Une femme étrange

Couverture non disponible
Ames Williams Ben
Ed. Phébus

François Truffaut professait la plus vive admiration pour ce roman publié en 1940, l'un des plus violemment ' incorrects ' de la littérature américaine, aux côtés de la Lolita de Nabokov et du Destin de Mr Crump de Lewisohn... Nous est contée l'irrésistible ascension d'une femme née parmi les pauvres et qui décide de conduire sa vie selon les seules injonctions de son désir, à travers une société corsetée d'hypocrisie (celle de l'Amérique à la veille de la guerre de Sécession). La garce commence tôt : à quatre ans, la petite Jenny déploie déjà tout son talent pour séduire l'amant de sa mère, le beau lieutenant Carruthers, puis son propre père qui ne voit à la fin d'autre issue que de la battre comme
plâtre (elle y prend goût) pour ne point passer à des actes plus décisifs... Ils ne seront que les premiers d'une longue série de braves types - enfin, plus ou moins braves - qui passeront l'un après l'autre sous la coupe de l'intraitable créature, laquelle a, comme on dit alors, le diable au corps... et n'hésite pas à les pousser au crime, à la folie - en tout cas au pire. On en sort assez secoué, mais troublé plus encore, car le coup de génie de Williams est de nous conduire malgré tout à envisager l'existence du point de vue de son héroïne, sorte de Heathcliff au féminin (l'ombre des Hauts de Hurlevent plane sur le livre) : comme si son propos était de nous faire vivre, délivrés des chaînes menteuses de la ' moralité ' (mais non de celles de la morale, car Jenny souffre et ne cesse de passer outre à d'authentiques remords), une vie toute livrée à l'appel d'un désir d'autant plus impérieux qu'il est décliné au féminin - c'est-à-dire brimé (et poussé à bout) par le consensus des âmes ' vertueuses '. Ces dernières peuvent s'abstenir d'ouvrir ce livre ; quant aux autres...
Présentation de l'éditeur

Budapest

Budapest
Buarque Chico
Ed. Gallimard

« Je me suis retrouvé à Budapest à cause d'une escale imprévue, alors que je volais d'Istanbul à Francfort, où j'avais une correspondance pour Rio. La compagnie a offert aux passagers une nuitée dans un hôtel de l'aéroport et ne nous informerait que le lendemain matin que le problème technique qui avait provoqué cette escale en fait avait été une alerte anonyme à la bombe. Cependant, regardant distraitement à la télé le journal de minuit, j'avais déjà été intrigué en reconnaissant l'avion de la compagnie allemande garé sur une piste de l'aéroport. J'avais augmenté le son, mais le reportage bien sûr était en hongrois, la seule langue du monde, disent les mauvaises langues, que le diable respecte. J'ai éteint la télé, à Rio il était sept heures du soir, une bonne heure pour téléphoner chez moi : je suis tombé sur le répondeur, je n'ai pas laissé de message, à quoi bon dire : allô, ma chérie, c'est moi, je suis à Budapest, il y a eu un pépin avec l'avion, je t'embrasse. »
Tout en étant le héros et le narrateur de sa propre vie, José Costa - a priori condamné par sa profession de « nègre » à rester dans l'ombre - en est aussi le spectateur impuissant. À partir d'un arrêt forcé dans la capitale hongroise, les événements semblent lui échapper, et son existence ressemble de plus en plus à un jeu de pistes linguistique et sentimental entre deux villes, deux langues, mais aussi entre deux femmes, loin de la vie tranquille et sans éclat qu'il menait auparavant.
Ce troisième roman de Chico Buarque, hilarant tour de force littéraire qui nous mène des plages d'Ipanema aux bords du Danube, recèle une réflexion très originale sur les questions d'identité et de langue.
Présentation de l'éditeur

Moby Dick

Moby Dick
Melville Herman
Ed. Phébus

Texte français d'Armel Guerne

Pour les aficionados de Melville et de Guerne, la traduction que ce dernier a donnée de Moby Dick (en 1954, aux éditions du Sagittaire) est un monument indépassable : le traducteur-poète est allé jusqu'à s'initier au parler ' salé ' des matelots américains du XIXe siècle, tel qu'il se trouve consigné dans les anciens lexiques marins ; et surtout jusqu'à s'inventer un français hautement ' melvillien ', puisque le grand romancier aimait à dire qu'il n'écrivait pas en anglais mais en outlandish... la langue du grand Ailleurs. Cette traduction est restée la plupart du temps introuvable au cours du dernier demi-siècle. On envie déjà le plaisir et la surprise de ceux qui auront à découvrir sa riche et rude saveur - que reconnaîtront tous ceux qui ont fréquenté d'un peu près le vieil océan. Quant au livre lui-même... resté à peu près inconnu du public au temps de Melville, il n'aura été vraiment découvert qu'au XXe siècle, où sa violente modernité paraissait enfin accordée à la période de tempêtes qu'inaugurait alors l'Histoire - jusqu'à passer aujourd'hui aux yeux de certains, aux yeux de beaucoup, comme le plus grand roman de la littérature américaine. Moby Dick, qui peut se lire comme le plus formidable des récits d'aventures, est en effet autre chose et bien plus que cela. Car par-delà les tribulations du capitaine Achab lancé à la poursuite de la Baleine blanche se profile une autre quête : celle d'une humanité embarquée de force à bord d'une histoire qui reste pour elle un mystère.
Présentation de l'éditeur

Le dernier amour du président

Le dernier amour du président
Kourkov Andre
Ed. Liana Levi

Président de la République d'Ukraine ? Rien ne prédispose Sergueï Bounine à occuper ce poste. Son imprévisible ascension, dénuée de coups bas et d'ambition personnelle, se fait presque malgré lui. De la fenêtre de sa salle de bains, son point d'observation préféré, il se remémore le passé : les années de jeunesse à la sauce communiste, un frère jumeau pas si fou que ça, une mère préoccupée d'arrangements avec le système, le vieux David Isaakovitch amoureux de sa cabane sur une île au milieu du Dniepr... Et maintenant, il lui faut affronter le post-communisme, la greffe d'un nouveau coeur et tous ceux qui rêvent de l'empoisonner... Un roman prémonitoire.
Présentation de l'éditeur

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes russes

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes russes
Shteyngart Gary
Ed. L'Olivier

Juif, Russe, Américain, New-Yorkais, 25 ans, études brillantes, issu d'une famille parfaitement assimilée (père médecin, mère femme d'affaires), Vladimir Grishkin s'ennuie dans les bureaux insalubres d'une association d'aide à l'insertion des immigrants. Vladimir a de l'humour, un accent charmant. Et il est très malin. Peu scrupuleux, il est tout de suite repéré par un certain Ribakov, lequel en échange d'un vrai passeport lui promet une vie meilleure... à Prava, capitale d'un pays imaginaire en Europe de l'Est.

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes raconte l'assimilation à l'envers - autant dire la désintégration - d'un émigrant chic renonçant à Manhattan pour s'improviser mafieux dans un monde à la Kusturica. Picaresque, loufoque et savant, pas toujours moral, ce roman totalement cosmopolite, et qui se moque de tous les clichés, est aussi «une manière de corriger l'Histoire».
Présentation de l'éditeur

A la Voltaire. Roman à l'ancienne

A la Voltaire. Roman à l'ancienne
Axionov Vassili
Ed. Actes Sud/Lettres russes

A la Voltaire repose sur un canevas historique : Catherine II, tsarine libérale, amie des lumières, a subi l'influence de Voltaire et a entretenu avec lui une correspondance qui a duré, après son accession au trône, jusqu'à la mort de l'écrivain. De cette situation, Vassili Axionov a tiré une oeuvre fantasmagorique où la correspondance assidue débouche sur une rencontre entre les deux prestigieux interlocuteurs, et nous convie à un vrai feu d'artifice dont Voltaire est l'astre central.
Dans ce roman picaresque, très XVIIIe siècle, on apprend tout des amours malheureuses du grand homme, la vérité sur l'affaire Calas, l'importance des pigeons voyageurs en temps de guerre, l'acuité des réflexions sur le servage en Russie dans les plus hautes sphères du pouvoir, etc. Sans oublier les deux jeunes godelureaux, agents secrets de la Souveraine, suivis depuis les premières pages et qu'on retrouve à la fin, 'pleins d'usage et raison', retirés sur leurs terres comme le père du prince André, héros d'un des romans-monuments de la littérature russe.
A travers cette mascarade court un fil conducteur grave, toujours présent, jamais pesant, un infini respect pour l'idée voltairienne de la tolérance et avec elle le refus des idées toutes faites, de la superstition, de toutes les contraintes, où se rejoignent la foi en la nature humaine de Voltaire et la recherche de 'l'Homme Bon' axionovien.
S'il faut en croire la critique unanime et le Booker Prize du meilleur roman russe 2004 décerné à l'auteur, Voltaire n'aurait pas tout à fait quitté la Russie. Déjà, en 1812, à Moscou avec Napoléon, Stendhal s'étonnait et se réjouissait de trouver les oeuvres complètes du grand écrivain dans tant de belles demeures... promises aux flammes.
Présentation de l'éditeur

Cendre

Cendre
Tonino Guerra & Lorenzo Mattoti (ill.)
Ed. Estuaire/Carnets littéraires

Cendre est un récit visionnaire en trois volets qui nous plonge dans un monde souterrain d'après l'apocalypse atomique. Sans emphase, sans le moindre effet sensationnel, Tonino Guerra nous emmène dans un enfer de silence et d'absence. Plus personne sur cette planète ? Si, quelques humains qui ont échappé à la catastrophe. Avec eux, c'est d'un retour fragile à la vie que nous parle l'auteur, et de la renaissance d'un espoir au-delà de la folie destructrice qui a plongé l'humanité dans les ténèbres.
Fruit d'une collaboration créative très étroite, Cendre est une oeuvre insolite et originale dans laquelle s'associent magistralement les pouvoirs narratifs et poétiques de l'écriture et de l'image. Dans une langue sobre et incantatoire, Tonino Guerra se montre ici poète et scénographe, aux côtés de Lorenzo Mattotti qui pratique avec le talent qu'on lui connaît l'alternance entre le trait noir, plus narratif, et la couleur, source d'émotions plus vives.
Présentation de l'éditeur

La mystérieuse flamme de la reine Loana

La mystérieuse flamme de la reine Loana
Eco Umberto
Ed. Grasset

Yambo sort d'un coma en n'ayant plus aucune mémoire affective. Qui est-il ? Il a tout oublié de sa famille, son métier, son passé, ses amis, son enfance, des femmes qu'il a aimées ? Par Gratarolo, son médecin traitant, Paola, son épouse, Gianni, son ami, Amalia, gardienne d'une maison de campagne immense au grenier chargé de secrets, il apprendra qu'il vit en 1991, qu'il a presque soixante ans, qu'il a enfants et petits-enfants, que son sourire a été irrésistible auprès du beau sexe et qu'il est libraire antiquaire mondialement connu sous son patronyme prémonitoire de Bodoni ?
Comme dans un jeu de piste, la mémoire de Yambo n'est d'abord que le souvenir des choses lues. Il retrouve ensuite, grâce à une mystérieuse flamme qui le parcourt quand il touche au plus profond de sa vie passée, quelques étapes de son itinéraire de jeune garçon à l'époque de Mussolini. Un deuxième accident dû à une trop forte émotion le replonge dans le coma. Et là, à l'insu de tous, Yambo se souvient : de son rôle tragique dans la Résistance italienne, de la vengeance mythique de son grand-père adoré, de Gragnola, l'anar diabolique et tendre, et par-dessus tout, de l'inoubliable amour de sa jeunesse, Lilla.
A travers la recherche de la jeune fille aimée, ce roman restitue par les yeux d'un enfant la chronique familiale et politique des vingt années du fascisme italien. Une fresque intime et historique, pleine de la fureur des livres, de bulles de BD, de dessins et de photos de revues, de chansons et de musique, comme seul Umberto Eco pouvait nous la peindre, avec sa science joueuse et son humour, ses larmes et ses éclats de rire. Entre l'enfer de l'Histoire, le purgatoire de l'enfance et le paradis de l'amour, jusqu'à la dansante apocalypse finale.
Présentation de l'éditeur

Correspondance avec le Scriblerus Club

Correspondance avec le Scriblerus Club
Swiff Jonathan
Ed. Allia

Lorsque vous penserez au monde, donnez-lui de ma part un coup de fouet de plus. J'ai toujours haï toutes les nations, les professions, les communautés, et je porte tout mon amour vers les individus. Par exemple, je hais la tribu des hommes de loi, mais j'aime le conseiller untel, le juge untel, et de même avec les médecins (je ne parlerai pas de mon propre commerce), les militaires, les Anglais, les Ecossais, les Français, et le reste, mais par-dessus tout je hais et je déteste cet animal appelé homme, quoique j'aime chaleureusement Jean, Pierre, Thomas, et ainsi de suite. Tel est le système par lequel j'ai gouverné ma vie pendant des années (mais n'en dites rien), et je continuerai ainsi jusqu'à en avoir fini avec eux. J.S.

La correspondance de Jonathan Swift (1667-1745) avec le Scriblerus Club court de 1713 à 1743 constitue une oeuvre à part entière. Ces 205 lettres écrites sur un ton familier, drôle et mordant rendent compte de l'intimité de l'écrivain, éclairent son oeuvre et son caractère, mais offrent aussi un panorama de l'Angleterre de cette époque en littérature, en politique ou dans la vie quotidienne.

Un amant très vétilleux

Un amant très vétilleux
Manguel Alberto
Ed. Actes Sud/Un endroit où aller

Ah, la beauté parfaite de cette forme arrondie ! Etait-ce un coude ? Etait-ce un svelte genou ? Etait-ce un élément de cette anatomie secrète que je n'aurais pu nommer ? Peu m'importait. (...) Cette petite parcelle de femme scintillait et frémissait sous l'effet de la main, et elle me semblait si parfaite, si immaculée dans son existence distincte que j'eusse souhaité connaître un sortilège qui l'eût placée en ma possession, afin de la garder comme un oiseau dans une cage ou un diamant dans un écrin.
Présentation de l'éditeur