Les évadés

Les évadés
Gailly Christian
Ed. Double/Minuit

Le jeune Jérémie Tod ressemble trop à son père. On va le lui faire payer. En pleine rue, on le fait battre par un policier. Un homme, Théo Panol, intervient. Maladroit, il tue le policier. Il est arrêté, jugé et condamné : trente ans de réclusion. Ses amis décident de le faire évader. Les chances de réussite sont à peu près nulles. Ils vont quand même essayer.

Les Évadés est un inextricable entrecroisement d'histoires d'amour, d'histoires d'amour présentes et passées, d'histoires d'amour agonisantes et larvées, d'histoires d'amour réelles et chimériques, les personnages étant liés sans exception par des liens sentimentaux aussi vifs qu'incertains. Nous pourrions dire tout simplement que Christian Gailly, avec ce roman, enferme dans l'espace clos d'une petite ville une communauté d'individus sans illusion, qu'il les suit chacun avec la même attention, la même acuité, la même cruauté, et qu'il les anime comme un marionnettiste. Les Évadés est un roman très romanesque, en CinémaScope et en Technicolor, aux résonances de série B.
Mais Les Évadés est peut-être aussi une parabole sur la solidarité, sur la beauté du sentiment collectif. La même idée germera en effet au même instant dans la tête des principaux personnages, dans une sorte de télépathie et d'illumination générale : faire évader Théo Panol. La scène est belle, elle fait penser à ces films de Lubitsch ou de Capra où les opprimés réunissent leurs petites forces et leurs grands sentiments pour partir à l'assaut des oppresseurs et des salauds, et le souffle qui traverse le dernier quart du livre est aussi riche et inventif qu'il est salutaire : il vient à point nommé pour nous rappeler, en ces temps d'individualisme et de cloisonnement, que la beauté du soulèvement collectif n'a pas d'égal - dût-il se terminer dans le sang. Éric Reinhardt, Les Inrockuptibles

La mort heureuse

La mort heureuse
Camus Albert
Ed. Folio

« Je suis certain qu'on ne peut être heureux sans argent. Voilà tout. Je n'aime ni la facilité ni le romantisme. J'aime à me rendre compte. Eh bien, j'ai remarqué que chez certains êtres d'élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l'argent n'est pas nécessaire au bonheur. C'est bête, c'est faux, et dans une certaine mesure, c'est lâche. »

En 1938, Albert Camus abandonne son premier roman, La mort heureuse, pour commencer à rédiger L'étranger. Ce premier projet romanesque, publié à titre posthume, est riche pourtant de descriptions lumineuses de la nature et de réflexions anticonformistes. Le héros, Mersault, recherche désespérément le bonheur, fût-ce au prix d'un crime. Son parcours est nourri de la jeunesse difficile et ardente de Camus ; ses choix et ses pensées annoncent les récits et les essais à venir.

 

Là où les tigres sont chez eux

Là où les tigres sont chez eux
Blas de Roblès Jean-Marie
Ed. J'ai lu

Une famille ordinaire du Missouri puritain des années 1970. Une mère possessive, un père désabusé. Deux fils : un hippie révolté et Jonathan Franzen himself, adolescent mal dans sa peau, équipé de 'biceps en fromage blanc', exclu du club très fermé des gars cool du lycée, craignant les filles, mais vouant une passion délirante à Thomas Mann, à Charlie Brown et à Snoopy...

Les enfants de la violence, vol. 1

Les enfants de la violence, vol. 1
Lessing Doris
Ed. Livre de poche

Largement autobiographique, ce roman d'apprentissage est le premier volume d'un cycle romanesque qui s'achève avec La Cité promise.

Les Enfants de la violence retrace l'histoire d'une femme en devenir, Martha, qui se cherche comme on cherche l'Afrique, un continent gouverné par une poignée de Blancs, héritiers des traditions britanniques, face au peuple noir. Adolescente partagée entre un certain désir de conformisme et un sentiment de révolte, Martha est le témoin des conflits de l'Histoire, mais doit affronter aussi ceux, plus intérieurs, qui précèdent l'entrée dans le monde adulte.

Doris Lessing a reçu le prix Nobel de littérature en 2007.

Il y a déjà là, dans cet extraordinaire récit de formation, le regard aigu de Doris Lessing sur la vie des femmes. Le Monde.

On peut lire Les Enfants de la violence comme un roman, un tract féministe ou un pamphlet politique. Mais c'est d'abord l'épitaphe d'une génération flouée par les idéologies. Le Point.

L'essence n de l'amour

L'essence n de l'amour
Belhaj Kacem Mehdi
Ed. J'ai lu

Le secret n est le moteur interne de l'amour. Celui qu'on ne découvre jamais et qu'on s'évertue pourtant à chercher. « Jouissance éternisée sans répétition », l'amour est une apparition bouleversante mais soumise à la disparition : la souffrance est son pendant logique.

Dans un essai-fiction sous forme de séminaire imaginaire, Mehdi Belhaj Kacem nous livre une analyse douloureuse et brillante de la relation amoureuse, qui tend à l'universel.

« L'amour est un jeu dont vous êtes le héros. Vous pourriez y laisser votre peau. Plutôt ça, à tout prendre, que d'en sortir. »

Le pont des soupirs

Le pont des soupirs
Russo Richard
Ed. 10/18

Louis C. Lynch, dit Lucy, n'a jamais quitté Thomaston, une bourgade proche de New York, où il vit depuis toujours avec son épouse Sarah. D'origine irlandaise, il a hérité un «empire» de petits commerces, qu'il s'apprête à son tour à léguer à leur fils unique. Le couple prépare le premier voyage de sa vie en Italie, où un ami d'enfance, Bobby Marconi - devenu peintre de renom - s'est exilé. La perspective de ces retrouvailles amène Lucy à porter un regard inédit et lucide sur sa ville, son existence, et la nature exacte de l'amitié qui le liait à Bobby... Après Le Déclin de l'empire Whiting, Richard Russo poursuit son exploration de l'Amérique provinciale, où l'humanité se dresse comme l'ultime rempart contre le désenchantement.

Mon amour ma vie

Mon amour ma vie
Gallay Claudie
Ed. Babel

Dan est le dernier rejeton des Pazzati, une vieille famille du cirque échouée sur un terrain vague en bordure du périphérique. La bâche du chapiteau est trouée, il y a longtemps qu'on ne donne plus de spectacles. Le soir, autour du feu de camp, on se rappelle le temps de la splendeur en mangeant des sardines à l'huile ou des saucisses grillées.

Dan voudrait qu'on l'aime, surtout sa mère qui est si belle. Seul entre cinq adultes, tourmenté par les incertitudes d'un âge qui le bannit peu à peu de l'enfance, il se réfugie auprès de sa guenon avec laquelle il partage tout : les caresses, l'odeur, les maladies et l'espoir de voir un jour la mer.

De cette famille en perdition, réfugiée en marge d'un monde urbain auquel elle n'appartient pas, Claudie Gallay voudrait sauver le fils. Apre et lucide pour dire la violence des destins perdus, son écriture célèbre avec une grâce dépouillée la beauté pure des rêves.

Autobiographie de Miss Jane Pittman

Autobiographie de Miss Jane Pittman
Gaines Ernest J.
Ed. Piccolo/Liana Levi

C'est à plus de cent dix ans que Jane entreprend de raconter l'histoire de sa vie. L'esclavage pendant la guerre de Sécession, l'errance pour tenter de rejoindre l'Ohio, la terre des Yankees libérateurs, le labeur dans les plantations blanches de Louisiane, le combat pour l'égalité. Jane Pittman, héroïne et narratrice, mène dans son langage imagé cette émouvante chronique. Inspiré par le récit d'une ancienne esclave, ce roman pourrait s'intituler « Cent ans de servitude ».

« Autobiographie de Miss Jane Pittman a imposé Gaines au public américain » Le Magazine littéraire

« La force des romans de Gaines est la fidélité avec laquelle ils font entendre la voix de ceux qui n'ont pas d'histoire. » Libération

Sister Carrie

Sister Carrie
Dreiser Theodore
Ed. Points

«Les lumières, le tintement des tramways, les murmures attardés de la cité lui parlaient argent et lui en disaient le pouvoir : 'je vais être heureuse', pensait-elle à longueur de journée.» : venue de sa campagne, Carrie débarque dans la grande ville, Chicago. Timide et discrète mais aussi farouchement ambitieuse, elle comprend vite que sa beauté peut faire oublier ses origines modestes. D'amant en amant, elle saisit toutes les occasions pour être enfin admise dans la haute société. Elle connaîtra la gloire, certes, mais le bonheur ?

Dans la jungle

Dans la jungle
Kipling Rudyard
Ed. Rivages-Poche

Dans la jungle, nouvelle parue initialement dans le recueil Many Inventions, voit la première apparition du personnage le plus célèbre de Rudyard Kipling : Mowgli. Un Mowgli non pas enfant, mais adulte, qui a grandi dans la jungle. C'est à partir de cette nouvelle que Kipling entreprendra de raconter l'enfance de Mowgli, à travers le chef-d'oeuvre qui fera sa gloire. Mais Dans la jungle montre aussi la confrontation entre le réel le plus prosaïque qu'incarnent l'Office des forêts et Gisborne, et le monde à la fois naturel et surnaturel de la jungle et de Mowgli. Une fois encore, Kipling déploie tous ses talents de conteur dans le décor d'une Inde complexe et mystérieuse.