Une jeune romancière, frappée par la formulation d'un faire-part de décès, éprouve des années plus tard le besoin d'enquêter sur celle dont le nom figure d'une étrange façon dans cet encadré noir. Dans les milieux intellectuels amstellodamois, l'écrivain retrouve les amis de cette Clara Wevers, actrice très connue tombée d'un muret depuis les hauteurs d'un village, quelque part en Grèce, au plus fort de l'été 1981. Et chacun parle, raconte sa version des faits, évoque avec émotion, suspicion ou amertume la façon dont l'époux de cette femme, célèbre compositeur récemment disparu, lui aurait annoncé la terrible nouvelle. Chacun tente d'en déduire, plus de trente ans après, les circonstances de la mort de Clara.
Connie Palmen excelle à recréer les portraits psychologiques de ces nombreux personnages ; elle fait vivre ici, outre le couple infernal Lucas-Clara, toute la société intellectuelle des années 1980, car ce drame bien réel et ici revisité hante encore aujourd'hui l'imaginaire d'Amsterdam. Amour, narcissisme, fragilité et séduction, crime ou autodestruction sont autant de motifs de ce livre choral dans lequel la virtuosité du roman se conjugue avec la puissance d'une tragédie.
Designer star, artiste de génie salué par ses contemporains (Ellis, McInerney, Ellroy, Saunders, etc.), Chip Kidd a révolutionné la façon de penser le design imprimé.
Dans Cheese Monkeys, son premier roman, Chip Kidd plonge en adolescence, et retrace les aventures loufoques d’un alter-ego de papier. Artiste en devenir, il découvre les affres et les émois d’une école d’art, à une époque où les ordinateurs n’existaient pas encore et où les maîtres en esthétique disposaient d’une aura confinant au divin. Winter Sorbeck est l’un de ces pygmalions, à la fois séducteur et sadique avec ses étudiants.
Dans cette campus novel hilarante et caustique, Chip Kidd livre une satire jubilatoire, sous les auspices de Martin Amis, Philip Roth ou le Ghost World de Daniel Clowes.
'Jamais un auteur n’a décrit avec autant d’humour et de tendresse l’adolescence des jeunes Américains des années 1950.' — Bret Easton Ellis
Que faire quand votre mari est retrouvé mort dans une chambre d'hôtel dans des circonstances pour le moins incongrues ? Pour Joy Fisher, c'est l'évidence : il faut reconstituer le puzzle de sa vie cachée. Vincent travaillait-il au sein d'une entreprise de cosmétiques ou évoluait-il dans les eaux glauques des réseaux
criminels européens ? Sans s'en douter, Joy entame sa descente aux enfers dans les brumes de l'Allemagne et de la Belgique. Et le mystère de cette épouse à l'esprit noyé d'alcool et de psychotropes supplante peu à peu celui de son défunt mari...
La quarantaine de grands reportages qu'a publiés Yachar Kemal de 1951 au milieu des années 70, pour l'essentiel dans le grand quotidien Cumhuriyet, font partie intégrante de son oeuvre littéraire, tendue entre la réalité sociale et le conte, entre l'histoire et le mythe. Mais, contrairement à ses fameux romans parus chez Gallimard, ils demeuraient méconnus en France. En voici huit, choisis par l'auteur, à commencer par son premier succès de reporter, «Pêcheurs d'éponges», paru peu après Mèmed le Mince (1955). Ils constituent un rare témoignage sur la Turquie rurale et urbaine de ces années de transition. Ils font écho à ses fictions, qu'ils éclairent. Ils se lisent comme un roman.
Si Chesterton reste pour beaucoup le fameux créateur de l'incomparable Père Brown, il demeure pour quelques-uns le génial accoucheur du plus fantaisiste des détectives, Gabriel Gale, héros extravagant qui aime regarder le monde la tête en bas pour en rétablir l'endroit. Ce jeune artiste croise des situations énigmatiques que ses visions poétiques et ses manières farfelues éclairent d'une lumière singulière où la drôlerie se trouble de folie. Car proche des fous avec lesquels on le confond, il jette sur le crime sa déraison inspirée, son oeil de peintre et ses éclats de rêveur éveillé.
Livre sur le paradoxe qui nous convainc en riant que la logique n'a pas toutes les vertus, Le poète et les fous est un roman inventif doté d'un humour salvateur qui joue avec la métaphysique sans cesser de nous intriguer. Sans doute l'une des plus belles et des plus lunatiques réussites de l'auteur du Club des métiers bizarres et du Nommé Jeudi.
«Le sifflement strident des sirènes réveille toute la population et la chasse hors de ses tanières. Seuls restent au lit les spectres fardés des filles de nuit. La fumée épaisse des hautes cheminées obscurcit le soleil, les chaînes des grues moirent la surface huileuse de l'eau, les chaudières brûlantes vibrent dans les usines.»
A Tokyo, les ouvriers de l'imprimerie Daidô se mettent en grève pour protester contre le renvoi d'ouvriers membres de syndicats communistes et dénoncer leurs conditions de vie. Alors que la maison du directeur de l'usine est incendiée, que les grévistes sont pourchassés, la lutte s'intensifie. Roman prolétarien inspiré de la grève de l'imprimerie de Kyôdô de 1926
'Derrière l’humour se cache toujours une grande douleur, c’est pourquoi il n’y a pas d’humoristes au paradis.'
Avec cette citation de Mark Twain, Castelao débute ce récit dans lequel un squelette nous ouvre ses mémoires. Il ajoute :
'Un squelette se doit d'être humoriste, et un squelette galicien à bien plus forte raison. Un Galicien est toujours coquin ou humoriste, et la coquinerie est l’humour des incultes, tout comme l’humour est la coquinerie des gens cultivés.'
« Elle aurait voulu que nous n’assistions pas à son inquiétante apathie, au présage sans remède d’un final de dévastation. Qui s’accompagne, et elle n’échappait pas à la règle, d’une ineffable vocation pour la cruauté. Le terrain des détails domestiques constitue le champ de bataille où s’affrontaient ses forces à elle et celles des autres. À elle.
Elle, c’est ma mère, elle était en train de mourir depuis qu’un an auparavant elle avait fait une chute dans les escaliers et commencé à mourir de peur. Juste de peur. La tumeur allait venir plus tard, comme viendraient plus tard les papiers qui parlaient de la condamnation de mon père à une peine de prison, dont je n’ aurais jamais soupçonné l’existence. »
Une mémoire familiale qui exhume une mémoire collective, et c’est toute l’histoire récente de l’Espagne qui refait surface à travers Ces vies-là.
Responsable du forum de debates à l’université de Valencia, poète reconnu autant que journaliste attendu, c’est surtout comme romancier qu’Alfons Cervera s’est fait un nom. La critique espagnole considère son cycle romanesque comme l’un des plus achevés du paysage littéraire consacré à la mémoire des vaincus.
Au terme de sa longue vie, Goethe affirmait qu'il venait tout juste d'apprendre à lire. Dans ce recueil des meilleurs essais de Doris Lessing, rassemblés pour la première fois, on retrouve la sagesse et la passion d'un auteur qui a elle-même appris, au cours de son intense et longue vie, à lire le monde autrement...
Peinture de l'âme humaine, de nos espoirs, de nos peurs et de nos désirs, Le temps mord offre un portrait unique en son genre de l'un des auteurs les plus talentueux de notre époque.
Dans les dernières années du 19 e siècle, trois hommes s’associent pour fonder une des plus puissantes fabriques de textile à & ód& . Il y a l’ingénieur et aristocrate polonais Borowiecki, son ami allemand Max Baum, et l’homme d’affaires juif Moritz. Autour de ce trio aux ambitions dévastatrices se dessine une fresque urbaine, morale, sociale et économique d’un des grands centres industriels de la Mitteleuropa. On y découvre une ville cosmopolite, n’obéissant qu’à une loi : l’argent ; des habitants usés par leurs désirs; des femmes qui se vendent et s'achètent ; une humanité qui sombre dans l'enfer.
La Terre promise, chef d’œuvre de la littérature polonaise, adapté à l’écran par Andrzej Wajda ('La Terre de la grande promesse', 1974), est un des premiers romans européens à mettre en scène le capitalisme amoral, cynique et pragmatique de la révolution industrielle.