Connaître est agir. Paysages et situations

Connaître est agir. Paysages et situations<br />
Benasayag Miguel
Ed. Métailié/Noir

Pourquoi nous est-il si difficile d'agir face aux graves problèmes qui menacent nos sociétés, notre santé, la vie même? Serait-ce par manque d'informations, voire de connaissances? Pour Miguel Benasayag, ce n'est pas de ce côté-là qu'il faut chercher, mais plutôt de celui des modalités de la connaissance elle-même. C'est pourquoi, dans cet ouvrage, il s'efforce de comprendre les différents mécanismes de construction de notre perception du monde, de la réalité. Et d'étudier, au-delà de toute morale, les dispositifs par lesquels nous «mettons à distance» la réalité, en nous condamnant souvent à subir ses effets sans pouvoir agir.

La vieille querelle entre déterminisme et libre-arbitre apparaît ainsi comme un faux débat. Le défi, c'est de penser la liberté réconciliée avec le destin. Jadis, l'agir dépendait de Dieu. Puis on l'a confié à l'homme, lieu de la séparation entre la connaissance, l'agir et le monde. C'est ainsi que l'agir et ses possibilités deviennent une question: depuis où agit-on? Quelle serait la bonne optique? Si Dieu nous condamne à une trop grosse focale, l'individu, lui, nous condamne à un zoom trop prononcé. Le paysage, qui n'est pas un simple décor où l'on déambule, pourrait être cette bonne distance pour renouer avec une connaissance qui redevient agir. Il s'agit donc de comprendre les liens des hommes entre eux, les liens qui les tissent comme éléments d'un paysage.

L'auteur continue ici sa déconstruction du mythe de l'individu, ainsi que son travail sur l'éthique en tant que fragilité. L'objectif reste clair: une philosophie de la situation et de l'action.
Présentation de l'éditeur

Le voyage de Nietzsche à Sorrente et la genèse de la philosophie de l'esprit libre

Le voyage de Nietzsche à Sorrente et la genèse de la philosophie de l'esprit libre
D'Iorio Paolo
Ed. CNRS

Automne 1876 : Nietzsche, jeune professeur de philologie à Bâle, brillant élève de Ritschl, part pour Sorrente, invité par son amie Malwida von Meysenbug. C'est son premier voyage dans le Sud : une découverte qui va changer sa vie et le cours de sa philosophie. C'en est fini des tentatives de renouveler la culture allemande au nom de la cause wagnérienne ; l'auteur de La Naissance de la tragédie (1872) commence sa mue.

Paolo D'Iorio dresse la carte de cette métamorphose : lectures et discussions, promenades, explorations des environs avec son ami Paul Rée et l'étudiant Albert Brenner ; il fait revivre cette sociabilité joyeuse et confiante qui fertilise l'élan créateur de Nietzsche. C'est à Sorrente que Nietzsche entreprend la rédaction de Choses humaines, trop humaines, dédié à Voltaire. Cette oeuvre, la première sous forme d'aphorismes, inaugure sa philosophie de la maturité. La rupture avec Wagner qu'il verra alors pour la dernière fois, est intellectuellement consommée bien qu'encore cachée.

À la suite de ce voyage, Nietzsche abandonnera sa chaire bâloise et entamera une existence de philosophe sous le signe du Midi entre la Suisse, la France et l'Italie.

Technique, monde, individuation. Heidegger, Simondon, Deleuze

Technique, monde, individuation. Heidegger, Simondon, Deleuze<br />
Vaysse (dir.) Jean-Marie
Ed. Jonathan Cape

Lors d'un premier volume paru dans cette même collection il s'était agi d'élucider les enjeux des notions de monde, de vie et d'individuation d'Aristote à Heidegger et Deleuze. Dans le prolongement des perspectives ainsi ouvertes, le présent volume confronte en un premier temps Heidegger et Simondon autour de la question de la technique, en leur refus commun d'une approche purement instrumentale et anthropologique de la technique, permettant ainsi de penser ce qu'il en est du monde et des formes d'individuation du vivre à l'époque dite de la « mondialisation ». La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à la pensée de G. Deleuze dont on sait la dette à l'égard de Simondon et le rapport complexe à Heidegger. Sont ainsi mises en résonance trois pensées majeures du XX° s autour des questions de la technique, de l'individuation et de l'immanence : leurs divergences montrent comment se scelle leur amitié stellaire, stéréophonie d'une univocité en laquelle persiste à parler ce qui est aujourd'hui le chant de notre destin pour un autre commencement de la pensée.
Présentation de l'éditeur

Faites les fêtes

Faites les fêtes
Marmande Francis
Ed. Nouvelles éditions Lignes

Les fêtes populaires, sont contestées. Elles l'ont toujours été. Elles sont incontrôlables. C'est bien ce qui les fait « fêtes ». On les aime, on s'y aime, on s'y perd, on les fait. Les fêtes sont un savoir-faire, un savoir-vivre et un savoir-mourir. Une joie d'abandon.

Il ne viendrait à personne l'idée de contester les fêtes pomponnées : fêtes privées, Palace dans les années 1980, yachts, fantaisies du Fouquet's, Ibiza, tout ce qu'on ne sait pas. Mais on conteste à tout bout de champ les fêtes populaires : fêtes « vulgaires », fêtes « excessives », fêtes « alcoolisées », fêtes « braillardes », « violentes », « dévergondées »... Mais oui, mais oui !

Pomponnées ou populaires, les Fêtes, on n'y assiste pas.

On y va. On n'y participe pas : on les fait ou on ne les fait pas.

Avec leur extraordinaire festival de musiques de rue, de chants, leur joie collective, leur puissance d'attraction, leurs délires consentis, les Fêtes de Bayonne servent ici de point de départ. Universelles, elles ne sont pas les plus ceci ou les plus cela... Mais, de toutes les fêtes connues, ce sont d'assez loin les plus « fêtes de Bayonne ». Pas plus. Pas moins.

Les faire de 63 façons différentes depuis 1949 donne quelques idées.

Le néant. Contribution à l'histoire du non-être dans la philosophie occidentale

Le néant. Contribution à l'histoire du non-être dans la philosophie occidentale<br />
J. Laurent & C. Romano (dir.)
Ed. Fluide glacial/Audie

Si 'le néant n'a pas de propriétés', selon la formule de Malebranche, a-t-il cependant une histoire ? C'est à cette paradoxale question que le présent livre s'attache en cherchant à déployer les différentes significations de ce qui n'est pas, du radicalement non-étant parménidien jusqu'à l'être selon Heidegger qui, n'étant rien d'étant, est le Rien (Nichts) rendant possible la manifestation de l'étant. On le voit, l'histoire dont il s'agit ici est celle de la métaphysique, traversée par la tension entre un rejet pur et simple du néant, réduit à n'être qu'un mot (pour saint Augustin, Bergson et Carnap notamment), et, au contraire, l'affirmation d'une certaine positivité de ce qui ne relève pas directement d'une logique de l'être (pour Platon, Proclus, Scot Erigène, Maître Eckhart ou Schelling, par exemple). Loin d'impliquer nécessairement la disparition, l'absence ou la mort, le néant permet de penser l'altérité, la matière, le devenir, la liberté humaine ou la suréminence du Premier Principe. Certains des textes de ce volume étaient inédits en français, la plupart ont été retraduits en étant attentif au vocabulaire du néant qui cherche à en saisir la nature fuyante.
Présentation de l'éditeur

Thèses sur le concept de grève

Thèses sur le concept de grève
Institut de démobilisation
Ed. Nouvelles éditions Lignes

«Les présentes thèses se rejoignent sur un refus : celui de la pensée, tellement commune, mais morte, qui fait de la grève un moyen. Elles - chacune à leur manière, et des lieux divers d'où elles surgissent - contredisent ce dogme. Elles disent que la grève est la fin ; elles en chantent l'éloge. Car seul le désir vit d'être sans but.»

Ce livre fait de la grève, successivement, thèse après thèse, un sacrifice fait au soleil, acte de perte et d'orage (Bataille), un balbutiement et un saut par-dessus le savoir (Kleist), l'empêchement d'un devenir-message pour l'empereur (Kafka), une action (Arendt), le nom réel et conspué de la démocratie (Rancière), l'abolition d'une séparation (Marx), le rétablissement d'une possible foule (Foucault), un orgueil revenu (Montaigne), le mythe (Sorel), les têtes de MM. Foulon et Bertier (Chateaubriand), un scandale (Kristin Ross), le point culminant de l'existence des sociétés modernes, soulevées soudain à une sorte d'incandescence transformante (Caillois), l'invention de l'impossible (Bergson), le commencement (Péguy), une écharde ouverte dans la chair de l'Histoire (Benjamin)...

Le philosophe et le grand nombre. Politiques du texte en fuite

Le philosophe et le grand nombre. Politiques du texte en fuite<br />
Douailler Stéphane
Ed. Points policier/Seuil

Selon l'une de ses modalités d'existence, la philosophie vit entourée d'amis. Ils se tiennent à ses côtés, semble-t-il, dès l'origine. Dès par exemple les descriptions platoniciennes.
La philosophie vit aujourd'hui entourée également d'amis. Parmi les phrases qu'ils lui disent, il y a celles-ci : 'beaucoup s'intéressent à ce qui intéresse la philosophie'; 'les objets de la philosophie devraient appartenir à tous'; 'c'est à tout le monde qu'il revient de philosopher'.
Ce sont des phrases plutôt embarrassantes. On ne sait plus guère notamment ce que 'philosophie' veut y dire, ni qui sont ceux qui revendiqueraient ainsi d'avoir un rapport à la philosophie de l'extérieur du cercle des philosophes, en se donnant le visage du grand nombre, ou de tous. Ces phrases instituent en quelque sorte un rapport obscur de la philosophie à un public. Aussi requièrent-elles proprement d'être lues.
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Les employés, aperçus de l'Allemagne nouvelle (1929)

Les employés, aperçus de l'Allemagne nouvelle (1929)
Kracauer Siegfried
Ed. Belles lettres

Il s'agit ici de ce que Walter Benjamin appelait, dans un compte rendu qu'il fit à l'époque de l'ouvrage, une «contribution à la sociologie des employés», d'un style et d'une méthode bien différents cependant. L'auteur circonscrit d'abord son objet d'étude par les données statistiques et les premières études de spécialistes ; puis il mène en dix semaines une enquête de terrain à Berlin : il étudie minutieusement les conditions d'habitat, de transport et de travail (des usines aux bureaux de placement) des employés, dont il dit la prolétarisation progressive. Il mène des entretiens avec les employés et les employeurs ; il participe à leurs loisirs (le cinéma surtout, le sport aussi) et s'immisce dans leur intimité en dépouillant la correspondance privée de quelques-uns d'entre eux. L'étude volontairement totalisante des employés réunit et rejoint les thèmes qui ont toujours intéressé l'auteur, et auxquels il avait déjà réfléchi. Terminé à la fin de 1929, le manuscrit est publié en une série de dix articles dans le journal auquel Kracauer collabore, le Frankfurter Zeitung. Le livre paraît dans les mois suivants. En mai 1933, il vient rejoindre le bûcher de livres dénoncés comme subversifs par les nazis.

Ecrire ou combattre. Des intellectuels prennent les armes (1942-1944)

Ecrire ou combattre. Des intellectuels prennent les armes (1942-1944)<br />
Federini Fabienne
Ed. Folio/Gallimard

L'engagement des «intellectuels» est sans doute l'un des objets les plus étudiés en histoire et en sociologie, au point d'apparaître parfois comme un thème éculé. Et pourtant, rares sont les recherches qui abordent l'engagement des intellectuels en temps de guerre et, plus rares encore, celles qui s'intéressent à ceux qui se sont engagés dans la résistance armée.

Pourquoi deux philosophes, normaliens, contemporains de Jean-Paul Sartre, de Maurice Merleau-Ponty et d'Emmanuel Mounier, choisirent-ils de résister par les armes jusqu'à le payer de leur vie? En s'efforçant de répondre à cette question, Fabienne Federini analyse un type d'engagement fort différent de la «résistance de plume» à laquelle on s'intéresse généralement. En effet, Jean Cavaillès (1903-1944) et Jean Gosset (1912-1944) ne sont pas des «intellectuels» qui ont exposé uniquement par écrit ce à quoi ils croient, laissant à d'autres le soin de prendre des risques. Ce sont des philosophes qui, en devenant des «terroristes», se sont exposés physiquement pour faire triompher leurs convictions.

Si la nature de l'engagement résistant de Jean Cavaillès et de Jean Gosset interroge la représentation dominante que l'on a de l'engagement des «intellectuels» tel qu'il se comprend depuis l'affaire Dreyfus, sa spécificité ne le rend pas pour autant rétif à toute démarche sociologique. Parce que le combat résistant n'est pas uniquement une affaire de choix individuels, mais de logiques sociales, cette étude montre combien ces deux intellectuels sont socialement exemplaires de toute une génération de normaliens et de ceux que les historiens appellent les «pionniers de la résistance».
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L'argent sans foi ni loi

L'argent sans foi ni loi
Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot
Ed. Textuel

Les plus riches accumulent aujourd'hui des millions d'euros tandis que des millions d'Européens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Comment se fait-il que l'argent, conçu pour faciliter les échanges de biens, et qui était donc créateur de lien social, soit devenu le symbole universel de la réussite personnelle ? Voire la valeur suprême de l'existence, au-delà de préceptes des religions et du respect des droits fondamentaux garantis par les législations. Comment en est-on arrivé là ? Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, auteurs à succès et spécialistes des grandes fortunes, montrent que l'argent a été dévoyé de sa fonction initiale pour devenir une arme au service des nantis. La virtualisation de la monnaie, la dérégulation des marchés, les arrangements entre financiers et politiques, l'exil fiscal et le dumping social sont autant de stratégies dans l'impressionnante panoplie des oligarques qui leur permet de conserver et de consolider leurs privilèges exorbitants. Émaillant leurs analyses d'exemples et de propositions concrètes, les deux sociologues suggèrent de revenir de toute urgence à un encadrement plus strict de l'argent, afin qu'il redevienne ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un bien public.