Les corrections

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Franzen Jonathan
Ed. L'Olivier

Il se peut bien que Jonathan Franzen ait réussi un coup de maître : son roman est aussi brillant

que ceux des intellectuels « postmodernes » qu'il admire tant mais infiniment plus accessible. Comme Don DeLillo ou William Gaddis, il éblouit le lecteur de riffs incisifs sur la vie contemporaine, mais plutôt que de livrer sa vision du monde au travers de feux d'artifice rhétoriques un peu froids ou d'intrigues byzantines, il l'intègre à la vie de caractères à l'humanité touchante.
Une telle simplicité pourrait paraître suspecte, mais c'est justement là la grande idée?
Jonathan Franzen donne un nom à l'Amérique : la famille Lambert. Pour un continent entier en train de sombrer dans la folie, il nous offre de vrais personnages que nous pourrons rappeler et citer en exemple.
Le père, Alfred, ingénieur retraité de la Midland Pacific Railroad, glisse doucement vers la démence, alors qu'une de ses propres inventions inspire un géant pharmaceutique dans un développement révolutionnaire du traitement de sa maladie. Sa femme, Enid, dévouée jusqu'à l'obstination, s'enfonce dans le déni, tout comme leurs enfants, chacun à sa façon. Chip, qui a ruiné sa « sinécure » académique en séduisant une étudiante voit sa nouvelle carrière de scénariste s'effilocher. Denise, trente-deux ans, officie comme chef de cuisine dans un nouveau restaurant de luxe de Philadelphie et sa vie sentimentale semble perpétuellement tremper dans l'eau bouillante. Gary, l'aîné, est un banquier installé, « strictement matérialiste » qui se demande si son étouffant mariage n'est pas en train de le rendre complètement fou.
Chacun de ses personnages nous habite tour à tour, jusqu'à leur réunion, obsessionnellement orchestrée par la mère, pour un Noël familial qui se déroulera dans les larmes.
S'étirant depuis le Midwest des années 50 au Wall Street et à l'Europe de l'Est d'aujourd'hui, Les corrections entraîne le monde discret des vertus civiques et des inhibitions sexuelles dans une collision violente avec l'ère de la surveillance domestique, des démissions parentales, des remèdes chimiques instantanés et de la cupidité mondialisée.
Drôle et corrosif à la fois, captivant, puissant, lyrique et profondément émouvant, Les corrections est une performance constante d'une intelligence humaine absolument éclectique et totalement compassionnelle.

La Compagnie ou les mémoires d'un meurtrier

La Compagnie ou les mémoires d'un meurtrier
Edge Arabella
Ed. Actes Sud

Pour le plus grand malheur de la centaine de survivants du naufrage du Batavia - fleuron de la flotte de la Compagnie des Indes néerlandaises -, Jeronimus Cornelisz, apothicaire déchu mis au ban d'Amsterdam, est du nombre des passagers. Rusé, criminel dans l'âme, il va progressivement prendre de l'ascendant sur la foule disparate - des notables, des soldats, des femmes et des enfants -, éliminer ceux qui le gênent, organiser la terreur, s'approprier les biens et les êtres. Dominer la femme que jamais il n'aurait pu approcher autrement.
Narrateur du voyage, du naufrage puis du quotidien des rescapés, Jeronimus règle ses comptes avec son passé d'individu méprisé. Suffisamment cynique et vicieux pour savoir que les hommes sont veules et égoïstes, à l'image de tout ce que cachait l'opulente Amsterdam du XVIIe siècle, il pose dans les pages de son carnet une suite d'actes criminels accomplis avec le plus complet sang-froid.
Présentation de l'éditeur

Un parapluie pour ce jour-là

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Genazino Wilhelm
Ed. Christian Bourgois

« Avant, je supposais que les êtres humains se regardaient parce qu'ils avaient toujours peur d'apprendre de mauvaises nouvelles.

Puis je croyais qu'en se regardant, ils cherchaient des mots pour comprendre l'étrangeté de la vie. Car, dans les regards des gens, cette étrangeté volette sans cesse de-ci de-là, sans jamais se laisser regarder, toutefois. Aujourd'hui, je ne pense plus guère, je regarde seulement autour de moi. Comme on peut le constater, ce faisant, je me suis mis à mentir. Car il est impossible de se promener dans les rues sans penser. »
Si un livre mérite qu'on dise de lui qu'il a de la grâce, c'est bien celui-ci. Genazino et son protagoniste sont de merveilleux équilibristes qui, tout au long du livre, se maintiennent en l'air comme par miracle.
L'homme qui est au centre du roman exerce l'étrange profession d'essayer des souliers faits main pour le compte d'un fabriquant de chaussures de luxe. Après les avoir portées un certain temps, il rédige un rapport sur leurs qualités et leurs insuffisances . Ce qui lui convient bien puisque, « pour des raisons de fuite », il marche beaucoup.
Ainsi, en flânant à travers la ville, il observe les détails de la vie quotidienne qui le renvoient à des questions d'ordre général et parfois métaphysique? Par jeu, lors d'une conversation, il invente un institut pour
« l'art du souvenir et de l'expérience essentielle » dont la vocation fantôme est d' « accueillir des gens qui ont l'impression que leur vie n'est rien d'autre qu'une longue journée de pluie et que leur corps n'est autre chose que le parapluie pour cette journée-là. »

Achille au pied léger

Achille au pied léger
Benni Stefano
Ed. Actes Sud

Ulysse, auteur en mal d'inspiration, travaille dans une petite maison d'édition du nom de Forge qui, face à une concurrence de plus en plus déchaînée, est menacée de perdre son âme. Frappé par des accès de sommeil impromptus et poursuivi, jusque dans ses rêves, par les auteurs des manuscrits qu'il doit lire, il se réfugie dans son amour pour Pilar - Pénélope, une BTLSPS (beauté typiquement latino sans permis de séjour), mais cède également volontiers aux avances de sirènes telles que Circé, secrétaire du directeur de la maison d'édition...
C'est alors qu'Ulysse reçoit un étrange courriel provenant d'un certain Achille, qui souhaiterait lui parler. Intrigué, il accepte et découvre, au fin fond d'un palais bourgeois, un jeune homme cloué à vie dans un fauteuil roulant. Une amitié hors du commun naît entre eux ; elle bouleversera leurs existences.
Virtuose dans l'art de jongler avec des situations désopilantes, Stefano Benni, grâce à sa langue inventive et moqueuse, crée un univers à la fois fantastique et étonnamment familier.
Présentation de l'éditeur

L'empire du mûrier

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Hensher Philip
Ed. Lattès

Au printemps de l'année 1839, la puissante armée de l'empire britannique entre en grande pompe en Afghanistan.

Trois ans plus tard, il ne restera qu'un seul survivant de l'impressionnant contingent de quatre mille soldats et des douze mille personnes qui composaient sa suite.
Le célèbre explorateur Alexander Burnes, partagé entre Londres, Kaboul et les Indes, se retrouve ainsi mêlé au Grand Jeu que se livrent l'Angleterre et la Russie et dont l'Afghanistan est le théâtre? L'aventure se soldera dans un bain de sang.
Un roman au souffle épique dans la pure tradition anglaise où la richesse du style le dispute à l'art du conteur.

Les Mange-pas-cher

Les Mange-pas-cher
Bernhard Thomas
Ed. Gallimard/Du monde entier

Voici l'un des plus beaux textes de Thomas Bernhard. Il date apparemment de la fin des années soixante-dix, et l'on y retrouve bien sûr les thèmes habituels : l'existence 'au degré de difficulté le plus haut' d'un 'être de l'esprit' engagé dans une recherche totale et mortelle. Ici, c'est la physiognomonie appliquée à quatre personnages ordinaires rencontrés à la cantine populaire (à ce qu'il y a de plus quotidien donc), dans le discours bernhardien en abyme, et en écho aux périodes difficiles dont parlent les romans autobiographiques.
Mais au-delà de la thématique, ce texte est peut-être surtout, lui aussi, une composition grandiose, une magnifique dentelle, une partition magistrale dont les amateurs auront le plus grand plaisir à découvrir une variation supplémentaire.
Présentation de l'éditeur

Un vrai crime pour livre d'enfant

Couverture non disponible
Hooper Chloe
Ed. Christian Bourgois

En Tasmanie, à la Pointe du Cygne noir, un coin bien tranquille où personne ne ferme sa porte à clef,

les adultères vont bon train? et finissent parfois dans le sang.
Sous les apparences d'une classique histoire d'adultère et de vengeance, ce premier roman distille des richesses inestimables. La jeune Chloe Hooper réussit en effet le tour de force de combiner roman policier, roman d'apprentissage, roman historique et conte (cruel) pour enfants. Sans oublier une réflexion sur la mécanique de l'écriture elle-même, par le biais de multiples récits enchâssés. Le vertige naît de ce que toutes ces pièces s'emboîtent de façon presque trop parfaite. Avec son élégance raffinée, ses images qui font mouche, son sens rare du réalisme magique, Chloé Hooper est une styliste hors pair. Le mystère, la perversité, l'érotisme, la sourde violence s'épaississent à chaque page mais sont toujours ponctués d'un humour caustique qui évoque les meilleurs romanciers de l'école anglo-américaine.

Calypso de nuit

Calypso de nuit
Scott Lawrence
Ed. Sabine Wespieser

En 1938, le Dr Vincent Métivier, descendant d'une famille créole française, vient de prendre en charge la léproserie située sur la petite île de El Caracol, au large des côtes de l'île de Trinité. Il se voit confier par des prêtres, impuissants à le soigner, le jeune Théo, un garçon noir d'une douzaine d'années, muet le jour et agité la nuit par d'étranges calypsos, cauchemars où affleurent les bribes d'une enfance traumatisée.
Son seul soutien réel, il le trouve en Madeleine Weil, une jeune infirmière devenue S?ur Thérèse lors de son entrée dans la congrégation présente sur l'île : installée ici pour poursuivre des recherches scientifiques qui la passionnent, elle a aussi été poussée à fuir les prémices de la guerre par son père, juif et communiste resté en Europe.
Alors que Vincent est ramené par Théo à sa jeunesse et à l'oppression des minorités, il vit avec Thérèse une histoire d'amour exacerbée par le nécessaire secret qui l'entoure comme par la crise qui gronde sur fond d'émeutes raciales. Thérèse quant à elle attend avec une angoisse grandissante des nouvelles de son père.
Autour de ces trois personnages, confrontés à leur propre passé, aux rumeurs du conflit lointain mais aussi déchirés entre la logique du savoir médical et l'obscurantisme des religieuses, se noue un roman polyphonique, magnifiquement ancré dans une nature exubérante et tropicale qui amplifie les sentiments et les douleurs.
Calypso de nuit est une véritable saga romanesque, portrait réussi d'un microcosme bouleversé par les passions et les événements historiques proches ou lointains.
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La moitié d'une vie

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Naipaul V.S.
Ed. Plon/Feux croisés

L'année de ses dix-huit ans, alors qu'il roule vers le minigolf local avec ses amis, Darin percute mortellement une jeune cycliste. Personne n'a jamais su pourquoi elle s'était déportée brutalement, se jetant sous les roues de la voiture. Tous les témoins ont certifié qu'il n'aurait rien pu faire pour l'éviter.

Une seule chose est sûre, cet accident a scellé à jamais leurs deux destins.

Dix-huit années plus tard, Darin Strauss revient sur ses pas et parvient, enfin, à mettre des mots sur l'indicible.

Je suis monogame

Je suis monogame
Van der Jagt Marek
Ed. Actes Sud

Eclairé par une pratique assidue de l'autoanalyse, Marek van der Jagt livre ici une confession amoureuse ironique, originale et actuelle. S'il évoque et cite quelques célèbres 'activistes' de l'amour - de don Juan à Stendhal -, c'est afin de mieux nous exposer son cas personnel : un besoin inné de passion exclusive, voire fusionnelle, penchant qu'il tenta longtemps de guérir... par une multitude d'aventures successives. Monogame certes, mais à condition que toutes ses maîtresses le soient...
Un jour, le grand amour semble finalement possible, ou presque. Cette jalousie qui le tenaille n'est - elle pas la preuve irréfutable qu'un changement s'opère ? Mais comment prouver à l'élue la sincérité de son amour ? Et comment être sûr de la sienne ?
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