Lettres du pays froid

Couverture non disponible
Lamarche Caroline
Ed. Gallimard

« La mort a deux visages. Un masque grouillant de tombe ouvert dont je me suis détournée avec horreur, laissant celui qui le portait dans une solitude absolue...

Et l'autre, lumineux et précis, dont les traits délicats étaient constitués par les mots qu'Alexis choisissait pour m'écrire. » C.L.
Lettres du pays froid est un livre traversé, travaillé, hanté, splendidement et avec cette compassion exigeante que seul un grand art peut donner en partage aux personnages et aux lecteurs. Caroline Lamarche réussit une fois encore l'alliance la plus subtile du style et de la sincérité. Un très beau livre.

La petite trotteuse

La petite trotteuse
Lesbre Michèle
Ed. Sabine Wespieser

Au hasard d'un déménagement de sa mère, la narratrice tombe sur une boîte où est remisé tout de qui reste de son père : entre autres papiers, un certificat de démobilisation, le câblogramme annonçant sa naissance, et puis une montre.
« D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'un seul coup. »
Depuis qu'elle a retrouvé cette montre, qui ne la quitte pas, la narratrice s'est elle-même mise en mouvement : suivant une impulsion implacable, elle visite des maisons, comme pour retrouver le lieu d'un rendez-vous manqué.
Alors qu'elle est au bout de son improbable quête, le présent se substitue de plus en plus souvent, en autant de fondus enchaînés, à des scènes de sa vie passée : dans l'hôtel où elle s'est installée, le gros chat orange la renvoie à celui qui l'attend quelque part, mais aussi au compagnon de ses jeux de petite fille ; les pas de son voisin se superposent à ceux de son père, lourds de chagrin ; l'ombre de sa mère, silhouette frivole, rôde?
Dans la maison du bord de mer, dernière étape du périple, la houle des souvenirs l'assaille : les images de son enfance qui commença avec la guerre, celles des uniques vacances en famille, un désastre, celles d'esquisses de maisons aussi, dessinées par un père triste et mystérieux, mort trop tôt et avec qui pourtant elle n'a pas cessé de s'entretenir.
Peu à peu se construit, sous nos yeux, et presque à l'insu de la narratrice, un magnifique et subtil roman des origines : les fils de sa vie se dénouent, elle comprend, à la faveur des scènes qui se superposent dans son esprit, sa fascination pour le théâtre et son désir constant de trouver dans les mots des autres un début d'explication. Ses engagements politiques enfin s'éclairent à la lumière des idées qu'elle soupçonne avoir été celles de son père? et elle connaît enfin l'apaisement.
Jamais Michèle Lesbre n'est allée si loin dans l'entrelacement de son expérience intime et de la fiction, et jamais elle n'a montré de manière si lumineuse le pouvoir rédempteur des mots, qu'elle tisse comme un enchantement.
Présentation de l'éditeur

Numéro Six

Couverture non disponible
Olmi Véronique
Ed. Actes Sud

Dans la famille Delbast, cinq frères et s?urs précèdent Fanny. À sa naissance, son frère aîné a vingt ans.

Dans cette fratrie, sa place est illusoire, son identité le plus souvent réduite à un numéro pour éviter la confusion des prénoms. Petite fille solitaire, Fanny adore son père, mais il ne la voit pas. Trop de choses les séparent, trop de vie, de retenue aussi.
Après le très beau Bord de mer, Véronique Olmi aborde de nouveau le thème de l'amour filial avec une sensibilité remarquable. Mais, à travers la figure du père, c'est aussi de la bourgeoisie catholique qu'il est question ici, et de l'insidieuse violence par laquelle ce monde bien-pensant est capable de verrouiller la vie d'un enfant.

Généalogie de l'ère nouvelle

Généalogie de l'ère nouvelle
Brussell Samuel
Ed. Grasset

J'allais souvent céder à l'appel de l'innommable frontière, tout au long de ces années quatre-vingt, m'engouffrer dans le flanc est de la bête nommée Europe, découvrant à chaque passage un lieu inamovible et insoupçonné de la nostalgie, qui peut-être n'est que la voix de la mémoire; tout autour se levait un théâtre, un monde de fantômes qui cherchaient encore leur port en chuchotant hâtivement leur histoire à qui se souciait de l'entendre. Et le froid, sous son écorce, scellait l'empreinte d'une rencontre.
Le vieil empire faisait encore entendre ses voix aux abords des frontières : le hongrois pénétrait par l'ouest en Transylvanie, par le sud en Moravie; l'allemand par le nord en Hongrie et en Moldavie, par l'ouest en Bohême, l'ukrainien se mêlait au roumain et au russe dans une poche orientale; ce monde était un monde de minorités dispersées, traversé de colonies et de mouvances.
Cette matrice de l'Europe orientale, je l'avais poursuivie depuis ma naissance, me mouvant à tâtons dans une contrée où l'âme se languissait, j'étais peu à peu remonté à lentes brasses vers ses eaux, cherchant le courant qui me guiderait vers de nouveaux échos. S.B.

Présentation de l'éditeur

La petite Chartreuse

Couverture non disponible
Péju Pierre
Ed. Gallimard

« Pour Vollard, Eva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le v?u. La très pâle moniale.

L'enfant cloîtrée. L'enfant privée de voix et de joie, privée d'enfance. Mais au fil de ces errances dans la Chartreuse, bizarrement, ce n'était pas le poids écrasant et absurde de l'accident que Vollard ressentait en compagnie de la petite fille, mais un inexplicable allègement, un soulagement, un apaisement dû à ce rituel de marche lente, de silence, de contemplation de choses infimes. Comment un si petit être, émettant si peu de signes, pouvait-il lui donner cette impression de discret équilibre ? Le sentiment confus que tout pouvait se résumer à ce va-et-vient entre la librairie et l'hôpital s'intensifiait encore en passant, Eva à ses côtés, du centre spécialisé à la nature sauvage. » P.P.
Romancier, spécialiste du romantisme allemand, directeur de programme au Collège international de Philosophie, Pierre Péju nous fait cadeau ici d'un livre simplement splendide.

Festins secrets

Festins secrets
Jourde Pierre
Ed. Esprit des Péninsules

Quand on est un jeune intellectuel équilibré et progressiste, débuter sa carrière dans un collège infesté par la violence et l'antisémitisme pourrait suffire à engendrer des doutes. Il y a pire. Se laisser entraîner dans un cercle de notables provinciaux adonnés aux sciences occultes, à l'extrémisme politique et aux perversions sexuelles. Découvrir le contenu atroce de la bibliothèque d'un collectionneur mystérieusement disparu. Se demander s'il ne va pas revenir demander des comptes. Finir par se croire manipulé, ou possédé. Peu à peu monte l'angoisse d'être parasité par une autre personnalité. Mais laquelle ? La petite ville de Logres, où se déroulent ces événements, est un condensé ténébreux, effrayant et dérisoire de notre monde. Aux limites du réalisme et du fantastique, Festins secrets se livre à un décorticage de la sexualité moderne, à une satire cruelle du Léviathan éducatif et du monstre médiatique. Il s'agit aussi d'une anthologie des mauvaises pensées, d'un récit métaphysique sur le Mal, où apparaissent les figures voilées d'Orphée, du double, du diable.
Présentation de l'éditeur

Le drap

Couverture non disponible
Ravey Yves
Ed. Minuit

Après avoir respiré les vapeurs nocives dans l'imprimerie où il travaille, monsieur Carossa tombe malade.

Par crainte d'un licenciement, il demande au médecin le silence. Et puis, un jour, il ne se lève pas. Comme un animal écrasé sur la route, il gît, à même le drap?
Dans un style d'une simplicité absolue, Yves Ravey parle de gens qui ne parlent jamais d'eux-mêmes, évoque subtilement, et comme en creux, la droiture tenace d'un homme et la résignation d'une femme.
L'auteur du très beau Cours classique signe ici un roman bref et émouvant.

Le mot amour

Le mot amour
de Ceccatty René
Ed. Gallimard/Blanche

 


Résumé
Le mot amour a, dans le langage, un statut très singulier : c'est un mot qu'il est facile de prononcer, mais qu'il est difficile d'entendre, l'eût-on longtemps attendu. Il a le pouvoir de donner vie et mort, les deux parfois se confondant.
Les quatre dialogues réunis ici mettent en scène quatre couples que hante une amitié amoureuse : Artemisia Gentileschi et Galilée, Julie Talma et Benjamin Constant, Eleonora Duse et Gabriele D'Annunzio, Maria Callas et Pier Paolo Pasolini.
Les quatre femmes sont des artistes qui vécurent la passion sur scène ou sur la toile. Toutes les quatre en ont retiré des plaisirs incertains. Artemisia fut tentée d'abandonner les sujets sanglants de ses tableaux. Julie renonça très vite à sa carrière de comédienne pour assurer celle de son mari. La Duse, enfant de la balle, aurait souhaité pouvoir se passer du public et du théâtre, mais, à l'exception de quelques mois de silence, ne se permit aucune pause et mourut en tournée. La Callas perdit sa voix et crut, l'espace de quelques années, préférer la vie à la scène, avant de comprendre qu'elle n'avait d'existence que par son art qui l'avait abandonnée. Toutes les quatre ont été, par ailleurs, sinon de grandes amoureuses, du moins des femmes obsédées par la représentation narcissique de l'amour, dans sa violence tragique. Aucune ne fut fidèle, aucune n'inspira de fidélité amoureuse.
Les quatre hommes qui furent leurs amis respectifs multiplièrent liaisons ou aventures. Aucun ne connut d'amour heureux.
Présentation de l'éditeur

De chape et de plomb

Couverture non disponible
Sigaud Dominique
Ed. Gallimard

Sur Mathilde Klein, retrouvée noyée devant l'étrave d'une péniche, on ne saura pas grand chose.

Devant l'enquêteur Baptiste Dridi, son mari Simon Klein, psychanalyste reconnu, soutiendra jusqu'au bout l'hypothèse du suicide. Le policier, à la mémoire troublée par le suicide de sa propre mère quand il était enfant, est tenté de la croire.
Dominique Sigaud nous entraîne dans une plongée glaciale vers les arrières-pensées des deux narrateurs. À travers leur confrontation, elle dresse un constat sans espoir des petitesses intimes et des compromis sociaux et dessine un portrait rageur, amer et violent de la société contemporaine.

Walterberg

Walterberg
Kaddour H?di
Ed. Gallimard/Blanche

Premier roman

Un homme rêve de retrouver une femme qu'il a aimée. Un maître espion cherche à recruter une taupe. Leurs chemins se croisent. Cela s'est passé au XXe siècle.
Présentation de l'éditeur

Waltenberg, hôtel Waldhaus, est le lieu où se retrouvent les personnages principaux de ce roman qui s'étend de 1914 à la chute de l'Union soviétique et qui est à la fois l'histoire d'amour de Hans, romancier allemand, et de Lena, cantatrice américaine, l'histoire d'amitié entre Hans et Max, journaliste français, une histoire d'espionnage et une fresque historique.