Un écrivain italien, ancien cinéaste, fait la connaissance à New York du Count Cagliani, un étrange vieillard d'origine belge, spécialiste en parapsychologie, qui le persuade de se rendre à Saorge, dans le sud de la France, où il trouvera une émeraude aux pouvoirs extraordinaires. Il accepte d'autant plus volontiers qu'il espère y retrouver une femme longtemps aimée, et perdue de vue, Mariolina.
A Saorge, il s'installe dans un vieil hôtel... Et laisse la place à un fantomatique alter ego, le peintre Andrea Tellarini, que l'on suit dans un monde bouleversé, méconnaissable, régi par la violence et où réapparaît la magique émeraude.
Tellarini se lance alors dans une périlleuse équipée pour retrouver à son tour Mariolina. Jusqu'à ce que, par un nouveau coup du sort, les choses se remettent en place. Ou presque.
Rédigé par Soldati dans les dernières années de son existence, ce récit aux allures de fable fut unanimement salué comme un chef-d'oeuvre, par Pier Paolo Pasolini en particulier, dont on pourra lire l'essai en introduction de ce volume.
1926, PARIS LA NUIT. Hohl a 20 ans et arpente la ville en compagie d’autres artistes en exil, tout aussi fauchés, le long d'un axe place de Clichy-La Villette ou Montmartre- Montparnasse. Gares, bordels, brasseries, dancings de troisième zone, abattoirs, banlieues et hôtels meublés où caresser ses illusions de gloire sont les points de repère de cette société de l'ombre qui passe son temps à boire, marcher et débusquer des coins inexplorés. Mais rapidement le désir de montagne devient pour Hohl une obsession : il se prépare aux pages qu'il écrira & l'été 1926 et qui seront le point de départ de son chef-d'oeuvre, Ascension.
Paris 1926 est le journal, à la forme assez libre, d’artistes en formation : chaque membre du groupe informel et cosmopolite (peintre, sculpteur, architecte, poète) apporte l'oeil et la sensibilité liés à son art, faisant profiter l'ensemble des secrets de tel immeuble, tel canal ou tel paysage. C'est aussi une ébouriffante galerie de portraits acérés et cruels, tant pour les amis de Hohl que pour les touristes en goguette ou les types de la vie parisienne.
« Onze heures du matin. Le soleil au travail dans le ciel. Les hommes se fatiguent, dit Julie. Peut-être devriez-vous leur accorder une pause. Thomas donna le signal de la pause en agitant le bras de haut en bas. Les hommes se laissèrent choir sur le bas-côté de la route. Le câble se détendit sur la chaussée. Cette grandiose expédition, dit le Père Mort, cette valse sur un parquet inconnu, cette petite troupe de frères… Vous n’êtes pas un frère, lui rappela Julie. Attention de ne pas vous laisser emporter par la valse. Penser qu’ils m’aiment tant, dit le Père Mort, m’aiment au point de haler, haler, haler, haler sans trêve, tout au long des longues journées et des longues nuits et par des conditions météorologiques bien loin d’être optimales… »
D'un bout à l'autre du livre, on assiste au transport du cadavre du père, un père gigantesque, mort qui plus est, mais qui parle encore et vit par morceaux, donnant des ordres à son entourage furieux...
Le Père Mort constitue la tentative la plus élaborée de Barthelme pour mêler des genres littéraires réputés incompatibles : le conte rejoint l'épopée, la psychanalyse se lit comme une « féerie » de l'écriture... La littérature est bien l'art du « transport ».
Le Martín Fierro
Un essai de Jorge Luis Borges
traduit par Bernard Lesfargues,
suivi de Quatre vies imaginaires : El original es infiel a la traducción
Bernard Hoepffner
Une histoire littéraire
Brigid Brophy
Un souffle pluvieux et les origines de Penkhull
Colin Richmond
L'invention de Borges
Al Mokthar Al Maghrebj
Peut-être est-ce quelque chose dans son regard ou son pas souple de danseuse, peut-être sa fierté ou même sa prière expresse, qui amena Herman Cohen, porte-parole du groupe, à faire sortir du rang Katarzyna Horowitz.
Auschwitz, 1943 : la jeune femme échappe ainsi à la chambre à gaz et se joint à une vingtaine d'hommes d'affaires juifs américains qui ont su monnayer leur libération avec les nazis... sauf que le pacte se révèle être un piège et une course absurde vers la liberté, qui pousse Katarzyna Horowitz à commettre l'impensable.
La Danseuse de Varsovie, c'est le portrait fascinant d'une jeune femme qui, face à l'inacceptable, fait l'ultime choix de la dignité humaine.
Le mois passé, nous vantions la livraison du Believer américain de septembre. Quelle joie de voir déjà en français un des meilleurs articles du magazine US : il faut lire Hispaniola de Adam Thirlwell de toute urgence... et si vous êtes enclin aux folies bibliophiles, l'article de Bill Cotter vaut son détour de loufoqueries encyclopédistes...
Plus émouvant bien sûr, l'entretien avec David Foster Wallace, et aussi la conversation de Jonathan Lethem avec Paul Auster (qu'on peut lire aussi dans l'excellent recueil The Believer book of writers talking to writers)
Des vitamines pour l'hiver !
Tropismes
Au fil de ces 266 lettres, c'est toute la vie de Robert Walser, de ses débuts presque enchantés jusqu'aux sombres années de silence littéraire, qui prend un relief nouveau. Écrites à Zurich, Berlin, Bienne, Berne et Herisau, adressées à ses soeurs, à ses éditeurs, mais aussi à deux femmes, Frieda Mermet, qui fut sa muse et sa confidente, et la toute jeune Therese Breitbach, elles sont des pièces essentielles de son atelier d'écriture ; habitées de tendresse et de colères, d'intransigeance, d'indépendance, d'humour, d'ironie, d'un constant goût de vivre, elles donnent un coup de projecteur sur la carrière et l'étonnant combat quotidien de l'un des écrivains les plus brillants et les plus mystérieux de la littérature moderne.
De Franz Zeise, né en 1896, on ne sait rien, ou presque, sinon qu'interprète et traducteur, passionné par l'Espagne, il vécut un temps à Berlin et qu'on l'aurait encore aperçu en 1954, mais perdu déjà dans les ténèbres d'une demi-démence... Aussi bien ce roman de la folie de Don Juan d'Autriche, bâtard de Charles Quint, semblable comme dit Sciascia «au souvenir d'un rêve : très fort, lourd d'inquiétude et de prémonition», est-il un prodigieux chef-d'oeuvre, qui n'est pas sans faire songer à tel récit d'Artaud. Hier encore inconnu, aujourd'hui révélé, demain : enfin célèbre, voici un roman comme vous n'en avez jamais lu de semblable.
Le jeune Heinrich aurait dû devenir tailleur au village comme son père, ou charbonnier et paysan comme son grand-père. Mais « il ne vivait que dans les livres et jugeait à chaque instant qu'on ne lui laissait pas suffisamment de répit pour lire, aussi aspirait-il par-dessus tout à devenir un jour maître d'école. À ses yeux, c'était la position la plus estimable à laquelle il pourrait jamais s'élever ».
Or, dans les campagnes reculées de Westphalie, en ce XVIIIe siècle, les places sont rares, et les avanies nombreuses pour qui ne possède ni solides protections ni réel soutien familial. Heinrich en fera l'expérience douloureuse et, ne sachant opposer à ses épreuves que la foi et le « langage du coeur », il passera de surcroît pour un « parfait petit nigaud ». Mais ne nous y trompons pas : sous les dehors d'une peinture réaliste et (pré)romantique d'un monde aujourd'hui disparu, une sourde tension travaille en secret Les Années de jeunesse de Heinrich Stilling. Car si, dans cet épisode de l'« histoire vraie » de sa vie, Jung-Stilling (1740-1817) revendique sa sujétion aux décrets de la Providence, qu'il faudrait seulement décrypter pour y trouver son destin tout tracé, d'un même mouvement, c'est la vertigineuse question de l'autonomie : que faire de mon existence ? qu'il fait ici enfler de page en page.