En 2004, Keith Waldrop publie un livre au titre étrange pour un lecteur français : The Real Subject: Queries and Conjectures of Jacob de Lafon. Le vrai sujet : interrogations et conjectures de Jacob de Lafon est une séquence de poèmes en prose, méditations poétiques, drôles, absurdes, mais aussi tristes et mélancoliques du «héros» Jacob de Lafon à qui Keith Waldrop a prêté vie et que la traduction française a dû anoblir.
Fils de R. Mutt (signature apposée par Marcel Duchamp sur son célèbre urinoir), le Jacob de Lafon est une sorte de pied nickelé américain, n'oubliant jamais l'origine modeste et prosaïque de son nom ; mais c'est un pied nickelé rêveur qui se perd en «conjectures et interrogations», à la recherche (illusoire) du «vrai sujet» qu'il ne trouvera d'ailleurs pas, le livre se terminant sur une phrase inachevée et le mot «surprise». Le vrai sujet est une quête qui, consciente de sa propre absurdité, la met en scène dans de nombreux passages très drôles. Et pourtant «profonds» aussi, si l'on décide d'y voir les nombreux échos à la littérature, philosophie et aux Écritures qui ponctuent les textes.
Bréviaire de l'apprenti philosophe de waters, Le vrai sujet présente au lecteur les pensées d'un personnage qui refait le monde et, pendant qu'il y est, le langage - alors même que son patronyme devrait l'inviter à une prudente modestie. Notre héros est un funambule qui avance en vacillant sans cesse entre grotesque et beauté, humour et gravité, rire et larmes. Olivier Brossard
Quatrième livre, mais premier à être traduit en français, de cette auteure américaine née en 1963, Si toi aussi tu m'abandonnes relève d'un genre inventé et développé aux Etats-Unis : la «documentary poetry». Mais Claudia Rankine se l'est approprié pour créer un texte d'une grande originalité.
A la fois autobiographie et chronique des années Bush, elle y sonde ce qui ronge et, à proprement parler, infecte la vie aux Etats-Unis : la télévision, la publicité - notamment celle pour les médicaments - et une justice en général à deux vitesses selon la qualité et la couleur des suspects. Mais parce que tout ce qui l'affecte l'isole, elle ressent aussi la solitude comme une conséquence de sa sensibilité.
Claudia Rankine est virulente mais profondément humaine ; elle porte un regard acéré, à la fois critique et drôle, mais sans cynisme, sur cette Amérique surconsommatrice d'images et de pharmacopées. Elle traverse drames nationaux et dépressions familiales avec une lucidité engagée et un humour radical qui rendent sa poésie neuve et attachante.
Conçue comme une introduction à l'humour sombre et désespéré, cette compilation réunit une trentaine d'auteurs majeurs du dérisoire et du sarcasme. Le dénominateur commun de ces textes est leur forme courte : haïku, aphorisme, notule, pièce en un acte, roman en neuf lettres, chronique, histoire brève, page de carnet, nouvelle en trois lignes, autobiographie expresse, compte-rendu de poche, etc.
Lire aussi l'article du Matricule des Anges référencé sur lelibraire.com
L'anthologie de l'Oulipo
Créé autour de l'écrivain Raymond Queneau et du mathématicien François Le Lionnais, l'Oulipo compte parmi ses membres célèbres Georges Perec, Italo Calvino, Marcel Duchamp, Jacques Roubaud... C'est l'unique exemple dans le monde d'un groupe littéraire toujours actif et se renouvelant, un demi-siècle après sa création.
Jamais autant de textes de l'Ouvroir de littérature potentielle, aussi divers, n'ont été rassemblés en un volume unique. Pour le plus grand plaisir du lecteur, la langue, comme le poème, a ici kekchose d'extrême.
Le film L'Oulipo mode d'emploi
Ce documentaire est un portrait à la fois historique et actuel de l'Oulipo, mélangeant archives, scènes de la vie du groupe et entretiens avec ses membres. Semé d'astucieuses animations graphiques, ce film réjouissant nous fait découvrir un monde ludique, surprenant, protéiforme mais contraint - en un mot, oulipien.
Un film documentaire réalisé par Jean-Claude Guidicelli, écrit par Jean-Claude Guidicelli et Frédéric Forte, avec la collaboration d'Hervé Le Tellier et Daniel Levin Becker.
'Mes chers semblables
comment pouvez-vous
vous courber encore?
Comment pouvez-vous
ne pas sourire?
Ouvrez les fenêtres.
Le monde resplendit
infatigable.
Qu'il soit regardé.'
Première revue marocaine consacrée à la poésie internationale
Faire vivre ensemble et amoureusement des textes d'hommes et de femmes venant de divers horizons et partageant le même rapport à la réalité, à la langue et au village-monde. Edito.
Les filles de quartier
se jettent des nuages la sangle à la main.
Leur sourire ne s'ouvre pas.
Ce serait comme un hymen recousu
par la générosité des violeurs
Linda Maria Baros (Roumanie)
Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chères chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers bindés.
Volker Braun (Allemagne)
Le rêve arabe s'endort
Le muezzin efface
La nuit
Tandis que fume le dernier
Cercle du soleil.
Michel Bulteau (France)
Chaque jour on ne peut éviter le coup de feu du temps,
Ce tireur embusqué !
Shu Cai (Chine)
Allez radoter ailleurs, rimes d'un centime,
trembler ailleurs pour douze lecteurs
et un critique ronfleur
Hugo Claus (Belgique)
Un enfant court bravement derrière son enfance
Rêvant du monde venu se déposer entre ses mains
Et du ciel comme plumage à ses ailes.
Ouafaa Lamrani (Maroc)
J'entends les oiseaux aux pieds peints psalmodier les airs
du ravissement, les murs ouvrant larges leurs fissures, enmmagasinant
les reflets du miroir.
Mohamed Loakira (Maroc)
Les Croates me tapent sur les nerfs
Ce n'est pas étonnant : je les fréquente
Depuis trente-huit ans déjà.
Boris Maruna (Croatie)
Au lieu de lèvres féminines,
ils laissent
l'étoile à cinq branches imprimer
sur nos fronts moites
son rouge où a coagulé le sang des héros.
Senadin Musabegovic (Bosnie-Herzégovine)
Je n'ai rien d'autre à espérer :
un crépuscule d'hiver
et un corbeau amoureux de moi.
Grânaz Moussavi (Iran)
- Te souviens-tu de la copiste ? Celle qui renversa de l'encre
sur ta robe ?
- Non.
Mercedes Roffé (Argentine)
'C'était au Maroc à la campagne...'
Mustafa Stitou (Pays-Bas)
Aveugles, les imbéciles refusent
De se couper la barbe,
Ceux qui me pointent du doigt.
Serge Patrice Thibodeau (Canada)
Le matin du 24 septembre 1966
j'ai écrit une lettre à un ami proche
sur le péché originel
sur le crime parfait et la méthode d'extermination du savoir.
Gozô Yoshimasu (Japon)
Présentation de l'éditeur
Première revue marocaine consacrée à la poésie internationale
Faire vivre ensemble et amoureusement des textes d'hommes et de femmes venant de divers horizons et partageant le même rapport à la réalité, à la langue et au village-monde. Edito.
Les filles de quartier
se jettent des nuages la sangle à la main.
Leur sourire ne s'ouvre pas.
Ce serait comme un hymen recousu
par la générosité des violeurs
Linda Maria Baros (Roumanie)
Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chères chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers bindés.
Volker Braun (Allemagne)
Le rêve arabe s'endort
Le muezzin efface
La nuit
Tandis que fume le dernier
Cercle du soleil.
Michel Bulteau (France)
Chaque jour on ne peut éviter le coup de feu du temps,
Ce tireur embusqué !
Shu Cai (Chine)
Allez radoter ailleurs, rimes d'un centime,
trembler ailleurs pour douze lecteurs
et un critique ronfleur
Hugo Claus (Belgique)
Un enfant court bravement derrière son enfance
Rêvant du monde venu se déposer entre ses mains
Et du ciel comme plumage à ses ailes.
Ouafaa Lamrani (Maroc)
J'entends les oiseaux aux pieds peints psalmodier les airs
du ravissement, les murs ouvrant larges leurs fissures, enmmagasinant
les reflets du miroir.
Mohamed Loakira (Maroc)
Les Croates me tapent sur les nerfs
Ce n'est pas étonnant : je les fréquente
Depuis trente-huit ans déjà.
Boris Maruna (Croatie)
Au lieu de lèvres féminines,
ils laissent
l'étoile à cinq branches imprimer
sur nos fronts moites
son rouge où a coagulé le sang des héros.
Senadin Musabegovic (Bosnie-Herzégovine)
Je n'ai rien d'autre à espérer :
un crépuscule d'hiver
et un corbeau amoureux de moi.
Grânaz Moussavi (Iran)
- Te souviens-tu de la copiste ? Celle qui renversa de l'encre
sur ta robe ?
- Non.
Mercedes Roffé (Argentine)
'C'était au Maroc à la campagne...'
Mustafa Stitou (Pays-Bas)
Aveugles, les imbéciles refusent
De se couper la barbe,
Ceux qui me pointent du doigt.
Serge Patrice Thibodeau (Canada)
Le matin du 24 septembre 1966
j'ai écrit une lettre à un ami proche
sur le péché originel
sur le crime parfait et la méthode d'extermination du savoir.
Gozô Yoshimasu (Japon)
Présentation de l'éditeur
Inédits en français, écrits entre 1961 et 1972, les textes réunis ici sous le titre de CAHIER JAUNE, permettent de découvrir l'une des obsessions d'Alejandra Pizarnik : 'écrire en prose'. Que l'encre puisse ainsi couler plus facilement, ce sera une illusion vite détrompée : 'la certitude d'une forme impossible de prose me ronge'. Certitude qui n'apaise pas ses angoisses mais n'empêche pas ses rires, et nous traversons ces pages comme Alice le pays des merveilles.
C’est un monument ; l’une des quelques merveilles absolues du patrimoine littéraire de l’humanité. Les 154 Sonnets de William Shakespeare sont peut-être moins connus que les grandes œuvres dramaturgiques du barde de Stratford, Hamlet, Macbeth, Othello et consorts, mais ils n’ont cessé, depuis quatre cents ans, d’ensorceler les lecteurs et de passionner la critique, à la fois par leur beauté, expression suprême de l’art poétique élisabéthain, et par leur impénétrable mystère.
Car ces sonnets, s’ils participent pleinement à la légende de l’œuvre shakespearienne, en sont aussi l’une des énigmes. À qui s’adressent ces bouleversants poèmes d’amour, tour à tour ode à la procréation, hymne érotique et cri de rage jalouse ? Qui est ce mystérieux « W.H. » à qui le recueil est dédié ? Qui, enfin, est le « William Shakespeare » qui parle ici et semble, au crépuscule de sa vie théâtrale, tomber le masque pour mettre son cœur à nu ?
Après avoir redonné vie et vigueur à l’œuvre de Malcolm Lowry et à celle de Walt Whitman, Jacques Darras nous offre ces Sonnets comme on ne les avait jamais lus – ou, faudrait-il dire plutôt, comme on ne les avait jamais entendus. Car tout l’enjeu de cette nouvelle traduction est de nous faire entendre la musique, proprement inouïe, des vers de Shakespeare : une symphonie baroque, échevelée, d’une audace contemporaine et d’une splendeur inépuisable.