Au bureau. Poèmes de 1909

Au bureau. Poèmes de 1909
Walser Robert
Ed. Zoé

En 1909, à Berlin, alors que ses romans valent à Robert Walser un début de gloire, son éditeur Bruno Cassirer fait paraître un recueil de poèmes illustrés d'eaux-fortes du peintre Karl Walser, frère de l'auteur. Ces poèmes, écrits dix ans auparavant, sont pour certains les premiers textes de Walser à avoir été publiés, en 1898, dans les pages du quotidien bernois Der Bund.

Première dans l'oeuvre, cette poésie d'un jeune homme de vingt ans a déjà l'intensité musicale, l'inimitable tonalité de ferveur douloureuse et espiègle qui caractérise Walser. Cent ans après leur publication, il était temps de donner à lire ces poèmes au lecteur de langue française, dans une édition bilingue.

 

Couffe

Couffe
Muldoon Paul
Ed. Circé

« L'un de mes principaux devoirs, en tant qu'écrivain, consiste à parler de ce qui se trouve directement sous mes yeux, ou par-dessus mon épaule. (...) Je considère qu'un poème est un monde en petit. Je m'intéresse beaucoup au fil narratif, à l'histoire, au point de souhaiter écrire des romans dans le poème. J'aime à penser que c'est toute la société qui alimente les vers du poème et se reflète en eux, que chaque détail est exact. Et je m'intéresse au caractère dramatique des personnages. J'aime me servir de personnages pour présenter des visions différentes du monde. (...) Malgré toutes les simplifications du monde - et une oeuvre d'art est une simplification de par son processus de sélection, la réduction continuelle des variables de la signification possible des choses - ce processus de simplification ne doit pas devenir simpliste. Nous savons tous que si nous essayons d'épingler une chose elle peut arracher l'épingle et prendre le large, et cela explique peut être mon côté rusé désabusé. Le poème peut se permettre un peu de fiction pendant trente secondes : il m'a ému ; avec un peu de chance il vous émouvra, vous dérangera et vous réjouira ; cela dit et accompli, chacun s'en retourne vers le bourbier par son propre chemin. » Paul Muldoon

Sur cette terre, à nous prêtée... Les chants de Nezahualcoyotl, roi de Texcoco

Sur cette terre, à nous prêtée... Les chants de Nezahualcoyotl, roi de Texcoco
Ed. Arfuyen

«Ô Princes, sachez-le bien, / Sachez-le, Aigles et Jaguars, / Le jade et même l'or / Aussi là-bas s'en iront, / Là-bas, où-sont-les-Décharnés... / Nous partirons, peu à peu nous disparaîtrons, / Il ne restera rien...» Les Chants de Nezahualcoyotl expriment la tristesse de tout un peuple, d'une civilisation splendide à son apogée qui se sent condamnée à disparaître. «À peine cinquante ans après que ces chants furent prononcés, note J. M. G. Le Clézio, tandis que les musiciens frappaient sur leurs tambours et soufflaient dans leurs buccins, et que les danseurs emplumés tournaient dans la cour du palais, la mort et la destruction sont venues de l'autre côté du monde.»

On pourrait faire un parallèle entre les Psaumes du roi David et ces Chants du roi Nezahualcoyotl, poèmes de plainte et de désolation. L'un et l'autre voient leur fils périr d'une mort cruelle. Et tous deux élèvent leur plainte vers Dieu : YHWH - le dieu un qui protège et sauve - ou «Celui-par-qui-vivent-toutes-choses», «le-Dieu-de-l'immédiat-voisinage», le dieu inconnu à qui Nezahualcoyotl fait ériger un temple. «Ainsi les choses nous sont-elles confiées, / Ici, Ô mes amis, / Seulement ici, dans ce monde. // Demain, après-demain, / Comme le veut le coeur / De Celui par-qui-vivent-toutes-choses, / Nous irons dans sa maison, / Ô mes amis.»

Après avoir écouté un Chant de Nezahualcoyotl, le philosophe Ludwig Wittgenstein confiait à l'un de ses proches : «Voilà pourquoi tout cela est remarquable, c'est ce à quoi Platon rêvait - qu'un philosophe fût roi. Il me semble que dans toute culture on trouve un épisode intitulé Sagesse. Après on peut s'attendre à ce qui suit : Vanité des vanités, tout est vanité.»

 

Poèmes ouverts. 50 poètes français d'aujourd'hui

Poèmes ouverts. 50 poètes français d'aujourd'hui
Anthologie
Ed. Points Poésie

Proposé par Le Printemps des Poètes, cet ouvrage réunit cinquante poètes contemporains de langue française : William Cliff, Ariane Dreyfus, Claude Esteban, Marie Étienne, Charles Juliet, Bernard Noël, Christian Prigent, Jacques Roubaud, Valérie Rouzeau, Kenneth White et bien d'autres encore.

Sans prétendre à l'exhaustivité, cette anthologie originale et accessible rend hommage à la formidable variété des écritures poétiques de notre temps.

Le panorama présenté en introduction par Jean-Pierre Siméon, destiné au lecteur novice, au curieux ou à l'amateur éclairé, ouvre une nouvelle fenêtre sur la poésie telle qu'elle s'écrit aujourd'hui.

Le trousseau de Moulin premier

Le trousseau de Moulin premier
Char René
Ed. Table ronde

«Album unique, qui mêle cartes postales anciennes de L'Isle-sur-Sorgue et poèmes, ce Trousseau de Moulin Premier confectionné par René Char en 1937 porte les traces d'événements extérieurs et intimes. [...]
Les sens aiguisés par la souffrance et la lucidité, Char se livre à la rédaction d'une série de vers aphoristiques qui formeront les recueils Moulin Premier, paru en décembre 1936, et Dehors la nuit est gouvernée, publié en 1938.
Au regard des cartes postales figure le premier jet du poème «Versions», transformé et remanié plus tard en «Dent prompte».
Offert par René Char en juin 1937 à Greta Knutson, ce Trousseau de Moulin Premier augure de leur commune passion, révélée dans le poème lyrique et impétueux «Le Visage nuptial», qui paraîtra en décembre 1938.» Marie-Claude Char.

La vie et l’œuvre de René Char sont étroitement liées au Lubéron, et en particulier à sa ville natale, L’Isle-sur-la-Sorgue.

En 1937, le poète réalise un petit carnet sur lequel il dispose, en vis-à-vis, de courts textes manuscrits et des cartes postales de L’Isle. Ce sont d’anciennes vues de la ville, sous lesquelles il transcrit certains aphorismes publiés l’année précédente. Le titre, Moulin Premier, vient d’une vente par tirage au sort d’un moulin situé à L’Isle : ce nom fut donné au lot gagnant car le ticket de l’acquéreur portait le  numéro 1.

Avec ce carnet qui instaure un dialogue subtil entre poèmes, aphorismes et photos, Char crée une sorte de suspension du temps. Il donne à voir, non sans une certaine nostalgie, cette harmonie de l’espace – entre la rivière, les rues et les maisons – qu’il a vécue enfant. Les poèmes en regard font du Trousseau un ensemble singulier, délicat et intime.

Oeuvres, vol. 1. Les plumes d'Eros

Oeuvres, vol. 1. Les plumes d'Eros
Noël Bernard
Ed. POL

Je travaille avec Bernard Noël depuis 1972, alors que je dirigeais la collection « Textes », chez Flammarion. Je pourrais dire qu'il m'a appris à lire, qu'il m'a appris à éditer. Aussi, après qu'il m'ait confié pour P.O.L dix-neuf autres de ses livres dont certains ont été repris de nos aventures passées, la parution ici du premier tome de ses œuvres, revêt-elle à mes yeux une importance toute particulière. Comme si quelque chose s'affirmait encore plus et se fixait d'un travail et d'une amitié qui ont traversé les années.

Ceci est donc le premier tome d'une série dont le but est de rendre compte de la diversité et de la richesse de l'œuvre de l'un des écrivains les plus importants de notre temps. Bernard Noël est en effet un poète, mais aussi un romancier, un reporter, un polémiste, un sociologue, un historien, un critique d'art. Chaque volume, centré sur une des thématiques de l'œuvre rendra aussi compte de cette grande diversité d'approche et de la non moins grande variété formelle des modes.

On l'aura compris, Les Plumes d'Éros reprend les écrits érotiques de Bernard Noël, part importante, voire déterminante de son travail puisqu'elle lui a permis – les textes réunis ici s'étalent sur cinquante ans  – d'expérimenter très tôt les rapports qu'entretient le corps avec la langue, avec les mots, et à quel point la phrase, la pensée, les sens forment ensemble une réalité qui dépasse chacun des éléments qui la constituent.

Il y a dans ce volume des récits, des disputes et discussions, des poèmes, des essais, des textes aussi qui mélangent les genres et les subliment. Il y a, évidente et troublante, une écriture dont la sensualité donne à la pensée qui l'anime une présence et une épaisseur bouleversante alors même que l'humour comme la plus grande profondeur n'en sont jamais exclus. Paul Otchakovsky-Laurens

Deux scènes. Et notes conjointes

Deux scènes. Et notes conjointes
Bonnefoy Yves
Ed. Galilée

En 2008 une société de bibliophiles italiens décida de publier avec des illustrations de Gérard Titus-Carmel un récit, Deux Scènes, que je venais d’achever. Mais quand on en fut à la maquette du livre, il apparut que quatre ou cinq pages de plus seraient souhaitables, pour mieux équilibrer la suite des gravures, et je dis : c’est tout simple, je vais écrire une note pour expliquer pourquoi ce récit se situe « à Turin peut-être où à Gênes ». Gênes étant, par une belle coïncidence, la ville des dirigeants de cette collection, parmi lesquels mon traducteur, un ami, Beppe Manzitti.
J’entrepris donc cette note. Mais elle eut vite non pas cinq pages mais cinquante. En effet, dès que j’eus commencé de lire ce que j’avais écrit les yeux en somme fermés, il me fallut constater que cette histoire de deux balcons en vis-à-vis dans la cour d’un palais génois, avec deux drames pour s’y jouer simultanément, à peine différents l’un de l’autre, traversait et retraversait sans cesse ni fin les moments et les lieux, et les pensées, de ma vie depuis la première enfance, et que s’expliquaient ainsi des poèmes qui m’étaient restés des énigmes ; cependant que s’éclairait mon vœu peut-être le plus profond. Puis-je parler d’un début d’auto-analyse ? Mais tout autant aussi je me suis senti obligé de m’interroger sur certains aspects de la recherche freudienne, avec en esprit un désir d’être qui compterait plus que celui d’avoir. Y. B.

Poésie africaine. Six poètes d'Afrique francophone

Poésie africaine. Six poètes d'Afrique francophone
Anthologie
Ed. Points Poésie

Dirigé et présenté par Alain Mabanckou, ce volume réunit des poètes majeurs de l'Afrique francophone. Poètes engagés, militants de la Négritude, ils chantent le traumatisme de l'esclavage et de la traite, les souffrances de la colonisation, les illusions et désillusions de l'Indépendance de leur pays : Sénégal, Madagascar, Côte d'Ivoire, Congo. Ils se font aussi les chantres des «valeurs nègres» : la solidarité et la fraternité de leur peuple. Six voix incontournables de la poésie africaine du XXe siècle : Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Jacques Rabemananjara, Bernard B. Dadié, Tchicaya U Tam'Si et Jean-Baptiste Tati Loutard.

Tissus mis par terre et dans le vent

Tissus mis par terre et dans le vent
Sacré James
Ed. Castor astral

Depuis Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), livre déjà accompagné de photographies de Bernard Abadie, j'avais le désir de poursuivre ma rêverie/réflexion (continuée d'ailleurs avec d'autres photographes comme Jacques Clauzel et Lorand Gaspar) sur les rapports possibles entre le poème et la photographie.

J'avais aussi le désir de revenir sur le motif du « linge », modulé ici en « tissus ». Bernard m'ayant montré une série de photos, l'ensemble Tissus mis par terre et dans le vent fut le produit de cette nouvelle rencontre.

Le fait que les photos de Bernard Abadie ont été prises en divers pays m'a conduit à promener mes poèmes en France et ailleurs. Le sujet de ces photos faisait signe à la fois du fond de l'enfance et du fond de voyages vécus : un long tissu de vie aussi insaisissable que l'insaisissable soie d'une eau qui paraît dans les dernières photos. Le poème s'est aussi demandé si le photographe ne l'avait pas par avance photographié plutôt que lui n'aurait écrit les photos. Que fait le poème devant le tissu du monde, devant des photos qui ont vu ce monde ?

Osmose perpétuelle. Entretiens

Osmose perpétuelle. Entretiens
Izoard Jacques
Ed. Atelier de l'agneau

« À partir du moment où l'on vit constamment dans les mêmes lieux, il est difficile de ne pas être influencé dans une certaine mesure par l'endroit auquel on est attaché par des liens, disons géographiques, mais aussi par des liens sentimentaux, par des liens de tendresse ou de colère, par des liens d'accord ou de désaccord, peu importe...

Je pense qu'il est difficile d'écrire ou de vivre dans un lieu, sans voir ce lieu, sans le connaître, et c'est pour cela que je peux dire qu'il y a, entre la ville de Liège et mon travail d'écriture une sorte d'osmose perpétuelle... » J.I.