Raconte-moi une histoire ou je te tue. Raconte-moi une histoire ou je meurs. Ainsi commence le nouveau recueil d'Etgar Keret : sous la menace de notre soif vitale d'histoires pour tenir le coup dans notre drôle de monde, où l'envers et l'endroit se rejoignent sans cesse pour le pire et le meilleur, comme dans un anneau de Möbius. Au fond d'un trou où vivent les personnages de nos mensonges ; dans un quartier de riches où un soleil digital brille toute l'année ; chez Serguei dont l'ami le plus précieux est un poisson d'or dont il refuse de gaspiller les pouvoirs magiques ; dans un restaurant sur le point de faire faillite où débarque une horde de Russes équipés de leur piquenique ; chez une jeune femme qui, deux ans après un mariage blanc, doit identifier le cadavre d'un mari qu'elle a à peine connu ; dans une histoire que le lecteur peut poursuivre ou quitter à sa guise en attendant le livre qui pourrait se transformer en 'animal à la fourrure agréable au toucher' ; dans une poche de pantalon qui contient tout ce qu'il faut pour ne pas louper le coche en cas de bonheur. Ainsi de suite, pendant trente-neuf nouvelles, comme autant d'exercices salutaires pour apprendre à lire autrement la vie, la solitude, la mort, la violence et le CAC 40.
Etgar Keret a grandi et son art si singulier de la nouvelle aussi. Toujours plus audacieux, mais plus métaphysique encore, plus proche du coeur violent et solitaire de son lecteur, son frère. Impressionnant de maturité.
Le Cahier rouge : un simple cahier d’écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris, en 1932-1933. Il aurait dû disparaître étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l’époque, mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. Un cahier inédit où l’on peut lire à livre ouvert le déroulement de sa création poétique. Où l’on observe le poète à sa table de travail écrivant, cherchant et trouvant, tantôt sous le coup de l’inspiration, tantôt dans une endurante patience, le verbe poétique ; où l’on découvre l’écriture en français d’un poète russe qui aurait pu devenir poète français. Un cahier célébrant deux géants de la poésie, Pasternak et Maïakovski, les amours féminines, les passions charnelles, le bonheur du conte et de l’enfance perdue, tous les démons et les délices de l’imagination. Une histoire de la création sur un fond idéologique et politique qui déchira le siècle. Une époque terrible, où il est question de survie, où le crime totalitaire est irrémédiable, qui voit la fin de toute espérance, la disparition de la génération des poètes de l’Âge d’argent, la mort de la poésie. Tout cela nous l’éprouvons en feuilletant le cahier, car ce livre comprend aussi l’intégralité du manuscrit autographe. Nous tournons chaque page une à une, suivons chaque phrase ligne à ligne, pour entrer dans le laboratoire de l’écrivain et dans la matière de son écriture. C’est ce Cahier rouge, braise incandescente, que nous offrons au lecteur, pour qu’il en saisisse la force inaltérable et qu’il se souvienne de cette merveilleuse énergie de création : celle d’un poète majeur de l’avant-garde russe du début du XXe siècle, Marina Tsvetaeva.
Harrison, onze ans, originaire du Ghana, arrive en Angleterre accompagné de sa grande sœur et de sa mère. En attendant le reste de la famille, ils essaient de s'adapter à leur nouvel environnement qui n'a plus rien à voir avec leur Afrique natale : béton armé, HLM décrépis, guerre des gangs...
Cette banlieue londonienne est l’une des plus dures et des plus violentes.
Le quotidien de notre jeune héros s’accélère lorsqu’un matin il découvre le cadavre d'un adolescent poignardé dans une ruelle de sa cité. L'affaire fait grand bruit et Harrison décide de mener l'enquête, de faire toute la lumière sur ce meurtre sanglant. Assisté de son meilleur ami et d'un pigeon qui devient son confident, il se transforme en un expert du crime. Mais il se révèle très doué, trop doué même, les vrais coupables voient d'un mauvais œil ce petit fouineur…
Le pigeon anglais est un roman enlevé, drôle et caustique, qui oscille entre comédie et tragédie. À travers les yeux d’un enfant, l’auteur nous livre un récit tristement actuel traitant de sujets difficiles tels que l'intégration ratée, l'abandon social, l'acculturation et la fascination pour la violence d’une jeunesse qui perd tout contact avec la réalité.
Stephen Kelman est né à Luton, près de Londres, en 1976. Il publie sa première nouvelle à 16 ans. Après avoir exercé différents métiers – travailleur social, responsable marketing, fonctionnaire administratif… – il décide en 2005 de s’investir en priorité dans sa carrière littéraire. Le pigeon anglais est son premier roman publié. Il travaille actuellement sur le deuxième, tout en écrivant des scénarios.
Un groupe d’amis trentenaires, hommes et femmes, mariés ou encore célibataires, est frappé pour la seconde fois par la même tragédie. Après Diana, opérée avec succès, c’est à Lisa qu’on diagnostique une tumeur au cerveau. Elle allait mettre au monde son premier enfant et n’arrivait plus à bouger son bras gauche ; la gynécologue prétendait alors que ce n’était que le stress.
Mais cette fois, Clara la narratrice, Marco, Daniele, Sandra, Diana et Veronica doivent accompagner Lisa jusqu’à la clinique où on lui prodiguera ses derniers soins. C’est là que Clara rencontre Ben, un chef d’orchestre britannique dont l’épouse italienne – une jeune soprano mondialement célèbre – s’éteint lentement elle aussi. Il est égocentrique, tyrannique et vaniteux, mais son affection permet à Clara de passer du «nous» qui s’est irrémédiablement dissous avec la mort de Lisa, à un «je» salutaire, d’ainsi entreprendre, en somme, cet intime et nécessaire parcours de deuil.
Habité de bout en bout par une énergie et une vitalité extraordinaires, Le lent sourire raconte la maladie, mais aussi et surtout l’amitié. Celle qui unit un groupe et celle qui lie deux jeunes femmes, Clara et Lisa, pour parvenir à vivre par-delà la mort dans l’immortalité d’un singulier sourire.
« Mes frères, grâce aux vertus du capitalisme béni, nous avons réussi à soumettre la réalité aux diktats du marché. Bientôt, l'alliance sacrée du commerce et des nouvelles technologies nous donnera accès aux épreuves les plus hautes et les plus raffinées de l'esprit. Providence, tel est le nom de l'utopie libidinale à laquelle notre destin a été scellé par l'être primitif.
Tous, nous connaissons le visage vénéré de Celui qui guette dans l'obscurité tempêtueuse du temps.
Mais souvenez-vous : nul ne doit, avant la rénovation de son règne, invoquer sa force dévastatrice. »
Acte de la Confrérie des amis du crime organisé
« Sachez que l'âme vendue au démon n'est pas pressée d'abandonner la chair ; elle alimente et instruit le ver même qui la dévore, jusqu'à ce que de la putréfaction surgisse une vie épouvantable. »
Elle est la puissance de Dieu, Elle est la providence. »
Extrait du rapport de l'inspecteur John Raymond Legrass
«J'ai un physique agréable, mais je mords. Attirant et venimeux. Des gens comme moi, il faudrait les fusiller, qu'ils n'aillent pas répandre leur venin. Les États ont bien raison, ils s'y prennent même trop tard, il faudrait abattre préventivement les êtres capables de détruire. Je suis un chien enragé.»
Délinquant juvénile en Ukraine, poète de l'underground russe, dissident sous Brejnev, clochard puis majordome d'un millionnaire à New York, émigré famélique dans le 3e arrondissement de Paris, Edouard Limonov est déjà une personnalité de Saint-Germain-des-Prés lorsque paraît Journal d'un raté en 1982.
De retour en Russie, il devient le leader du très controversé Parti national-bolchevique. Il est également le héros du roman d'Emmanuel Carrère, Limonov.
En Union soviétique, à une époque non déterminée, une rumeur circule selon laquelle un célèbre compositeur en exil revient à Moscou pour un dernier concert. Une file d'attente commence à se former devant un kiosque. Sergueï, musicien rêvant d'interpréter une symphonie, apprend qu'il n'y aura que 300 places disponibles avec un seul billet par personne. Il est alors persuadé que c'est lui, et personne d'autre de sa famille, qui a le droit d'aller écouter Selinsky.
Peu à peu, des gens qui ne se connaissent pas se retrouvent, chaque jour, pendant un an. Et, au fil du temps et des saisons qui passent, alors que le kiosque reste fermé, ces « silhouettes » anonymes prennent corps. Des amitiés improbables se nouent, des souvenirs enfouis refont surface, des événements inattendus les aident à dépasser les frustrations quotidiennes.
Comme le précise l'auteur, elle s'est inspirée d'une histoire vraie. En 1962, le célèbre compositeur Igor Fiodorovitch Stravinsky est invité par le régime soviétique à venir diriger un concert à Moscou ; ce sera son premier voyage de retour dans son pays natal après presque 50 ans d'absence. La file d'attente pour les billets commença un an avant le spectacle et se transforma en un étrange et compliqué réseau social.
Empruntant le manteau de la fiction, Chemins d'exil recrée avec une incroyable précision les lieux, les ambiances, les premiers et seconds rôles de toute une génération - Heinrich et Nelly Mann, Brecht, Walter Benjamin, Döblin, Joyce ou Virginia Woolf - plongée dans le bouillonnement de l'entre-deux-guerres.
Un tour de force littéraire.
« Un livre très personnel. Qui scintille, se révèle magique, un triomphe. »
Times Literary Supplement
Il est des écrivains qui font corps avec un lieu. Difficile de penser Sciascia sans la Sicile, Saba sans Trieste et Pasolini sans Rome. L'espace a nourri l'imaginaire et, en retour, l'écrivain y invente une géographie de la langue, il la transforme en une substance où la rue devient verbe ; le soleil ou la crasse qu'on y respire une phrase. Marco Lodoli appartient à cette veine d'écrivains et depuis Pasolini jamais Rome n'avait servi de matière littéraire avec autant d'intensité. Ces trois brefs romans, La Nuit, Le Vent et Les Fleurs sont une fugue nocturne allegro furioso ; car il fait presque toujours nuit dans les livres de Lodoli. Qu'elle soit la nuit du monde ou la nuit intérieure, la couleur des récits est le noir. La ville, qui offre ses ruelles et ses places à ces trois échappées, n'est pas la cité monumentale ou de carte postale, c'est un espace grouillant qui par un détail vous propulse dans un sombre enchantement.
Turri, Campi et Ottaviani étaient amis. Ottaviani, resté seul, se souvient. Des premiers regards échangés à la faculté de médecine, de leurs idées communes contre le fascisme et de leurs rêves d'une Italie libre. Lorsque la guerre s'impose à eux, les trois amis se battent, chacun avec leurs armes. Campi, martyr, demeure jusqu'au bout leur héros, par-delà la mort, qu'il brave avec un courage sans faille face à la barbarie nazie. Sous les canons, Turri se découvre une âme de chef et devient une grande figure de la résistance organisée. Ottaviani, psychiatre, poète, épris de paix et de liberté, suit les trajectoires de ses deux amis, comme habité par eux.
Ce sont les silences des hommes qui se disent ici, leur force et leur intégrité à l'épreuve des événements, leur engagement profond, leur pudeur, leurs exploits discrets et leurs coups d'éclat ; ce que l'on partage sans même le vivre ensemble, et ce qui reste des êtres lorsque l'Histoire s'empare de leur destin : leurs liens, leurs amis.