Le parchemin des cieux

Le parchemin des cieux
Grévin Benoît
Ed. Seuil

Le Moyen Âge fut peut-être l'âge d'or de cette diversité linguistique tant menacée de nos jours par la globalisation. Des langues héritières du passé, sacralisées par leur rôle de support des textes divins, y côtoyaient toutes sortes d'idiomes, aujourd'hui disparus ou marginalisés, comme à l'origine de nos modernités. Comment recréer ces paysages sonores où s'entrechoquaient des dizaines de cultures linguistiques, orales et écrites, guerrières et marchandes, globales et locales, populaires et savantes ?

Benoît Grévin aborde leur histoire dans une perspective anthropologique et comparative, par un aller-retour entre deux des grandes aires de civilisation qui conditionnent notre modernité : la chrétienté occidentale, dominée par la référence au latin impérial et papal, classique et biblique, sous l'égide duquel s'organise la multiplicité des cultures linguistiques romanes, germaniques, slaves, celtes, etc., et l'islam classique, où la centralité de l'arabe, coranique et poétique, scientifique ou dialectal, recouvre les histoires entrecroisées des cultures turques, iraniennes ou berbères...

De Londres à Samarkand, de la Sicile au Caire, Benoît Grévin nous entraîne bien au-delà de la présentation traditionnelle de ces cultures linguistiques, à travers l'étude de la pensée médiévale du langage, pour nous initier aux mécanismes de transmission des cultures textuelles, ainsi qu'aux procédures de rédaction des grands textes politiques, religieux ou littéraires, de part et d'autre de la Méditerranée. Il se donne ainsi les moyens de retrouver, derrière leurs différences, les caractéristiques communes à ces deux Babel médiévales.

 

Les anarchistes espagnols. 1868-1981

Les anarchistes espagnols. 1868-1981
Waintrop Edouard
Ed. Denoël

L'Espagne du XIXe siècle est un pays encore traditionnel, catholique et peu industrialisé. C'est là que s'implante l'une des utopies les plus radicales de l'époque moderne : l'anarchisme. Depuis le discours de Fanelli qui expose les idées de Bakounine à Madrid en 1868, jusqu'à la fin de la guerre civile espagnole en 1939 et aux soubresauts de l'après-franquisme, ce livre retrace cette aventure inspirée, chargée de contradictions et finalement désespérée. Il raconte le destin de nombreux militants illustres ou obscurs, poseurs de bombes ou leaders syndicaux, chefs militaires ou intellectuels. Tous furent portés par le même refus de l'autorité. Bientôt pris au piège entre leur exigence révolutionnaire et les machines totalitaires des années 1930, les anarchistes espagnols finirent broyés dans la guerre civile.

Dans un ouvrage très complet, vivant, puisant à des sources neuves, Édouard Waintrop rend hommage à ce mouvement à la fois légendaire et méconnu, et analyse l'échec de l'une des formes les plus pures de l'idéal révolutionnaire.

 

La formation de la classe ouvrière anglaise

La formation de la classe ouvrière anglaise
Thompson Edward
Ed. Points

En France, peu d'historiens ont joué un rôle politique et intellectuel équivalent à celui qu'a tenu Edward Palmer Thompson en Grande-Bretagne et, plus largement, dans le monde. Peu de livres ont exercé une influence aussi profonde sur l'écriture de l'histoire contemporaine que cette somme publiée une première fois en anglais en 1963, traduite en français vingt-cinq ans plus tard.

Ce livre foisonnant et engagé, d'une richesse exceptionnelle, qui tente de tisser ensemble de multiples fils afin de restituer l'expérience vécue par les contemporains de la «révolution industrielle», demeure d'une extraordinaire actualité. Comme l'écrit Thompson lui-même dans sa préface : «Certaines causes perdues de la révolution industrielle peuvent nous éclairer sur des plaies sociales encore ouvertes aujourd'hui.» En reconstituant la vie des pauvres tisserands à bras, des artisans «utopistes» et radicaux, des luddistes brisant les machines, en s'efforçant de les «sauver de l'immense condescendance de la postérité», Thompson a écrit un chapitre décisif de notre passé. Près de cinquante ans après, la lecture de ce grand livre peut encore nous aider à nous orienter face aux bouleversements et aux incertitudes du présent.

L'inavouable histoire du pétrole. Le secret des sept soeurs

L'inavouable histoire du pétrole. Le secret des sept soeurs
Tonolli Frédéric
Ed. La Martinière

L'histoire du secret des sept soeurs relatée dans cet ouvrage est celle d'une conspiration de milliardaires, de quelques pionniers et hommes d'affaires devenus, en peu d'années, les rois du pétrole et les maîtres du monde. Ou comment l'économique a asservi le politique.

Pour raconter cette histoire, je vous invite à un road movie autour de la planète pétrole, une longue route qui m'a mené des États-Unis au Kazakhstan, d'Écosse au Gabon, en sillonnant le Nigeria, le Caucase, l'Iran et l'Irak, la Libye et le Venezuela. Un cheminement jalonné de rencontres fortes avec des ministres et des acteurs du pétrole, des historiens et des journalistes, des riverains et des victimes de l'or noir.

'L'âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierre', a dit un jour le cheikh Zaki Yamani, ancien ministre saoudien du Pétrole. Laissait-il entendre que nous renoncerions peut-être un jour à l'or noir pour une autre énergie ? Je n'y crois pas car, en ce jour d'août 1928, entre partie de chasse et cigares au fumoir, les Sept Soeurs annonçaient déjà qu'elles n'abandonneraient leur puissance qu'à la dernière goutte de pétrole écoulée et au dernier dollar brûlé. Le secret était bien gardé et nous l'avons accepté.

 

Le cas Eichman. Vu de Jérusalem

Le cas Eichman. Vu de Jérusalem
Klein Claude
Ed. Gallimard

Il y a cinquante ans, le 31 mai 1962, Adolf Eichmann était exécuté dans une prison près de Tel-Aviv. Son procès fleuve, ouvert à Jérusalem un an auparavant, le 11 avril 1961, a fait de lui le symbole même de la Shoah : nul plus que lui n'est à ce point identifié à l'extermination des Juifs. Comment ce personnage, que beaucoup se sont plu à présenter comme falot, dépourvu d'intelligence, a-t-il pu devenir l'incarnation même du Crime ?

C'est en juriste que Claude Klein tente de répondre à la question par une analyse de la conduite du procès, du jugement et, finalement, des polémiques qui les ont accompagnés. Surtout, il les présente dans leur cadre israélien. Le cas Eichmann apparaît dès lors sous un jour nouveau, l'auteur soulignant à quel point il a contribué à façonner l'État d'Israël dans sa revendication à représenter le peuple juif.

Au-delà, Claude Klein se demande si le procès Eichmann ne pourrait être perçu comme un maillon d'une chaîne qui, de Nuremberg, mène au Tribunal pénal international et à la compétence universelle. Une compétence qui, par un curieux retournement de l'histoire, menace aujourd'hui de frapper certains des dirigeants d'Israël lors de leurs déplacements à l'étranger en raison de poursuites intentées contre eux dans plusieurs pays.

 

Migrants flamands en Wallonie. 1850-2000

Migrants flamands en Wallonie. 1850-2000
Collectif
Ed. Racine

Au cours des cent cinquante dernières années, des centaines de milliers de Flamands sont partis pour la Wallonie. Des agriculteurs, des mineurs et des ouvriers. En célibataires ou en famille. Certains revenaient chaque fin de semaine, d'autres ne séjournaient en Wallonie que pour la saison des récoltes. Mais beaucoup s'y sont établis définitivement.

Dans Migrants flamands en Wallonie, des historiens se penchent sur ce phénomène. Ils déchiffrent les mouvements migratoires et analysent les processus d'établissement. Ils étudient le rôle mobilisateur de l'Église et du mouvement flamand, ou encore, envisagent l'immigration flamande en Wallonie dans un contexte plus large.

Outre des analyses scientifiques, cet ouvrage contient du matériel photographique inédit. Des entretiens avec des immigrés flamands et leurs descendants, menés par Guido Fonteyn, complètent l'ensemble en nous offrant un éclairage différent sur l'immigration flamande en Wallonie.

 

Histoire culturelle de la Wallonie

Histoire culturelle de la Wallonie
Demoulin Bruno
Ed. Fonds Mercator

Depuis l’Histoire de la Wallonie parue en 1973 sous la plume de Léopold Genicot, il n’y a pas encore eu d’ouvrage spécifique consacré à l’histoire culturelle de la région. Or la culture est un ciment essentiel entre les Wallons, et sans doute est-il bon d’en faire état au moment où les hommes politiques réfléchissent à son avenir institutionnel. J’insiste cependant sur le fait que la publication n’est pas un manifeste elle est oeuvre de scientifiques qui, même s’ils témoignent d’une certaine empathie pour le sujet, ne versent jamais dans la revendication politique. Dresser le portrait culturel de la Wallonie fut la seule ambition des 32 collaborateurs recrutés dans l’ensemble des universités et institutions muséales francophones. L’université de Liège est particulièrement bien représentée dans l’index des auteurs… mais il est vrai qu’elle compte dans ses rangs d’éminents spécialistes en la matière. Je me réjouis du résultat d’autant que le fonds Mercator – partenaire extrêmement précieux dans cette aventure – a décidé de faire paraître également le livre en néerlandais et en anglais. Pour la Région wallonne qui finance une partie du projet, cette publication est un motif de fierté car elle témoigne d’un (très) riche patrimoine. C’est un bel espoir pour l’avenir.

(Présentation de l'auteur)

Ce que je crois

Ce que je crois
de Romilly Jacqueline
Ed. de Fallois

Quelques années après les événements de Mai 1968, où le doute s'était emparé des esprits - crise universitaire, crise sociale, crise des valeurs -, Jacqueline de Romilly a tenu à nous dire, dans un texte bref et plein de fougue, ce que la crise lui avait au contraire révélé, sa foi dans l'homme, son esprit, sa liberté, son goût de la vérité et du bien, bref, ses convictions.

Resté inédit jusqu'à aujourd'hui, ce livre permettra à ses lecteurs fidèles de retrouver sa personnalité chaleureuse et résolue.

Les quatre chapitres de cet essai évoquent successivement l'émerveillement grec devant la lumière, le bonheur qu'assure la solidarité entre les citoyens, les joies et les bienfaits de la littérature, et la nécessité de la transmission du passé pour enrichir la modernité.

Loin de toute polémique, ce livre est un appel à une nouvelle forme d'humanisme, conjuguant rationalisme et affectivité sereine, nourri des acquis du passé, où chacun se sente acteur de sa propre histoire comme de l'aventure collective à laquelle il participe - en somme un appel au sursaut !

 

La nuit de la Saint-Barthélemy. Un rêve perdu de la Renaissance

La nuit de la Saint-Barthélemy. Un rêve perdu de la Renaissance
Crouzet Denis
Ed. Pluriel

Que s'est-il vraiment passé la nuit de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 ? Pourquoi, brusquement, des milliers de protestants ont-ils été mis à mort dans Paris ? Au fil d'une enquête exemplaire, Denis Crouzet observe minutieusement la reine Catherine de Médicis. Il fait ressurgir, à l'occasion du mariage de sa fille Marguerite et du prince protestant Henri de Navarre, son idéal de tolérance et ses stratégies de conciliation des factions qui, depuis 1562, entraînent le royaume de France dans des guerres civiles atroces. Il montre comment, à l'occasion de l'attentat dont est victime au sortir du Louvre l'amiral Coligny, son rêve de paix se brise tragiquement le 22 août 1572 sur une radicalisation des catholiques et des protestants. La concorde humaniste ne peut résister à une effrayante montée des tensions religieuses qui, sans doute dans la pensée d'éviter une nouvelle guerre civile, contraignent la monarchie à procéder à une exécution préventive des chefs du protestantisme militaire. Mais c'était sans compter sur l'exaltation qui porte immédiatement les catholiques parisiens au massacre de tous ceux qui, à leurs yeux, rompent l'union du royaume avec Dieu. Au-delà de cet enchaînement événementiel, La nuit de la Saint-Barthélemy dévoile la façon tragique dont les femmes et les hommes en viennent parfois à défaire, dans le sang, le lien fragile qui autorise la vie en société.

 

Histoire des grands-parents

Histoire des grands-parents
Gourdon Vincent
Ed. Perron

Nombreux, actifs, prêts à aider enfants et petits-enfants, telle est l'image des «nouveaux grands-parents». Mais les générations précédentes ne profitaient-elles pas déjà de la présence des aïeuls ? Etaient-ils des anciens dépendants ou de solennels patriarches ?

Retraçant la longue histoire des grands-parents en France, Vincent Gourdon montre que l'apparition des grands-parents «gâteau» remonte aux Lumières et que la bourgeoisie du XIXe siècle valorisera plus encore la grand-parentalité. Sensible aux détails du quotidien comme aux enjeux idéologiques, l'auteur reconstitue la généalogie complexe d'une histoire méconnue.