Katherine Mansfield dans la lumière du Sud

Katherine Mansfield dans la lumière du Sud
Bienne Gisèle
Ed. Actes Sud

Elle travaille allongée sur une chaise longue, lit ou écrit pour la revue, et c'est tellement agréable qu'à défaut de l'acheter elle envisage de louer la villa pour un an. Dans cette région protégée du vent, les orangers, les mandariniers et les citronniers prospèrent. C'est le Sud par excellence. De la villa en surplomb, Katherine voit la Méditerranée d'un 'bleu de jacinthe foncé', et elle l'entend du jardin. Les maisons sont 'toutes colorées dans le soleil'. Des femmes font sécher le linge sur les orangers. 'Peut-être le soleil confère-t-il de la beauté à toutes les activités humaines.' Cette lumière, si elle n'apaise le feu de la maladie, agit comme un baume sur ses récentes blessures.

Cioran. Ejaculations mystiques

Cioran. Ejaculations mystiques
Barsacq Stéphane
Ed. Seuil

Cioran (1911-1995) laisse une oeuvre unique par la richesse de sa pensée, par sa tentative désespérée pour renforcer à coup d'aphorismes et de prophéties le club toujours suspect des pessimistes. Docteur ès gabegie, dépossédé de son pays et de sa langue. Cioran - sujet roumain devenu grand écrivain français - n'a toutefois pas écrit des pages issues d'une expérience abstraite, mais d'une vie ardemment déchirée entre puissance de l'ombre et pressentiment du divin.

De cette lutte contre soi est née une oeuvre noire, mais qui irradie et console ; une oeuvre féconde qui, loin d'être un code de l'agonie ou un culte du malheur, appareille la joie et la douleur. Une oeuvre qui correspond à la définition des «éjaculations mystiques» selon Littré : «Prières courtes et ferventes qui se prononcent à quelque occasion passagère, comme si elles se jetaient vers le ciel.»

Le dépaysement. Voyages en France

Le dépaysement. Voyages en France
Bailly Jean-Christophe
Ed. Seuil

«Le sujet de ce livre est la France. Le but est de comprendre ce que ce mot désigne aujourd'hui et s'il est juste qu'il désigne quelque chose qui, par définition, n'existerait pas ailleurs.» Ainsi commence Le Dépaysement. Mais pour répondre à cette question, à cette question d'identité, l'auteur, au lieu d'écrire un essai, a pendant trois ans parcouru le territoire, prélevant dans le paysage lui-même, sur le motif, les éléments d'une possible réponse. Les frontières, les rivières, les montagnes, les écarts entre nord et midi, mais aussi les couches de sédimentation de la conscience historique, ce sont tous ces éléments rencontrés en chemin qu'il restitue au sein d'un livre qui veut être avant tout la description d'un état de choses, à un moment donné. Cette «coupe mobile» fera donc passer le lecteur par une grande variété de lieux, des plus marqués par l'Histoire aux plus discrets, en même temps qu'il croisera quantité de noms et verra, sur pièces, se tendre les enjeux d'une question que l'actualité politique récente a fait resurgir, mais en la défigurant.

Vie imaginaire de Lautréamont

Vie imaginaire de Lautréamont
Brunel Camille
Ed. Gallimard

Un siècle de recherches passionnées et d'études savantes n'a pas réussi à percer entièrement le mystère de la vie de Lautréamont (1846-1870). Camille Brunel, avec une audace, une érudition et un style étonnants, a voulu résoudre l'énigme de cette existence. Son projet : rendre, grâce à la fiction, sa continuité à la vie de l'auteur des Chants de Maldoror ; la reconstruire si soigneusement qu'elle ressemble pour la première fois à un long travelling sans raccord.

Dans un livre, j'ai lu que...

Dans un livre, j'ai lu que...
Eugène
Ed. Autrement

Dans un livre, j'ai lu que le mot « canoë » est arrivé en Europe grâce aux Espagnols. En somme, « canoë » a voyagé en « caravelle »...

Dans un livre, j'ai lu que Cocteau fit rire un auditoire d'Immortels, en déclarant dans son discours de réception à l'Académie française : « Je sais que la poésie est indispensable. Mais je ne sais pas à quoi... »

Dans un livre, j'ai lu que..., ce sont les trésors de lecture d'Eugène, insolites, drôles, érudits... Embarquement pour le pays des mots !

Partagez avec Eugène vos propos trouvailles... Lisez et participez à la suite de l'aventure. Voir modalités du jeu à l'intérieur.

Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire

Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire
Nivat (dir.) Georges
Ed. Syrtes

Des millions de lecteurs ont eu leur vie accompagnée par Alexandre Soljenitsyne, ont suivi avec passion sa lutte solitaire contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium, ont eu la révélation de L’Archipel du Goulag, puis, moins nombreux, mais encore des centaines de milliers ont suivi l’aventure de La Roue rouge. On aurait pu croire que rien ne resterait de la première moitié de vie : que pouvait préserver une mère seule courbée sous la misère, marquée par la tare d’une origine sociale et d’une fidélité à la religion ? Que pouvait-il rester des années de guerre, de captivité, de bagne, des débuts littéraires dans une absolue clandestinité ? Eh bien non ! Outre l’énorme laboratoire de l’écrivain après son expulsion d’URSS quand enfin il trouve des conditions normales d’écriture, il nous reste, ô miracle !, des cahiers d’écolier, des écrits d’adolescent, des textes rédigés en secret à la prison-laboratoire. Plus quelques reliques de famille, deux albums de photos qu’il prit lui-même à Kok-Terek, pendant sa relégation au Kazakhstan. Ce livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l’écriture : étude d’ensemble, articles ciblés sur quelques aspects (la réception de l’écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées), des témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l’émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une grande lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des « lectures » faites par Soljenitsyne : « Mon L e r m o n tov », « Ivan Chmeliov et son Soleil des morts », « Le P é te r s b o u rg d’Andreï Biely ».

Métamorphose du sentiment érotique

Métamorphose du sentiment érotique
Pauvert Jean-Jacques
Ed. Lattès

Que peut donc être devenu l'érotisme ? Je n'en sais pas grand-chose. Peut-être, et certains indices paraissent le suggérer, subsiste-t-il en secret. Rendu, en somme, à cette ombre originelle d'où quelques révoltes très circonscrites avaient voulu le tirer, en quelques circonstances historiques ?

C'est bien possible. Je le souhaite, en tout cas.

Une recherche aux accents intimistes, confidentiels, que Jean-Jacques Pauvert aborde avec prudence et dont il ne ressortira qu'à pas feutrés. Lui qui a mené toutes les batailles de l'érotisme ne sait plus aujourd'hui quelle est sa place. Qu'avons-nous gagné ?

Avons-nous perdu ?

À travers une chronologie minutieuse, remontant aux premières traces d'une sensibilité écrite, il évoque les multiples métamorphoses de ce sentiment aussi fondamental que controversé, parvient à en saisir le trouble et peut-être l'essence. L'érotisme a fait long feu, il n'existe plus qu'émietté.

Pour autant l'histoire n'est pas terminée, dit-il. L'érotisme n'a pas fini de nous faire rêver...

Diderot. Le génie débraillé

Diderot. Le génie débraillé
Chauveau Sophie
Ed. Folio

Diderot l'écrivain, le philosophe, l'encyclopédiste nous est ici révélé sous un autre jour. Voici un adolescent, fuyant son père avec la complicité de sa soeur, qui plonge avec délices dans le Quartier latin. Voici un bon vivant, gastronome et séducteur, naviguant d'amour en amour. Surveillé par les censeurs sous le règne de Louis XV, il se passionne pour toutes les causes, entraîne d'Alembert, La Condamine dans l'aventure de l'Encyclopédie. Avant de quitter la France pour la Russie et de rejoindre à Saint-Pétersbourg la cour de la Grande Catherine...

Après avoir ressuscité Lippi, Botticelli, et Léonard de Vinci dans le « Siècle de Florence », Sophie Chauveau se penche avec la même verve sur le siècle des Lumières. Des années bohème aux cercles de l'Encyclopédie, elle nous raconte la vie passionnée et passionnante d'un de nos plus grands penseurs.

Dostoïevski, mémoires d'une vie

Dostoïevski, mémoires d'une vie
Dostoïevskaïa Anna Grigorievna
Ed. Mercure de France

En 1867, Anna Grigorievna Snitkine (1846-1918) devient l'épouse de Dostoïevski alors qu'elle n'a que vingt ans. Lui en a vingt-cinq de plus. Il l'avait engagée comme sténographe quelques mois auparavant pour achever dans la précipitation l'écriture des Joueurs.

Depuis la jolie rencontre amoureuse qui bouleversa le cours de son existence, jusqu'à la mort de Dostoïevski, Anna Grigorievna revient dans ses Mémoires sur leurs quatorze années de vie commune. Leur quotidien, marqué par les problèmes constants d'argent et les soucis à propos des enfants, est aussi illuminé par les moments de bonheurs familiaux et les rencontres intellectuelles (on croise de nombreux écrivains, entre autres Tourgueniev et Tolstoï).

Malgré la différence d'âge, chacune de ces pages témoigne aussi d'un amour et d'un dévouement extraordinaire pour un homme certes malade et parfois difficile à vivre, mais qui s'avère aussi dans l'intimité un mari et un père très affectueux.

Quand Dostoïevski meurt en 1881, Anna Grigorievna n'a que trente-cinq ans. Elle décide de consacrer le reste de sa vie à ses enfants, à l'édition des oeuvres posthumes de son mari, et à la rédaction de ces Mémoires qui se révèlent un document exceptionnel à la fois sur la vie et sur le travail du grand écrivain russe.

L'esprit de conversation

L'esprit de conversation
Thomas Chantal
Ed. Rivages poche

À travers trois célèbres salons : la Chambre bleue de Mme de Rambouillet (XVIIe siècle), le salon de Mme du Deffand (XVIIIe siècle), le château de Coppet de Mme de Staël (XIXe siècle), se tracent trois différentes approches de l'esprit de conversation et des jeux de langage, trois moments dans l'histoire de « la femme supérieure » (Mme de Staël), c'est-à-dire libre de refuser la tradition et d'affirmer ses talents ; les Précieuses optant pour la féerie, Mme du Deffand pour la distance et l'humour, Mme de Staël pour la passion et la littérature comme arme.

L'évocation de ces figures féminines, prise dans une réflexion actuelle, est aussi, ou d'abord, un éloge de la conversation - de ses capacités de découvertes, de ses ressources de réconfort et de rires, de son pouvoir de séduction.