L'eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert

L'eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert
Keith Basso
Ed. Zones sensibles

« Fabrications humaines par excellence, les lieux sont ce que l’on en fait – ils sont tout ce qu’on les tient pour être –, et leurs voix désincarnées, immanentes bien qu’inaudibles, ne sont que celles de ceux qui se parlent à eux-mêmes en silence. Que font les peuples avec les lieux qu’ils habitent ? Cette question est aussi lointaine que les peuples et les lieux eux-mêmes, aussi lointaine que l’attachement des êtres humains envers certains endroits de la planète. Aussi lointaine, peut-être, que la notion de foyer (“notre terre” par opposition à “la leur”), aussi lointaine qu’un profond sentiment d’appartenance géographique », écrit Keih Basso dans l’introduction de L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert, son premier ouvrage traduit en français.

Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques, et autres mécréants

Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques, et autres mécréants
Minois George
Ed. Albin Michel

« Il y a plusieurs façons de ne croire en aucun dieu. On peut douter de tous, juger que la question de leur existence est indécidable, ou encore affirmer leur inexistence. Cela définit trois positions différentes : le scepticisme, l'agnosticisme, l'athéisme. Ce qui les rapproche ? De n'être pas religieuses. À la question 'Croyez-vous en Dieu ?', les partisans de l'un ou l'autre de ces trois courants peuvent en effet, en toute rigueur, apporter la même réponse : 'Non.' C'est ce qui justifie que Georges Minois ait pu les rassembler dans un même et remarquable dictionnaire : tous sont des mécréants, si l'on entend par là, conformément à l'usage, quelqu'un qui ne croit pas en Dieu.& L'athéisme n'est pas une doctrine. On serait bien en peine de trouver une seule thèse positive qui soit commune à tous ses partisans, ou même à la plupart d'entre eux. C'est qu'ils ne s'accordent que sur ce qu'ils refusent. Ils n'ont en commun qu'une seule thèse, purement négative, que leur nom résume (athéos : 'sans Dieu') et qui suffit à les définir : ils pensent que Dieu, ou les dieux, n'existent pas. Pourquoi ? Comment ? Avec quels arguments ? Contre quels adversaires ? C'est ce que ce monumental dictionnaire - d'autant plus impressionnant qu'il est l'oeuvre d'un seul auteur - permet d'explorer. C'est un travail considérable, qui vient à son heure. Il était urgent, face à ce qu'on appelle parfois le 'retour du religieux' et qui prend trop souvent la forme d'une montée des fanatismes, de faire entendre d'autres voix, qui sont de liberté, de lucidité, de révolte et d'incroyance. »&  André Comte-Sponville

Le ferment et la grâce. Une ethnographie du sacré chez les Druzes d'Israël

Le ferment et la grâce. Une ethnographie du sacré chez les Druzes d'Israël
Armanet Eléonore
Ed. PUM

Fruit d'un long travail de terrain en Israël, cet ouvrage pionnier donne à comprendre le monde largement méconnu des Druzes. Faisant la part belle au sensible et à la sensorialité, Éléonore Armanet restitue le quotidien de la communauté où elle s'est immergée durant près de trois ans.

À travers les gestes, les attitudes et les paroles, elle met en évidence ce qui relève d'une poétique radicale : le lien du corps - et singulièrement du corps maternel - au sacré. Dans le monde druze, la vie éclôt comme une émanation des origines ; mise à l'abri comme peut l'être le ferment qui fera lever le pain, elle est promesse de grâce, de plénitude en devenir. Renouvelant la connaissance de la société druze, ce livre offre une contribution originale à la réflexion anthropologique encore balbutiante sur « la part féminine du religieux » (Vassas 2001) dans les monothéismes méditerranéens. Proposant des pistes novatrices pour l'approche comparative des trois religions abrahamiques, l'ouvrage s'adresse aux étudiants et aux chercheurs en anthropologie et en sciences des religions, mais aussi à tous les lecteurs curieux de découvrir une culture appréhendée dans son intimité.

La souveraineté

La souveraineté
Bataille Georges
Ed. Nouvelles éditions Lignes

La Souveraineté est l'un des livres les plus importants de Georges Bataille, en même temps que l'un des moins connus. Il devait tenir lieu de tome II de l'ensemble regroupé par lui sous le titre de La Part maudite (le troisième et dernier tome étant L'Érotisme). Abandonné, bien que presque achevé, il n'a jamais fait l'objet d'une publication séparée.

La Souveraineté est aussi l'un de ses projets les plus ambitieux, dans lequel il oppose sa conception de la souveraineté - soit «l'emploi des ressources à des fins improductives» - aux conceptions passées (religieuses) et récentes (le communisme) de la souveraineté.

«Bien entendu la souveraineté [...] ne peut être donnée pour le but de l'histoire. Je représente même le contraire : que si l'histoire a quelque but, la souveraineté ne peut pas l'être.»

«Le monde souverain a sans doute une odeur de mort, mais c'est pour l'homme subordonné ; pour l'homme souverain, c'est le mode de la pratique qui sent mauvais ; s'il ne sent pas la mort, il sent l'angoisse, la foule y sue d'angoisse devant des ombres, la mort y subsiste à l'état rentré, mais elle l'emplit.»

La construction humaine de l'islam. Entretiens avec Rachid Benzine et Jean-Louis Schlegel

La construction humaine de l'islam. Entretiens avec Rachid Benzine et Jean-Louis Schlegel
Arkoun Mohammed
Ed. Albin Michel

Penseur érudit et engagé, l'islamologue Mohammed Arkoun est connu pour ses remarquables travaux d'anthropologie de l'islam et ses combats contre toutes les formes d'intégrisme.

De ces entretiens, menés peu de temps avant sa mort avec Rachid Benzine et Jean-Louis Schlegel, se dégage un itinéraire humain et intellectuel d'exception, celui qui l'a conduit d'un petit village de Kabylie à la chaire d'« Histoire de la pensée islamique » à la Sorbonne, où il enseigna pendant plus de vingt ans. Ces échanges nous permettent de prendre la mesure de la lutte que ce grand savant a menée contre ce qu'il nommait « l'ignorance institutionnalisée », cause de l'antagonisme entre Islam et Occident.

L'originalité de son travail d'analyse du discours coranique et de sa lecture critique de la tradition montre que Mohammed Arkoun ne se contentait pas de l'histoire reçue des idées, comme l'illustre sa réflexion, tout à fait neuve, sur la célèbre sourate 9, qui pose la question de l'extension de l'alliance de Dieu avec les autres peuples et de l'énonciation d'une norme juridique.

Avec ses informations inédites et sa science alertement exposée, ce livre rend justice à Mohammed Arkoun, inlassable veilleur d'un islam humaniste.

L'homme jetable. Essai sur l'exterminisme et la violence extrême

L'homme jetable. Essai sur l'exterminisme et la violence extrême
Ogilvie Bertrand
Ed. Amsterdam

L'époque moderne, qui s'est ouverte avec les révolutions industrielles et l'universalisation du salariat, a engendré de nouvelles formes de violence. Parallèlement aux formes classiques de l'affrontement, de la guerre, du massacre, sont apparues des violences structurelles liées à la réorganisation économique et politique de la vie des êtres humains. Un mouvement d'exterminisme généralisé se fait jour, qui instrumentalise et institutionnalise les catastrophes naturelles, et qui organise l'utilisation et la consommation intégrale des forces de travail, la mise à mort de populations entières. Les exterminations des Arméniens, des Juifs, des Tsiganes, et la perspective d'une autodestruction de l'humanité (avec Hiroshima, le développement d'armes chimiques et les atteintes irréversibles portées à la biosphère) apparaissent ainsi comme des symptômes majeurs du XXe siècle, qu'aucune réflexion philosophique ne devrait négliger.

Désormais, la violence ne s'intéresse plus seulement aux comportements des êtres ou à leurs représentations, mais à leur statut même de vivants, à leur simple présence. Il ne s'agit ainsi plus simplement de cynisme et d'absence de préoccupation de l'avenir de la part des pouvoirs : ces formes nouvelles de violence entraînent une chosification systématique des êtres. La violence moderne est une violence naturalisée, rendue irreprésentable, réduite à une simple « gestion ». L'être humain n'est plus seulement superflu ou surnuméraire. Confronté pour la première fois dans l'histoire à la transposition dans le champ politique de l'irreprésentable du réel, à des formes de violences qui tentent de s'imposer comme l'expression d'une nature inéluctable, il est devenu « jetable ».

L'école de Francfort

L'école de Francfort
Durand-Gasselin Jean-Marc
Ed. Gallimard

Nul doute que l'École de Francfort, qui a regroupé des figures aussi importantes que Max Horkheimer, Walter Benjamin, Theodor Adorno, Herbert Marcuse, Jürgen Habermas ou Axel Honneth, est une matrice majeure de la philosophie contemporaine.

Nul doute cependant que repérer les traits constitutifs de ce qui, de manière d'ailleurs assez tardive, s'est appelé « École de Francfort » présente une certaine difficulté.

Quoi de commun, en effet, entre les fulgurances énigmatiques de Benjamin évoquant la figure baudelairienne du flâneur et la rude élaboration par Habermas d'une théorie de l'agir communicationnel ? Entre l'exigeante théorie de l'art d'avant-garde d'Adorno et celle du besoin de reconnaissance de Honneth, tournée vers la vulnérabilité ? Entre les aphorismes pessimistes de Horkheimer et la philosophie explosive du désir de Marcuse ? Où placer des figures importantes comme Neumann, Fromm ou Wellmer ?

À cette variété s'ajoute la discontinuité des générations, des expériences historiques, donc des références intellectuelles. Il y a d'un côté le pessimisme radical d'Adorno et de Horkheimer, tous deux ancrés dans une culture philosophique et intellectuelle allemande, mais liés par l'expérience du nazisme, du stalinisme et de l'exil ; Habermas et Honneth de l'autre, davantage réconciliés avec des institutions démocratiques consolidées par l'après-guerre, et se référant notamment à la psychanalyse anglo-saxonne, au pragmatisme, aux théories américaines de la justice ou au structuralisme français.

Jean-Marc Durand-Gasselin reconduit la diversité de ces penseurs à l'identité du projet d'origine : conjuguer les données empiriques, les enquêtes et les approches plurielles des sciences humaines pour décrire au plus près la réalité sociale.

Le lac inconnu. Entre Proust et Freud

Le lac inconnu. Entre Proust et Freud
Tadié Jean-Yves
Ed. Gallimard

On trouvera ici un inventaire des sujets que Proust et Freud ont traités, si nombreux qu'on ne les a sans doute pas abordés tous. Les deux hommes, s'ils s'étaient rencontrés, auraient eu tant de choses à se dire ! Dans un genre longtemps illustre, on rêve d'un dialogue des morts. Chaque thème découlant du précédent, en partant du rêve et jusqu'à la mort, nous avons espéré éclairer l'un par l'autre, comme si les discours alternés se fondaient en un propos unique : il faut être deux pour parvenir à la vérité. Ce que j'ai cherché, c'est à comparer deux intelligences, deux attitudes, deux comportements face aux hommes et au monde, face à soi aussi. Comme si, des deux termes de la comparaison, des deux pôles de la métaphore, pouvaient, je l'espère, jaillir une étincelle, une idée, une impression poétique. Ainsi se souviendra-t-on toujours de l'un quand l'autre parle.

J.-Y. T.

La solidarité écologique. Ce lien qui nous oblige

La solidarité écologique. Ce lien qui nous oblige
Mathevet Raphaël
Ed. Actes Sud

Notre époque connaît une phase d'épuisement des ressources naturelles, de révolution technologique, d'érosion de la biodiversité, d'altération de nos liens à la nature, de déficit de relations sociales, de perte de sens au sujet de notre « être au monde ». Comment convertir cet abattement ordinaire en une reconquête de l'avenir ?

Plutôt que de passer en revue les épreuves du temps, Raphaël Mathevet met en lumière une écologie de la réconciliation. Il invite à penser la biosphère qui nous porte, l'interdépendance des êtres vivants, entre eux et avec les milieux naturels, et ce à quoi nous oblige cette solidarité écologique. Celle-ci, avec la justice environnementale comme pilier, appelle à la responsabilité mais surtout enrôle le principe d'espérance pour refonder le souci de soi, le respect des autres - humains et non-humains -, dans un nouveau contrat naturel.

Cet essai engagé nous convie à la réflexion et à l'action. Il souligne les défis des controverses scientifiques, de l'écologie démocratique dans cette aire de transition qui s'offre à nous. En proposant un nouvel horizon, la solidarité écologique nous prépare à la grande transformation de nos sociétés. Au seuil de nos déraisons, elle seule permettra de poursuivre le chemin : assurément, c'est maintenant qu'il faut l'inventer.

Que diraient les animaux, si... on leur posait les bonnes questions

Que diraient les animaux, si... on leur posait les bonnes questions
Despret Vinciane
Ed. La Découverte

Est-ce bien dans les usages d'uriner devant les animaux ? Les singes savent-ils vraiment singer ? Les animaux se voient-ils comme nous les voyons ? À quoi s'intéressent les rats dans les expériences ? Pourquoi dit-on que les vaches ne font rien ? Etc. Ce livre pose vingt-six questions qui mettent en cause nos idées reçues sur ce que font, veulent et même «pensent» les animaux. Elles permettent de raconter les aventures amusantes ou stupéfiantes qui sont arrivées aux animaux et aux chercheurs qui travaillent avec eux, mais aussi aux éleveurs, aux soigneurs de zoo et aux dresseurs.

À la lecture de ces récits désopilants, on pourrait se demander si les animaux n'ont pas un sens de l'humour bien à eux : ils semblent parfois trouver un malin plaisir à créer des situations qui aboutissent à ce que les plus savants des spécialistes soient désarçonnés, obligés de faire de nouvelles hypothèses risquées et, toujours, de constater que les animaux ne sont pas si bêtes que ça... On se délectera de ces incroyables histoires qui nous obligent à faire, chemin faisant, de l'éthologie et de la philosophie. Après avoir lu ce livre qui se présente sous la forme d'un abécédaire, on ne regarde plus son chien de la même manière !