Obligée autrefois de fuir l'Irlande et les siens avec son fiancé pour de mystérieuses raisons, Lilly Bere, à quatre-vingt-neuf ans, revit le chemin parcouru depuis son arrivée dans le Nouveau Monde - le « côté de Canaan » - au rythme des hommes de sa vie. D'une traversée clandestine à leur installation précaire à Chicago, le jeune couple n'aspire qu'à une vie normale. Mais c'est sans compter avec la menace sourde qui pèse sur eux, et qui va pousser Lilly, désormais seule au monde, à s'enfuir à Cleveland. Devenue employée de maison grâce à son amie Cassie, elle y est témoin des injustices et du racisme de la société américaine. Quand elle rencontre le séduisant et énigmatique Joe, elle croit enfin toucher le bonheur du doigt - jusqu'à une explosion pendant laquelle Joe disparaît... Ce n'est là qu'un des nombreux mystères de la vie de Lilly, racontée comme un thriller, et imprégnée d'une infinie douceur.
Qu'il relate un troublant voyage initiatique dans une ville fantôme aux confins des Balkans ou les difficiles débuts dans la vie d'un jeune homme en terre étrangère, le narrateur d'Amour et obstacles ressemble comme un frère à Aleksandar Hemon, écartelé entre son pays d'origine (l'ex-Yougoslavie) et son pays d'adoption (les Etats-Unis).
En partie autobiographique, ce recueil de nouvelles retrace cependant bien plus que le parcours d'un migrant. Entrer dans l'univers de Hemon, c'est pousser la porte d'un monde où tout paraît flotter en dehors de l'espace du temps - monde prodigieux peuplé de chambres occupées par erreur, de personnes vivant leur vie par procuration, de rues transformées en décors expressionnistes par la pluie et les jeux de lumière.
Un livre, un poème, une symphonie de Beethoven, semés ici ou là au détour du récit, réapparaissent plus loin pour briller d'un éclat différent. D'une nouvelle à l'autre, Aleksandar Hemon tisse les fils d'une toile dont le sens caché - comme celui du monde - se dérobe en permanence.
Couvert de louanges et déjà traduit dans plus de dix langues, Amour et obstacles confirme l'immense talent de l'auteur du Projet Lazarus dont l'oeuvre, chaînon manquant entre Franz Kafka et Raymond Carver, possède une force et une originalité sans pareilles.
Ce que c'est, je n'en sais rien (...) Mais je sens obscurément que quelque chose approche à pas feutrés, qui menace de tous nous anéantir. Nous, c'est notre vie ancienne, ce sont les îles verdoyantes que, malgré tout, nous avions réussi à édifier au milieu du courant de ce ridicule tapage - nous, c'est notre vieux monde auquel, malgré tout, nous tenions tant. Où allons-nous ? (...) Que savons-nous du temps ? Nous sommes à ses pieds comme le voyageur au pied de la falaise rouge, beaucoup trop près pour en voir la structure, et encore moins la beauté. Que savons-nous de notre temps ? Nous sommes ses instruments, et je crois que le meilleur d'entre eux est encore celui qui ne cherche pas à lui faire obstacle.
«Elle ne pensait qu'à ça. Ramener sa vie à ce point précis.
Le point où elle s'était interrompue.
Il s'agissait de réunir deux morceaux de terre, deux morceaux de temps.
Au milieu, il y avait la mer.
Elle posait des figues ouvertes en deux sur ses yeux pour retrouver cette saveur douce et granuleuse. Elle voyait rouge à travers les fruits. Elle cherchait le coeur de ce monde qu'elle avait dû abandonner.»
Deux mères et deux fils que la Méditerranée sépare. Deux rives, deux pays, deux histoires que l'Histoire avec un grand H relie pourtant.
De Franz Zeise, né en 1896, on ne sait rien, ou presque, sinon qu'interprète et traducteur, passionné par l'Espagne, il vécut un temps à Berlin et qu'on l'aurait encore aperçu en 1954, mais perdu déjà dans les ténèbres d'une demi-démence ... Aussi bien ce roman de la folie de Don Juan d'Autriche , bâtard de Charles Quint, semblable comme dit Sciascia 'au souvenir d'un rêve : très fort, lourd d'inquiétude et de prémonition', est-il un prodigieux chef-d'oeuvre, qui n'est pas sans faire songer à tel récit d'Artaud. Hier encore inconnu, aujourd'hui révélé, demain : enfin célèbre, voici un roman comme vous n'en avez jamais lu de semblable.
« Peut-être que j'ai perdu l'esprit, mais ça ne me dérange pas, songea Moses Herzog. D'aucuns le croyaient cinglé et pendant un temps, lui-même douta d'avoir toute sa tête. Mais aujourd'hui, bien qu'il se comportât bizarrement encore, il se sentait sûr de lui, gai, clairvoyant et fort. Comme envoûté, il écrivait des lettres à la terre entière, et ces lettres l'exaltaient tant que depuis la fin du mois de juin, il allait d'un endroit à l'autre avec un sac de voyage bourré de papiers. Il l'avait porté de New York à Martha's Vineyard, d'où il était reparti aussitôt ; deux jours plus tard, il prenait l'avion pour Chicago, et de là, il se rendait dans un village de l'ouest du Massachusetts. Retiré à la campagne, il écrivit continuellement, fanatiquement, aux journaux, aux personnages publics, aux amis et aux parents, puis aux morts, à ses morts obscurs et, enfin, aux morts célèbres. »
Saul Bellow, Herzog
« Tel est Herzog, la plus grande création de Bellow, le Leopold Bloom de la littérature américaine, à ceci près qu'avec Ulysse l'esprit encyclopédique de l'auteur se fait chair dans le verbe qu'il écrit, sans que Joyce confère jamais à Bloom sa vaste érudition, alors que dans Herzog Bellow donne à son héros, non pas seulement un état d'esprit, une tournure d'esprit, mais un esprit digne de ce nom. »
Philip Roth, Parlons travail
« En tout cas, Mr. Sammler devait reconnaître qu'après avoir surpris une fois le pickpocket en action, il désirait ardemment le voir de nouveau à l'oeuvre. Il ne savait pas pourquoi. C'était un événement marquant, et illicite - ou du moins, opposé à ses principes fondamentaux -, et il mourait d'envie d'assister à sa répétition. [...] Dans le mal comme dans l'art il y a l'illumination. »
Saul Bellow, La planète de Mr. Sammler
'Chuck et le porno. Le porno et Chuck. Une liaison inévitable qui s'avère être le couple parfait.' The Washington Post
Cassie Wright, star du porno sur le retour, a décidé de terminer sa carrière sur un coup d'éclat : se faire prendre devant les caméras par six cents hommes au cours d'une seule nuit. Dans les coulisses, les heureux élus attendent patiemment leur tour. Parmi eux, les numéros 72, 137 et 600 font part de leurs impressions. Mais, entre fausses identités, désirs de vengeances et pulsions homicides, toutes les apparences vont se révéler trompeuses et la nuit ne va pas du tout se passer comme prévu.
Plus trash, subversif et sauvage que jamais, Chuck Palahniuk réussit l'exploit de nous offrir un roman à suspense se déroulant entièrement pendant un gang bang. Il poursuit au passage son exploration de la face obscure des sociétés bien-pensantes, sous l'angle, cette fois, de la pornographie.
'Jamais une femme ne l'avait invité de manière si gracieuse à franchir la frontière qui séparait l'affinité de l'intimité. Il n'y eut rien d'embarrassant dans sa manière de se dévêtir, ni rien de prétentieux : les vêtements glissèrent et furent envoyés au loin comme si elle avait attendu le moment de s'en débarrasser toute la journée ; puis elle se coucha dans son lit et l'invita par un regard brûlant d'un désir aussi adorable que ceux qu'on s'échangeait dans les film. [...] Pelotonné contre son dos, un bras passé autour de son corps et un de ses seins sublime et palpitant dans le creux de la main, Jack Fields ne prêtait aucune attention aux vagues. Il était trop heureux et trop ensommeilé pour se concentrer sur autre chose que l'unique pensée cohérente, et heureusement secrète, qui lui traversait alors l'esprit : Francis Scott Fitzgerald rencontre Sheilah Graham.'
On savait, depuis La Fenêtre panoramique, que Richard Yates appartenait au cercle des 'grands' romanciers américains. Dans ce receuil inédit, il apparaît aussi comme un nouvelliste remarquable. Les fragments de vie qu'il saisit à la manière d'instantanés offrent une expérience de lecture unique, la sensation de toucher une vérité crue, sombre mais finalement libératrice.
Écrit en 1930 après un séjour de cinq ans à Paris, ce « roman français » d'inspiration autobiographique est un texte important dans l'oeuvre de l'immense écrivain hongrois Sándor Márai.
1926. Après un an d'études à Berlin, un jeune docteur en philosophie de Budapest arrive à Paris pour quelques mois. Étranger à ce pays qui le fascine et le rejette à la fois, il évolue parmi d'autres étrangers. Comme lui, tous survivent tant bien que mal dans le Paris de la fin des années folles, des cafés de Montparnasse aux hôtels miteux du quartier latin. Philosophe déraciné, exilé volontaire, promeneur inquiet... l'identité floue du personnage évolue au gré d'une errance qui se prolonge dans une Bretagne idyllique où l'entraîne une femme rencontrée par hasard.
Récit initiatique, fabuleuse peinture de Paris, ce livre est une troublante réflexion sur l'exil, autant réel qu'intérieur, qui a nourri la vie et l'oeuvre de Sándor Márai.
Peter Mickelsson, ancienne gloire de la philosophie américaine, professeur respecté, a de terribles problèmes d'argent : il en donne trop à sa femme, dont il est séparé, il en doit trop au fisc. Pour tout arranger, il vient de contracter un emprunt afin d'acheter une très vieille maison (prétendument hantée) dans les montagnes qui ont vu naître Joseph Smith, le père fondateur de la religion mormone.
Tout cela pourrait rentrer dans l'ordre si d'autres bizarreries ne commençaient à s'accumuler : un soir, Mickelsson est obligé de tuer un chien d'un coup de canne ; son nouveau foyer est cambriolé ; une voiture verte semble le suivre et plusieurs de ses proches trouvent une fin tragique.
Peter en est convaincu, quelqu'un lui en veut. Mais les suspects sont trop nombreux : un de ses élèves, l'agent du fisc tatillon qui le harcèle au téléphone, Donnie, la prostituée qu'il fréquente, les mormons qui vivent à côté...