Poésie africaine. Six poètes d'Afrique francophone

Poésie africaine. Six poètes d'Afrique francophone
Anthologie
Ed. Points Poésie

Dirigé et présenté par Alain Mabanckou, ce volume réunit des poètes majeurs de l'Afrique francophone. Poètes engagés, militants de la Négritude, ils chantent le traumatisme de l'esclavage et de la traite, les souffrances de la colonisation, les illusions et désillusions de l'Indépendance de leur pays : Sénégal, Madagascar, Côte d'Ivoire, Congo. Ils se font aussi les chantres des «valeurs nègres» : la solidarité et la fraternité de leur peuple. Six voix incontournables de la poésie africaine du XXe siècle : Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, Jacques Rabemananjara, Bernard B. Dadié, Tchicaya U Tam'Si et Jean-Baptiste Tati Loutard.

Tissus mis par terre et dans le vent

Tissus mis par terre et dans le vent
Sacré James
Ed. Castor astral

Depuis Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), livre déjà accompagné de photographies de Bernard Abadie, j'avais le désir de poursuivre ma rêverie/réflexion (continuée d'ailleurs avec d'autres photographes comme Jacques Clauzel et Lorand Gaspar) sur les rapports possibles entre le poème et la photographie.

J'avais aussi le désir de revenir sur le motif du « linge », modulé ici en « tissus ». Bernard m'ayant montré une série de photos, l'ensemble Tissus mis par terre et dans le vent fut le produit de cette nouvelle rencontre.

Le fait que les photos de Bernard Abadie ont été prises en divers pays m'a conduit à promener mes poèmes en France et ailleurs. Le sujet de ces photos faisait signe à la fois du fond de l'enfance et du fond de voyages vécus : un long tissu de vie aussi insaisissable que l'insaisissable soie d'une eau qui paraît dans les dernières photos. Le poème s'est aussi demandé si le photographe ne l'avait pas par avance photographié plutôt que lui n'aurait écrit les photos. Que fait le poème devant le tissu du monde, devant des photos qui ont vu ce monde ?

Osmose perpétuelle. Entretiens

Osmose perpétuelle. Entretiens
Izoard Jacques
Ed. Atelier de l'agneau

« À partir du moment où l'on vit constamment dans les mêmes lieux, il est difficile de ne pas être influencé dans une certaine mesure par l'endroit auquel on est attaché par des liens, disons géographiques, mais aussi par des liens sentimentaux, par des liens de tendresse ou de colère, par des liens d'accord ou de désaccord, peu importe...

Je pense qu'il est difficile d'écrire ou de vivre dans un lieu, sans voir ce lieu, sans le connaître, et c'est pour cela que je peux dire qu'il y a, entre la ville de Liège et mon travail d'écriture une sorte d'osmose perpétuelle... » J.I.

Parties d'un monde

Parties d'un monde
Stevens Wallace
Ed. La Nerthe

Conçu comme un livre synecdotique, ce recueil paru en 1942 et jamais traduit en français est habité par le thème de la guerre entre les nations, entre les éléments, ou entre l'être et la conscience.

Ce qui secret. Revue matérielle/Janvier 2012 n°2

Ce qui secret. Revue matérielle/Janvier 2012 n°2
Revue
Ed. Ce qui secret

Première revue marocaine consacrée à la poésie internationale

Faire vivre ensemble et amoureusement des textes d'hommes et de femmes venant de divers horizons et partageant le même rapport à la réalité, à la langue et au village-monde. Edito.

Les filles de quartier
se jettent des nuages la sangle à la main.
Leur sourire ne s'ouvre pas.
Ce serait comme un hymen recousu
par la générosité des violeurs
Linda Maria Baros (Roumanie)

Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chères chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers bindés.
Volker Braun (Allemagne)

Le rêve arabe s'endort
Le muezzin efface
La nuit
Tandis que fume le dernier
Cercle du soleil.
Michel Bulteau (France)

Chaque jour on ne peut éviter le coup de feu du temps,
Ce tireur embusqué !
Shu Cai (Chine)

Allez radoter ailleurs, rimes d'un centime,
trembler ailleurs pour douze lecteurs
et un critique ronfleur
Hugo Claus (Belgique)

Un enfant court bravement derrière son enfance
Rêvant du monde venu se déposer entre ses mains
Et du ciel comme plumage à ses ailes.
Ouafaa Lamrani (Maroc)

J'entends les oiseaux aux pieds peints psalmodier les airs
du ravissement, les murs ouvrant larges leurs fissures, enmmagasinant
les reflets du miroir.
Mohamed Loakira (Maroc)

Les Croates me tapent sur les nerfs
Ce n'est pas étonnant : je les fréquente
Depuis trente-huit ans déjà.
Boris Maruna (Croatie)

Au lieu de lèvres féminines,
ils laissent
l'étoile à cinq branches imprimer
sur nos fronts moites
son rouge où a coagulé le sang des héros.
Senadin Musabegovic (Bosnie-Herzégovine)

Je n'ai rien d'autre à espérer :
un crépuscule d'hiver
et un corbeau amoureux de moi.
Grânaz Moussavi (Iran)

- Te souviens-tu de la copiste ? Celle qui renversa de l'encre
sur ta robe ?
- Non.
Mercedes Roffé (Argentine)

'C'était au Maroc à la campagne...'
Mustafa Stitou (Pays-Bas)

Aveugles, les imbéciles refusent
De se couper la barbe,
Ceux qui me pointent du doigt.
Serge Patrice Thibodeau (Canada)

Le matin du 24 septembre 1966
j'ai écrit une lettre à un ami proche
sur le péché originel
sur le crime parfait et la méthode d'extermination du savoir.
Gozô Yoshimasu (Japon)
Présentation de l'éditeur

Que toute chose se taise

Que toute chose se taise
Ouhaibi Moncef
Ed. Bruno Doucey

« Mais si, écoutez bien
C'est le bruit de ses bottes
Le despote
Qui s'enfuit
Qui part
En hâte
Qui traîne ses pas lourdement
Vers l'endroit où
Il s'endormira
Dans un cadavre vide »

Rouge au bord du fleuve

Rouge au bord du fleuve
Hoex Corinne
Ed. Bruno Doucey

« dans l'île avec le vent et sa caresse aveugle
dans l'île ton châle rouge et les mains nues du vent
et tu fermes les yeux et du entends le fleuve son grondement sourd
le fleuve moiré d'argent »

L'Inachevable. Entretiens sur la poésie. 1990-2010

L'Inachevable. Entretiens sur la poésie. 1990-2010
Bonnefoy Yves
Ed. Albin Michel

«Ce livre, quelques-uns des entretiens que j'ai eus avec divers interlocuteurs en ces vingt dernières années. D'une part ceux qui portèrent sur la création artistique - architecture ou peinture - ou des peintres et des poètes ; et d'autre part ceux où j'ai eu à parler de mon propre travail ou de ma vie. Viendront plus tard des réflexions de nature plus générale bien que constamment sur la poésie. Pourquoi ce rassemblement ? Parce que l'imprévu des questions avive et même sert le désir de comprendre de celui qui cherche à répondre, en un 'écrit parlé' qu'il veut aussi précis que possible. Et parce que ce désir va peut-être trouver dans les hypothèses et digressions alors permises des voies qui en valent d'autres vers la sorte de vérité dont cet auteur est capable. Se répétant, se contredisant, mais de ce fait même prenant conscience de soi, dans un champ où c'est le cheminement qui peut être jugé aussi véridique que les positions rejointes.» Yves Bonnefoy

 

La Reconquête du tombeau d'Emile Verhaeren

La Reconquête du tombeau d'Emile Verhaeren
Darras Jacques
Ed. Le Cri

Le très grand poète flamand Emile Verhaeren écrivit ses poèmes en français. Exclusivement. Le pourrait-il ? Le voudrait-il encore ? Son tombeau et son musée sont à Saint-Amand en Flandre, son village natal au bord de l'Escaut. Imaginons - c'est imaginable ! - que l'Europe décide de faire de sa bi-nationalité poétique un modèle, un symbole. Imaginons que l'opération soit conduite sous forme d'une expédition fluviale officielle au départ de Bruxelles. Qu'une 'nef des fous' inaugure un voyage commémoratif annuel jusqu'à ce bloc de marbre de noir où gît l'auguste dépouille d'Emile. Imaginons que l'histoire de l'Europe religieuse et laïque occidentale tout entière soit invoquée dans cette nouvelle croisade ! Imaginons, ah ! oui, imaginons le dessin coloré, rythmé, dansé de cette bande carnavalesque masquée ! Car nous sommes tous masqués, depuis le temps qu'on nous masque la fin. Car nous dansons tous en traduction sur l'Escaut, sur l'écho du plancher des langues. Car nous habitons un sol liquide fluctuant où nos drapeaux ne flottent qu'entre deux eaux. Qu'entre deux os.

Ce poème dialogué et théâtralisé, conçu comme un 'mock epic' fera partie de Les petits affluents de la Maye. La Maye Tome II (nouvelle version). Il est illustré de deux gouaches originales de l'auteur.

J.D.

 

Jacques Darras. Poète de la fluidité

Jacques Darras. Poète de la fluidité
Collectif
Ed. Le Cri

Commencée en 1988 avec La Maye (Tome I), l'oeuvre poétique de Jacques Darras s'est construite en marge des marées, à distance consciente de la tradition centrale poétique française, au contact des grandes sommes poétiques américaines. Vingt ans et bientôt 8 tomes de poésie plus tard, en décembre 2008, poètes et universitaires français et étrangers se sont retrouvés à l'Université de Nice, à l'invitation de Béatrice Bonhomme et Patrick Quillier, pour faire les premiers relevés de ce parcours original. Oeuvre d'architecture attentive aux masses rythmiques aussi bien qu'aux détails, la Maye émerge progressivement sous la forme d'un édifice de fluidité musicale orchestré autour du chiffre 8. Polyphonique et polycentrique, irrigué par les fleuves de l'histoire comme de la géologie, conjuguant l'horloge des respirations personnelles aux grandes roues de la cosmographie, le chantier de la Maye renoue avec les héritages de la Renaissance et du Moyen-Age européens.