Le voyage dans le passé est l'histoire des retrouvailles au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient s'aimer encore.
Louis, jeune homme pauvre mû par une « volonté fanatique », tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La grande guerre éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard, L'amour résiste-t-il à tout ? A l'usure du temps, à la trahison, à une tragédie ?
Dans ce texte bouleversant, jamais traduit en français jusqu'à ce jour, on retrouve le savoir-faire unique de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer par un geste, un regard, les tourments intérieurs, les arrières-pensées, les abîmes de l'inconscient.
Octobre 1972 - janvier 1973 : Rolf Dieter Brinkmann (1940-1975) séjourne à Rome, à la Villa Massimo, pendant allemand de la Villa Médicis. Il en revient avec trois cahiers dans lesquels il a engrangé ses impressions, sa correspondance amicale ou pas, les lettres envoyées à Maleen, sa compagne. Il y consigne son voyage, la découverte de cet endroit destiné à la « création » artistique, ses démêlés avec les occupants, ses rencontres avec les autochtones, ses lectures, les difficultés matérielles constantes, ses interrogations multiples. Il prend des photos, réalise des collages, déambule dans Rome, cette ville de vestiges qui impose son passé alors qu'en lui vocifèrent colère et désolation.
Avec une impétuosité généreuse et hirsute de rebelle misanthrope, Brinkmann livre dans Rome, Regards sa pensée au travail et son combat avec les mots pour faire exploser la langue de l'intérieur. Chronique des jours à Rome et chez les hommes, ces regards collages arrivent enfin jusqu'à nous.
« Sans doute le seul génie de la littérature ouest-allemande d'après-guerre » Heiner Millier
Fuyant l'Allemagne hitlérienne, Léo Löwe se retrouve à bord du paquebot Go(...)afoss en route pour l'Islande. Dans la boîte à chapeau qu'il conserve précieusement sommeille un petit garçon d'argile qu'il espère éveiller à la vie.
Afin d'y parvenir, Léo doit réussir toute une série d'épreuves : apprendre l'islandais, traire chaque jour une chèvre pour baigner l'enfant, demander la nationalité auprès d'un fonctionnaire qui l'interroge sur le régime alimentaire des loups-garous et s'adjoindre les services d'un cuisinier-espion russe et d'un théologien noir américain également champion de lutte.
Gottland, c'est ainsi que le brillant journaliste polonais Mariusz Szczygiet nomme la République tchèque, en jouant avec le nom d'une vedette de la chanson. Sur ses voisins, qu'il chérit et dont il parle la langue, il signe un livre érudit et magistralement composé où l'on trouve des personnages et des histoires insolites : l'édification du plus grand monument de Staline au monde ; l'ascension et la chute d'une star du cinéma tchèque dont Goebbels était tombé éperdument amoureux ; l'épopée de la dynastie Bata ; les subterfuges de la nièce de Franz Kafka pour garder l'anonymat.
Sous couvert de merveilleux petits contes cruels, Gottland est une radioscopie subtile de la dérive du totalitarisme - le récit d'un « avenir radieux » raconté par les victimes qu'il a engendrées.
Paul Nizon met ici en lumière l'absolue liberté des créateurs, à commencer par la sienne, invitant à jouer sa vie comme un passant, entre émerveillement et fuite. Il s'agit de se laisser absorber par le monde - par le biais des voyages, des villes, des femmes - et de le regarder, de l'écrire pour l'absorber à son tour.
Tout en rendant hommage à Van Gogh, mais aussi à Soutine et Dietrich, pour la peinture ; aux cinéastes Fellini et Bertolucci ; aux écrivains Robert Walser, Sean O'Casey..., Paul Nizon évoque aussi bien des souvenirs analysés que des réflexions sociologiques nées de l'observation du quotidien ou des fragments d'un art poétique. Les entretiens, quant à eux, reviennent de manière éclairante sur sa conception de l'écriture, du père et de la paternité, du bonheur...
Dans un style d'une extrême justesse, qui passe de la prose poétique au ton de la causerie et de l'humour, ce recueil peut constituer aussi bien une voie d'entrée dans l'oeuvre de Paul Nizon qu'un moyen d'approfondissement de son cheminement humain, intellectuel et artistique.
Nyckelberg, village suédois dans les ombres de la guerre froide. Un jeune garçon raconte une période décisive de sa vie. Son père, un prêcheur dévoué, est obnubilé par la fin du monde qui approche alors qu'il reste tant d'âmes à sauver. Le garçon ne pense qu'à suivre les traces de son père, au grand désespoir de sa mère qui plaide pour une 'enfance normale en survêtement'. Hanté par l'Armageddon, il se barricade derrière sa machine à écrire pour rédiger des sermons, en commençant par l'éloge funèbre de Viola, caissière de la supérette locale.
Ses parents ayant disparu de manière brutale, il comprend qu'ils ont été évacués, avec nombre de fidèles, dans le royaume divin, et que lui-même n'était pas assez pur pour être élu. Viola, désormais chargée de lui, l'emmène alors en Scanie avec le secret espoir de rencontrer Dag Hammarskjöld, secrétaire général des Nations unies, dont elle est tombée amoureuse.
Signant d'un livre aussi chargé d'humour que d'élucubrations comme seul sait en élaborer un enfant perturbé par une relation fusionnelle avec le père - et l'on pense ici à Stig Dagerman ou Pär Lagerkvist -, Göran Sahlberg s'annonce comme un de ceux qui pourraient, après les très grands des années 1960-1970, former une nouvelle génération d'écrivains en Suède.
Très vite, le prodigieux QI et la vulnérabilité du bébé Ralph ont fait de lui l'objet de toutes les convoitises : celle du docteur Steimmel, une psychiatre en mal de reconnaissance, qui veut lui disséquer le cerveau. Celle des services secrets du Pentagone qui voient en l'enfant un précieux atout stratégique. Celle, enfin, des tenants de la religion désireux de vérifier sur lui l'efficacité de leurs rituels d'exorcisme...
Brutalement arraché à son père, un universitaire aussi ambitieux que frustré, et à sa mère, une artiste peintre qui doute de son talent, Ralph, qui refuse de parler mais maîtrise avec brio le langage écrit, relate les enlèvements dont il est successivement victime sans cesser de rédiger des notes sophistiquées inspirées des nombreuses lectures que lui a procurées sa mère adorée dont l'amour inconditionnel et désintéressé fait figure d'unique repère au milieu de l'hystérie générale.
Les réflexions intentionnellement pédantes du bébé mutique constituent l'un des points forts de ce récit jubilatoire où Percival Everett détourne les conventions du discours savant au profit d'une savoureuse composition romanesque en convoquant tour à tour le traité de physique, la controverse sémiotique ou l'essai philosophique. Parodie de structures et de genres, satire des milieux universitaires au fil de démonstrations délirantes et de dialogues improbables entre Socrate et James Baldwin ou Wittgenstein et Nietzsche, ce roman irrévérencieux se plaît à malmener nombre d'icônes du postmodernisme, dont Roland Barthes, qui y apparaît en 'protagoniste invité' sous les traits d'un clown burlesque aux propos abscons...
Dans ce récit mené tambour battant où l'érudition rencontre l'absurde comme son envers obligé, Percival Everett, à travers les tribulations de son bébé héros, propose une réjouissante peinture des névroses dont se nourrit l'aventure humaine.
Cette nuit, Paula Hook ne dort pas. Car demain est un jour chargé d'angoisse. C'est demain que son mari Mike doit révéler à leurs jumeaux de seize ans un secret touchant à leur origine, un secret qui va bouleverser leur existence heureuse. Alors, en attendant le matin, dans un monologue insomniaque, Paula va donner sa propre version des faits : l'histoire d'un grand amour, la chronique d'une vie, d'un couple, d'une famille.
Une fois de plus, Graham Swift nous offre une méditation poétique et fervente sur notre condition à tous, nos destinées modestes et pourtant romanesques, prises entre le hasard et la nécessité. Et, face aux aléas de l'Histoire et de la biologie, il réaffirme avec force et tendresse une croyance magnifique dans la vérité des sentiments.
Curieuse apparition que ce jeune homme blond fièrement dressé sur un char à boeufs et sur le point d'entrer à la cour du grand Moghol, au coeur des Indes. Le voyageur se fait appeler «Mogor dell'Amore» et prétend détenir un secret. Ce qu'il va révéler à l'empereur est une histoire fantastique : il affirme être le fils de l'Enchanteresse de Florence, princesse moghole oubliée, maîtresse sulfureuse d'un soldat florentin, à la beauté envoûtante et aux pouvoirs mystérieux.
Sa légende est nimbée d'une aura de magie, d'énigme et de mensonge. L'empereur ne sait que croire, jusqu'à ce que l'Enchanteresse à la jeunesse éternelle, le visite en rêve... Son histoire nous emmène sur les traces d'un destin fabuleux et relie un Orient conquérant et contemplatif à l'Occident sensuel et terrible de la Renaissance florentine. D'une cour l'autre, au rythme des complots et des intrigues, on croise sorcières et fêlons, l'ombre de Savonarole, les Vespucci ou Machiavel, personnages troubles qui peuplent la légende de l'Enchanteresse de Florence.
Rushdie s'adonne ici à la magie, compose une oeuvre foisonnante et prouve une fois encore une puissance créatrice hors du commun.
Chaque été, depuis quarante ans, son automobile surchargée de livres, de documents, de recettes de cuisine, d'images glanées partout dans le monde et d'un entassement de valises, Cees Nooteboom quitte Amsterdam, traverse la France et regagne l'Espagne où il s'embarque enfin pour Minorque.
C'est cette île qu'il nous raconte ici, le bonheur d'y retrouver l'isolement, la lumière et la mer, le retrait nécessaire à l'écriture, l'austère beauté des terres, l'humilité des êtres, la présence rassurante ou malicieuse du règne animal, la force des pierres et l'infinie sérénité d'un jardin où les arbres ont grandi, témoins immobiles des temps perdus.
Ainsi se déploie toute une vie. Car c'est bien la biographie de l'auteur qui court à travers ce livre, une façon de se mettre en scène, de se souvenir ou d'avouer ce qui est oublié : avec légèreté, humour, ironie ou émotion, mais toujours avec le plaisir de dire, car pour Nooteboom ce qui n'est pas raconté n'est pas vraiment vécu.
« Et puis, un beau jour, les archives sont pleines. Les souvenirs sont engrangés, il est temps de rentrer vers la ville aquatique où j'ai ma maison, vers l'Europe de mes premiers voyages en stop et vers l'île estivale, l'île du jardin avec ses deux palmiers que j'ai plantés il y a plus de trente ans et qui, tout ce temps, sont restés au même endroit tandis que je dansais autour du monde. »