On dit volontiers de l'Argentin Rodolfo E. Fogwill (Buenos Aires, 1941) qu'il est excentrique ou simplement fou, un peu comme ces hommes des Chants de matelots dans les pampas qui ont «tout quitté pour tout recommencer», déroutants et insaisissables dans leur mobilité perpétuelle. Escorté par les rumeurs d'une vie sulfureuse, c'est en 1979 qu'il fait ses premiers pas dans l'écriture, sorte de pampa littéraire où les grands aînés (Borges, Bioy Casares, Cortázar) avaient traqué la piste d'un réel incertain. Dynamiteur devant l'Éternel, proche de César Aira et d'Osvaldo Lamborghini, Fogwill creuse un sillon très personnel en affrontant la réalité de l'Argentine contemporaine. Dans sa besace, une riche variété d'armes explosives centrée sur les jeux de l'écriture, dont le présent recueil de nouvelles offre un éventail: il s'empare avec audace de monuments littéraires tels que L'Aleph ou Orlando et les réinterprète sur fond de drogue, de sexe et de corruption pour le premier, de conflits mondiaux pour le second; il embobine le lecteur dans Le Long Rire de toutes ces années, le fait participer à la construction d'un récit dans Muchacha Punk ou l'invite à revisiter les stéréotypes du polar ou du scénario politique dans Libération de femmes. Autant de manières d'amener le lecteur au coeur de la violence et de la barbarie, celles d'une Argentine taraudée par les guerres et les dictatures successives. Écrites entre 1979 et 2002, ces nouvelles portent la marque d'un passé qui ne s'oublie pas et déborde dans les marges du présent.
Présentation de l'éditeur
Dans les souches calcinées je perçus le bruit du fleuve, le grondement sauvage de l'eau qui franchit la cataracte et fouille, tourne, roule, pour déterrer tous les monstres de l'enfer. Un déchaînement sublime ! Puissant, impitoyable ! Rien n'en réchapperait vivant !
David aussi perçut le déchaînement. S'il se sentait aussi vivant que moi ? Je n'en sais rien. Je sais seulement qu'il s'arrêta, se retourna. Que je l'approuvai d'un signe de tête. Il n'était plus qu'à la distance d'un jet de pierre, et bientôt plus qu'à celle d'un crachat, et finalement à la distance d'un bras, et quand nous atteignîmes la cluse, j'avais rejoint David.
Qu'arrive-t-il à David au bord du torrent bouillonnant ? Comment la course en montagne va-t-elle se terminer ? C'est de façon hypnotique qu'on lit ce roman où les épisodes s'enchaînent selon une chronologie stricte et un plan inéluctable. Où le narrateur semble traverser la vie comme absent au monde. Lukas Bärfuss pose aussi un regard aigu sur les paysages, sur les expériences sensorielles et entre en communion avec une nature silencieuse, dans la tradition du romantisme allemand.
Présentation de l'éditeur
Notre foyer était triste, et c'est pourquoi tout petit déjà je préférais vivre dans la rue plutôt que chez moi.
Cette tristesse, c'était d'abord la Torah qui en était responsable : elle remplissait le moindre recoin de la maison et pesait lourdement sur l'humeur de tous. C'était plus une maison d'étude qu'un chez-soi : une maison de Dieu, plus qu'une maison d'hommes.
D'un monde qui n'est plus évoque avec tendresse et précision les souvenirs d'enfance d'Israël Joshua Singer.
Ces Mémoires nous emportent dans l'atmosphère pittoresque du shtetl de Lentshin, non loin de Varsovie, où s'est réfugiée - sous la houlette du père d'Israël Joshua Singer, le rabbin Pinhas Mendel - une communauté de Juifs paysans expulsés de leurs villages par la police russe. À travers le regard de l'enfant, on plonge dans un quotidien pétri de croyances et de rituels où le mauvais oeil attend au coin de la rue. On découvre les secrets de chacun, l'austérité de la vie au shtetl, mais aussi les déchirements identitaires et les discriminations qui bouleversent les communautés juives polonaises en ce début de XXe siècle.
D'un monde qui n'est plus, écrit par l'un des grands maîtres de la littérature yiddish, demeure, au-delà de sa valeur historique, un témoignage unique.
Présentation de l'éditeur
Alma vient de s'engager pour la vie aux côtés de Mahler, l'homme qui lui demande de ne plus composer pour se consacrer à lui. Dans un long monologue, Alma Mahler s'interroge sur cet attachement, cette attirance, ce renoncement. Sur ses sentiments maternels, le rôle de ses amants, sur l'autorité de Mahler mais aussi sur son propre narcissisme.
1912, dans un modeste bourg polonais, un artisan tailleur voit la femme qu'il aime le quitter. Totalement seul, perdu, et psychologiquement affaibli, il décide de partir, achète un aller simple à « l'homme de l'Amérique » et quitte la forêt pour rejoindre Varsovie. Mêlé à la foule des émigrants, le tailleur est méfiant et se concentre sur sa langue qu'il redoute d'oublier à jamais. Après Rotterdam, l'interminable traversée le rend fou et, quand enfin les côtes américaines apparaissent, l'homme est visiblement diminué. Les contrôles d'entrée sur le territoire commencent...
Mai 1940. Le bombardement de Rotterdam est annoncé, le jeune gardien du zoo est chargé d'abattre le vieux lion. Il ne peut s'y résoudre...
Une jeune fille est enfermée dans le mal-être. Minée par un perpétuel sentiment d'échec, elle vient enfin d'obtenir l'emploi qu'elle attendait. Heureuse, elle enfourche sa bicyclette. Au feu rouge, un camion sur sa gauche est arrêté, comme elle...
Ecrites sous forme de monologues, ces nouvelles composent avec le précédent recueil intitulé La Blessure, une véritable introduction à l'oeuvre romanesque d'Anna Enquist. Ses thèmes se déclinent ici dans une langue toujours plus épurée, mettant en scène de façon implacable l'ambivalence psychologique des individus et leur incapacité à prendre conscience de leur propre violence.
Présentation de l'éditeur
Mais qui est cet immigré clandestin dont on n'arrive à déceler ni l'origine ni la langue ? Qui se cache derrière son silence ? Quelle est l'histoire qu'il ne veut pas (ou ne peut pas) raconter ?
En deux cents pages inoubliables, Jesús Díaz met en scène l'incroyable destin de Manuel, le plus brillant des chercheurs cubains de l'Institut de physique des basses températures de l'URSS, et le seul qui refusa de rentrer à Cuba en 1991, au moment de l'effondrement du bloc soviétique. Pendant les douze mois vertigineux qui commencent avec le coup d'État contre Mikhaïl Gorbatchev et conduisent à l'interdiction du Parti communiste, il essaie d'échapper à la police de Castro en changeant de pays, de langue et d'identité, mais en restant toujours fidèle à ses rêves. C'est ainsi que son odyssée devient la métaphore d'un monde à la dérive où tout peut arriver : «L'Histoire est une erreur !» lui confie sa maîtresse, Ayinray, la communiste chilienne qui l'accueille dans son appartement moscovite ; «La liberté est proche !» lui annonce d'un air triomphal son ami Sacha, le nationaliste ukrainien ; «Je ne vois rien de bon dans l'avenir, Manuel, rien», lui dit son directeur de recherches, le vieux et sage Derkatchev. Et il ajoute aussitôt : «Il m'arrive de me demander si l'histoire de l'humanité a un sens.»
En réalité, elle n'en a ni plus ni moins que la vie d'un homme. Après maintes aventures et mésaventures plus rocambolesques les unes que les autres, le destin du jeune prodige devient celui d'un sans-papiers dans l'Europe de la fin du XXe siècle. Mais une surprise attend encore le lecteur dans les dernières pages et elle est de taille : ce roman d'apprentissage, cette histoire à multiples rebondissements, est aussi un chant d'espoir et un appel à la solidarité entre les hommes, peut-être le plus beau témoignage sur notre époque que nous ait laissé Jesús Díaz.
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Agatha et Paddy décident de quitter Londres et d'acheter une maison sur la côte. Ils sont pleins d'espoir pour eux-mêmes, pour Max, leur enfant de deux ans, et pour le bébé qu'ils attendent. Trois mois plus tard, les travaux de rénovation sont terminés et ils emménagent enfin dans leur nouveau foyer. Mais tout semble avoir changé. Une tragédie menace d'anéantir ce qu'ils ont si soigneusement construit. Seul un petit miracle pourrait les sauver...
Fantômes est un livre envoûté et envoûtant qui dit la difficulté de faire le deuil de ce qui n'a pas vécu. Hanté, émouvant et rédempteur, ce roman nous entraîne au coeur de la souffrance et de l'amour...
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La Double Vie de Vermeer est l'incroyable histoire de Han Van Meegeren, peintre traditionaliste né aux Pays-Bas en 1889, qui, éreinté par les critiques de son époque, décide de se venger de manière grandiose : il réalise plusieurs faux Vermeer dont le premier, Le Christ à Emmaüs, sera défini par toute la presse comme « le chef-d'oeuvre absolu de Vermeer ». S'appuyant sur l'hypothèse selon laquelle le maître hollandais, mort dans la misère en 1675, aurait peint une série de tableaux à sujet religieux, il entreprend de combler cette « lacune » en utilisant une technique et des matériaux qui dupent les meilleurs spécialistes. Ce n'est qu'en 1945 que la supercherie est découverte, quand la police saisit la collection de Goering, et que Van Meegeren est accusé de haute trahison pour avoir vendu un Vermeer à ce maréchal du Reich nazi. Suivra un procès mémorable, qui vit défiler responsables de musée, critiques d'art et experts de renom...
Croisant les biographies de Vermeer et de Van Meegeren, mais également celles de Proust et de Goering, Luigi Guarnieri, passionné par la fragilité de certains personnages historiques, nous offre un roman merveilleusement construit, où la minutie ironique de l'écriture évoque celle des artistes flamands. Il nous convie ainsi à une véritable enquête policière, mais aussi à une réflexion jubilatoire sur la relativité des oeuvres d'art et des jugements qu'elles suscitent, sur la folie, la passion du beau, et les infinies séductions du mensonge.
Présentation de l'éditeur
De son enfance entre une mère narcissique, immature et un père, joueur invétéré qui, après avoir survécu à un premier cancer, passe désormais son temps à cultiver son jardin, Rose a gardé les déchirements. Tout juste adulte, elle s'efforce de survivre à ses histoires d'amour lamentables ou malsaines. D'un bref mariage pitoyable avec un demeuré mystique à sa relation avec un artiste cocaïnomane et manipulateur, elle glisse sur la pente qui conduit sa jeunesse à la misère et au dégoût de soi.
Lithium pour Médée dresse l'état des lieux de la dépendance : drogues, sexe sans amour, liens familiaux ; addictions, solitudes, désastres. Attachement indéfectible au père, rivalité avec la mère, mimétisme de l'inconscient. En une incantation vibratoire et littéralement hallucinante, Kate Braverman plonge son lecteur au coeur d'une tragédie banale : la famille éclatée. Et offre de suivre le parcours intrépide et intransigeant d'une jeune femme qui veut viscéralement être elle-même, au risque de se perdre.
Rick Moody l'affirme avec justesse : Lithium pour Médée est «une oeuvre travaillée par des émotions qui bouleversent.»
Présentation de l'éditeur
Sarah : trente ans, ex-féministe, ex-lesbienne, mariée, un enfant.
Todd : père au foyer, même âge, un enfant.
Adresse : une banlieue résidentielle, quelque part à l'est du rêve américain.
Tout allait bien pour eux. Trop, peut-être. Cet été-là, quelque chose est venu troubler la douce quiétude de ce paradis pour classes moyennes où ils avaient élu domicile...
Avec Les enfants de choeur, Tom Perrotta a écrit une comédie désopilante et d'une rare cruauté, tableau clinique parfait du bovarysme contemporain. Entre Tchekov et Desperate Housewives, c'est une virtuose qui sait manier l'ironie et la satire sans jamais tomber dans la trivialité.
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Willie Dunne est le fils d'un policier dublinois. Un garçon sensible, doué, doté d'une voix d'exception. Pas assez grand pour marcher sur les traces de son père comme policier, il s'engage comme volontaire pour combattre dans les tranchées, malgré l'amour infini qui le lie à une jeune fille avec laquelle il désire plus que tout se marier. De la bataille de la Somme jusqu'à la fin de la guerre, ou presque, il assiste à d'horribles combats. La guerre, dès lors, le façonne. Mais elle lui réserve également une surprise.
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