A l'instar de ses pareils, hommes de tous âges et de toutes conditions que leur addiction au sexe a conduits devant les tribunaux puis relégués loin des « zones sensibles », le Kid, vingt et un ans, bracelet électronique à la cheville, a pour quartier général le viaduc Claybourne qui relie le centre-ville de Calusa, Floride, à son luxueux front de mer.
Depuis toujours livré à lui-même, n'ayant pour ami qu'un iguane offert par une mère passablement nymphomane, le Kid s'est enivré de sexe virtuel jusqu'au jour où sa naïveté l'a jeté dans un des pièges où la police épingle les putatifs délinquants sexuels.
Stigmatisé par une société devenue, jusqu'à l'hystérie, adepte du « surveiller et punir », ce jeune homme en rupture suscite l'intérêt d'un certain « Professeur », universitaire à la curiosité dévorante, sociologue atypique qui, dans le cadre de ses travaux sur les sans-abri en tous genres, approche le Kid pour s'instruire de son cas et, peu à peu, semble le prendre sous son aile. Mais il apparaît bientôt que le génial Professeur pourrait être un fabuleux menteur, et un expert en identités multiples...
Par cette fiction magistrale, Russell Banks met en scène l'enfer de la « déviance » et le supplice de l'exclusion. Il exhausse à la dimension d'un récit aussi mythique que compassionnel l'aveuglement de nos sociétés saturées d'images et qui semblent avoir fait le choix - comme pour mieux s'oublier - de faire disparaître, jusqu'à la pathologie, leur corps collectif dans le rayonnement des écrans de la nuit sexuelle.
Deux enfants conçoivent un pays imaginaire, la Schwambranie, avec son histoire, sa géographie, ses îles, ses batailles, sa faune de héros et d'ennemis... dont les noms sont choisis dans le ordonnances de leur père, médecin. Nous sommes en Russie, en 1917.
Un jour éclate la Révolution. Le livre alterne alors récits du pays imaginaire et récits des changements apportés à l'école. Nouveaux Don Quichotte et Sancho Pança, Lolia et son frère Osska sont des défenseurs acharnés, à la fois de la république schwambranienne et de la Révolution... tout en confondant les mots au point de ne s'exprimer qu'en mots valises.
Mêlant la vie quotidienne d'une famille russe en 1917 et des extraits délirants des archives schwambraniennes, ce livre culte pour les situationnistes constitue une ode à l'enfance et un classique d'une totale liberté, à ranger entre Gulliver et Alice au pays des merveilles.
Traduit ici pour la première fois en français, le troisième roman de John Berger est le récit d’une journée cruciale dont le cours va changer la vie des protagonistes : celle de William Tracey Corker, 63 ans, directeur d’une agence de placement du sud de Londres, mais aussi celle de sa sœur Irène, d’Alec son jeune employé et de Jackie, la petite amie de ce dernier. Intrigue, rebondissements, satire... ce drame en quatre actes comporte tous les ingrédients du roman classique. Dans ce texte toutefois résolument moderne, l’auteur choisit d’évoquer le mystère de ses personnages en relatant leurs faits et gestes, mais surtout en faisant résonner tout haut leur pensée. Il en ressort un récit à plusieurs voix, humbles ou fortes, haletantes, inquiètes. Toutes donnent à imaginer l’insaisissable existence des êtres, dont le fragile dialogue n’offre qu’un aperçu. Que l’on décide de voir en Corker un « vieux malin » ou un « putain d’idéaliste », ce livre est à lire comme un conte philosophique ironique et incisif sur la liberté.
« Dans la littérature contemporaine anglaise, Berger est sans égal ; aucun écrivain depuis Lawrence n’a été aussi attentif au monde des sens tout en répondant aux impératifs de la conscience. » Susan Sontag
Au début des années 1930, dans le sud de l'Arkansas, à Poplar Creek près de la frontière du Mississipi, Floyd Brown dirige une scierie. En plus des difficultés économiques qui touchent l'ensemble des États-Unis, les Brown sont confrontés à des problèmes domestiques : Floyd boit avec excès, travaille avec imprudence, et son fils cadet meurt accidentellement. Ses autres enfants, Maxine, Jim Ed et Bonnie, témoignent d'un talent musical exceptionnel. Plutôt que de jouer dans les bois, ils ont pris l'habitude de se produire dans les petits concerts et les ' talent shows ' du sud des États-Unis. Le frère et les deux soeurs se font bientôt connaître sous le nom de The Browns. Un impresario escroc, Fabor Robinson, leur fait signer un contrat auquel ils vont rester longtemps enchaînés. Ils connaissent un succès rapide. ' Ils étaient aussi grands qu'Elvis ', à cause du son particulier de leurs voix, cet éclat soyeux et rauque forgé par la fumée provenant du travail des bucherons à proximité de chez eux, et un son qui prendrait le nom de ' Nashville Chrome' ', ou de ' son Brown ' comme le dit Elvis Presley dans le livre. Les années 1955 et 1956 sont glorieuses : ils commencent à gagner de l'argent mais restent proches de leurs racines et de leurs amis d'enfance, parmi lesquels un certain Elvis Presley qui s'est épris de la jolie Bonnie. Le groupe demeure populaire dans les années 1960, mais leur étoile commence à pâlir. En 1962, ils enregistrent une dernière chanson avec leur célèbre producteur, Chet Atkins. Au début des années 1970, les Browns se séparent. Jim Ed se lance alors dans une brillante carrière en solo. Bonnie quitte le trio et Elvis pour épouser un médecin avec qui elle s'installe dans une ferme. Maxine, se marie quant à elle à un avocat, Tommy Russel, qui ne cesse de la tromper. Au fil des années, Maxine ne peut renoncer à l'idée de renouer avec le succès. Elle s'efforce de continuer, affrontant des hauts et des bas, tout en sombrant progressivement dans l'alcool. Rick Bass alterne le récit du parcours brillant du trio Brown, ' le groupe américain préféré des Beatles ', avec ' la vie aujourd'hui ' de Maxine Brown dans les années 2000. Cette dernière est devenue une vieille dame impotente, ne s'est jamais remise du déclin de sa carrière fulgurante et a fini par renoncer à l'alcool ' pour ne rien manquer des derniers mois de sa vie. ' Habitée par la fureur plus que par la nostalgie, elle ne supporte pas d'être oubliée de tous. Aussi ' l'ancienne reine de la country ' dépose-t-elle une annonce dans l'épicerie de son quartier. Elle recherche un cinéaste disposé à filmer ' une célèbre artiste '. Jefferson, un enfant surdoué âgé de douze ans, y répond. Il entreprend patiemment de la filmer ' pour acquérir une connaissance artistique de sa vie '. Lorsqu'il projette le film dans son lycée, Maxine accède finalement à une nouvelle reconnaissance, applaudie par un public de jeunes élèves.
Abandonné dès sa naissance en pleine crise de 1929, Jack Levitt traîne ses airs de mauvais garçon et ses pulsions meurtrières dans ta grisaille de Portland. Empoisonné par l'amertume qui fait bouillir son sang, Jack suit depuis toujours le parcours d'isolement que la société a prévu pour lui. Après l'orphelinat, la maison de correction ; après la prison du comté, la prison d'Etat. Jack a vingt-six ans quand il sort de San Quentin. Affranchi par la connexion qui l'a uni à son codétenu Billy Lancing, Jack tentera de se libérer de la solitude de la vie, son ennemie de toujours, à travers l'aventure conjugale et la paternité. Mais là encore, la liberté est hors de portée.
Ce chef-d'oeuvre de la littérature yiddish, inédit en France, s'ouvre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, parmi les cendres, les corps disloqués, dans la froideur d'une terre sans Dieu où les réchappés de la barbarie des hommes tentent de retrouver un semblant d'humanité. Le héros - un être triple, car la focalisation oscille entre Leibl, S. ou « Je » - vogue de lieu en lieu ; partout, pour mille raisons, il est retenu et comme happé par l'endroit qui l'accueille. Chaque ville fait naître des romans dans le roman, où se croisent des dizaines de personnages - ceux qui ont connu « les Plaines », comme l'auteur nomme les lieux d'extermination, et les autres, les épargnés. Les premiers tentent de vivre, mais demeurent à tout jamais des êtres de souvenir, portant leurs tragédies personnelles et la tragédie de l'Histoire ; les seconds souhaitent juste oublier. Puis les bourreaux, à leur tour, resurgissent. Entre ces hommes, entre les morts et les vivants, se tissent des liens : des drames anciens ou nouveaux éclatent, les sentences tombent. Les fantasmes comme le réel vacillent et se mêlent, alimentant à l'infini le chaos d'un univers à jamais halluciné. Le cortège de morts et les héros de Rochman, tel Ulysse en route pour Ithaque, partent en quête d'un lieu où le dénombrement pourra enfin advenir : sous leurs pas, sous le poids du nombre et des souffrances, c'est le monde tout entier qui menace de céder.
À pas aveugles de par le monde est un texte unique, mêlant avec une finesse et une puissance inégalées les registres de langue et de genre pour tenter de transmettre l'indicible, malgré tout.
Comment vivre avec un coeur qui sans arrêt s'emballe, cogne, se détraque, ne se laisse jamais oublier ? Max David Villanders, dramaturge à succès, est né avec une malformation cardiaque : un trou entre les oreillettes. Il a été opéré à dix-neuf ans mais, trois décennies plus tard, il doit repasser sur la table d'opération et le danger est alors encore plus grand.
Omniprésent dans la vie du héros, son coeur ne se contente plus du rôle de serviteur muet. Cette revendication va si loin que tous deux décident d'écrire l'histoire de leur vie en commun. Il apparaît bien vite que c'est 'le coeur électrique' qui encourage Max à oublier sa femme et à tomber amoureux d'une jeune postière kabyle. Celle-ci est prête à répondre à l'amour de Max (et de son coeur) s'il lui raconte et lui avoue toutes ses aventures amoureuses, sans exception.
Tout au long de ces récits, le lauréat du prix du Livre européen 2009 dresse un portrait souverain de la Tchéquie actuelle.
C'est en merveilleux conteur, avec un sens aigu du détail pertinent, que Mariusz Szczygiel nous fait partager des histoires rares, des scènes révélatrices, et nous entraîne à la rencontre de personnages insolites et inoubliables. Parmi eux : Egon Bondy, philosophe, homme de lettres et figure de l'underground artistique tchécoslovaque, mort accidentellement en 2007. Ou bien le jeune sculpteur David Cerný, dont les oeuvres disséminées aux quatre coins de Prague enchantent par leur anticonformisme. Mais aussi le photographe Jan Saudek, autre extravagant de haut vol.
En foulant les pavés de Prague et des petites villes tchèques, Szczygiel rend si bien hommage à la laïcité sans faille, à la singularité culturelle et à la liberté d'esprit de son pays de prédilection qu'il suscite chez son lecteur l'irrépressible désir de se lancer sur ses traces.
Années 1950. Dans une bourgade du Norrland, Hans Olofson, adolescent élevé par un père rustre et alcoolique, perd ses deux seuls vrais amis. Bouleversé, Hans décide de réaliser le rêve de l’un d’eux : aller en Zambie, sur les traces d’un missionnaire suédois.
1969. L’Afrique le fascine et l’effraie. Dans la jeune république indépendante de Zambie en proie à la violence, Hans rencontre des colonisateurs emprisonnés dans leur racisme, et des Noirs obéissants qui cultivent la haine des Blancs. Hans accepte d’aider une Anglaise à diriger sa ferme de production d’œufs, puis reprend l’exploitation à son compte. Espérant ainsi échapper à l’engrenage de la violence raciale, il tente alors de mettre en application ses idéaux de justice sociale et humaine.
L’Œil du léopard, publié en 1990 en Suède, s’ajoute à la liste des romans sur l’Afrique (tels Comédia infantil, Le Fils du vent et Le Cerveau de Kennedy) de cet écrivain engagé qu’est Henning Mankell, qui partage sa vie entre la Suède et le Mozambique.
À raison de quatre numéros chaque année, les éditions inculte vous proposent désormais une édition trimestrielle du Believer, une revue cofondée par Dave Eggers, Vendela Vida et Nick Hornby, et éditée par les fabuleuses éditions McSweeney’s à San Francisco. Chaque couverture est une création originale signée Charles Burns, l’un des dessinateurs de graphic novel les plus brillants de sa génération. Au cœur de ses pages, retrouvez tous les grands noms de la littérature mondiale, de Paul Auster à Haruki Murakami, en passant par Don DeLillo, William T. Vollmann, Bret Easton Ellis ou Jonathan Franzen ; des dessinateurs comme Chris Ware, Tony Millionaire, Daniel Clowes ; des cinéastes allant de David Lynch à Gregg Araki ou David Cronenberg ; des musiciens tels que Bob Dylan, Billy Corgan, Brian Eno. Tous les trois mois à partir de mars 2012, Le Believer sélectionnera le meilleur des trois derniers numéros publiés dans la version américaine de la revue, et intégrera une sélection des archives. En Angleterre et aux USA, le Believer est le rendez-vous littéraire, artistique, activiste et philosophique de plus de 50 000 lecteurs ; nous espérons que les lecteurs français prendront tout autant plaisir à le découvrir à chaque numéro.