'Ma mère n'avait pas d'opinions nuancées. I y avait ses amis et ses ennemis.
Ses ennemis étaient: le Diable (sous toutes ses formes), les Voisins d'à côté, le sexe (sous toutes ses formes), les limaces.
Ses amis étaient: Dieu, notre chianne, tante Madge, les romans de Charlotte Brontë, les granulés antilimacesn et moi, au début.'
Les oranges ne sont pas les seuls fruits recrée sur le mode de la fable l'enfance de Jeanette, double fictionnel de l'auteur.
A la maison, les livres sont interdits, le bonheur est suspect.
Seul Dieu bénéficie d'un traitement de faveur. Ce premier roman nourri par les légendes arthuriennes ou la Bible célèbre la puissance de l'imaginaire. Tout semble vrai dans ce récit personnel mais tout est inventé, réecrit, passé au tamis de la poésie et de l'humour. Publié en 1985 en Angleterre, Les oranges ne sont pas les seuls fruits a connu un immense succès, devenant rapidement un classique de la littérature contemporaine et un symbole du moyuvement féministe.
Pourquoi être heureux quand on peut être normal?
Etrange question, à laquelle Jeanette Winterson répond menant une existence en forme de combat. Dès l'enfance, il faut lutter: contre une mère adoptive sévère, qui s'aime peu et ne sait pas aimer. Contre les diktats religieux et sociaux. Et pour trouver sa voie.
Ce livre est une autobiographie guidée par la fantaisie et la férocité, mais c'est surtout l'hitsoire d'une quête, celle du bonheur.
'La vie est faite de couches, elle est fluide, mouvante, fragmentaire', dit Jeanette Winterson. Pour cette petite fille surdouée issue du prolétariat de Manchester, l'écriture est d'abord ce qui sauve. En racontant son histoire, Jeanette Winterson adresse un signe fraternel à toutes celles - et à tous ceux - pour qui la liberté est à conquérir.
Rubén Darío est revenu au Nicaragua, sa terre natale, pour y mourir. Celui qui a parcouru le monde, révolutionné l'écriture de langue espagnole et fait figure d'idole pour la jeunesse de l'Amérique latine se sait condamné par la maladie ; les excès liés à la vie agitée qu'il a menée le condamnent. Il n'atteindra pas les 50 ans. Il meurt le 6 février 1916 à León, dans ce Nicaragua profond où il est né et a grandi, loin des feux des capitales brillantes qu'il a connus.
Darío est l'exemple même d'un écrivain surgi d'un des lieux les plus improbables. Il s'affirme face au Monde avec un désir et une fringale sans pareils. Il agit comme s'il voulait conjurer le sort, et assume son existence comme on relève un défi. Parti de la province de la province, il saura transformer sa marginalité en qualité et parviendra à user d'une énergie débordante tant dans sa propre course que dans la construction de son oeuvre. À cette impression de défi que laisse son existence, s'ajoutent la vigueur qui marque l'élaboration de ses textes et l'affirmation d'une originalité porteuse de rénovation pour toute une langue.
En 1888, il publie à Valparaíso son livre Azul qui le rend vite célèbre dans les milieux artistiques du continent. Darío arrive à détourner la langue espagnole, à lui donner une sonorité nouvelle et des aspects encore inconnus. Il chante le Monde mais en saisit aussi la cruauté et le trouble ; il sait dire comme personne la beauté en construction et les rêves qui accompagnent un univers résolument tourné vers l'avenir. La modernité de Darío a consisté à dynamiser une langue alors engourdie, repliée sur sa tradition, enfermée dans son passé, et à la mettre au service d'une mentalité qui a su saisir la complexité de l'homme contemporain. Venu du plus profond de terres oubliées de tous, il élabore l'oeuvre littéraire de langue espagnole la plus cosmopolite et la plus ouverte de son époque.
En 423 avant JC, année de la première représentation des Nuées, Socrate n’était pas encore le célèbre philosophe qu’il deviendra. Certes reconnu par le petit cercle de ses disciples pour la subtilité de ses raisonnements, il ne jouissait alors d’aucun prestige, d’aucune notoriété. La pièce d’Aristophane fut un échec, qui mortifia son auteur.
Pourquoi le dramaturge a-t-il mis en scène cet inconnu ?
C’est ce que Takis Théodoropoulos, avec l’ironie et l’érudition qu’on lui connaît quand il s’agit de décaper les figures antiques, va développer à loisir en écrivant l’histoire de cette comédie.
Il part de l’hypothèse que les dieux n’en peuvent plus de l’outrecuidance des Athéniens : même la Grande Peste de 430, qui a pourtant emporté Périclès, n’a pas eu raison d’eux. Ils continuent de se prendre pour le centre du monde, eux à qui les Olympiens doivent une invention essentielle, celle de la langue grecque.
Il s’agit dès lors de semer la zizanie à Athènes : le démon dépêché parmi les hommes à cet effet, à qui Takis Théodoropoulos donne le beau rôle du narrateur, va mettre à exécution le plan divin. Sa mission spéciale consistera à rendre si célèbres – et si perturbateurs – les questionnements de l’obscur Socrate que ces prétentieux d’Athéniens en seront à jamais aphasiques.
Luis Sepúlveda et son ami Daniel Mordzinski, le photographe, sont partis en 1996 pour un long voyage qui devait les mener, au sud du monde, à travers la Patagonie, de San Carlos de Bariloche, puis à partir du 42e parallèle sud jusqu'au Cap Horn et retour par la grande île de Chiloé.
Ils en ont rapporté un livre d'aventures, de rencontres, de témoignages sur la transformation d'un territoire mythique, l'un des derniers endroits où sont encore possibles les légendes.
Mais le temps, les changements violents de l'économie, le règne de la cupidité ont fait que sur chacune de leurs histoires passe le souffle des choses inexorablement perdues et qu'ils nous donnent ici « un inventaire des pertes » qui est aussi le coût impitoyable de notre époque.
Ce voyage sans but, sans boussole, sans souci du temps est aussi le récit d'une amitié, le refuge que deviennent les voyages heureux dans les souvenirs, le formidable roman d'un monde à jamais disparu.
Victoria Ocampo (1890-1979) est née dans une illustre famille argentine ; écrivaine et intellectuelle, elle est une figure majeure de la vie des lettres du XXe siècle.
Elle a « quarante ans quand elle fonde la revue Sur, en 1931 et, peu après, les éditions du même nom. Pendant un demi-siècle, elle y publie les plus grands écrivains de la planète en les mettant à la portée de tous en Amérique du Sud, ouvrant ainsi son pays à la littérature mondiale de la plus haute qualité », dit d'elle Silvia Baron Supervielle dans la préface du livre.
De cette incessante activité, elle a porté « témoignage » durant cinquante ans sous la forme de chroniques, essais, études, comptes rendus, conférences et autres « exercices d'admiration » où sont évoqués quelques-uns des plus prestigieux acteurs du monde culturel : Anna de Noailles, José Ortega y Gasset, Aldous Huxley, Virginia Woolf, Pierre Drieu la Rochelle, Gandhi, T.E. Lawrence, Albert Camus, George Bernard Shaw, Jorge Luis Borges, André Malraux, Roger Caillois... Mais En témoignage rapporte aussi des souvenirs plus personnels sur son enfance, sa famille, sa maison, ou encore la nature qu'elle aimait tant...
Les articles de ce recueil ont été choisis par Eduardo Paz Leston, l'un des plus éminents spécialistes de l'auteure. Il rend compte d'une vie, celle d'un « écrivain citoyen de la planète », comme elle aimait à se définir, une femme libre à l'intelligence aussi généreuse que lucide et critique. Victoria Ocampo fut aussi une femme engagée pour les droits des femmes : elle a fondé en 1936 avec Susana Larguía et María Rosa Oliver la Unión de mujeres argentinas. Elle fut la première femme à entrer à l'Académie argentine des Lettres, en 1977.
« J'ai aimé les livres et admiré leurs auteurs depuis que j'ai appris à lire. J'avais du mérite, car j'aimais aussi la vie, la vie vécue, pas celle que l'on raconte. La vie qui n'est pas emprisonnée dans des pages imprimées mais celle qu'on boit à la source, d'où jaillit, en regardant des yeux aimés, un arbre vert, un enfant qui joue, un papillon suspendu dans l'air, avec son étrange vol d'hélicoptère, au-dessus d'une fleur.
Je crois être arrivée au bout du chemin en n'ayant rien perdu de mon attitude d'écolière, je suis toujours mécontente des carences de mon instruction et j'essaie encore d'y remédier. Les années, à présent comptées, qui me restent se passeront à cela. J'espère que l'on épargnera aux femmes du futur le genre de combat pour exister que j'ai connu. »
Nous sommes à Rathmoye, petite ville d'Irlande, dans les années 1950. Lors des obsèques de la vieille et riche Mrs Connulty, Ellie, seconde épouse du fermier Dillahan, aperçoit aux abords de l'église un drôle de personnage qui photographie l'événement. Les endeuillés, le cortège, le cimetière... Florian Kilderry attire les regards, suscite la curiosité des indiscrets, mais lui n'a d'yeux que pour Ellie.
L'amour s'empare d'eux. Ellie croit qu'elle va rompre avec la monotonie de sa vie, avec la tendresse sans relief et pourtant sincère de son époux. Mais Florian, jeune homme depuis peu orphelin, ne songe qu'à quitter l'Irlande. Il n'est que de passage...
Cet été-là est sans aucun doute l'un des plus beaux romans de William Trevor, avec En lisant Tourgueniev (Libretto, 2001). L'auteur nous livre une histoire inoubliable, une héroïne magnifique. En décrivant l'indicible, l'impalpable, il se fait l'égal d'un Tchekhov ou d'une Katherine Mansfield.
Les nouvelles de Fiona Kidman sont denses, efficaces, pétries d’intelligence humaine. Puisant son inspiration dans la réalité de la Nouvelle-Zélande où elle vit, Fiona Kidman évoque avec la simplicité et le naturel que lui donne sa remarquable maîtrise de l’écriture le destin d’êtres ordinaires. Qu’elle évoque les couples qui se forment, les vies refaites, les rendez-vous amoureux, le sexe au bureau, les mariages arrangés ou les avortements en Australie (interdits en Nouvelle-Zélande), elle parvient immanquablement à suggérer la complexité sous les apparences.
Au point d’entretenir, au fil des trois nouvelles centrales de ce recueil, le mystère de la disparition d’une jeune femme contrainte d’épouser un fermier du Nord en mal de main d’oeuvre… La cocasserie affleure parfois, comme dans Préservation, où il est question d’une robe empruntée pour une circonstance très particulière et restituée avec une étrange odeur de formol… Ces onze textes, impeccablement construits dans la plus belle tradition du genre, révèlent aux lecteurs français une nouvelliste chevronnée.
In this spellbinding new book, the man described by the Daily Telegraph as 'possibly the best living writer in Britain' takes on his biggest challenge yet: unlocking the film that has obsessed him all his adult life. Magnificently unpredictable and hilarious (and, surely, one of the most unusual books ever written about cinema), Zona takes the reader on an enthralling and thought-provoking journey. Like the film Stalker itself, it confronts the most mysterious and enduring questions of life and how to live.
Ever since the 1981 publication of her stunning debut, Housekeeping, Marilynne Robinson has built a sterling reputation as a writer of sharp, subtly moving prose, not only as a major American novelist (her second novel, Gilead, was awarded the Pulitzer Prize) but also a rigorous thinker and incisive essayist. Her compelling and demanding collection The Death of Adam—in which she reflected on her Presbyterian upbringing, investigated the roots of Midwestern abolitionism, and mounted a memorable defense of Calvinism—is respected as a classic of the genre, praised by Doris Lessing as “a useful antidote to the increasingly crude and slogan-loving culture we inhabit.” In When I Was a Child I Read Books she returns to and expands upon the themes which have preoccupied her work with renewed vigor.
In “Austerity as Ideology,” she tackles the global debt crisis, and the charged political and social political climate in this country that makes finding a solution to our financial troubles so challengin. In “Open Thy Hand Wide” she searches out the deeply embedded role of generosity in Christian faith. And in “When I Was a Child,” one of her most personal essays to date, an account of her childhood in Idaho becomes an exploration of individualism and the myth of the American West. Clear-eyed and forceful as ever, Robinson demonstrates once again why she is regarded as one of our essential writers.