Danny Smirický aime le jazz et les filles, mais s'il pratique bien la musique, ses visées amoureuses - que ce soit avec Irena, Marie, Karla-Marie, Kristýna ou Alena - se brisent toujours sur les contrariétés de la vie. Parfois les filles courtisées se montrent trop farouches ou trop jalouses (il faut dire qu'il arrive à Danny de garder « plusieurs fers au feu »), parfois les parents veillent au grain, parfois encore il subit les lois de la concurrence.
Pourtant, Danny est prêt à tout pour gagner le coeur de ces demoiselles et ira jusqu'à prendre de vrais risques en défiant l'autorité nazie... Car nous sommes en Tchécoslovaquie, du temps de l'occupation allemande, et l'évocation des mésaventures de ce don Juan en herbe nous rappelle aussi un chapitre noir de l'histoire du XXe siècle. Le charme de ce roman de formation, entre légèreté et noirceur, n'en est que plus singulier.
Une chambre d’hôpital où opère la magie des contes. Un homme libéré par ses migraines. Une fillette qui transporte une marmite précieuse à la maison d’arrêt. Un vieillard admiré, et pourtant seul parmi les autres hommes, qui fait le bilan de sa vie et dont les dernières paroles abolissent, enfin, la distance qui le sépare de l’être aimé. Des malédictions qui frappent les lâches, des amants qui se retrouvent, des corps tourmentés, des hommes qui renaissent à la vie.
Tibor Déry, portraitiste subtil, ausculte avec humanisme, poésie et humour, la minuscule pulsation de liberté qui bat dans des vies que la misère, la dictature ou la maladie ne parviennent pas à priver de tendresse, de chaleur et d’insolence rieuse.
Le poète polonais Zbigniew Herbert (1924-1998) avait réuni dans Le Labyrinthe au bord de la mer - publié en Pologne deux ans après sa mort et resté inédit en français - sept essais sur l'Antiquité grecque et latine. Après Un barbare dans le jardin (1962), consacré à la France et à l'Italie, et Nature morte avec bride et mors (1993), aux Pays-Bas, c'est le dernier des trois livres, désormais publiés au Bruit du temps, qu'il ramena de ses voyages en Europe de l'Ouest.
« Il y avait à l'époque près de cinquante mille Russes qui vivaient à Paris (à la veille de la Première Guerre mondiale, ils étaient à peine plus de trente-six mille dans toute la France). Ils priaient dans des églises orthodoxes, envoyaient leurs enfants dans des écoles russes et discutaient de Dostoïevski au café La Rotonde, sur les portes duquel un habitué caustique avait proposé un jour d'inscrire le slogan : 'Psychopathes de tous les pays, unissez-vous !' »
Fiodor Zavalichine, aussi appelé Théo, fait partie de ces Russes installés en France pour fuir la révolution bolchevique et, comme beaucoup d'entre eux, il se rend lui aussi à une projection du chef-d'oeuvre d'Eisenstein. Le Cuirassé Potemkine, en novembre 1926. En tant que militaire, il a pris part en 1905 à la répression de la mutinerie au sein de la flotte russe et, lorsqu'il découvre sur le grand écran la reconstitution impressionnante de ce massacre dans le port d'Odessa, il est soudainement convaincu d'avoir participé à un crime... Il se précipite au commissariat le plus proche pour faire des aveux, puis essaie de soigner ses remords et sa culpabilité dans un hôpital psychiatrique. C'est là qu'il apprend dans les journaux le récit d'un horrible fait divers : sept femmes sont retrouvées égorgées dans une fosse commune à Deauville. Il attribue sans hésitation ce massacre à son ancien compagnon d'armes et grand mutilé, Ivan Domani, pour qui il avait justement accepté de faire des photos érotiques de sept jeunes créatures. Débute alors pour Théo un long périple chaotique, entre violence et rédemption...
Potemkine ou Le troisième coeur est un livre stupéfiant qui nous confirme plus que jamais que Iouri Bouïda, qui jouit d'un grand prestige dans son pays, occupe une place de choix dans la vaste tradition littéraire russe.
La mort de l’Adversaire a été écrit en deux temps : commencée avant la seconde guerre mondiale, l’oeuvre n’a été qu’achevée qu’après 1945 et publiée en 1959. Elle décrit sur le mode parfaitement métaphorique la montée d’Hitler et la souffrance d’un enfant juif devant la haine dont il est l’objet, les souffrances de ses proches, la trahison des êtres aimés (son meilleur ami s’engage dans un mouvement qui ressemble fort aux jeunesses hitlériennes, le frère de la jeune femme dont il est épris profane un cimetière juif).La particularité, et la force, de ce récit c’est précisément de ne faire aucune allusion directe aux événements historiques : fuyant le réalisme afin d’offrir à son récit une portée universelle, Hans Keilson n’emploie jamais les mots « nazi » ou « juif ». Hitler est le mystérieux Monsieur B. Le ton du roman est quasi détaché, sans affect. Le narrateur décrit la puissante ascension d’Hitler en tentant de comprendre, à travers les yeux de l’enfant puis du jeune homme, la mystérieuse fascination qu’exerce le bourreau charismatique sur les foules.
Décembre 1971. La guerre de libération du Bangladesh vient de prendre fin.
A présent que le pays est indépendant, mille défis restent à relever, que Sohail Haque et sa soeur Maya, vont aborder de manières diamétralement opposées. Médecin engagé, Maya aide résolument les femmes à conquérir leur liberté. Quant à Sohail, extrêmement affecté par les traumatismes de la guerre, il s'enferme peu à peu dans la religion, un islam intolérant et sectaire qui l'éloigne de ses anciens amis d'université, de sa soeur et même de son propre fils.
Très perturbée par la métamorphose de son frère, auquel elle est profondément attachée, Maya quitte la maison de son enfance. A son retour, dix ans plus tard, le fossé s'est encore creusé. Lorsque Sohail décide d'envoyer son fils dans une madrasa, Maya se sent contrainte d'agir, quitte à provoquer le déclenchement, longtemps retardé, d'une inéluctable tragédie.
Histoire d'une famille et d'un pays guetté par le fondamentalisme à l'ombre persistante d'une guerre dont les blessures peinent à se refermer, Un bon musulman est une plongée aussi inédite que bouleversante au coeur même de l'intégrisme tel qu'il se vit, s'exprime ou se combat au quotidien, chez des hommes et des femmes de chair et de sang dont il confisque douloureusement le destin.
« J'ai peur, si j'oublie le turc, que tout ce que j'ai vécu s'évanouisse en silence. »
Quand on a contemplé les lumières du Bosphore, il est difficile de s'accoutumer à vivre en Occident. Pourtant, Rosella Galante, juive allemande née à Berlin et qui a trouvé refuge pendant la guerre à Istanbul, vit depuis soixante ans à Genève. Là, elle y rencontre la jeune Pelin, étudiante contrainte elle aussi de quitter la Turquie.
Les Averses d'automne de Tuna Kiremitçi, c'est le récit d'une improbable amitié entre deux femmes que tout sépare, sauf la langue : le turc.
C'est aussi, semaines après semaines, une conversation intime et facétieuse, qui, entre l'Europe et l'Asie, nous invite à découvrir deux destins, deux générations, deux regards sur le monde, la vie et l'amour.
Les Averses d'automne est le premier roman traduit en français de Tuna Kiremitçi, l'un des jeunes auteurs les plus prometteurs de la littérature turque.
'An intoxicating brew of keen-edged satire, social porphecy, linguistic exuberance and emotional wallop' David Mitchell
In a very near future a functionally illiterate America is about to collapse. But no one's told Lenny Abramov. He's still turning up to work at 'Post Human Services', attempting to provide immortality for its super-rich clientele. He's also wooing the impossibly cute Eunice Park - just graduated with a major in 'Images' and a minor in 'Assertiveness'. When riots break out in New York and Chinese creditors look ready to foreclose on the whole country, Lenny must convince his fickle new love that in a time without standards or stability, there is still value in being a real human being.
Wildly funny, lyrical and humane, written by a writer at the dazzling peak of his powers, Super Sad True Love Story is a deliciously dark elegy, and a tale of America's coming years.
'A terrific novel... a ribald comic romp through a dystopian near-future America, where the truly alarming aspects of life are esstially just slightly exaggerated aspects of ours, here, right now' Dazed & Confused
'As hilarious as it is alarming' London Review
Ulrich, un vieil homme bulgare, a raté sa vie : musicien d'abord, puis chimiste - ses deux passions -, il a vu ses espoirs écrasés lorsqu'il a dû rentrer dans son pays, son père étant ruiné et ne pouvant plus lui payer ses études. Soixante-dix ans plus tard, il vit toujours en Bulgarie, alors dans les décombres de l'ère post-communiste, dont Rana Dasgupta donne des descriptions cruelles et convaincantes.
Mais les « rêves éveillés » d'Ulrich, qui occupent toute la seconde partie du livre, vont le tirer de son marasme : le voici sauvé par le pouvoir de l'imaginaire, qui le transporte aux États-Unis. Ses visions et pérégrinations offrent alors un saisissant contrepoint au récit morne d'une vie frustrée. Est-ce pour autant un univers paradisiaque qu'il découvre ? Des péripéties extraordinaires, dignes des Mille et Une Nuits, ne voilent pas tout à fait l'autre face d'une réalité où tout nous parle d'une motivation unique : le succès, l'argent, la richesse.
Rana Dasgupta possède la capacité de donner vie à ses personnages et à ses situations : il en fait des évidences, si bien que le lecteur est prêt à le suivre. Sa langue est inventive, son imagination, débridée, son art de conter, magnifique : la lecture de ce livre est aussi séduisante qu'instructive.
Qu’elle évoque, dans Rois de la pelle, ces Irlandais venus à Londres creuser les canalisations ; qu’elle explore le trouble de la sexualité chez une vieille logeuse dans Pécheurs ; qu’elle suive la trace d’un activiste politique juste sorti de prison dans Fleur noire ; qu’elle nous fasse partager, dans Georgette verte, les rêves déçus d’une petite fille invitée avec sa mère dans la plus jolie maison du bourg ; ou qu’elle nous entraîne, avec Vieilles blessures, la dernière et la plus poignante des nouvelles de ce recueil, sur une île du Shannon dont le cimetière est l’enjeu d’une querelle familiale, Edna O’Brien – hormis avec Manhattan pot-pourri, haletante autopsie d’un coup de foudre – enracine son livre dans la terre d’Irlande.
Tous de passion, de beauté et de chagrin contenus, ces onze textes courts sont autant de joyaux où le lyrisme de l’écrivain distille une sourde émotion. Son attention aux moindres détails, sa sensibilité exacerbée aux hommes et à la nature illuminent d’une grâce singulière les fortes histoires qui font le destin souvent tragique de ses personnages.