A ciel ouvert. Entretiens avec Yvon Le Men

A ciel ouvert. Entretiens avec Yvon Le Men
Jacques Darras & Yvon Le Men
Ed. La Passe du vent

Parler la poésie c'est quelquefois garder le silence. Se taire. Yvon qui s'ouvre aux autres si spontanément dans la vie courante, aime à se taire dans ses poèmes. Je fais l'inverse, parlant peu dans le jour, m'exprimant sur des hectomètres de phrases ou de vers dans les tomes de La Maye. La plage où viennent se fracasser les paroles sur le sable silencieux est notre lieu de rencontre. Nous nous écoutons. Nous pratiquons l'écoute de l'autre sans perdre de vue le fil de nos propres discours. J'aime que le nordique skaut, cette corde qui oriente la voile, ait donné «écoute» en français. En langue anglaise, filer l'écoute, la corde c'est «to spin a yarn», dérouler une histoire. Notre amitié, me semble-t-il, réussit cette manoeuvre maritime avec beaucoup de naturel, d'expertise. Car la poésie est une parole du large, du haut, du loin, à distance de la parole médiane ou des médias.

Comme la marée il se peut qu'elle s'éloigne momentanément du rivage où les plagistes de tout bord, disques ou écrans, se livrent à leurs jeux de sable favoris. Il n'empêche. Dressez l'oreille ! Écoutez la rumeur du fond qui s'amplifie au fond de la Baie picarde ou des multiples anses bretonnes ! C'est du fond de l'existence que nous viennent les injonctions les plus tumultueuses, les plus fascinantes. Aussi bien écoutez-nous, dans les pages qui suivent, marcher sur nos rives maritimes tout à côté de vous, nous expliquant l'un à l'autre comment chacun capte et restitue, avec l'oreille et la bouche, cette musique qui nous vient du profond de la création». Extrait de la préface de Jacques Darras

Poète bin qu'oui, poète ben qu'non ?

Poète bin qu'oui, poète ben qu'non ?
Verheggen Jean-Pierre
Ed. Gallimard

Il y a trente-six sortes de poètes : champêtres ou rodomonts, peuls ou auvergnats, voire ambigus et ambidextres à la fois ! Il y a parmi eux des alcoolos, des mycologues, des indécis, des kamikazes, des inconnus et des curés de leur propre petite gloire locale personnelle ! Sans oublier les agités du buccal et les centaines d'autres espèces. Poète moi-même - peut-être ? (la question reste ouverte) -, j'en ai tiré quelques portraits, le plus souvent au tir à têtes de pipes. C'est que je n'attache jamais ma censure quand je conduis mon autodérision ! Me voici donc fonçant à vive allure sur l'âge ingrat qu'est la vieillesse pour lui rappeler que je suis et veux rester une « persona non gaga » ou plus loin écrasant sans vergogne quelques nouveau-nés choisis parmi nos récents néologismes abscons et technico-bluffeurs venus, une fois encore, s'embourber dans notre langue : procrastination, locaphage (ou locavore : au choix !), accidentogène et buvabilité, etc. Pan ! Sans le moindre coup de frein ! Pan dans le mille !

Prologue au silence

Prologue au silence
Jaqmin François
Ed. La Différence

Après Le livre de la neige publié en 1990 et qui obtint le prix Max Jacob en 1991 et La Rose de décembre et autres poèmes paru de manière posthume en 2004, ce Prologue au silence, si mince et si dense, vient confirmer la nature métaphysique de la poésie de François Jacqmin. On apprend dans la postface due à Catherine Daems que l’oeuvre de Jacqmin compte des milliers de pages inédites. Comme son illustre devancier, Pessoa, François Jacqmin, être modeste et secret, ne pensait sans doute pas que ses contemporains soient prêts à entendre à ce qu’il avait à leur dire. Le temps est venu d’écouter un des plus grands poètes de langue française.

Trois poètes belges. Véronique Janzyk, Serge Delaive, Antoine Wauters

Trois poètes belges. Véronique Janzyk, Serge Delaive, Antoine Wauters
Ed. Editions du Murmure

« La poésie est, par excellence, le genre insaisissable. Les poètes le savent bien, eux qui œuvrent sans relâche à la renouveler. Véronique Janzyk, Serge Delaive et Antoine Wauters démontrent, par leur diversité, à quel point en ce début de siècle, il est permis sans complexe ni contradiction d’accueillir tous les courants, toutes les formes de poésie, qu’elle soit conceptuelle, militante, documentaire, néo-symboliste ou simplement lyrique. Qu’ils soient visionnaires, voyants ou voyeurs, les poètes se distinguent par leur perception du monde et par leur manière d’inscrire l’humain dans celui-ci. Et voici trois ensembles poétiques qui illustrent remarquablement cette démarche.

Si beaucoup de poètes de ce temps sont des histrions narcissiques qu’on laisserait volontiers rejoindre leur reflet au fond d’une eau douceâtre, d’autres prennent pour miroir la société et nous en renvoient une vision personnelle et neuve. Véronique Janzyk, Antoine Wauters et Serge Delaive ont choisi d’être de ceux-là. » Karel Logist

Cette âme perdue

Cette âme perdue
Pirotte Jean-Claude
Ed. Castor Astral

« Cette suite de poèmes dont le titre est évidemment un hommage à Valery Larbaud s’apparente, comme de plus en plus souvent dans mon travail, au journal intime – encore que disposé, conçu pour la publication. Le carnet intitulé Cette âme perdue a été ouvert le 20 février 2010 près de la mer du Nord, et ses dernières pages datent de fin avril 2010, alors que je retrouvais la parole après une assez courte mais douloureuse hospitalisation. Ces poèmes assez brefs, dénués de toute ambition novatrice, écrits au jour le jour, témoignent de ce que, dans Alma perdida, Valery Larbaud évoque : “poésie de choses banales … / Hauts et bas du temps et du tempérament”. » Jean-Claude Pirotte.

Crimes d'ortie blanche

Crimes d'ortie blanche
Yanowski
Ed. Dilettante

Textes germés de la scène, nés des planches, il y est question de tout ce qui fait la mort frangine et la vie coquine : les putains sans dents et les nuits sans lune, les christs à la trique et les zombies en troupes ; on y parle sacrilège et derniers verres, petites morts et grandes douleurs ; on y voit passer des marins à l'haleine de noyés et des avorteurs mélancoliques, des clowns cannibales et des monstres tricotés d'infamies.

Petits traités d'aphasie lyrique

Petits traités d'aphasie lyrique
Denis Philippe
Ed. Le Bruit du temps

Les picotements que me procuraient
les languettes de cuivre
des piles usagées

c'est eux
page après page
que je cherche à retrouver
au contact d'un verbe qui,
à lui seul,
peut court-circuiter
la différence des opposés.

Philippe Denis, Petits traités d'aphasie lyrique « alla breve », 7.

L'effilage du sac de jute

L'effilage du sac de jute
René Char & Wou-Ki Zao
Ed. Gallimard

René Char, comme aucun autre poète au XXe siècle, a mené avec les peintres une exploration commune. Avec Lettera amorosa, Poésie/Gallimard a déjà porté témoignage de ce mouvement
unique, maîtrisé, de création à deux. Avec L’Effilage du sac de jute, c’est une semblable alchimie qui est à l’oeuvre. Ce que souligne très précisément Dominique de Villepin dans sa préface : « Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir. Acte et surgissement dont
témoigne cette oeuvre qui s’offre ici à nos mains. Prenons l’affirmation de René Char à la lettre. Ici, il n’y a pas d’un côté des poèmes, de l’autre des peintures. Il y a un poème. Un désir commun et partagé, une amitié d’esprit qui se serait, comme par accident, déposée sur ces pages. Il n’y a rien d’éparpillé, il n’y a pas d’encres coulées et bues par le papier épais. Il n’y a pas de créations en regard. Il n’y a qu’une seule chimère de formes et de sens agglomérés qu’il convient non de regarder, ni même de contempler, mais d’accueillir. Son être en effet l’attend. Dans la rencontre d’un autre désir demeuré désir, que le lecteur lui porte d’un oeil rond. Ici, le désir de peinture d’un poète a rencontré le désir de poème d’un peintre. Zao Wou-Ki et René Char s’y entretiennent. L’un et l’autre ont exprimé souvent ces quêtes complémentaires, René Char avec Georges Braque, avec Joan Miró, avec Giacometti, avec Vieira da Silva et Zao Wou-Ki avec Henri Michaux, avec Yves Bonnefoy, avec Roger Caillois, exemples parmi tant d’autres. Des étincelles splendides se sont constellées dès avant cette brassée de tisons éclatants ».

Une lampe dans la lumière aride

Une lampe dans la lumière aride
du Bouchet André
Ed. Le Bruit du temps

« Pendant la lueur qui précède la chute du sommeil, je déchiffre le mur.

Tout s'aligne en filigrane, comme dans les dessins de Giacometti. L'ombre noueuse d'un arbre qui se ramifie, sous les moulures, la barre d'un verrou énorme coupant les croisées noires, portant des agrès, des cordages, remuant dans le flot qui baisse chaque fois qu'une fenêtre opposée s'éteint. La noirceur de tous les ustensiles nocturnes par contre s'accentue. Le verre accroche des lueurs. Tous les éléments du jour vus dans leur silence, leur calme diaphane. Sans ce fourmillement strident. » André du Bouchet-CatiLer noir, octobre 1951.

Ce livre reproduit une grande part des carnets que le poète André du Bouchet tint presque quotidiennement entre 1949 et 1955. Après les années de formation intellectuelle et d'exil que furent celles de sa vie aux États-Unis, du Bouchet découvre, au cours de cette période d'intense création poétique, dans la proximité de Ponge et de Reverdy, ce qui deviendra sa propre voix.

Le choix que nous proposons parmi ses premiers carnets fait écho au volume réunissant ses essais sur la poésie écrits dans les mêmes années, que nous publions sous le titre Aveuglante ou banale.

Aveuglante ou banale

Aveuglante ou banale
du Bouchet André
Ed. Le Bruit du temps

« Chaque poème est une écorce arrachée qui met les sens à vif. Le poème a rompu cette taie, ce mur, qui atrophie les sens. On peut alors saisir un instant la terre, la réalité. Puis la plaie vive se cicatrise. Tout redevient sourd, aveugle, muet. » André du Bouchet, Cahier de 1951.

Ce livre recueille, dans leur version d'origine, tous les essais sur la poésie publiés par André du Bouchet entre 1949 et 1959, et de nombreuses pages inédites, le plus souvent écrites ou ébauchées dans le cadre du C.N.R.S. où le poète fut chercheur entre 1954 et 1957.

Dans ces essais consacrés à Scève, Hugo, Baudelaire, mais aussi à des poètes contemporains (Reverdy, Char, Ponge) ou étrangers (Hölderlin, Joyce, Pasternak), le jeune du Bouchet se livre éperdument à la poésie, pour en proposer, chaque fois, une lecture extrêmement profonde et personnelle. Avec les Carnets que nous publions parallèlement, ces pages éclairent toute son oeuvre ultérieure.