On est en 2005. Fiodor Kokochkin, un alerte nonagénaire, professeur émérite de biologie, retourne à New York sur le luxueux Queen Mary après un dernier voyage en Europe où il est allé revoir encore une fois les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Des lieux chaque fois moins reconnaissables, comme si le temps, en détruisant les traces de son passé, effaçait peu à peu l'histoire de sa vie. Une vie d'errance, de Saint-Pétersbourg, où son père est assassiné par les bolcheviks, jusqu'à Prague, dernier refuge avant les États-Unis, que l'arrivée au pouvoir des nazis a rendu bien précaire. Auparavant, il a croisé Bounine à Odessa, Berberova à Berlin, et tous ces anonymes qui les ont aidés, sa mère et lui, à survivre.
Cette double fuite devant les deux régimes totalitaires les plus sanglants du XXe siècle, évoquée dans l'atmosphère faussement rassurante du grand paquebot, donne à ce roman une profondeur légère qui est la marque du grand écrivain qu'est H. J. Schädlich.
Pour oublier un chagrin d'amour en même temps que pour échapper à un climat familial destructeur, Patrick Oxtoby, jeune mécanicien, s'exile dans la solitude d'une petite ville côtière d'Irlande. Il prend pension chez Bridget, veuve quadragénaire qui entretient avec ses deux autres locataires du moment un inoffensif marivaudage auquel le taciturne jeune homme n'est, pour sa part, guère rompu.
Conscient qu'il joue sa deuxième chance, Patrick tente de se faire accepter : de Bridget, qui souffle le chaud et le froid ; de son nouveau patron, méfiant, qui le met à l'écart ; de Georgia, la serveuse, qui rejette ses avances. Autant d'échecs minuscules qui ont bientôt raison de sa bonne volonté.
Une petite soirée festive organisée par Bridget déclenche la catastrophe : heurté dans les sentiments inconscients qu'il éprouve pour cette femme, écoeuré par la vulgarité masculine et l'accablante veulerie féminine dont il est témoin ce soir-là, Oxtoby opère un tragique passage à l'acte. En prison l'attend à présent une nouvelle descente aux enfers.
Récit de l'échec infligé à un individu dans sa tentative désespérée pour changer de vie, C'est ainsi brosse le portrait d'une société sans pitié à l'égard d'individus que leurs affects meurtris privent de langage et, dès lors, de toute possibilité de rencontrer enfin l'Autre, faute de savoir créer un lien avec leurs semblables.
« Une petite merveille. » A.S. Byatt
Un lanceur de couteaux qui transgresse les limites de son art, un homme marié à une grenouille, un gamin virtuose du tapis volant...
On retrouve dans ces douze nouvelles les thèmes favoris de l'auteur de Martin Dressler : l'enfant de plain-pied avec le surnaturel ; le monde de la nuit et du songe ; le rêve américain, sa promesse du « tout est possible » et ses désillusions ; l'irrésistibles et dangereux attrait de l'envers du réel, un monde de ténèbres accessible aux seuls audacieux.
Tout a la fois acérée, poétique et d'une grande musicalité, l'écriture de Steven Millhauser est, comme toujours, magistrale. Virtuose du rêve éveillé, cet enchanteur entraîne le lecteur dans son univers très particulier où réalité et imaginaire s'interpénètrent et se confondent.
« Millhauser possède un sens de l'humour à la fois riche et subtil. La fantaisie qui imprègne la plupart de ses oeuvres masque souvent de puissants courants subversifs. Pour lui, l'esprit est un terrain périlleux où peuvent éclore toutes sortes de choses bizarres. »
Patrick McGrath
« Il y eut une longue pause, durant laquelle Benny émit de petits bruits de bouche compatissants, et enfin le kangourou ouvrit ses deux yeux injectés de sang. Je vous jure qu'à cet instant, il a grimacé... Puis il bondit soudain par-dessus la palissade et partit comme un bolide vers la brasserie. »
Que faire face à un kangourou qui a pris goût à la bière ? Peut-être pas le poursuivre à travers toute la ville pour le mettre en état d'arrestation... sauf chez Kenneth Cook, dont les mésaventures trouvent toujours une issue aussi hilarante qu'absurde. Une simple partie de voile dans la baie de Sydney, un séjour forcé dans une cabane en compagnie d'un rat, la présence d'inoffensifs lézards à bord d'un avion, tout devient homérique !
De ses tribulations australiennes, Kenneth Cook (1929-1987) a tiré trois recueils de nouvelles plébiscités par le public. L'ivresse du kangourou est le troisième à paraître en France, après Le koala tueur (Autrement, 2009) et La vengeance du wombat (Autrement, 2010).
Mrs Donaldson et Mrs Forbes ont la cinquantaine. Mariées et mères de famille, elles sont ce que l'on pourrait appeler des « femmes respectables » de la middle-class anglaise. La première, vieille dame effacée que le veuvage vient de libérer d'un mariage trop ordinaire, s'apprête à goûter à la solitude altière et digne à laquelle son nouveau statut la prédispose. La seconde, matrone surprotectrice, a des idées bien arrêtées sur tout, et voit d'un oeil critique les noces de son fils Graham, conseiller bancaire séduisant et passablement narcissique, avec la disgracieuse Betty. Mais voilà qu'un souffle libertin vient bousculer ce havre de respectabilité petit-bourgeois. Mrs Donaldson devient la logeuse de deux étudiants en médecine qui, en fait de loyer, offrent leurs ébats sexuels à ses regards voyeuristes. Quant à Mrs Forbes, il faut toute la ruse de son entourage pour lui camoufler les frasques de son fils, homosexuel non avoué, qui assouvit ses pulsions en louant les services d'un prostitué. Fantaisie impertinente sur une libération sexuelle tardive et farce familiale se mêlent ici pour un régal de lecture impudique et subversive.
Une femme, veuve depuis peu, s'enfuit de sa demeure londonienne pour s'installer dans le Norfolk. Loin des quelques proches dont elle ne supportait plus la fausse complaisance, elle trouve refuge dans une petite maison de pêcheurs et réapprend à vivre seule.
Son quotidien se partage entre la rédaction d'un journal auquel elle confie ses réflexions, les excursions qu'elle entreprend sur la côte et les moments passés au pub, sous le regard étonné et réprobateur des habitants du village. À mesure qu'elle reprend le contrôle de sa vie, elle se penche sur son mariage : idyllique en apparence, il se révèle en réalité porteur de lourds secrets.
Mick Jackson campe avec finesse et causticité ce personnage féminin complexe, résigné et rebelle, sombre et drôle.
Un avocat, installé dans un quartier juif de Jérusalem, tombe sur un billet d'amour adressé par sa femme à un certain Yonatan. Saisi d'une jalousie dévorante, il n'a de cesse de le retrouver. Un jeune Arabe est engagé pour s'occuper d'un tétraplégique. Il s'empare peu à peu de l'identité de celui-ci.
Sayed Kashua raconte la course éperdue de ces deux hommes en quête de leur vérité, et dont les destins vont se croiser.
Haru et Izumi sont deux frères très liés depuis l'enfance. Haru est issu d'un viol subi par sa mère, mais les parents n'ont jamais caché cette réalité aux enfants et la famille est restée soudée autour de ce drame.
Izumi travaille pour une société de tests génétiques, tandis que Haru passe ses journées à nettoyer les tags de la ville. Quand d'étranges incendies se mettent à éclater ici et là, annoncés par de mystérieux graffitis, les deux frères décident de mener l'enquête. Les signes mis bout à bout forment un rébus dont ils s'efforcent de percer le sens.
Au-delà d'une énigme policière aux péripéties étonnantes, c'est la personnalité attachante des deux frères qui captive, ainsi que le charme des dialogues entre humour et émotion, émaillés d'interrogations sur le bien, le mal, et les questions éthiques posées par les progrès de la science.
On reconnaît dans ce roman la «marque de fabrique» d'Isaka Kôtarô : création d'un univers original, à la croisée du roman policier, du fantastique et du manga, et mise en place d'un puzzle auquel on peut être assuré que pas une pièce ne manquera lors du dénouement, toujours surprenant.
Il y a toujours une charge érotique et humoristique dans les livres de Jonathan Ames. Une double vie, c'est deux fois mieux ne vient pas rompre la tradition. Ce recueil de textes met en scène un double de Jonathan Ames, écrivain aux multiples occupations : on le voit assister au tournoi de l'U.S. Open en même temps qu'il s'exhibe à un festival de musique gothique. Plus tard il dresse un portrait hilarant de Marilyn Manson ou de Lenny Kravitz, puis adresse un discours aux admirateurs de velours côtelé, sans oublier de participer à un séminaire sur la manière de combler une femme sexuellement.
« Percy porte la subtile dynamique de la famille jusqu'au point de rupture. » The Los Angeles Times
Chasser à Echo Canyon est devenu une tradition pour la famille Caves. Lorsqu'un projet immobilier menace de dénaturer pour toujours ce lieu préservé de l'Oregon, Paul propose à son fils Justin d'y passer un dernier week-end ensemble. Face à une nature menaçante, la tension déjà latente entre les deux hommes est vite portée à son comble. Justin, qui a amené son fils Graham avec lui, ne s'inquiète que d'une chose, respecter la promesse faite à sa femme : le ramener sain et sauf. Mais la tension s'installe aussi chez ceux qui attendent le retour des chausseurs : Karen, le femme de Justin, qui s'est récemment éloignée de lui, et Brian, un jeune soldat de retour d'Irak, qui a beaucoup de mal à se réadapter à une vie morale...
Benjamin Percy, révélé par Sous la bannière étoilée, porte un regard acéré sur le côté sombre de l'humanité et sur nos vaines tentatives de contrôler la Nature. Un premier roman fort et lucide qui confirme son talent singulier.
« Parabole de ce qui est sauvage en nous et autour de nous, ce roman nous fait penser à des écrivains tels que Faulkner, Hemingway, Carver ou encore James Dickey, l'auteur de Délivrance. »
The New York Times