Qui mieux que Deborah Levy pour nous conduire sur les traces de Gertrude Stein dans le Paris effervescent du début du XXe siècle ? Sa narratrice, elle-même écrivaine, mène l'enquête, de nos jours, pour tenter de comprendre qui était cette poétesse et collectionneuse d'art américaine d'avant-garde, icône queer, amie de Picasso et de Hemingway, génie autoproclamée. Le modernisme est au coeur de cette recherche intime et intellectuelle, comme il est au coeur du couple que formaient Gertrude et Alice B. Toklas.
Au fil du récit, et tandis que Gertrude semble inexorablement lui échapper, il est très tôt question des flâneries de la narratrice, de ses amies - Eva, artiste mariée à distance, et Fanny, financière à l'esprit libre -, de cuisine bien sûr, du monde comme il ne va pas, d'amour et d'un chat disparu. Sous les toits ou dans les allées du Père-Lachaise, elle songe à ce que nous devons perdre pour devenir modernes, à une façon de vivre avec le doute, aux pères colériques, à l'art et au langage, à la condition féminine - comment tout ceci apparaissait à Gertrude Stein au début du XXe siècle, et comment cela nous apparaît aujourd'hui.
En 1960, le jeune Leonard Michaels quitte la Californie après l'échec de ses études littéraires. De retour à New York, il végète sur le canapé de ses parents, rêvant de devenir écrivain. Un soir, il rencontre une jeune femme magnétique, Sylvia Bloch. Dérivant dans un Manhattan en pleine effervescence artistique et sociale, les deux amants s'accrochent l'un à l'autre. Au milieu de leur relation passionnelle naissante, bientôt maritale, s'invitent les troubles de leurs santés mentales respectives. La dépression de Leonard, aspirant auteur en plein doute, adulte pas encore tout à fait mature. Celle de Sylvia, probablement atteinte de troubles de l'humeur non diagnostiqués dans une époque où l'on prend peu soin des femmes.
A Londres, les Rosenthal forment une famille juive dysfonctionnelle. La mère utilise les dernières confessions de son beau-père, survivant de la Shoah, afin d'écrire un best-seller. L'aîné revient d'Israël où il vivait son homosexualité au grand jour. La cadette est fascinée par les textes talmudiques et le benjamin, un rebelle qui a rejeté la religion, rêve de la sauver.
César Aira est l'auteur de plus d'une centaine de courts romans en espagnol. D'une attaque de morts-vivants à une course-poursuite en Patagonie, il invente des univers inattendus et repousse les frontières du réel. Mêlant des éléments autobiographiques à des réflexions sur la littérature, chacun de ses romans dérape en un récit loufoque et déjanté. Ils abordent avec finesse et humour des thèmes universels plus sérieusement qu'il n'y paraît - que ce soit notre rapport au temps, à Tailleurs, à la mémoire ou à la création.
Traduisant les derniers cours qu’a donnés Barthes au Collège de France, Kate Briggs réfléchit à la lecture, à l’écriture, à sa vie passée aux côtés des œuvres d’autrui. Dans Le petit art, elle raconte sa pratique de la traduction en tant que relation complexe, incarnée, inépuisable, entre deux personnes, deux sensibilités, deux langues et deux œuvres, entre une infinité de signes en tension et de sens potentiels, mettant à mal l’idée d’une traduction parfaite où la fidélité à l’original se résume à l’absence d’erreurs.
Pourquoi sabotons-nous nos relations amoureuses ? Alors que la narratrice, Pauline, quarante-cinq ans, retrouve Roman, son amour de jeunesse, vient l'heure du bilan. Elle rouvre un dossier qu'elle croyait clos : celui de son père, cet homme si beau et si malheureux dont elle ignore tout, sinon qu'il est mort mystérieusement lorsqu'elle avait dix ans. En revenant sur les silences qui entourent ce personnage trouble, elle interroge son propre sens du drame et son penchant pour la mythomanie, qui lui ont valu tant de déboires sentimentaux.
Née dans une famille marquée par l'alcoolisme, Debbie se rapproche de son père après dix ans de silence entre eux. Sa démarche lui permet de se confronter à son passé, pour mieux envisager l'avenir et s'affranchir de ses blessures.
Une traductrice quinquagénaire en manque d'inspiration s'isole dans le cadre d'une résidence d'écriture. Dans la rivière voisine, elle trouve une créature insaisissable, mi-cheval mi-poisson, qu'elle adopte. Baptisée Monsieur, la chimère devient peu à peu le centre de sa vie. Une fable intime qui évoque la traversée de la ménopause en entremêlant réel et fantastique.
Paru pour la première fois en 1986, Mémoires de l'Enclave de Jean-Paul Goux est aujourd'hui considéré comme un ouvrage fondateur de la littérature d'enquête contemporaine. Après plus d'un an de résidence dans le Pays de Montbéliard, le jeune romancier livrait une analyse éblouissante de la condition des ouvrières et des ouvriers de cette région industrielle de l'est de la France, touchée de plein fouet par la crise économique et la désindustrialisation. L'ouvrage s'appuyait sur une vaste documentation écrite, mais aussi sur des entretiens menés par l'écrivain pendant son séjour. Des femmes et des hommes, qui avaient travaillé pour les entreprises de la région, s'y livraient et tentaient de dire le poids du travail en usine et celui de la peine. Ils évoquaient aussi la mémoire des luttes ainsi que les différentes formes d'un contrôle social omniprésent dans une région marquée par le paternalisme des grandes familles de l'industrie, Japy et Peugeot en tout premier lieu. Transcrites et intégrées par l'écrivain dans une vaste composition polyphonique, ces bribes de vie formaient la trame d'un récit toujours aussi puissant.
Recueil de textes inédits, hommages, manifestes ou encore aphorismes, composant un autoportrait en fragments de l'artiste. Entre figures tutélaires et rencontres obscures, ces écrits révèlent les sources secrètes de l'œuvre de V. Novarina, où la main invente et transmet la parole.