Aveuglante ou banale

Aveuglante ou banale
du Bouchet André
Ed. Le Bruit du temps

« Chaque poème est une écorce arrachée qui met les sens à vif. Le poème a rompu cette taie, ce mur, qui atrophie les sens. On peut alors saisir un instant la terre, la réalité. Puis la plaie vive se cicatrise. Tout redevient sourd, aveugle, muet. » André du Bouchet, Cahier de 1951.

Ce livre recueille, dans leur version d'origine, tous les essais sur la poésie publiés par André du Bouchet entre 1949 et 1959, et de nombreuses pages inédites, le plus souvent écrites ou ébauchées dans le cadre du C.N.R.S. où le poète fut chercheur entre 1954 et 1957.

Dans ces essais consacrés à Scève, Hugo, Baudelaire, mais aussi à des poètes contemporains (Reverdy, Char, Ponge) ou étrangers (Hölderlin, Joyce, Pasternak), le jeune du Bouchet se livre éperdument à la poésie, pour en proposer, chaque fois, une lecture extrêmement profonde et personnelle. Avec les Carnets que nous publions parallèlement, ces pages éclairent toute son oeuvre ultérieure.

Tous les grands ports ont des jardins zoologiques

Tous les grands ports ont des jardins zoologiques
Thiry Marcel
Ed. Table ronde

« Comment, vous ne connaissez pas ? Ce n'est pas possible ! Un des plus remarquables poètes d'aujourd'hui ! » s'était exclamé Paul Éluard à propos de Marcel Thiry (1897-1977). La présente anthologie réunit plus de cent cinquante poèmes choisis parmi les dix-huit recueils qui composent une oeuvre d'une étonnante virtuosité prosodique construite à l'écart des grands courants poétiques de son temps. Tour à tour, ils mettent en lumière l'expérience du jeune soldat faisant le tour du monde malgré lui, le goût du voyage et le plaisir toujours intact de se perdre dans des villes étrangères, la célébration de l'amour de manière parfois très érotique, la conjugaison souvent pleine d'humour entre l'homme d'affaires, l'entrepreneur et le rêveur.

Parties d'un monde

Parties d'un monde
Stevens Wallace
Ed. La Nerthe

Conçu comme un livre synecdotique, ce recueil paru en 1942 et jamais traduit en français est habité par le thème de la guerre entre les nations, entre les éléments, ou entre l'être et la conscience.

Irruption de la Manche. Poèmes avec dix-huit gouaches

Irruption de la Manche. Poèmes avec dix-huit gouaches
Darras Jacques
Ed. Le Cri

Chaque fois que je viens sur la hauteur du Cap Blanc-Nez, par temps clair et dégagé, je suis saisi du même frisson devant l’étendue des vagues qui cavalent jusqu’au mur de craie blanche au loin. Vertige du Temps ! Ici se chevauchent et s’intensifient toutes les coupures, mon bref segment de vie, les six millénaires d’irruption marine qui ont fait de cette vallée nommée Doggerland par les géologues un fossé large de trente-cinq kilomètres, la fracture entre langues anglo-saxonnes, celtes et romanes, l’interminable suite de liens et scissions dans l’Histoire de l’Occident. Debout à la verticale des craies fragmentée par l’érosion de l’eau c’est le bruit palpable du Temps lui-même que j’entends, corps d’écume et de vents. N’est-il pas nouveau que notre Mémoire s’approfondisse aux fosses de l’archéologie (St. Acheul, Chauvet, Lascaux), s’accroisse d’effondrements cosmiques (Storregas, Tsunamis) ? Et si c’était à l’horloge des irruptions marines que nous allions devoir calculer notre âge désormais ? Ici, à Blanc-Nez, promontoire miniature, je recommence d’aller cueillir la fleur ancienne «Sagesse des sommets». Tailler de minimes marches d’arrêt dans le Temps requiert le sens des pentes, de l’étalement des plans. Exercices de souffle suspendu, aujourd’hui, au-dessus du chenal, du Channel! J. D.

Ce qui secret. Revue matérielle/Janvier 2012 n°2

Ce qui secret. Revue matérielle/Janvier 2012 n°2
Revue
Ed. Ce qui secret

Première revue marocaine consacrée à la poésie internationale

Faire vivre ensemble et amoureusement des textes d'hommes et de femmes venant de divers horizons et partageant le même rapport à la réalité, à la langue et au village-monde. Edito.

Les filles de quartier
se jettent des nuages la sangle à la main.
Leur sourire ne s'ouvre pas.
Ce serait comme un hymen recousu
par la générosité des violeurs
Linda Maria Baros (Roumanie)

Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chères chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers bindés.
Volker Braun (Allemagne)

Le rêve arabe s'endort
Le muezzin efface
La nuit
Tandis que fume le dernier
Cercle du soleil.
Michel Bulteau (France)

Chaque jour on ne peut éviter le coup de feu du temps,
Ce tireur embusqué !
Shu Cai (Chine)

Allez radoter ailleurs, rimes d'un centime,
trembler ailleurs pour douze lecteurs
et un critique ronfleur
Hugo Claus (Belgique)

Un enfant court bravement derrière son enfance
Rêvant du monde venu se déposer entre ses mains
Et du ciel comme plumage à ses ailes.
Ouafaa Lamrani (Maroc)

J'entends les oiseaux aux pieds peints psalmodier les airs
du ravissement, les murs ouvrant larges leurs fissures, enmmagasinant
les reflets du miroir.
Mohamed Loakira (Maroc)

Les Croates me tapent sur les nerfs
Ce n'est pas étonnant : je les fréquente
Depuis trente-huit ans déjà.
Boris Maruna (Croatie)

Au lieu de lèvres féminines,
ils laissent
l'étoile à cinq branches imprimer
sur nos fronts moites
son rouge où a coagulé le sang des héros.
Senadin Musabegovic (Bosnie-Herzégovine)

Je n'ai rien d'autre à espérer :
un crépuscule d'hiver
et un corbeau amoureux de moi.
Grânaz Moussavi (Iran)

- Te souviens-tu de la copiste ? Celle qui renversa de l'encre
sur ta robe ?
- Non.
Mercedes Roffé (Argentine)

'C'était au Maroc à la campagne...'
Mustafa Stitou (Pays-Bas)

Aveugles, les imbéciles refusent
De se couper la barbe,
Ceux qui me pointent du doigt.
Serge Patrice Thibodeau (Canada)

Le matin du 24 septembre 1966
j'ai écrit une lettre à un ami proche
sur le péché originel
sur le crime parfait et la méthode d'extermination du savoir.
Gozô Yoshimasu (Japon)
Présentation de l'éditeur

Quand la nuit se brise. Anthologie de poésie algérienne

Quand la nuit se brise. Anthologie de poésie algérienne
Anthologie
Ed. Points

Tantôt ténue, délicate, à l´image des tapisseries traditionnelles, tantôt vociférante et éclatée, tel un oued en crue, la poésie algérienne a accompagné les douleurs et annoncé les orages historiques. Cette anthologie de poètes contemporains veut faire entendre les cris engagés des poètes de la résistance comme ceux de leurs héritiers qui ont fait de la langue française, ce ' tribut de guerre ', l'outil d'un dialogue entre les deux rives de la Méditerranée.

America. Suivi de En Orient

America. Suivi de En Orient
Cliff William
Ed. Gallimard

Avec Jean-Claude Pirotte et Jean-Pierre Verheggen, William Cliff (né à Gembloux en 1940) est l’un des poètes les plus singuliers de l’actuel champ poétique belge. Usant d’une forme ostensiblement classique, il réussit, par les situations et les thèmes abordés, à créer de parfaits objets de scandale. Il a le verbe violent et voyou, l’inspiration à l’affût des désirs quotidiens, en tous lieux et en tous pays. Ce dont témoignent à l’évidence les deux recueils initialement parus en Blanche repris dans ce volume de Poésie/Gallimard : America et En Orient, respectivement publiés en 1983 et 1986, et qui assurèrent d’emblée à leur auteur audience publique et reconnaissance critique. Les voyages, avec leur part d’errances et de rencontres imprévues, donnent le mouvement et le cadre de ce livre double qui vagabonde et passe du continent américain aux contrées d’Asie. Ainsi America est composé de poèmes inspirés par deux longs séjours en Amérique du Sud et deux voyages aux Etats-Unis. Tavalera décrit en alexandrins la traversée vers l'Amérique du Sud à bord d'un cargo allemand qui porte ce nom. Puis viennent Montevideo et Cône Sud. William Cliff évoque les plages, les bidonvilles, ses brèves aventures homosexuelles. Dans les deux dernières parties, Philadelphie et Cape Cod, il raconte les étapes de son périple aux Etats-Unis. Dans cette déambulation de poète voyageur, William Cliff est à son meilleur. Le Nouveau Monde lui inspire des images aussi désolées que l'Ancien. Il est désespéré, grinçant, funèbre et malgré tout drôle. Dès les premières pages, on reconnaît un ton, une allure, une désinvolture révoltée qui n’appartiennent qu’à celui qui avoue pratiquer l’alexandrin « comme on gratte dans son nez pour s’occuper ». William Cliff : un dynamiteur de pensées molles et de comportements convenus, un maître du langage impeccablement dévoyé.

Dévoile

Dévoile
Ekhr Jonas
Ed. Arbre à paroles

Dévoile un je qui n’a de cesse qu’il ne naisse. Naisse non pas ici ou là, nu au hasard, aventureux, sans lien aucun avec le jeu de toute aînesse, mais dans ce lieu, ce nid, ce trou, qui en toi nie ce qui se noue et de la vie déjoue l’ivresse. Dévoile un je qui n’a de hâte qu’il ne happe au gré des vents tout ce qu’il hante de sa voix. Tout ce qu’il presse de sa langue en lui repue. Tout ce qu’il hante de l’oubli tant il lui manque. Tant se dérobe sous son pas ce lieu qui tangue sans milieu. Ce lieu qu’il ronge à s’égarer sans appétit. Ce lieu qu’il dresse à s’épuiser le temps qu’il tue à y puiser de quoi passer. Ce lieu sa gangue de passage. Ce lieu passager d’utopie. Ce lieu confît de cécité. Ce lieu sans nom. Ce lieu non dit. Ce lieu message et messager de tout mensonge. Ce lieu d’un songe qu’il ne fait que dans la rage. Ce lieu dont il – ce je divis – détruit le corps mais non l’idée. Et d’où chaque heure ou chaque nuit, dans un sommeil dont il ne suit sans s’apeurer tous les transports, il tente en vain de s’arracher, de se soustraire et retrancher, comme d’un tout ou d’une somme on ôte un lien surnuméraire, afin d’enfin prendre son vol, affirmer son essor, développer son poids dans la nue qu’il médite au plus loin de lui-même, écho coupé de sa redite…

Extrait

Au rendez-vous allemand

Au rendez-vous allemand
Eluard Paul
Ed. Minuit/Double

Ce volume rassemble des poèmes de Paul Éluard (1895-1952) publiés pendant la Seconde Guerre mondiale, le plus souvent dans la clandestinité sous des pseudonymes tels que Jean du Haut ou Maurice Hervent, dans divers recueils, revues et brochures (dont L'Honneur des poètes, Minuit, juillet 1943 et Europe, Minuit, mai 1944). Ainsi le recueil Poésie et vérité 1942, publié en octobre 1942 aux Éditions de la Main à la Plume, et dans lequel figurent «La Dernière Nuit et quelques autres poèmes dont le sens ne peut guère laisser de doutes sur le but poursuivi : retrouver, pour nuire à l'occupant, la liberté d'expression». L'un de ces «quelques autres poèmes» est Liberté.

«Et partout en France, écrit Paul Éluard dans la bibliographie du recueil, des voix se répondent, qui chantent pour couvrir le lourd murmure de la bête, pour que les vivants triomphent, pour que la honte disparaisse.»

Ces poèmes d'Éluard furent recueillis en un volume publié aux Éditions de Minuit en avril 1945, avec trois autres poèmes inspirés entre 1936 et 1938 par la guerre d'Espagne. C'est cette édition qui est reprise ici.

En numérique chez Tropismes : Au rendez-vous allemand

Que toute chose se taise

Que toute chose se taise
Ouhaibi Moncef
Ed. Bruno Doucey

« Mais si, écoutez bien
C'est le bruit de ses bottes
Le despote
Qui s'enfuit
Qui part
En hâte
Qui traîne ses pas lourdement
Vers l'endroit où
Il s'endormira
Dans un cadavre vide »