Faire l'amour

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Toussaint Jean-Philippe
Ed. Minuit

Simplement splendide, le nouveau roman de Jean-Philippe Toussaint donne comme un immense vertige métaphysique.

Vue de haut pendant la nuit, la terre semble parfois retrouver quelque chose de sa nature d'origine, davantage en accord avec l'état sauvage de l'univers primitif, proche des planètes inhabitées, des comètes et des astres perdus dans l'infini des espaces cosmiques, et c'était cette image que Tokyo donnait d'elle-même à présent derrière la baie vitrée de la piscine, celle d'une ville endormie au c?ur de l'univers, parsemée de lumières mystérieuses, néons et réverbères, enseignes, éclairages des rues et des artères, des ponts, des voies ferrées, autoroutes métropolitaines et réseau d'avenues surélevées enchevêtrées, miroitements des pierreries et bracelets de lumière piquetée, guirlandes et lignes brisées de points lumineux dorés, souvent minuscules, stables ou scintillants, proches et lointains, signaux rouges des balises aériennes qui clignotaient dans la nuit aux sommets des antennes et aux angles des toits. Je regardais l'immense étendue de la ville derrière la baie vitrée, et j'avais le sentiment que c'était la terre elle-même que j'avais sous les yeux, dans sa courbe convexe et sa nudité intemporelle, comme si c'était depuis l'espace que j'étais en train de découvrir ce relief enténébré, et j'eus alors fugitivement conscience de ma présence à la surface de la terre, impression fugace et intuitive qui, dans le douceâtre vertige métaphysique où je vacillais, me fit me représenter concrètement que je me trouvais à l'instant quelque part dans l'univers.

Trois jours chez ma mère

Trois jours chez ma mère
Weyergans François
Ed. Grasset

Prix Goncourt 2005

'Dans le train, il colla sa tête contre la vitre et aperçut en surimpression, flottant au milieu d'un décor de broussailles, un visage blême et crispé, le sien, avec son front reconnaissable, haut et dégarni, ses paupières gonflées et sa bouche aux lèvres minces. Il eut envie de se dire à lui-même : 'Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?' Ce visage si près du sien lui inspirait une profonde sympathie.'
Nuit après nuit, un homme très perturbé se protège en évoquant son passé - tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes. Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l'aideront-ils à aller mieux ? Il s'invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il voudrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt quatre-vingt-dix ans. Il a d'abord un travail à finir. Sa mère lui déclare : 'Au lieu d'envoyer des fax à ta dizaine d'amoureuses, tu devrais publier un livre, sinon les gens vont croire que tu es mort.'
Mieux que personne, François Weyergans mêle la profondeur et l'humour, l'émotion et le rire, dans ce roman qui affirme avec force les pouvoirs de la littérature.
Présentation de l'éditeur

Les petites voix

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Dannemark Francis
Ed. Belfond

Une traductrice, journaliste à ses heures, accepte de faire pour un magazine le portrait de Paul Grenz,

musicien réputé mais mal connu. Ignorant où il vit ? et même s'il est vivant - , elle fera dans sa quête quelques rencontres qui d'anecdotes en confidences l'amèneront peu à peu vers une sagesse insoupçonnée.
Avec une légèreté et un charme sans artifices, Francis Dannemark se révèle une fois encore comme « l'écrivain de la discrétion efficace » (Le Monde). Son style, sa voix nous retiennent de livre en livre? A celui-ci, il n'aurait pu trouver meilleure exergue : « Love is a deeper season than reason. » (E.E. Cummings).

Première communion

Première communion
Guerlan Julie
Ed. Grand Miroir

Premier roman

« Parfois, on grandit de l'âme avant de grandir des pieds. Olé »

Dans une Belgique d'après mai soixante-huit, une petite fille « changeante comme une météo » renifle son monde. Et toute enfance, entre deux sucreries, a ses trous au coeur : maman qui sait tout est immense comme une déesse, mais pourquoi son sourire s'écaille-t-il si souvent jusqu'aux larmes ? Papa est un farceur qui lui apprend des chansons cochonnes, mais pourquoi a-t-il parfois des étincelles sombres dans les yeux ? Pourquoi la grand-mère maniaque, avec son eau de Javel et son oeil de patate dans le cerveau, extermine-t-elle comme des microbes les mondes imaginaires et les pensées magiques de l'enfance ? Et, surtout, pourquoi Dieu s'invite-t-il dans les rêves d'une enfant dont la famille n'est pas croyante ?

Par son regard aigu, son envie de comprendre, de donner un sens à sa vie, la narratrice transforme l'illusoire simplicité de l'enfance en autant de questions essentielles : comment devenir soi ? Est-on responsable du bonheur de sa famille ? Comment faire sourire sa mère ? Et comment faire quand on souhaite mourir, mais qu'on a quand même envie de pudding au chocolat pour quatre heures ?
Présentation de l'éditeur

Au piano

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Echenoz Jean
Ed. Minuit

La pratique professionnelle du piano suppose une discipline stricte.

Elle exclut tout divertissement susceptible d'éloigner l'artiste de son clavier. Pourtant il aimerait, lui aussi, jouir de la lumière du monde, de la douceur de vivre, de la tiédeur de l'air et de l'amour des femmes. Eh bien non : mort ou vif, le pianiste se doit d'abord à son public?
Dans quelle étrange histoire nous entraîne cette fois Jean Echenoz !
Victime d'un accident, Max, grand pianiste un peu alcoolique et paralysé par le trac se réveille dans un monde décalé ou l'auteur nous mène par le bout du nez.
Après Je m'en vais (Minuit/Prix Goncourt 1999) et le Pôle Nord, le voyage est pour le moins inattendu, la compagnie plus encore? et le livre bien sûr encore plus drôle et plus subtil qu'il n'y paraît. Et quel délice !

Fuir

Fuir
Toussaint Jean-Philippe
Ed. Minuit

Pourquoi m'a-t-on offert un téléphone portable le jour même de mon arrivée en Chine? Pour me localiser en permanence, surveiller mes déplacements et me garder à l'oeil? J'avais toujours su inconsciemment que ma peur du téléphone était liée à la mort - peut-être au sexe et à la mort - mais, jamais avant cette nuit de train entre Shanghai et Pékin, je n'allais en avoir l'aussi implacable confirmation.
Présentation de l'éditeur

Le sentiment du fleuve

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Emmanuel François
Ed. Stock

« La curiosité, appelons cela l'esprit de famille, m'inviterait à prendre possession des lieux sans brusquerie,

éventer un à un ses livres, découvrir les serrures correspondant aux clefs de son trousseauet continuer ainsi sans rupture le mouvement de la vie. Par la suite j'irais visiter son bureau dans la cave, je m'installerais dans son fauteuil de travail et je tenterais de deviner ce que pouvait promettre la plaque en cuivre de l'entrée : Isaïe Mortensen, Enquêtes. » F.E.
Décidément, François Emmanuel n'écrit jamais deux fois le même livre. Cette fois, c'est au genre enquête policière à la Simenon qu'il nous convie à travers les avatars d'un étrange héritage et quelques beaux portraits des habitants d'un immeuble que l'on devine bruxellois.
Un livre drôle et aquatique.

Un as dans la manche

Un as dans la manche
Proulx Annie
Ed. Grasset

Vaste chronique de l'Amérique profonde, Un As dans la manche est une série de scènes colorées et anecdotiques en trente-trois chapitres qui plongent le lecteur au c?ur du Texas le plus reculé, le Panhandle.
Bob Dollar, élevé par un vieil oncle brocanteur chez qui il travaille vaguement, à sa sortie de l'université, décide à 25 ans de prendre sa vie en mains. Il est engagé dans la société The Global Pork Rind Compagny. Son job : écumer le Texas et y découvrir des sites pour élever des porcs, puis convaincre les propriétaires de ces fermes plus ou moins ruinées de les céder à la société. Se déroule alors une longue suite d'aventures quotidiennes, au contact de personnages extrêmement variés, dans un kaléidoscope de situations pittoresques et drôles.
Dans ce récit picaresque et dépaysant, Annie Proulx fait preuve d'un rare sens de l'humour et de la description. On y trouve l'incroyable richesse descriptive, l'énergie dans l'écriture de l'auteur, un style inimitable.
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Lettres du pays froid

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Lamarche Caroline
Ed. Gallimard

« La mort a deux visages. Un masque grouillant de tombe ouvert dont je me suis détournée avec horreur, laissant celui qui le portait dans une solitude absolue...

Et l'autre, lumineux et précis, dont les traits délicats étaient constitués par les mots qu'Alexis choisissait pour m'écrire. » C.L.
Lettres du pays froid est un livre traversé, travaillé, hanté, splendidement et avec cette compassion exigeante que seul un grand art peut donner en partage aux personnages et aux lecteurs. Caroline Lamarche réussit une fois encore l'alliance la plus subtile du style et de la sincérité. Un très beau livre.

La petite trotteuse

La petite trotteuse
Lesbre Michèle
Ed. Sabine Wespieser

Au hasard d'un déménagement de sa mère, la narratrice tombe sur une boîte où est remisé tout de qui reste de son père : entre autres papiers, un certificat de démobilisation, le câblogramme annonçant sa naissance, et puis une montre.
« D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'un seul coup. »
Depuis qu'elle a retrouvé cette montre, qui ne la quitte pas, la narratrice s'est elle-même mise en mouvement : suivant une impulsion implacable, elle visite des maisons, comme pour retrouver le lieu d'un rendez-vous manqué.
Alors qu'elle est au bout de son improbable quête, le présent se substitue de plus en plus souvent, en autant de fondus enchaînés, à des scènes de sa vie passée : dans l'hôtel où elle s'est installée, le gros chat orange la renvoie à celui qui l'attend quelque part, mais aussi au compagnon de ses jeux de petite fille ; les pas de son voisin se superposent à ceux de son père, lourds de chagrin ; l'ombre de sa mère, silhouette frivole, rôde?
Dans la maison du bord de mer, dernière étape du périple, la houle des souvenirs l'assaille : les images de son enfance qui commença avec la guerre, celles des uniques vacances en famille, un désastre, celles d'esquisses de maisons aussi, dessinées par un père triste et mystérieux, mort trop tôt et avec qui pourtant elle n'a pas cessé de s'entretenir.
Peu à peu se construit, sous nos yeux, et presque à l'insu de la narratrice, un magnifique et subtil roman des origines : les fils de sa vie se dénouent, elle comprend, à la faveur des scènes qui se superposent dans son esprit, sa fascination pour le théâtre et son désir constant de trouver dans les mots des autres un début d'explication. Ses engagements politiques enfin s'éclairent à la lumière des idées qu'elle soupçonne avoir été celles de son père? et elle connaît enfin l'apaisement.
Jamais Michèle Lesbre n'est allée si loin dans l'entrelacement de son expérience intime et de la fiction, et jamais elle n'a montré de manière si lumineuse le pouvoir rédempteur des mots, qu'elle tisse comme un enchantement.
Présentation de l'éditeur