L'écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l'auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu'elles n'ont pas choisi.
C'est après une éprouvante traversée de l'océan Pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
À la façon d'un choeur antique, leurs voix s'élèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées... leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre. Et l'oubli.
La maladie ayant restreint la maîtrise de sa main, Imre Kertész a pu tenir ce journal grâce à un ordinateur. Voilà la raison pour laquelle son titre fait allusion au traitement de texte. Couvrant les années 2001 à 2003, ces pages reviennent sur un moment crucial, un des plus grands bouleversements de la vie d'Imre Kertész : le prix Nobel de littérature en 2002. Il y aborde aussi la genèse de son roman Liquidation, le travail littéraire quotidien, l'importance de la musique dans son existence, sa difficulté à concilier vie conjugale et vie d'écrivain, sa maladie de Parkinson, son rapport à la Hongrie nouvelle et à Israël, ainsi que son départ pour Berlin. Mais avant tout, il ne cesse de se pencher sur ce qui le préoccupe et lui importe le plus : la littérature. Un témoignage d'une sincérité radicale et d'une sombre lumière, nourri du sens subtil de l'auteur pour l'ironie.
« C'est exquis, délicat, fascinant. Je place Le Manteau de Proust au même rang que Le Bouton de Pouchkine de Serena Vitale ou Le Pendule de Foucault d'Umberto Ecco. »
Edmund White.
Une enquête qui retrace la découverte du manteau que M. Proust a porté durant de longues années, inséparable de sa légende, ainsi que l'histoire d'autres objets lui ayant appartenu (meubles, lettres, photos, livres rares), introduisant ainsi le lecteur dans l'univers de l'écrivain collectionneur.
À Bombay, tout le monde sait que la tour A de la résidence Vishram est un immeuble de bonne qualité... Et ce malgré les bidonvilles qui l'environnent et la proximité de l'aéroport. Mais voilà qu'un promoteur plein d'ambition projette de construire en lieu et place de cette tour un immeuble de grand luxe, et donc d'en exproprier les copropriétaires actuels. Même si la compensation financière offerte par le magnat du bâtiment est très généreuse, certains refusent de partir. Et comme personne ne touchera la moindre roupie tant que l'unanimité ne sera pas obtenue, la tension monte, les pressions s'intensifient. Bientôt seul résiste encore un professeur retraité, autrefois respecté de tous, contre qui voisins puis amis, aveuglés par la cupidité et la promesse d'un avenir radieux, vont se liguer, prêts à tout pour empocher leur argent...
Un roman à suspense où sont décrits, d'une plume acérée et non sans humour, les désordres qui secouent la société indienne actuelle : bouleversements immobiliers, corruption généralisée, rêves illusoires de promotion sociale. À travers la destinée de personnages hauts en couleur se dessine le portrait sans concession d'une ville d'exception, Bombay, cité sans limites, où des gens ordinaires vont être poussés au bout des leurs.
« Il y a un vieux remède contre les cauchemars qui hantent les nuits, c'est de les raconter à haute voix au-dessus de la cuvette des W.-C., puis de tirer la chasse. »
Après le grand succès des Pérégrins, Olga Tokarczuk nous offre un roman superbe et engagé, où le règne animal laisse libre cours à sa colère. Voici l'histoire de Janina Doucheyko, une ingénieure en retraite qui enseigne l'anglais dans une petite école et s'occupe, hors saison, des résidences secondaires de son hameau. Elle se passionne pour l'astrologie et pour l'oeuvre de William Blake, dont elle essaie d'appliquer les idées à la réalité contemporaine. Aussi, lorsqu'une série de meurtres étranges frappe son village et les environs, au coeur des Sudètes, y voit-elle le juste châtiment d'une population méchante et insatiable.
La police enquête. Règlement de comptes entre demi-mafieux ? Les victimes avaient toutes pour la chasse une passion dévorante. Quand Janina Doucheyko s'efforce d'exposer sa théorie - dans laquelle entrent la course des astres, les vieilles légendes et son amour inconditionnel de la nature -, tout le monde la prend pour une folle. Mais bientôt, les traces retrouvées sur les lieux des crimes laisseront penser que les meurtriers pourraient être... des animaux !
Peut-on ressusciter une enfance ? Devenu père, Karl Ove Knausgaard se penche sur ce continent englouti. Il se retrouve face à cet autre lui-même, gamin trop sensible grandi à l'ombre d'un frère solaire, d'une mère souvent absente et d'un père aux colères imprévisibles. La lente maturation des sentiments, les flirts inquiets, la passion du rock et ce défaut de prononciation des r, qui lui gâche l'existence... Knausgaard dessine une carte ultrasensible de ses premières années. Un voyage affectif d'une fidélité absolue, qui nous mène à la déchéance du père et à sa disparition mais nous réserve aussi des instants de pure lumière. Immense succès en Norvège, traduit dans le monde entier, La mort d'un père est un livre à la fois intime et universel. Il repose la question de la vérité sur soi et de la possibilité pour la littérature de dire la vie, rien que la vie mais toute la vie.
À Áno Potamiá, petit village perdu dans les montagnes de Macédoine, vit un jeune rêveur du nom de Yannis Georgiadis, avec sa mère, sa grand-mère et une chèvre dénommée Maya. Doté d'une imagination débordante, ce héros peu ordinaire se sent appelé à résoudre le problème d'alimentation en eau de son village natal, localité aride où prévalent des proverbes comme « Retiens ta salive, tu pourrais en avoir besoin pendant l'été ». Après un certain nombre d'inventions aux effets plus ou moins fâcheux, Yannis émigre en Scanie dans l'espoir de trouver une solution - autant technique que philosophique - à ses tracas. Là commence pour lui une vie nouvelle, ponctuée de leçons de suédois pour le moins surprenantes, d'heures de croquet dans un jardin au bord d'un lac et de prouesses rêvées en patinage artistique. Jusqu'au jour où la jolie nourrice des concitoyens chez qui il a élu domicile apparaît à ses yeux comme un peu plus qu'une simple employée...
Le jeune narrateur du Singe noir - le singe noir désignant un jouet d'enfant -, journaliste et écrivain moscovite, est envoyé enquêter sur un laboratoire ultrasecret où un professeur « s'occupe » d'enfants meurtriers. « Savez-vous que, dans la Chine antique, certains empereurs confiaient aux enfants le soin de torturer... Car les enfants ne connaissent pas les catégories du bien et du mal. »
Le narrateur est à un moment de sa vie où tout bascule. L'atmosphère à son travail est de plus en plus pesante ; père d'enfants en bas âge, une fille et un garçon, sa vie conjugale est un naufrage ; sa maîtresse, genre obsédée sexuelle, le trompe effrontément ; enfin il tourne autour d'une prostituée qui tapine aux abords de la place des Trois-Gares, quartier de Moscou on ne peut plus mal famé.
On comprend alors qu'il se lance à corps perdu dans cette dangereuse enquête qui le conduit sur les lieux du massacre, perpétré par des jeunes, de tous les habitants d'un immeuble. Une barbarie qui lui rappelle celle des bandes d'enfants, au Moyen Âge, et aujourd'hui, des enfants-soldats d'Afrique.
Mais tout cela est-il bien réel ? Approcher de si près des secrets d'État fait-il perdre la raison ou, pour finir, toute cette histoire n'est-elle que le fruit de l'imagination malade du narrateur ? Reste un trouble profond : si même les enfants que l'on croyait innocents sont habités par le Mal, où va le monde ? « L'enfant est tout », disait Mitia Karamazov, à quoi quelqu'un ajoutait que l'humanité tout entière est comme un enfant qui aurait oublié son enfance. Alors ?
« Je voulais seulement me plonger dans son regard vert, écouter le son cadencé de sa voix, comme si ses mots étaient les notes que j'avais toujours cherché à entendre, celles que je n'avais jamais jouées, les sons mêmes de la vie. »
Dans l'étui de son violoncelle, Bruno conserve un talisman : une moufle, celle que portait une enfant morte il y a vingt ans. Dans sa poche, Hannah a glissé un fruit cueilli sur l'arbre aux oiseaux, qu'aimait son frère Jonathan.
Jusqu'à ce que leurs chemins se croisent, ils ignorent tout du mystérieux enchaînement qui les conduit l'un vers l'autre. Comment se reconnaître ? Il faut croire encore aux miracles.
Au cours des quinze dernières années de sa vie, M. Twain se consacre à l'écriture d'une importante autobiographie, spécifiant qu'elle ne devra paraître que cent ans après sa mort. Parue aux Etats-Unis en 2010, elle embrasse histoire personnelle, passion de l'écrit, domaine où il a fait tous les métiers, ayant commencé comme ouvrier typographe, histoire de l'Amérique et portraits de contemporains.