La méthode de l'expédient

La méthode de l'expédient
Corinne Enaudeau & Patrice Loraux (dir.)
Ed. Kimé

Procédé exceptionnel qu'on s'autorise dans une situation embarrassante, l'expédient a certes une efficacité potentielle, mais une faible consistance théorique. Impuissant à se justifier, illégitime en son principe, c'est pourtant lui qui pallie les défaillances de la démarche régulière, lui qui atteste que la pratique est toujours plus et autre que ce qu'en a décidé la théorie.

Corinne Enaudeau et Patrice Loraux ont imaginé de réunir des représentants de différentes disciplines (mathématiques, philosophie, psychanalyse, droit, sociologie, anthropologie, traduction) pour réfléchir sur le statut théorique de l'expédient, ce parent pauvre de la rationalité. Par-delà la diversité des domaines concernés, l'exercice de tout métier - intellectuel aussi bien - remet de fait en chantier les règles de la méthode constituée. La nécessité de poursuivre en dépit des incertitudes conduit à user de ressources improvisées mais indispensables. Parce qu'il est le ressort de la démarche effective, l'expédient demande à la méthode de prendre acte de son premier ennemi : l'impasse où nous immobilise l'obstacle imprévu.

L'art de suppléer inopinément au déficit pratique serait cette paradoxale 'méthode de l'expédient' que les textes ici rassemblés interrogent.
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Le monde moderne et la question juive

Le monde moderne et la question juive
Morin Edgar
Ed. Seuil

La condition juive dans l'histoire moderne exige d'être traitée dans toute sa complexité, donc sa difficulté. Je me suis attelé à cette tâche, autant pour concevoir les temps modernes dont on ne peut abstraire le ferment juif, que pour concevoir la question juive dont on ne peut abstraire la question des temps modernes. Bien que je veuille avant tout comprendre et faire comprendre, je sais que la compréhension est souvent mal comprise, et je ne peux affronter ce travail sans crainte ni tremblement.

La notion de juif était claire quand elle indiquait une identité à la fois de nation, de peuple, de religion. Dès lors que les juifs ont participé à la culture et à la citoyenneté des gentils, la disjonction entre juif et gentil a masqué la jonction accomplie entre ces deux termes devenus complémentaires mais pouvant demeurer antagonistes selon les développements du moderne antisémitisme (racial) qui succède au vieil antijudaïsme (religieux).

Au terme de cet essai, il a fallu considérer la tragédie provoquée par le nazisme, d'où est né l'Etat d'Israël, et où la notion de juif prend une nouvelle signification. Par malheur, l'implantation d'Israël en terre islamique a créé une nouvelle tragédie d'ampleur planétaire. E. M.
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La société du mépris

La société du mépris
Honneth Axel
Ed. La Découverte/Armillaire

Les individus ont souvent - et à raison - le sentiment de vivre dans une société du mépris. Ils perçoivent que l'accroissement des possibilités de réalisation de soi conquises au cours du XXe siècle donne lieu aujourd'hui à une récupération de ces idéaux par le néolibéralisme. N'est-ce pas là un paradoxe ? Comment expliquer que les progrès des décennies passées soient à ce point détournés pour légitimer une nouvelle étape de l'expansion capitaliste ? Comment, à l'inverse, concevoir une théorie critique de la société lorsque les exigences d'émancipation dont elle se réclame se muent en idéologie ?

Autant de questions abordées ici par le philosophe et sociologue Axel Honneth, à la lumière d'une pensée profondément originale. Les textes de ce volume offrent un aperçu du chantier théorique dans lequel il est engagé de longue date. Inscrit dans le sillage de la philosophie sociale de l'École de Francfort dont il est un des représentants contemporains majeurs, il reconstruit ses orientations de fond pour mieux pointer son actualité. Il s'emploie surtout à mettre au jour les « pathologies sociales » du temps présent, qu'il analyse comme des évolutions affectant les conditions fondamentales d'une vie sociale réussie.

Ce geste critique s'inscrit au plus près de l'expérience sociale des sujets sociaux soumis au mépris et s'articule avec force à une morale de la reconnaissance. Ce livre traduit un effort rigoureux pour concevoir une théorie critique de la société offrant des perspectives nouvelles et précieuses pour affronter certains enjeux politiques et sociaux majeurs du XXIe siècle.
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Atmosphères de la politique. Dialogue pour un monde commun

Atmosphères de la politique. Dialogue pour un monde commun
Bruno Latour & Pascuale Gagliardi (dir.)
Ed. Empêcheurs de penser en rond

La scène se passe à Venise. Le genre est celui de la conversation, comme ceux que l'on publiait si volontiers au siècle des Lumières. Qui sont les personnages ? Une assemblée de délégués - philosophes, historiens, anthropologues, artistes - porte-parole autorisés mais qu'aucune instance supérieure n'a pourtant mandatés pour négocier avec les autres. Quel est le thème ? Un sentiment partagé de crise aiguë : la vie politique est devenue difficile, il n'y a plus de monde commun. Quelle est l'intrigue ? Les participants ne veulent pas s'entendre trop rapidement. Ils achoppent sur chaque définition : comment se parler ? comment rendre un peu respirable l'atmosphère du bon gouvernement ?

Là-haut sur le dôme étincelant, Saint Georges dresse sa lance aiguisée : « Donc c'est la guerre ? » À moins que... Trois jours, ils ont trois jours pour décider. Le bras de Saint Georges s'est levé.
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Le silence des prophètes. La falsification des Ecritures et le destin de la modernité

Le silence des prophètes. La falsification des Ecritures et le destin de la modernité
Margel Serge
Ed. Galilée/La philosophie en effet

Au coeur des trois monothéismes, le discours prophétique surgit comme une parole de violence, un hurlement qui annonce le malheur, une lamentation qui fonde et tout à la fois menace l'autorité des Écritures.

La figure du prophète joue un rôle central dans l'établissement des religions du Livre. Il est un messager, un médiateur, un interprète : un envoyé de Dieu, qui représente à lui seul la possibilité d'une révélation divine. Le prophète est donc à la source ou au fondement de toute religion révélée, mais, en même temps, il accuse tout représentant du pouvoir de n'avoir pas écouté la vraie parole de Dieu, donc d'abuser du pouvoir, et, en ce sens, il menace l'autorité des religions instituées. D'où la nécessité de le mettre au silence, de l'exiler, voire de le tuer.

En lui-même, le prophète révèle la crise des fondements de toute institution sociale et dévoile cet état de ruines sur lesquelles vont s'élaborer une nouvelle définition du religieux et de nouveaux rapports entre religion et société. Le « rationalisme des grandes prophéties », comme l'écrit Max Weber, est le lieu critique du discours, où le christianisme naissant fonde sa théologie de l'incarnation, d'un Verbe ou d'une Parole révélée sans intermédiaire ni médiation. Mais il est aussi le lieu d'émergence d'un certain criticisme, qui ouvre l'horizon d'une histoire de la modernité.

Il s'agira ici non seulement de reconstituer la formation du discours prophétique, parmi les trois monothéismes, mais encore de soumettre ce discours aux enjeux critiques de la modernité, portés par Spinoza et Freud lorsqu'ils avancent l'un et l'autre l'idée d'une falsification des Écritures. Le premier, en instaurant une méthode d'interprétation pour renverser l'idéologie religieuse d'une tradition des Écritures, et le second, en développant une réflexion sur le meurtre de Moïse, son refoulement par la tradition et l'annonce de son retour par la rébellion des prophètes. Mais là où Spinoza élabore une « déconstruction du Pentateuque », Freud y inscrit les « conditions d'un retour du refoulé ». Deux discours critiques de la modernité qui permettront d'en situer le destin au sein des religions du Livre.
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Exercice en christianisme

Exercice en christianisme
Kierkegaard S?ren
Ed. Félin/Les marches du temps

Indøvelse i Christendom [Exercice en christianisme] paraît en 1850. Publié sous le nom d'Anti-Climacus, c'est le dernier grand livre pseudonyme de Kierkegaard et peut-être le moins lu. Rassemblant trois grandes méditations sur la Parole, il constitue pourtant, à de nombreux points de vue, l'achèvement d'une production particulièrement abondante, extraordinairement diversifiée et déroutante. Achèvement, d'abord, d'une longue réflexion sur le «devenir chrétien» qui trouve ici son expression la plus intransigeante, la plus acérée, parfois la plus violente : écrit par un pseudonyme «supérieur», c'est-à-dire supérieur à Kierkegaard lui-même, «chrétien au plus haut degré» ou représentant de l'idéalité du christianisme, ce livre n'est pourtant rien de théologique et si l'on voulait y voir par ailleurs une apologie du christianisme, c'en serait une forme bien particulière, luttant contre toute défense émolliente qui en affaiblirait la difficulté, stigmatisant la trahison par la religion instituée du scandale essentiel qu'il représente pour l'esprit, renvoyant brutalement le croyant au Modèle paradoxal et souffrant et à la solitude vertigineuse de la décision de croire. Mais c'est aussi l'achèvement d'une philosophie qui s'est inlassablement employée à faire ressurgir le fait, la structure et la tâche de la subjectivité existante contre toute tentative de dilution ou de dépassement dans le «Système», produisant à vif des catégories, découvrant des structures (contradiction, situation, compréhension, contemporanéité) et une théorie de la vérité qui marquera le XXe siècle. Enfin, ce livre constitue, et notamment par le dernier état d'une réflexion continue sur la communication, une forme de point final à une stratégie d'écriture philosophique totalement inédite, qui a vu s'entrelacer écriture pseudonyme et écriture autonyme et se bâtir une pratique discursive à la fois multiple et cohérente, bousculant les frontières entre philosophie, littérature et langage religieux, que réclamait un «objet», le fait d'exister, irréductible au Concept et au discours philosophique traditionnel. Par le truchement d'Anti-Climacus et de son rapport à tous les auteurs qui se rassemblent sous le nom de Kierkegaard, le philosophe trouvait, définitivement, sa voix.
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Singulière philosophie. Essai sur Kierkegaard

Singulière philosophie. Essai sur Kierkegaard
Delecroix Vincent
Ed. Félin/Les marches du temps

La place généralement attribuée à Kierkegaard dans l'histoire de la philosophie témoigne toujours d'un certain embarras. Lui qui, ironiquement, prétendait avoir, au moment même où il écrivait, une place déjà réservée dans la grande nécropole des philosophies disparues, il n'a cessé d'importuner ceux qui ont voulu l'enterrer. Qu'était-il ? Philosophe anti-hégélien, incarnant la réaction de la subjectivité concrète contre le système abstrait de la métaphysique à son achèvement ? Père de l'existentialisme ? Chrétien torturé ? Ironiste et «penseur privé» ? Polémiste ? «Poète du religieux» ? Simplement écrivain ? Cet essai voudrait montrer que cette incertitude tient au fait que Kierkegaard ne construit pas seulement des catégories philosophiques qui vont marquer l'histoire de la philosophie au XXe siècle, de Heidegger à Gadamer ou Wittgenstein, mais qu'il invente surtout une nouvelle manière de philosopher. Car la «pensée existentielle», une philosophie qui veut penser le fait même de l'existence dans ce qu'il a d'irréductible au Concept, nécessite un autre discours - une autre façon de parler, de bâtir des concepts, mais aussi de s'adresser au lecteur et de se faire comprendre de lui. Et pour remplir cette exigence, la littérature peut venir au secours de la philosophie : elle construit des fictions et installe un philosophe en première personne dans un discours jusqu'alors funestement voué à l'impersonnalité, elle se donne un lecteur singulier et des jeux complexes de représentation qui doivent indiquer ce qui échappe généralement à l'objectivité du discours. Il faut alors moins examiner le contenu de cette philosophie que la forme qui en rend possible la production, cette singulière façon de philosopher, cette manière de philosopher au singulier et pour le singulier - la réinvention de l'acte de philosopher et d'écrire.
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Pèlerinage sur soi

Pèlerinage sur soi
Sidi Larbi Cherkaoui & Justin Morin
Ed. Actes Sud/Le souffle de l'infini

Né à Anvers en 1976, de père marocain et de mère flamande, Sidi Larbi Cherkaoui est aujourd'hui un chorégraphe et un danseur de renommée internationale. Son travail se singularise par une exceptionnelle ouverture au multiculturalisme, qu'il transcrit dans des pièces qui ont fait date, telles que Foi, Tempus fugit et In memoriam. Pèlerinage sur soi est une suite d'arrêts sur image qui permet d'aborder les thèmes qui fécondent la création de Larbi Cherkaoui, la mémoire, le temps, le partage.
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Une écologie humaniste

Une écologie humaniste
Gilles Clément & Louisa Jones
Ed. Aubanel

Gilles Clément est aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands paysagistes et théoriciens du jardin.

Personnalité à part parmi les paysagistes français, il prône avec énergie une nouvelle manière d'aborder le jardin qui privilégie son aspect dynamique et son évolution naturelle (le 'jardin en mouvement'), une intervention minimale du jardinier, des machines et des produits chimiques. Son credo : 'faire le plus possible avec et le moins possible contre' afin que le jardin reste un lieu de diversité et d'expression optimale des espèces, mais aussi de refuge pour les petits animaux sauvages (même les taupes !). Une démarche nécessitant une parfaite connaissance des biotopes et des interactions du monde vivant, donc une prise de conscience écologique.

Il défend ici, au travers des ses trois célèbres 'notions-outils' - le Jardin en Mouvement, le Jardin Planétaire et le Tiers-paysage une écologie humaniste à l'échelle mondiale en s'interrogeant sur la place de l'Homme dans ces écosystèmes en constante évolution. Vivrons-nous toujours en parasites ou désormais en 'bons jardiniers' ?

A la fois monographie et manifeste, cet ouvrage original est construit à deux voix. Louisa Jones dresse le portrait de l'homme, de sa démarche et de son style, mais aussi de ses combats, tandis que, prenant à son tour la parole, Gilles Clément nous conte l'histoire de chacun de ses jardins les plus célèbres, nous dévoilant la richesse et l'étonnante diversité - souvent méconnue - de son oeuvre.
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Histoire de la pensée arabe et islamique

Histoire de la pensée arabe et islamique
Urvoy Dominique
Ed. Seuil/Livre de référence

La pensée arabe et islamique est vieille de seize siècles et s'étend sur deux continents. C'est une pensée plurielle dans son inspiration comme dans son évolution, riche de débats, de controverses et de dissidences, où sauvegarde de la tradition et désir d'innovation se côtoient, se succèdent ou s'affrontent. Doctrines religieuses, systèmes philosophiques, théories scientifiques et engagements politiques s'y entrecroisent. Sunnites, chiites, mystiques soufis, mais aussi Arabes chrétiens ou judéo-Arabes en sont, au côté de beaucoup d'autres, les acteurs.

De l'examen des valeurs coraniques à l'étude de la crise de l'islam contemporain, des moments fondateurs aux événements tragiques qui marquèrent les débuts du troisième millénaire : pour appréhender cette histoire trop méconnue, il manquait un livre de référence. Le voici.
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