Vaguedivague

Vaguedivague
Neruda Pablo
Ed. Gallimard/Poésie

Pablo Neruda publie Estravagario, présenté en français sous le titre Vaguedivague, en 1958. Il en parle comme d'une œuvre essentielle pour lui et insiste sur l'humour grave dont le rôle est d'exorciser la mort, voire de l'insulter avec la dérision qui minimise l'instant où la terre reprend ce qu'elle a donné.
Vaguedivague est, peut-on dire, une œuvre métaphysique, dans la mesure où elle tente l'esquisse d'une philosophie terrestre capable d'élucider l'existence. Neruda rassemble et sonde des souvenirs, des expériences, des voyages – réels et légendaires – et ne fait jamais que revenir là où le rocher, l'arbre, la vague océane et la lumière solaire s'unissent. Ce point d'équilibre c'est la terre de prédilection désertée en vain.
Neruda confie à Vaguedivague ce cheminement de la terre vers la terre. Il s'agit donc aussi d'une œuvre profondément matérialiste, opérant d'inlassables retours à la matière et cherchant à unir l'animé à l'immuable, le mouvement et la fixité.

Tulipes & cheminées

Tulipes & cheminées
Cummings E.E.
Ed. La Termitière

'De fait, Tulips & Chimneys participe pleinement de cette extraordinaire et féconde naissance de la poésie américaine moderne qui voit paraître au tout début des années 20, ces recueils fondateurs et capitaux que sont Mauberley (1920) d'Ezra Pound, Kora in Hell (1920) de William Carlos Williams, The Waste Land (1922) de T.S. Eliot, Harmunium (1923) de Wallace Stevens et Observations (1924) de Marianne Moore' (extrait de la postface)

 

Tome 1

Tome 1
Harms Daniil
Ed. Harpo &

Depuis 1975, le métier de scénographe s'affirme.

Pourquoi ? Quelles en sont les figures majeures ?

À travers trois réalisations incontournables du travail de cinquante-deux scénographes présentés dans ce livre se dessine une conception de l'espace-née de la scène théâtrale mais allant jusqu'aux salles de spectacle, en passant par le cinéma, l'exposition, l'opéra ou l'urbanisme - qui impose la scénographie comme un indispensable regard. Ces portraits sont complétés par cent soixante-trois notules biographiques et une large bibliographie.

Rêve de printemps

Rêve de printemps
Su Tong po
Ed. Moundarren

Su Tung-po (1037-1101) fut le lettré le plus en vue de son époque, grand poète, peintre et calligraphe, haut mandarin, gouverneur efficace et apprécié, disciple laïc du ch'an (zen), herboriste et paysagiste. A deux reprises il connut, pour raison politique, l'exil dans le sud de la Chine. Sa vie et ses poèmes qui en sont le reflet donnent à voir ce que représente fondamentalement le tao : l'accord suprême et ordinaire au cours des choses. Là réside l'authentique liberté de l'existence.

 

Le bazar d'un poète

Le bazar d'un poète
Andersen H. C.
Ed. José Corti

Andersen est un des grands écrivains du 19ème siècle, célébré mondialement pour ses contes mais négligé pour le reste de ses écrits, alors même que, ce Bazar d'un poète nous le prouve, certaines de ses autres oeuvres sont étonnantes.

On pourrait dire qu'il s'agit d'un récit de voyage, le prétexte en étant un long périple de neuf mois durant lequel il traversa l'Allemagne, l'Italie et la Grèce, jusqu'à Constantinople et dans les Balkans.

On pourrait dire qu'il s'agit d'un portrait d'une époque et du milieu artistique européen puisque durant son voyage Andersen parle autant des gens ordinaires que des gens extraordinaires, sa description d'un concert de Franz Liszt est assez étonnante.

Andersen excelle à conter et à raconter, quel que soit le prétexte du moment, dramatique, romanesque, lyrique, « touristique ». Il a par excellence cette voix de conteur inlassable qui fait que, dès qu'il est entré en matière, vous êtes pris, sans aucun recours.

Il ne rédige pas de guide, il vous raconte ce qu'il a vu, il vous narre des histoires, il ne laisse échapper aucune occasion de vous proposer un conte, à propos d'un décor, d'un personnage intéressant et de rencontre, d'un petit événement dont il a été témoin, de curiosités peu banales.

Il déambule, il observe, il relève un détail, un personnage, un quartier de ville, un élément de paysage. Le réel n'existe pas, un trésor est caché dedans.

Le grand escogriffe embarrassé de ses membres encombrants et de son nez trop long exprime le meilleur de son être dans ses récits et dans ce voyage où il est libre de transfigurer.

Vaine pâture

Vaine pâture
Pirotte Jean-Claude
Ed. Mercure de France

Jean-Claude Pirotte est l'auteur d'une cinquantaine de livres, qu’il a parfois lui-même illustrés. Les critiques ont salué sa poésie du quotidien sensible et inspirée, à la tendresse parfois gouailleuse, mais aussi la magie de sa langue au parfum subtil de jadis qui par sa simplicité et sa gravité soudaine est incontestablement très moderne, car d'une haute liberté.
Avec Vaine pâture, c’est une poésie intime que Jean-Claude Pirotte nous livre, mais sans pathos, sans repli vaniteux sur lui-même. Il détient comme naturellement le secret de la grande poésie populaire anonyme, celui d’un lyrisme à la fois universel et personnel, immémorial et toujours neuf.
En 2012, Jean-Claude Pirotte a reçu le Grand Prix de Poésie de l’Académie française ainsi que le Prix Goncourt de la Poésie (rebaptisé Prix Robert Sabatier) pour l’ensemble de son œuvre.

Vasteras

Vasteras
de Rijcke Elke
Ed. Le Cormier

À la fois portrait et récit, ce livre est tout d’abord le journal poétique d’un séjour à Västerås, ville proche de Stockholm. L’auteur s’y est rendue en 2006 pour s’imprégner des paysages du Sacrifice, le dernier film d’Andreï Tarkovski. Västerås est l’espace-temps non maîtrisable où s’esquisse, au fil des heures, la rencontre insaisissable avec la voix et le corps du cinéaste éparpillé à travers les champs, rivé aux lacs, résolu dans les nuages. À la façon d’un séismographe, l’écriture enregistre le champ magnétique de cette expérience qui transforme, dès l’arrivée sur place, les capacités de la perception sensorielle et du savoir. Or, Västerås est aussi le temps d’un bilan de la quarantaine, qui considère le fruit de vingt ans de vie d’adulte. Fruit aux goûts suspects d’une émancipation devenue impraticable par un temps de mauvaise conjoncture. L’auteur y évalue le tracé, l’état et la valeur des éléments qui ont déterminé sa vie : la poésie, l’amour, le travail, les amitiés, la féminité. Västerås est le livre-extraction d’un âge qui plonge dans la durée tout comme dans l’instantané d’une vie, à travers l’aventure du journal et de la phrase poétique.

Elke de Rijcke, née en 1965, est docteur ès lettres de la Katholieke Universiteit Leuven. Elle enseigne la littérature, l’art contemporain et la philosophie esthétique à l’École de recherche graphique et à l’École supérieure des arts Saint-Luc de Bruxelles. Elle a animé plusieurs séminaires sur les arts et la littérature et fait partie du comité de rédaction de la revue l’Étrangère. Elle a publié plusieurs essais sur la poésie, dont « le Processus alchimique de la création poétique. Tarkovski/Diderot et d’Alembert » (les Fabriques du surcroît, PUN, 2007). Västerås clôture, avec Quarantaine (Tarabuste, 2014), une période de vie et un cycle de poésie inauguré avec Troubles. 120 précisions. expériences (Tarabuste, 2005) et Gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche (Le Cormier, 2006). Publication à venir : l’Expérience poétique dans l’œuvre d’André du Bouchet (La Lettre Volée, 2013).

Poèmes choisis

Poèmes choisis
Cummings E.E.
Ed. José Corti

Si la poésie de Cummings a pu paraître en son temps d'avant-garde, elle ne résiste au temps que parce qu'elle est fermement ancrée, sans nul traditionalisme, dans cette tradition qui remonte à la plus haute antiquité, celle d'Orphée, éveillant tous les sens et animant toute la création par la vertu de son chant.

Je me suis donc, après d'autres, confronté à l'intraduisible - y compris sans doute en anglo-américain - du poème-et-de-la-langue-Cummings; entreprise dont tous s'accordent à juger qu'elle est folle (et désespérée), mais précisément en ceci qu'elle pousse à l'extrême le paradoxe de l'essence même de la traduction, qui est que seul ce qui ne peut être traduit mérite finalement de l'être. Tout autre tentative de justification serait inutile, pour ne pas dire indécente.

Le choix des poèmes retenus correspond (à une exception près, et quelques ajouts personnels arbitraires), à celui que le poète fit lui-même en 1958 pour le volume des Selected Poems (1923-1958), en respectant l'ordre non chronologique retenu par lui. Je me suis cependant constamment référé à l'édition des Complete Poems (1904-1962), éditée par George J. Firmage (Liveright, New York, 1991), afin de vérifier que les versions proposées étaient identiques et d'indiquer la provenance de chacun des poèmes dans l'ensemble de l'oeuvre. R. D.

Les travaux et les nuits

Les travaux et les nuits
Pizarnik Alejandra
Ed. Ypsilon

Publié en 1965 à Buenos Aires, Les travaux et les nuits recueille les poèmes qui ont été pour la plus grande partie composés à Paris. Les trois parties qui le constituent évoquent les phases d'un amour marqué d'emblée par le sceau du poème. Une présence petit à petit s'étiole. Alejandra Pizarnik lutte, avec le langage et le corps, pour tenir aux côtés de l'autre d'abord incarné, puis, de plus en plus loin, pour faire face à l'autre de toujours devant le miroir. « Pour elle a pris fin un voyage dont elle ne croit nous livrer qu'un contour, un dessin sur le mur ; pour nous en commence un autre. » Écrit Olga Orozco au sujet de ce livre. « Nous nous enfonçons dans sa poésie. C'est un pays dont les matériaux semblent tirés de miniatures d'émail ou d'estampes illuminées : il y a des éclats d'herbiers aux plumages orientaux, des lueurs d'épopées dans des populations enfantines, des reflets d'héroïnes qui traversent les miracles. Dans ces territoires, l'innocence déchirée recouvre des paysages inquiétants cl les aventures sont un jeu aux ressorts qui mènent à la mort ou à la solitude. Pour se perdre et ne pas se perdre... »

La comtesse sanglante

La comtesse sanglante
Pizarnik Alejandra
Ed. Ypsilon

Paru d'abord en 1966 dans la revue Testigo à Buenos Aires, ce texte est repris par Alejandra Pizarnik en 1971 et publié en volume, ce qui confère à ce « poème-critique » une valeur particulière. Fascinée par le livre de Valentine Penrose, aussi bien par sa forme « sorte de vaste et beau poème en prose » que par « la beauté convulsive du personnage ». Alejandra Pizarnik entre comme dans un miroir dans le monde mythique de la comtesse sanglante, la meurtrière Erzsébet Bàthory.

Comme Valentine Penrose, « excellent poète » qui sait ne pas séparer « son don poétique de sa minutieuse érudition », Alejandra Pizarnik, possédée par ses lectures et obsédée par la prose, « joue admirablement dos valeurs esthétiques de cette ténébreuse histoire » et écrit son chapitre de « la littérature et le mal ».

« Rien que stupeur face à l'excès d'horreur, fascination pour une robe blanche qui devient rouge, pour l'idée d'un déchirement absolu, pour l'évocation d'un silence constellé de cris où tout est l'image de la beauté inacceptable. [...] Comme Sade dans ses écrits, comme Gilles de Rais dans ses crimes, la comtesse Bàthory touche par-delà toute limite, le fond ultime du déchaînement. Elle est une preuve de plus que la liberté absolue de la créature humaine est horrible. »