Après que le maître lui eut révélé l'existence d'un 'motif' dans son oeuvre, un jeune critique littéraire londonien n'a de cesse que de relever le défi, d'élucider le mystère. La quête inlassable du 'tuyau' qui permettrait de comprendre le sens profond de l'oeuvre du grand Hugh Vereker se transforme bientôt en une véritable obsession, pour lui, pour son ami Corvick, critique lui aussi, et pour la jeune femme de celui-ci. S'ensuit un enchaînement extraordinaire d'événements, de voyages et de péripéties, conséquences d'une enquête quasi policière...
C'est à vrai dire une brillante variation sur la lecture et sur le rôle de la critique que cette énigme littéraire mise en scène par Henry James.
Artiste et reporter-photographe, Rena Greenblatt rejoint à Florence son père Simon et sa belle-mère Ingrid pour une semaine de promenades parmi les splendeurs de la Renaissance. Naguère scientifique brillant, Simon est désormais un homme fatigué à l'élocution hésitante, et sa femme semble peu réceptive aux chefs-d'oeuvre toscans. Le couple traîne la patte. Et Rena, toute au regret de Paris et de son jeune amant Aziz, s'impatiente. Alors lui viennent quantité de souvenirs, fantasmes et pensées secrètes qu'elle ne peut partager qu'avec Subra, son 'amie spéciale', son invisible confidente. Seule Subra sait à quels infrarouges réagit Rena : désir et déchirements de la maternité, beauté et liberté du sexe, émotion devant les corps masculins qu'elle adore photographier dans l'abandon de la jouissance...
Par des chapitres vifs et brefs mêlant présent et passé, Infrarouge raconte deux voyages : celui, désopilant, de vacances ratées, et celui, plus sombre et passionné, qui explore les liens et les conflits familiaux, les codes féminin et masculin, les archétypes trompeurs et les vérités inavouées.
Livre échangé sous le manteau, longtemps introuvable dans sa langue d'origine, Mon ange a été instrumentalisé par les Cubains des deux rives afin de le réduire à un sommaire règlement de comptes. L'histoire de sa publication serait simplement romanesque, si son contenu n'était dramatiquement testamentaire.
Un écrivain qui a fui le régime carcéral insulaire refuse la reddition sans condition à la sphère étriquée des «triomphateurs» qui l'attendent à Miami. Il est interné par sa famille «américaine» dans un boarding home, asile privé qui recueille des inadaptés de toute engeance.
Les grilles se referment sur lui et en lui, seul dans un univers hallucinant où l'on ne peut que souffrir et faire souffrir. C'est ici qu'il faut vivre, et pour toujours, sans espérance ni pitié; pour personne. Le faut-il vraiment?
Au carrefour de la tradition amérindienne et de la littérature de prison, de l'humour et de la poésie, Joel Williams, le boxeur guitariste, nous fait partager les hantises mais aussi les espoirs qui rythment ses journées : tentation de la folie et de l'autodestruction, méfiance, violence, trafics, rivalités de gangs, recherche des racines ethniques, survie face à la mesquinerie et aux humiliations, défoulement dans le sport, obsession sexuelle, image de la Femme tentatrice, salut par l'art...
Après Putain d'Olivia, hymne aux amours vénéneuses, après Confessions d'un loser, requiem pour un séducteur malheureux, Max Zajack, alter ego de l'auteur, revient sur son enfance d'immigré polonais né à Trenton (New Jersey) du mauvais côté du rêve américain. Un éblouissant roman d'apprentissage, picaresque, tragicomique.
« Tous les gestes sacrés - tenir la patène qui renfermait les hosties, agiter l'encensoir, porter le crucifix -, Je les exécutais avec une trique monstrueuse. J'avais remarqué que ma queue dessinait une courbe descendante lorsque je bandais, comme un sabre inversé. Était-ce bon ou mauvais signe ? Normal ou anormal ? Je continuais de me branler partout où je le pouvais, même si je tirais toujours à blanc. Et quand j'étais pas occupé à me faire reluire, j'en rêvais... »
« Dieu bénisse l'Amérique est un pavé de vie animale, un quartier de bidoche qu'on s'attend presque à voir bouger, tant le style prend au ventre, triture et rassasie. [...] Il y a quelque chose de Bukowski ou de Miller dans sa prose : de l'oral, du brutal, du vrai. »
Laurent Boscq, Rolling Stone
Un jour de 1976, Sigrid Nunez pousse la porte du 340 Riverside Drive, appartement où vit, écrit, souffre et pense une icône de l'intelligentsia new-yorkaise, Susan Sontag. Cette rencontre changera sa vie. Entre hommage et témoignage, en voici le récit.
« - Pendant que j'écrivais les dernières pages de mon roman Le Bienfaiteur, je n'ai ni mangé ni dormi ni changé de vêtements pendant plusieurs jours. À la fin, je ne pouvais même plus m'interrompre pour allumer mes cigarettes. J'ai demandé à David de rester dans mon bureau et de le faire à ma place pendant que je tapais à la machine.
C'était en 1962. David avait dix ans. Susan n'avait rien d'une maman. »
« L'un des meilleurs textes sur Sontag. » Edmund White
Au fil de cette anti-épopée, Julián Herbert drape la réalité crue et désespérée du Mexique contemporain dans une atmosphère de conte fantastique urbain.
«Appelez-moi par mon nom. Je suis installé à Baker Street. Je dépense mon argent dans le True West qui emplit et vide mes poumons. Toute bouffée d'oxygène est un cycle nasal : la corbeille pleine de Kleenex, les Kleenex pleins de sang, les Kleenex pleins de moi. J'allume mon ordinateur. Je joue au solitaire jusqu'à ce que ma main gauche soit engourdie. Puis j'essaie d'écrire. Puis je regarde l'heure : vingt minutes se sont déjà écoulées. Je vais aux toilettes, m'installe à califourchon sur la cuvette et vide sur le miroir un peu de poudre, encore un peu. Je respire son odeur, l'écrase avec ma carte de crédit Serfín et forme deux lignes bien épaisses. Je sniffe. C'est comme ça tous les jours.»
Ancien boxeur et fossoyeur devenu moine bouddhiste et écrivain, Barry Graham déploie en 17 nouvelles ses thèmes de prédilection : la mort, la violence, l'amour et la fugacité des relations humaines.
«Dans la chaleur de l'après-midi, je buvais mon thé parmi les hippies, femmes au foyer, schizophrènes et autres clochards. Le Cornerstone Café est un endroit sombre, aménagé au sous-sol d'une église qui se dresse devant le château d'Édimbourg. Quand il fait chaud, ils installent les tables dehors, dans le vieux cimetière. Outre des barbus et des écolos sauveurs de baleines, le Cornerstone et sa bienveillance notoire attirent une forte concentration de SDF et de fêlés du casque. On me trouvait quelque part au milieu de cette faune.»
Également innocents et infinis sont les plaisirs de l'observation et les ressources engendrées par la manie d'analyser la vie. Cela amusait le pauvre Dencombe, tandis qu'il traînait dans son bain d'air tiède, de croire qu'il attendait une révélation des arrière-pensées d'un subtil esprit juvénile. Il regarda fixement le livre au bout du banc,mais n'y aurait touché pour rien au monde. Cela l'arrangeait d'avoir une théorie qui ne risquait pas d'être réfutée. Il se sentait déjà mieux dans sa mélancolie ; il avait, selon sa vieille formule, mis sa tête à la fenêtre. Une comtesse de passage pouvait tuer l'imagination si, telle la plus âgée des deux dames qui venaient de se retirer, elle était manifestement la géante d'une roulotte.
En convalescence, Dencombe, écrivain, reçoit de son éditeur son 'dernier paru'. Happé, il relit ce dernier et pense qu'il y a atteint l'acmé de son art. Cet ouvrage s'intitule… La Seconde Chance. Or, Dencombe est alors au crépuscule de sa vie, n'a plus le temps d'exploiter cette découverte. Un sentiment de frustration intense le saisit. Pourtant, cette lecture lui laisse entrevoir un éventuel sursis. Ce sursis, ce sera la rencontre avec le jeune docteur Hugh qui le lui promet. Lui-même est en train de lire l'ouvrage, qu'il salue comme le meilleur de l'écrivain. Celui-ci, inavoué, reste à ses côtés entendre avec délice les éloges du jeune homme…
James multiplie les métaphores les moins conventionnelles qui soient et déplie avec virtuosité une ironie voilée… Texte qui, contre toute vanité d’auteur, dit quelques vérités sur l'art d'écrire et les flux de conscience qui obsèdent tout écrivain.
Ce chef-d'oeuvre de la littérature australienne contient tous les ingrédients qui font les meilleures recettes littéraires : un cadre exceptionnel - celui des gigantesques espaces australiens apprivoisés petit à petit par des hommes et des femmes aussi courageux que tenaces -, une saga familiale dramatique, une merveilleuse histoire d'amour, et la volonté farouche de Miles Franklin de réussir une brillante carrière de femme et d'écrivain. Un pari totalement réussi !