« Mais si, écoutez bien
C'est le bruit de ses bottes
Le despote
Qui s'enfuit
Qui part
En hâte
Qui traîne ses pas lourdement
Vers l'endroit où
Il s'endormira
Dans un cadavre vide »
« dans l'île avec le vent et sa caresse aveugle
dans l'île ton châle rouge et les mains nues du vent
et tu fermes les yeux et du entends le fleuve son grondement sourd
le fleuve moiré d'argent »
«Mon cheval à roulettes noir et blanc pommelé galope encore sur la terrasse de l'enfance et les frêles bateaux de papier dansent vers le bassin de l'Esplanade par les étroits canaux de la fontaine canyons géants du Colorado [...]
seul j'ai vieilli mais demeure l'enfant comme la mer soupire sur le sable du temps»
«Ce livre, quelques-uns des entretiens que j'ai eus avec divers interlocuteurs en ces vingt dernières années. D'une part ceux qui portèrent sur la création artistique - architecture ou peinture - ou des peintres et des poètes ; et d'autre part ceux où j'ai eu à parler de mon propre travail ou de ma vie. Viendront plus tard des réflexions de nature plus générale bien que constamment sur la poésie. Pourquoi ce rassemblement ? Parce que l'imprévu des questions avive et même sert le désir de comprendre de celui qui cherche à répondre, en un 'écrit parlé' qu'il veut aussi précis que possible. Et parce que ce désir va peut-être trouver dans les hypothèses et digressions alors permises des voies qui en valent d'autres vers la sorte de vérité dont cet auteur est capable. Se répétant, se contredisant, mais de ce fait même prenant conscience de soi, dans un champ où c'est le cheminement qui peut être jugé aussi véridique que les positions rejointes.» Yves Bonnefoy
Le très grand poète flamand Emile Verhaeren écrivit ses poèmes en français. Exclusivement. Le pourrait-il ? Le voudrait-il encore ? Son tombeau et son musée sont à Saint-Amand en Flandre, son village natal au bord de l'Escaut. Imaginons - c'est imaginable ! - que l'Europe décide de faire de sa bi-nationalité poétique un modèle, un symbole. Imaginons que l'opération soit conduite sous forme d'une expédition fluviale officielle au départ de Bruxelles. Qu'une 'nef des fous' inaugure un voyage commémoratif annuel jusqu'à ce bloc de marbre de noir où gît l'auguste dépouille d'Emile. Imaginons que l'histoire de l'Europe religieuse et laïque occidentale tout entière soit invoquée dans cette nouvelle croisade ! Imaginons, ah ! oui, imaginons le dessin coloré, rythmé, dansé de cette bande carnavalesque masquée ! Car nous sommes tous masqués, depuis le temps qu'on nous masque la fin. Car nous dansons tous en traduction sur l'Escaut, sur l'écho du plancher des langues. Car nous habitons un sol liquide fluctuant où nos drapeaux ne flottent qu'entre deux eaux. Qu'entre deux os.
Ce poème dialogué et théâtralisé, conçu comme un 'mock epic' fera partie de Les petits affluents de la Maye. La Maye Tome II (nouvelle version). Il est illustré de deux gouaches originales de l'auteur.
J.D.
Commencée en 1988 avec La Maye (Tome I), l'oeuvre poétique de Jacques Darras s'est construite en marge des marées, à distance consciente de la tradition centrale poétique française, au contact des grandes sommes poétiques américaines. Vingt ans et bientôt 8 tomes de poésie plus tard, en décembre 2008, poètes et universitaires français et étrangers se sont retrouvés à l'Université de Nice, à l'invitation de Béatrice Bonhomme et Patrick Quillier, pour faire les premiers relevés de ce parcours original. Oeuvre d'architecture attentive aux masses rythmiques aussi bien qu'aux détails, la Maye émerge progressivement sous la forme d'un édifice de fluidité musicale orchestré autour du chiffre 8. Polyphonique et polycentrique, irrigué par les fleuves de l'histoire comme de la géologie, conjuguant l'horloge des respirations personnelles aux grandes roues de la cosmographie, le chantier de la Maye renoue avec les héritages de la Renaissance et du Moyen-Age européens.
Le deuxième volume de la collection figures est consacré à Bernard Noël, dont on fêtera en novembre le 80e anniversaire. Poète, romancier, dramaturge, essayiste, auteur de monographies de peintres contemporains, visiteur d'ateliers d'artistes (Romans d'un regard), Bernard Noël est aussi un penseur engagé contre ce qu'il appelle la sensure (c'est-à-dire la privation de sens, la castration mentale), il dénonce la société libérale qui nous aliène dans le consensus mou de la réification marchande et dans la servitude volontaire.
Il persiste à être poète - poète de la révolution qui veut redonner sens au sens outragé et aux mots restaurés.
Politique du corps de Bernard Noël répond aux Treize questions qui ne demandent pas de réponse de Jacques Sojcher. Deux inédits et des dessins, un pas de deux avec le peintre François Rouan, une lettre à Serge Fauchereau, des textes de Mathieu Bénézet, Jean Daive, Eddy Devolder, Michel Surya, un entretien de Jacques Sojcher avec Paul Otchakovsky-Laurens. Un livre d'amitié en somme.
Tout petit j'ai cru qu'on avait cousu les lèvres de mon père avec un fil de fer invisible. Le même que celui des clôtures sans barbelé. Ma mère au contraire parlait beaucoup. Elle avait peur de son ombre et m'obligeait à ouvrir et fermer les placards pour vérifier qu'ils étaient vides. Elle craignait que sa parole un jour sorte des armoires et la dévore.
Suite du long poème initié en 1980, centré sur la colline de Juliau. Ce volume marque la fin du Cycle jaune dans une évocation de l'acte d'écrire et de la lecture.
Les minces trésors des jours perdus, les infimes richesses de son enfance solitaire bouleversent plus que jamais le vieux cœur du poète qui n’a pas renoncé à la surprise ni à la joie, bien qu’une ombre passe sur son front qui semble toujours plus accablante. Alors il les serre dans le reliquaire fragile de ses chansons boiteuses, par souci d’apaisement peut-être et pour encore donner des gages «au rêve absolu».