Si «aucun homme n'est une île», certains aspirent néanmoins à découvrir celle qui les rendra heureux. Le héros de ce récit, l'un des derniers et des plus intenses de D.H. Lawrence, a choisi de quitter le continent pour se tailler un royaume à sa mesure. Mais où trouver sa plénitude ? Comment être à soi-même un territoire fini ? Botaniste qui tente d'ordonner le chaos du monde ou maître qui organise son domaine au milieu de la mer, l'insulaire volontaire va ainsi aller, île après île, jusqu'au bout de son utopie personnelle.
Voici un texte limpide, beau et méconnu où éclate le génie tourmenté de l'écrivain anglais, un texte à lire seul au milieu du monde.
Un homme est retrouvé, épuisé, au bord d'un campement. Alpiniste courageux devenu simple vagabond, sa disparition avait fait perdre espoir à tout un peuple dont il était le guide. On découvre son histoire, l'ascension difficile, lorsque soudain, face à la muraille, sa voix se met à résonner : «Je suis Adonài (Yod) ton Elohìm.»
C'est ainsi que débute la déclinaison du Décalogue qu'Erri De Luca met en scène. Il revient aux sources de la langue et de la spiritualité pour raconter les Commandements dont il tire le plus beau en une poétique biblique singulière : «Ils apprirent au pied du Sinaï que l'écoute est une citerne dans laquelle se déverse une eau de ciel de paroles scandées à gouttes de syllabes.»
Sa relecture des Dix Paroles s'intensifie jusqu'à atteindre deux petits textes, comme deux suspensions au livre. Le premier, «Adieu au Sinaï», conte les bienfaits de la voix extatique du prophète et ses conséquences sur les corps. Puis De Luca nous plonge «En marge du campement» où il confie en quelques lignes - parmi les plus émouvantes de son oeuvre - l'équilibre entre intimité et distance qu'il entretient avec le peuple juif et sa langue sacrée.
«Kate Sheridan parvint à esquisser un pâle sourire, remonta sur la route et se remit en mouvement. Ils coururent ensemble, lentement d'abord, Kate ajustant sa foulée au rythme de Morgan. Du coin de l'oeil droit, elle discernait son épaule gauche, la sentait l'entraîner vers leur objectif commun, sentait en lui un aimant qui l'attirait vers la ligne d'arrivée.»
La plus grande course à pied jamais organisée à travers les États-Unis : c'est l'incroyable défi que lance Charles C. Flanagan, alors que le pays s'enfonce dans la crise de 1929. Sur la ligne de départ, à Los Angeles, ils seront plus de deux mille, venus de soixante pays. Quelques centaines atteindront New York. Au fil des étapes, ils apprendront à se connaître, trouveront pour certains l'amitié, l'amour... Ensemble, ils iront au bout d'eux-mêmes. Un roman épique, qui mérite bien son statut de livre «culte»... à découvrir au pas de course !
«Nos visages sont devenus blêmes, certains ont la voix presque brisée, d'autres songent avec gravité aux souffrances et aux drames qui se jouent dans cette nuit diluvienne et opaque...»
Le soir du 3 novembre 1966, Florence est engloutie par son fleuve. Dans une petite pensione des bords de l'Arno, Italiens et Américains partagent des heures de terreur et d'angoisse. Privés d'informations, craignant pour leur vie, ils guettent la montée des eaux à leur porte.
Lorsqu'enfin le fleuve se retire, c'est la désolation. Le centre historique est ravagé. D'innombrables chefs-d'oeuvre sont détruits. Des milliers de familles sont à la rue.
De ce cataclysme, Kressmann Taylor fait un récit à la portée universelle, rendant un vibrant hommage à tous ceux qui, ayant tout perdu, se mettent aussitôt à reconstruire.
On y retrouve l'esprit de résistance qui est au coeur même de son oeuvre.
Avec une liberté de ton qui ne s'interdit aucune fantaisie et est généreusement partagée avec le lecteur, grâce à un brassage unique d'images foisonnantes, de réminiscences et de sensations, António Lobo Antunes signe un nouveau livre d'une grande puissance poétique, écrit dans une langue qui sonde les profondeurs les plus intimes d'un univers (le nôtre) trouble, insaisissable et poignant.
« Il s'agit probablement du roman le plus réussi de Lobo Antunes. [...] Le lecteur comprend que la grande littérature, comme le disait Victor Hugo au sujet de la musique, 'c'est du bruit qui pense'. La cadence narrative dévoile, avec une splendeur touchante, un auteur obsédé par la quête de la géométrie juste, qui recherche méticuleusement la mesure des mots. » (Filipa Melo, Ler)
« On reste en suspens. On peut relire, revenir en arrière, s'interroger, se gratter la tête. On se dit : le talent emporte tout, comme la marée, c'est inexplicable, soudain, on lit tranquillement, raisonnable, placide, goguenard même, et puis on est submergé. » (Manuel Carcassonne, Le Magazine littéraire)
«Au début de sa carrière, Charles Dickens [...] accepta de s'occuper d'un manuscrit, les mémoires restés orphelins du fameux clown Joseph Grimaldi. La tâche se révéla monumentale. [...] Dickens ignorait qu'en réécrivant ces mémoires, d'une certaine façon il raconterait, mutatis mutandis, sa propre vie future.»
Alberto Manguel
Joseph Grimaldi fut le plus grand clown et pantomime du XIXe siècle. Artiste génial, il connut un destin glorieux, malgré les drames personnels et une fin de vie tragique.
Après la mort de Grimaldi, Charles Dickens se vit confier l'édition des mémoires que le comédien venait tout juste d'achever. Il remania entièrement le manuscrit en y déployant son réalisme mêlé de fantaisie, sa démesure et son humour, sa bonhomie rusée, sa profonde connaissance de l'argot populaire et des excentricités mal famées, son goût pour les personnages curieux ou inquiétants.
La vie de Grimaldi, son aventureuse carrière, livrent quelques-uns des plus curieux aspects des moeurs britanniques, de la vie de ses théâtres et de ses bas-fonds. Le hasard, en semant bien des incidents étranges, des rencontres dramatiques, des péripéties bizarres dans l'existence de ce comédien, s'est plu à lui réserver un sort extraordinaire, particulièrement romanesque. Et par bien des aspects, Dickens vit sans doute en cet artiste prodige et en cet homme au coeur pur une sorte de double de lui-même.
Une traduction française partielle de cet ouvrage recouvrant seulement un tiers du livre fut publiée dans les années cinquante aux Éditions du Globe ; elle est introuvable aujourd'hui. Cette nouvelle traduction, complète et inédite, nous permet de découvrir enfin ce livre oublié.
Roman enlevé et foisonnant, Les enfants du Pirée présente une galerie de personnages hauts en couleurs qui tous gravitent autour de Louïs, fabuleuse figure solaire, sorte de réincarnation de Zorba dans la Grèce de l’après guerre, homme excessif vivant selon son coeur, débordant de vie, imprévisible, insaisissable, volontiers provocateur…
Amours croisées, aventures hasardeuses, querelles et ajustements politiques, amitiés tapageuses : Konstandis, le narrateur, se fait le chroniqueur de la vie de cette petite bande. L’énergie de la jeunesse électrise la première partie du roman, alors que la seconde, marquée par la sombre évolution politique de la Grèce, les trahisons et les désillusions, prend un tour plus mélancolique et distancié.
Au final, c’est quarante ans d’histoire grecque vue du bas de l’échelle qui se déroule sous les yeux du lecteur, un tourbillon de destins chahutés et mêlés qui entraîne irrésistiblement. On pense à Kazantzakis pour le personnage de Louïs : « Un Belmondo en plus petit, avec des yeux bleus ». On pense aussi aux Valeureux d’Albert Cohen et à leurs coups d’éclat farceurs sur fond de péril politique.
Tous les protagonistes des sept nouvelles rassemblées ici se retrouvent confrontés au mensonge. Par lâcheté, par confort, par peur ou par habitude, ils mentent – où on leur ment. Un modeste flûtiste ne veut pas avouer à la femme dont il vient de tomber amoureux que son argent lui pose problème, un écrivain croit que de petites cachotteries peuvent lui épargner de grandes explications, un homme pense sauver son mariage en coupant sa famille du monde... Mensonges par omissions, petits arrangements avec la vérité, fuite en avant, non-dits : le grand romancier allemand propose dans chaque nouvelle une variation sur ce thème fédérateur et ses conséquences plus ou moins dramatiques.
Bernhard Schlink scrute ici non seulement le fonctionnement du couple, mais aborde aussi des problématiques aussi universelles que la jalousie, le conflit générationnel ou les regrets à la veille de la mort. Par ailleurs, sa capacité à esquisser des personnages incarnant des dilemmes et des interrogations d’ordre éthique – qui a fait le succès d’un livre comme Le Liseur – se trouve ici condensée dans la forme courte avec beaucoup de réussite. Mensonges d’été confirme une nouvelle fois le grand talent de Bernhard Schlink et nous offre un vrai bonheur de lecture.
Sacré 'Meilleur livre de l'année 2012' (Magazine Lire)
Dès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.
De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.
Toute d'ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages violents et malgré tout attachants. Le Diable, tout le temps n'est pas sans rappeler l'univers d'écrivains tels que Flannery O'Connor, Jim Thompson ou Cormac Mc Carthy.
« Voici un livre violent, obsédant, déchirant et vraiment excellent. Une chose est certaine : vous lirez chaque mot, du premier jusqu'au dernier. » The Washington Post
Le dernier jour du millénaire, dans la petite ville de Bass, au Texas, la septuagénaire Faith Bass Darling, qui s'est improvisée fumeuse invétérée et n'en fait qu'à sa tête, étale tous ses biens de grande valeur sur la pelouse de sa demeure ancestrale pour un vide-grenier. Pourquoi ? Parce que Dieu le lui a demandé. Et parce qu'elle sait de quoi il est question : de sa mort, et du meurtre lointain de son mari, Claude.
À mesure que les habitants s'arrachent les antiquités accumulées par cinq générations de Darling - un revolver de la guerre civile, une alliance, une pendule vestige de l'histoire de France, une bible de famille, un bureau à cylindre, une multitude de lampes Tiffany -, chaque objet révèle le rôle secret qu'il a joué dans la saga familiale et pose les plus profondes des questions existentielles.
Dans une narration piquante et enlevée concentrée sur le récit d'une folle journée, Lynda Rutledge signe un roman drôle et émouvant sur les étonnants greniers de la mémoire et le réconfort que nous apportent ces objets dont nous entourons nos vies.