Desperados

Desperados
Logist Karel
Ed. Arbre à paroles

Je vous salue / mes compagnons de route et de déroute / passants d'anonymes partages de mon voyage sans boussole / frères obscurs des passages secrets / Qu'on ne me cherche plus de ce côté de l'eau / dans un rang sur une scène ou dans la loge sept / Je me mets entre parenthèses / je prends le large / je déserte ma rue / ma cour ma demeure ma chambre / ma femme mon enfant et mes bêtes / pour donner corps aux quelques rêves / que je perds trop souvent de vue / pour un autre versant du monde / plus juste plus honnête / plus transparent sans doute / où j'apprends à me supporter...

1 x 1 [une fois un]

1 x 1 [une fois un]
Cummings E. E.
Ed. La nerthe

Paru en 1944, 1 x 1 est construit, comme tous les livres de
Cummings, selon une progression allant du rejet des
idées convenues à l'affirmation de soi, de l'amour et
de la vie. Il comprend trois parties:
• « 1 », des satires des illusions qui conduisent à la
guerre: pression collective sur l'individu, progrès des
techno-sciences, discours politiques;
• « X », des odes aux phénomènes naturels (astres, vent,
pluie, erc.) dont l'amour est la meilleure expression;
• « 1 », des hymnes aux minuscules vies (oiseaux,
fleurs, bourgeons, etc.) qui font le bonheur.
Ainsi le livre progresse-t-il clairement des idées froides et figées d'une société adulte, aux mouvements printaniers d'une saisie individuelle en perpétuel renouvellement. Les deux derniers poèmes ne ont pas dédiés par hasard à l'enfance. Cummings développe une approche profonde et complexe de la vie, dans laquelle l'individu accède à lui-même dans une communion avec une nature qui
le dépasse et reste mystérieuse.

L'Enfer

L'Enfer
Alighieri Dante
Ed. Editions du Hazard

Je n'ai pas prétendu diminuer ou remplacer les travaux remarquables de mes si nombreux prédécesseurs. Je me suis seulement attaché à suivre le plus scrupuleusement possible ces deux principes :
1. clarification et simplification du sens,
2. maintien inaltérable du décasyllabe.
Que le lecteur donc ne s'étonne pas de ne point trouver toujours un parallélisme exact entre le texte italien et le texte français.
Mon travail a rejeté toute note explicative parce qu'un poème doit se suffire à lui-même et ne pas en appeler à des béquilles.
En conséquence, il m'est arrivé d'intégrer le contenu d''explications' au texte lui-même (d'où certaines transformations), ou bien alors j'ai carrément supprimé des noms inutiles ou des références fastidieuses (d'où certains raccourcissements).
Ainsi j'espère offrir un vrai poème dont la marche jamais n'est en rien entravée. William Cliff

Nuages. Et autre poèmes

Nuages. Et autre poèmes
Petöfi Sandor
Ed. Sillage

Sándor Petofi (1823-1849), héros de la Révolution de 1848, mort les armes à la main, est l’un des plus grands poètes de la littérature hongroise.

Véritable icône dans son pays, traduit dans toute l’Europe, son oeuvre était introuvable en France depuis près de quarante ans.

Nuages, recueil daté de 1846 où le pessimisme et l’ironie d’une génération se mêlent de façon unique à un lyrisme amer, nous permet de renouer avec cette immense voix du romantisme européen.

L'Epître des ombres et des trombes

L'Epître des ombres et des trombes
Ibn Shuhayd
Ed. Actes Sud

Issu d’une lignée de hauts dignitaires liés à la famille omeyyade, Ibn Shuhayd (992 - 1035) a vécu la majeure partie de sa courte vie pendant les troubles de la fitna qui ont abouti au renversement de ses protecteurs et à la chute du califat de Cordoue.
Dépeint comme un libertin, Ibn Shuhayd semble avoir souffert d’un orgueil prononcé qui est peut-être à l’origine de cette épître, composée en partie pour faire valoir ses qualités d’homme de lettres et son aptitude à égaler les plus célèbres de ses modèles.
À court d’inspiration, Abû ‘Âmir (Ibn Shuhayd) voit lui apparaître une “ombre” qui l’aide à achever son poème et le conduit dans la vallée où, selon la mythologie arabe, vivent les génies inspirateurs des poètes et prosateurs du passé. Il y rencontre ceux des plus grands, d’Imru-l-Qays à Mutanabbî, et leur présente des extraits de ses oeuvres en vue d’obtenir leur agrément. Grâce à ce cadre fictionnel original, à la beauté de nombre des pièces citées et à son style concis et souvent spirituel, cette épître, composée vers 1030, est unanimement considérée comme un chef-d’oeuvre de la littérature arabo-andalouse.

Corollaire

Corollaire
Sanguineti Edoardo
Ed. Nous

Gravez-les en toutes lettres, lecteurs testamentaires (c'est à mes écoliers que je parle, mes hypocrites enfants, les philoprolétaires qui me ressemblent tant, innombrables, désormais, comme les grains de sable de mon désert vide), ces paroles miennes, sur ma tombe, avec la salive, en vous trempant un doigt dans la bouche : (comme je le trempe, maintenant, entre les excessifs abcès de mes gencives glacées) : j'en ai joui, moi de ma vie :

Edoardo Sanguineti (Gênes, 1930-2010)
L'un des plus grands poètes italiens du XXe siècle. Figure de proue des Novissimi, il participe à la création du Gruppo 63. Critique, prosateur, traducteur, président de l'Oplepo, il est l'auteur d'une poésie radicale, polyglotte et autobiographique, encore trop peu traduite en langue française.

 

Entre le marteau et l'écume. Et autres poèmes

Entre le marteau et l'écume. Et autres poèmes
Beck Béatrix
Ed. Chemin de fer

Abigaïl, chatte

Écureuil, loup, jeune fille, pousse des cris de rossignol
Mange cœur et foie sanglants
Au plus profond du lit, griffe le talon de la femme, hume la main
de l’homme
Boit le lait du nourrisson
Tue la souris Adélaïde la lance au septième ciel
Offre le cadeau le cadavre aux époux bien-aimés
S’endort justifiée, sa queue, sa traîne entre ses gants de fourrure
Tes amants, tes enfants morts ou vifs, tu ne t’en souviens plus
Muse quadrupède, égérie sur un arbre, ton regard mystique interroge Dieu et le boucher


De l’œuvre poétique de Béatrix Beck (1914-2008) nous ne connaissions jusqu’alors que les onze poèmes publiés dans la plaquette Mots Couverts en 1975. Dans un entretien datant de 1997, elle affirmait pourtant : “J’ai par ailleurs un recueil dactylographié, qui n’est pas imprimé… Il le sera peut-être après qu’il me soit arrivé quoi que ce soit…” Ce recueil inédit, intitulé Entre le marteau et l’écume, ouvre ce volume des poésies complètes qui réunit par ailleurs Mots couverts et de nombreux poèmes publiés en revue.

Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes

Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes
Genet Jean
Ed. Chemin de fer

Pendant encore un peu de temps si toute forme humaine assez belle, — de la beauté conventionnelle — et mâle, conserva un peu de pouvoir sur moi, c’était, pourrait-on dire, par réverbération. Ce pouvoir était le reflet de celui sous lequel si longtemps j’avais cédé. Salut nostalgique à lui aussi. Ainsi chaque personne ne m’apparaissait plus dans sa totale, dans son absolue, dans sa magnifique individualité : fragmentaire apparence d’un seul être elle m’écœurait davantage. Pourtant, j’écrivais ce qui précède sans cesser d’être inquiété, travaillé par les thèmes érotiques qui m’étaient familiers et qui dominaient ma vie. J’étais sincère quand je parlais d’une recherche à partir de cette révélation “que tout homme est tout autre homme et moi comme tous les autres” — mais je savais que j’écrivais cela aussi afin de me défaire de l’érotisme, pour tenter de le déloger de moi, pour l’éloigner en tous cas.

Ce qui est resté d’un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes a été publié pour la première fois dans la revue Tel Quel en 1967. Le titre doit être pris littéralement : en 1964, suite au suicide de son compagnon, Jean Genet détruit les manuscrits sur lesquels il travaille, dont un consacré à Rembrandt. Quelque temps auparavant deux fragments en avaient été confiés à un traducteur, ce qui les sauve de la destruction.
Pour Tel Quel, Jean Genet les place en vis-à-vis sur deux colonnes, faisant de l’un le commentaire de l’autre, mise en forme radicale qui laisse entendre que toute parole est double.
Le premier fragment fait allusion à un épisode fondamental de sa vie : “un jour, dans un wagon, en regardant le voyageur assis en face de moi j’eus la révélation que tout homme en vaut un autre”. Cette expérience profondément humaniste est mise en regard du second fragment où il évoque sa fascination pour les peintures de Rembrandt.
L’épisode du train apparaît alors pour lui comme un événement aux conséquences fondamentales : si tout homme en vaut un autre, la puissance érotique se délite, tout individu devenant le sujet possible de l’art.

Manuel de poétique hébraïque

Manuel de poétique hébraïque
Schökel Luis Alonso
Ed. Lessius

« Chantez pour le Seigneur un chant nouveau, car il a fait des choses étonnantes » (Ps 98,1). Dans la Bible, étonnement et poésie vont de pair et le chant nouveau surgit d'un art très ancien. Le présent livre initie à cet art.

En s'appuyant sur des versets, des strophes et des chants tirés du répertoire poétique de l'Ancien Testament, Luis Alonso Schökel présente les genres, le matériel sonore et le rythme de la versification hébraïque, ainsi que son ressort le plus puissant : le parallélisme. Il s'attarde ensuite sur les images mises enjeu et sur les figures de style ; il caractérise enfin le déploiement d'ensemble de quelques grands textes poétiques.

Précis et pédagogique, cet ouvrage, initialement publié en espagnol et adapté en français par le professeur Maurice Gilbert, est devenu au fil des ans un « classique » ; il est aujourd'hui l'une des meilleures introductions à la poétique biblique.

Vaguedivague

Vaguedivague
Neruda Pablo
Ed. Gallimard/Poésie

Pablo Neruda publie Estravagario, présenté en français sous le titre Vaguedivague, en 1958. Il en parle comme d'une œuvre essentielle pour lui et insiste sur l'humour grave dont le rôle est d'exorciser la mort, voire de l'insulter avec la dérision qui minimise l'instant où la terre reprend ce qu'elle a donné.
Vaguedivague est, peut-on dire, une œuvre métaphysique, dans la mesure où elle tente l'esquisse d'une philosophie terrestre capable d'élucider l'existence. Neruda rassemble et sonde des souvenirs, des expériences, des voyages – réels et légendaires – et ne fait jamais que revenir là où le rocher, l'arbre, la vague océane et la lumière solaire s'unissent. Ce point d'équilibre c'est la terre de prédilection désertée en vain.
Neruda confie à Vaguedivague ce cheminement de la terre vers la terre. Il s'agit donc aussi d'une œuvre profondément matérialiste, opérant d'inlassables retours à la matière et cherchant à unir l'animé à l'immuable, le mouvement et la fixité.