L'amour inexaucé

L'amour inexaucé
Rilke Rainer Maria
Ed. Points

Rilke (1875-1926) est le poète des poètes. Tout ses textes sont portés par le même souffle - aussi bien ses grands poèmes des Élégies et des Sonnets à Orphée que la moindre de ses lettres. Rilke a vécu en poète dans le risque le plus haut, dans la gravité la plus ample, dans l'innocence la plus entière. Le lire, c'est entrer dans le secret même de la poésie qui, une fois aperçu, ne vous laisse plus indemne.

Dans ce péril ouvert, Rilke montre un chemin. Un chemin à l'écart des religions et des autoroutes rassurantes de la pensée intellectuelle et mortifère. Un chemin qui n'est fait d'aucune rêverie - sans consolation. Il nous montre comment être résolument humain, à l'écoute de l'invisible, dans le souci de la vibration la plus secrète de notre nature.

Surtout, Rilke soutient l'immensité de l'amour, ne la restreint à aucune mesure et nous apprend à nous lancer, par elle, toujours plus loin. L'amour, et la sexualité dont il su méditer la liberté trop souvent bafouée, est l'espace d'une transformation, d'une métamorphose, d'une tension vers l'impossible préservé. Un véritable chemin spirituel.

Poussière/Polvere

Poussière/Polvere
Bordini Carlo
Ed. Alidades

Polvere est un poème étonnant où l'expérience intime rencontre en un permanent va-et-vient l'infini des choses, dans une manière de prolongement plus lucide que tragique. Il y a quelque chose d'extrême oriental dans cette façon de lier en miroir le macrocosme et le microcosme, de ménager la fulgurance des passages, de débusquer la parenté de la matière du monde et de la matière vécue. Cela, Carlo Bordini le fait dans une langue quasiment minérale, dans une manière d'oralité qui est comme de la pensée en train de naître et de prendre corps - une parole qui serait elle-même matière.

Poème sans héros. 1940-1965

Poème sans héros. 1940-1965
Akhmatova Anna
Ed. Harpo &

Ce long poème met en scène la Russie du début du XXe siècle caractérisée par son instabilité. Il évoque ainsi toute une galerie de personnages dont Vsévolod Kniazev, qui se donne la mort pour la chanteuse et danseuse Olga Afanassievna Glébova-Soudëikina

Journal d'un poète jeune marié

Journal d'un poète jeune marié
Jimenez Juan Ramon
Ed. La Nerthe

Ce journal écrit en 1917 lors de son voyage à New York à l'occasion de son mariage, mêle vers et prose pour faire part de ses sensations, de l'infime qu'offre la nature ou du gigantisme américain.

Textyles n°35/François Jacqmin

Textyles n°35/François Jacqmin
Collectif
Ed. Le Cri

Première revue marocaine consacrée à la poésie internationale

Faire vivre ensemble et amoureusement des textes d'hommes et de femmes venant de divers horizons et partageant le même rapport à la réalité, à la langue et au village-monde. Edito.

Les filles de quartier
se jettent des nuages la sangle à la main.
Leur sourire ne s'ouvre pas.
Ce serait comme un hymen recousu
par la générosité des violeurs
Linda Maria Baros (Roumanie)

Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chères chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers bindés.
Volker Braun (Allemagne)

Le rêve arabe s'endort
Le muezzin efface
La nuit
Tandis que fume le dernier
Cercle du soleil.
Michel Bulteau (France)

Chaque jour on ne peut éviter le coup de feu du temps,
Ce tireur embusqué !
Shu Cai (Chine)

Allez radoter ailleurs, rimes d'un centime,
trembler ailleurs pour douze lecteurs
et un critique ronfleur
Hugo Claus (Belgique)

Un enfant court bravement derrière son enfance
Rêvant du monde venu se déposer entre ses mains
Et du ciel comme plumage à ses ailes.
Ouafaa Lamrani (Maroc)

J'entends les oiseaux aux pieds peints psalmodier les airs
du ravissement, les murs ouvrant larges leurs fissures, enmmagasinant
les reflets du miroir.
Mohamed Loakira (Maroc)

Les Croates me tapent sur les nerfs
Ce n'est pas étonnant : je les fréquente
Depuis trente-huit ans déjà.
Boris Maruna (Croatie)

Au lieu de lèvres féminines,
ils laissent
l'étoile à cinq branches imprimer
sur nos fronts moites
son rouge où a coagulé le sang des héros.
Senadin Musabegovic (Bosnie-Herzégovine)

Je n'ai rien d'autre à espérer :
un crépuscule d'hiver
et un corbeau amoureux de moi.
Grânaz Moussavi (Iran)

- Te souviens-tu de la copiste ? Celle qui renversa de l'encre
sur ta robe ?
- Non.
Mercedes Roffé (Argentine)

'C'était au Maroc à la campagne...'
Mustafa Stitou (Pays-Bas)

Aveugles, les imbéciles refusent
De se couper la barbe,
Ceux qui me pointent du doigt.
Serge Patrice Thibodeau (Canada)

Le matin du 24 septembre 1966
j'ai écrit une lettre à un ami proche
sur le péché originel
sur le crime parfait et la méthode d'extermination du savoir.
Gozô Yoshimasu (Japon)
Présentation de l'éditeur

Le promenoir magique. Et autres poèmes

Le promenoir magique. Et autres poèmes
Pirotte Jean-Claude
Ed. Table ronde

c'est l'histoire des trompettes
qui me cause du souci
quand je cueille les trompettes
de la mort je n'entends mie

ni celles de Jéricho
ni celles des opérettes
et pas même un seul écho
d'une musique céleste

les trompettes sont muettes
ou bien c'est que je suis sourd
pourtant j'entends les grands gestes
du vent dans l'éclat des jours

Notre besoin de Rimbaud

Notre besoin de Rimbaud
Bonnefoy Yves
Ed. Seuil/La librairie du XXIe siècle

Ce que je crois qu'en tout cas je puis dire de vrai, à propos de Rimbaud, c'est qu'aucun autre que lui ne m'aura requis en poésie par autant d'intensité, d'immédiateté, de proximité dans sa voix. Voix qui elle-même demande, voix qui affirme et bien sûr se trompe, mais se reprend, vit de se reprendre, portée, secouée par les deux grandes forces qui font que l'on est au monde [...] : d'une part l'espérance, qui veut croire possible que l'existence soit un partage et donc que la vie ait un sens, d'autre part la lucidité qui déconstruit les illusions successives en quoi l'espérance s'enlise [...].
Espérance et lucidité, c'est le titre que j'aurais pu donner à ce livre [...]. Mais j'en ai préféré un autre parce que m'alarme de plus en plus un certain déni que je vois qui se répand aujourd'hui de l'intuition proprement poétique, à cause d'une lucidité mal fondée dont la conséquence est un renoncement désastreux à l'espérance. Et que s'inquiéter ainsi, c'est savoir à quel point Rimbaud, que l'heure présente lit peu, ou mal, est et va rester nécessaire.
Lire un grand poète, ce n'est pas avoir à décider qu'il est grand [...], c'est lui demander de nous aider. C'est attendre de sa radicalité qu'elle nous guide, tant soit peu, vers le sérieux dont on est peut-être capable. Je ressens ces approches de Rimbaud, commencées il y a maintenant cinquante ans ou presque, comme surtout une sorte de journal de mon affection pour ce poète.

Poésies complètes

Poésies complètes
Lecomte Marcel
Ed. La Différence

Pour Marcel Lecomte (1900-1966), la poésie est l'art le plus riche, le plus difficile et le plus périlleux qui soit : une alchimie qui permet au poète d'établir son miroir magique. Lecomte est un contemplatif ; il cherche le réel sous les apparences de la réalité, et fait du poème « un réel hors du réel ». S'il prend part au premier groupe surréaliste apparu en Belgique - avec Camille Goemans et Paul Nougé -, il est aussi le premier à s'en éloigner. Cette aventure collective aura donné des individualités, celle de Lecomte étant à deviner dans Le Spectateur effacé et Le Voyageur immobile. Proche de Franz Kafka, de Jean Paulhan, Lecomte est aussi l'ami de René Magritte dont il a - aux dires mêmes de celui-ci - orienté la peinture. Du reste, il règne dans de nombreux poèmes de Lecomte le même climat de mystère que celui qui définit les oeuvres de Magritte et de Giorgio de Chirico.

Le bois de cendre

Le bois de cendre
Crickillon Jacques
Ed. Le Taillis pré

Ceci n'est pas un livre, un poème, une narration. C'est un couteau sanglant, c'est un portrait sans fard du poète en temps de détresse. C'est la haute figure esseulée du Roi Méhaigné dont la plaie ne cesse de saigner le mal du monde - et qui continue cependant de pêcher. C'est l'inouï courage de l'improbable.
C'est un évangile. Le livre saint qui, dans la solitude du chevalier errant, combat le dragon du malsain. C'est le grand livre de toutes les impostures dénoncées. C'est un coup de glaive porté magistral dans le goitre de l'indécence contemporaine. C'est un pas de côté salubre de plus. C'est la défaite des imbéciles - et une grande victoire pour la Résistance. Christophe Van Rossom

 

Ariel

Ariel
Plath Sylvia
Ed. Gallimard/Du monde entier

Première revue marocaine consacrée à la poésie internationale

Faire vivre ensemble et amoureusement des textes d'hommes et de femmes venant de divers horizons et partageant le même rapport à la réalité, à la langue et au village-monde. Edito.

Les filles de quartier
se jettent des nuages la sangle à la main.
Leur sourire ne s'ouvre pas.
Ce serait comme un hymen recousu
par la générosité des violeurs
Linda Maria Baros (Roumanie)

Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chères chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers bindés.
Volker Braun (Allemagne)

Le rêve arabe s'endort
Le muezzin efface
La nuit
Tandis que fume le dernier
Cercle du soleil.
Michel Bulteau (France)

Chaque jour on ne peut éviter le coup de feu du temps,
Ce tireur embusqué !
Shu Cai (Chine)

Allez radoter ailleurs, rimes d'un centime,
trembler ailleurs pour douze lecteurs
et un critique ronfleur
Hugo Claus (Belgique)

Un enfant court bravement derrière son enfance
Rêvant du monde venu se déposer entre ses mains
Et du ciel comme plumage à ses ailes.
Ouafaa Lamrani (Maroc)

J'entends les oiseaux aux pieds peints psalmodier les airs
du ravissement, les murs ouvrant larges leurs fissures, enmmagasinant
les reflets du miroir.
Mohamed Loakira (Maroc)

Les Croates me tapent sur les nerfs
Ce n'est pas étonnant : je les fréquente
Depuis trente-huit ans déjà.
Boris Maruna (Croatie)

Au lieu de lèvres féminines,
ils laissent
l'étoile à cinq branches imprimer
sur nos fronts moites
son rouge où a coagulé le sang des héros.
Senadin Musabegovic (Bosnie-Herzégovine)

Je n'ai rien d'autre à espérer :
un crépuscule d'hiver
et un corbeau amoureux de moi.
Grânaz Moussavi (Iran)

- Te souviens-tu de la copiste ? Celle qui renversa de l'encre
sur ta robe ?
- Non.
Mercedes Roffé (Argentine)

'C'était au Maroc à la campagne...'
Mustafa Stitou (Pays-Bas)

Aveugles, les imbéciles refusent
De se couper la barbe,
Ceux qui me pointent du doigt.
Serge Patrice Thibodeau (Canada)

Le matin du 24 septembre 1966
j'ai écrit une lettre à un ami proche
sur le péché originel
sur le crime parfait et la méthode d'extermination du savoir.
Gozô Yoshimasu (Japon)
Présentation de l'éditeur