Le pas de l'ogre
Rancé Christiane
Ed. Seuil

Léon Tolstoï a fasciné les imaginations à travers ses débauches de jeunesse, ses appétits monstrueux, ses rapports passionnés avec sa femme Sophie, jusqu'à sa fuite dans la nuit à Astopovo, petite gare perdue dans l'immensité russe, où il est mort en 1910.

Mais qu'en est-il de ses crises d'âme ?

Sa prescience des femmes et de la mort ?

Sa quête d'un sens ? Et son désir de connaître Dieu ?

Autant de questions, plus que jamais les nôtres, auxquelles s'attache Christiane Rancé, dans une relecture originale et profonde de la pensée spirituelle et de l'oeuvre du titan russe.

Cet ouvrage est le portrait d'un génie en perpétuel mouvement qui connaissait chaque fleur par son nom et que hantait l'horreur du néant : le portrait d'un ogre qui portait en lui l'humanité tout entière.

La vie en jeun. Une biographie de Vladimir Maïakovski

La vie en jeun. Une biographie de Vladimir Maïakovski
Jangfeldt Bengt
Ed. Albin Michel

«Disons-le d'emblée : cette biographie est un chef-d'oeuvre. Un travail de recherche colossal et pénétrant comme on a rarement la chance d'en lire dans une vie.» Dagens Nyheter, Stockholm

Poète et révolutionnaire, grand provocateur qui joua sa vie à la roulette russe, Vladimir Malakovski demeure, quatre-vingts ans après sa mort, une figure mythique du mouvement futuriste. Personnage paradoxal, il incarna l'avant-garde politique et esthétique mais également l'artiste au service du régime soviétique, Néanmoins, c'est avant tout sa relation tumultueuse avec Lili Brik, la soeur d'Elsa Triolet, qui marquera son destin. Leur passion va durer quinze ans, jusqu'à ce jour d'avril 1930 où Maïakovski se suicide - au moment même ou le communisme bascule dans le cauchemar des purges staliniennes.

Couronnée en Suède par le prestigieux prix August de l'essai, fondée sur les témoignages des derniers proches du poète ainsi que sur des archives privées et des documents récemment rendus accessibles par les services secrets soviétiques et britanniques, cette biographie s'inspose comme un ouvrage de référence. Bengt Jangfeldt y retrace le parcours fulgurant d'une comète du XXe siècle, et nous plonge dans les orages politiques, littéraires et privés d'un cercle d'écrivains et d'artistes qui ont marqué une époque.

François Mauriac. Biographie intime, vol. 2. 1940-1970

François Mauriac. Biographie intime, vol. 2. 1940-1970
Barré Jean-Luc
Ed. Fayard

Salué par la critique comme une oeuvre magistrale, le premier tome de cette biographie a aussi suscité de vives controverses en raison de ses révélations sur l'homosexualité de l'écrivain.

Ce second volume, qui retrace les trente dernières années de la vie de François Mauriac, montre un personnage tout aussi anticonformiste et dérangeant. Grand résistant, il prend parti contre l'épuration. Éditorialiste au Figaro, il milite en faveur de l'indépendance marocaine et algérienne. Plus que jamais rebelle et provocateur, il ne cesse de faire entendre une voix différente, qui le fait passer pour « traître » à sa classe et lui vaut, selon sa formule, d'être « l'écrivain le plus insulté de France ».

Témoignant d'une jeunesse étourdissante, le prix Nobel de Littérature 1952 partage l'aventure des Hussards, collabore à L'Express par goût de la nouveauté et passion pour Jean-Jacques Servan-Schreiber, soutient de jeunes écrivains comme Roger Nimier, Françoise Sagan et Philippe Sollers.

Ce livre dévoile beaucoup d'aspects méconnus ou sciemment occultés de l'histoire personnelle et familiale du grand écrivain (suicide son frère, l'abbé Jean, démêlés judiciaires de son autre frère Pierre à la Libération...). En se fondant sur quantité d'archives inédites, il explore aussi sa relation complexe avec le général de Gaulle et ses liens tout aussi mouvants avec Mendès France et Mitterrand. Il brosse le portrait fascinant d'un éternel adolescent aux jugements d'une ironie implacable et celui d'un chrétien animé par une exigence de justice qui a fait de lui le défenseur fraternel des exclus et des marginaux.

Le siècle où la parole a été victime

Le siècle où la parole a été victime
Bonnefoy Yves
Ed. Mercure de France

Moins par quelques remarques sur ce que la poésie pourrait être qu'en rassemblant des études sur Séféris, Kafka, Giacometti, Célan, etc., l'auteur montre que le langage est plus que le reflet de la pensée conceptuelle. Il prête attention à la poésie, qui dans chaque mot demande à cette pensée de ne pas sacrifier à sa libre recherche.