Dans la réserve indienne des Hopi, George, sculpteur paillard, façonne des kachinas, ces poupées votives à l'effigie des dieux. Même le veuvage et la cécité n'ont pu entamer son élan créateur. Et puis, dans son ombre, il y a Oswald, son neveu, son fils peut-être : parti tenter sa chance à Hollywood, il est devenu acteur de pornos et a tué accidentellement sa partenaire. Depuis, il tente en vain de retrouver la paix auprès de son oncle éternellement mourant. Il lui faudra une saison dans l'enfer du Vietnam pour revenir enfin et se faire une place dans la tribu, sous le regard des étoiles.
Mais tout cela n'est que l'argument d'un roman foisonnant, torrentiel, où se donne à entendre une multitude de voix : les vivants et les morts, les hommes et les dieux. Sous le patronage de Cervantès et de Joyce, Paul West développe avec puissance et malice une quête d'absolu où, comme chez les danseurs rituels, le sacré se confond avec la réalité la plus matérielle. Et, par-dessus tout, il célèbre le geste démiurgique de l'artiste, illustré à la fois par les oeuvres de George et par une invention verbale prodigieuse. Vingt ans après sa première publication, ce roman de visionnaire s'impose comme un classique de la littérature américaine contemporaine.
Washington. Adie Klarpol, une jeune artiste désillusionnée, est engagée par une compagnie d'informatique pour travailler sur un système expérimental, «la Caverne». Ce simulateur d'univers virtuels en 3D permet de revisiter, entre quatre murs, les chefs-d'oeuvre de l'art.
Beyrouth. Taimur Martin, professeur d'anglais, est pris en otage par des fondamentalistes islamistes. Seul dans un cachot, il n'a que sa mémoire et son imagination pour s'évader.
Un simulateur d'univers virtuels, un cachot : deux pièces dissemblables, toutes deux ouvertes à toutes les transformations, l'une par la magie de l'informatique, l'autre par la ténacité de l'esprit humain. Deux univers a priori inconciliables dont Richard Powers, avec son sens renversant du romanesque, tire une polyphonie grandiose.
Le romancier explore le destin de l'art à l'époque du virtuel, celui de la mémoire à l'époque de l'informatique et questionne une fois de plus les rapports entre science, histoire et imagination.
Au-delà des grillages et des barrières de sécurité se cache un écrin de verdure à la périphérie de Buenos Aires ; un havre de paix pour 'gentlemen, à l'abri du tumulte d'une capitale grouillante et tentaculaire. Ici, on est entre gens de bonne compagnie.
Une poignée d'amis se réunissent chaque semaine, loin des regards, pour discuter entre hommes. Les épouses, exclues de ces soirées, s'appellent avec humour 'les veuves du jeudi'. Un veuvage somme toute agréable, jusqu'à ce funeste jour de la fin septembre 2001 où la plaisanterie s'avère prémonitoire : les hommes sont retrouvés électrocutés au fond d'une piscine. L'attitude du seul rescapé laisse à penser que ce pourrait ne pas être le tragique accident qu'il y paraît.
Derrière les façades clinquantes on découvre les grands secrets et les petites misères de ces nantis. Le regard est ici sans complaisance sur une société hypocrite et ostentatoire, dénuée de scrupules, tandis qu'approche l'effroyable crise économique qui a mis l'Argentine à terre. Déliquescence, chute annoncée d'une bourgeoisie affairiste, à mesure que la situation économique se dégrade croît l'impérieuse nécessité de nier l'évidence, de maintenir à toute force ce standing garant d'un certain statut social. Jusqu'à choisir l'impensable pour préserver les siens, les mettre définitivement à l'abri, tant du besoin que de la médiocrité de la plèbe.
Le jour de ses quatorze ans, Joseph Pearce apprend de la bouche de son père que celui-ci n'est pas exactement celui qu'il croyait : un soldat anglais du nom de Vernon Pearce, qui s'est fiancé après la Libération à une jeune Flamande et est resté en Belgique. Vernon Pearce s'est d'abord appelé Werner Peritz, il est né à Breslau (aujourd'hui Wroc(...)aw) en 1922, et sa famille, pour autant qu'elle ait échappé à l'holocauste, s'est trouvée jetée aux quatre coins du monde.
La découverte de cette nouvelle identité, juive et allemande, n'a pas bouleversé la vie de Joseph Pearce. Mais, peu avant 1990, accompagnant son père sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale où son grand-père avait porté l'uniforme allemand, il ressent soudain l'urgence d'arracher à l'oubli l'histoire de sa famille paternelle et de sa dispersion. C'est le début d'un long voyage, qui mènera Joseph Pearce en Angleterre, aux Etats-Unis, en Israël, en Bolivie et en Australie.
Mais Terres de promesse n'est pas une simple recherche de racines, encore moins une quête identitaire. C'est une réflexion subtile sur le sens et les implications de ce qui reste l'événement majeur du XXe siècle, à travers l'étude d'une ou deux générations de rescapés, jetés dans la diaspora.
De Minembwe à Uvira, lieux difficiles à situer sur une carte de l'Afrique, Lieve Joris a traversé le Congo perdu de l'Est, non loin du Burundi et du Rwanda. Une marche au pays des collines vertes, là où cohabitent cultivateurs et éleveurs.
Comme pour mettre un point final, après des années, à son oeuvre de recherche affective, d'approche des contradictions, de suivi des conflits, d'empathie pour les habitants d'un pays qu'elle a connu Congo, puis Zaïre, puis à nouveau Congo, Lieve Joris est allée à pied, cinq semaines durant, de village en village, dans cette région méconnue, résistante, restée à l'écart de la colonisation belge, où se côtoient des ethnies et des tendances politiques pas toujours en bonne entente.
Une marcheuse, blanche, souvent la première jamais venue dans les parages, accompagnée d'un guide et de porteurs, picaresques à leur manière, dépositaires d'une valise, objet que Lieve considère comme son seul luxe, vu les conditions rudimentaires de vie des paysans, la pluie, la boue, les puces, les rats, la nourriture difficile, mais aussi les brigands possibles, les miliciens plus ou moins autonomes, les autorités pas toujours ravies de sa présence.
Des hautes collines aux abords du lac Tanganyika, Lieve Joris nous propose une variante moderne des immersions africaines des explorateurs, un résumé du Congo, sur un petit bout de carte fondamental en ce qui concerne la géopolitique de l'Est africain.
Autobiographie d'un grignoteur de livres, Firmin raconte l'histoire d'un rongeur érudit qui a vu le jour dans les sous-sols d'une librairie de Scollay Square, vieux quartier en péril du Boston des années 1960. Plein d'appétit pour les mots, épris de nourritures spirituelles autant que terrestres, Firmin ne peut communiquer tous ses coups de coeur ni exprimer ses détresses, et voit avec révolte se déliter sa race comme son quartier, cernés par l'incompréhension des hommes et par les mécanismes du profit. Mais la rencontre avec un romancier marginal le sauve du pessimisme ambiant. Superbe hommage aux valeurs de l'écrit et aux singularités de toutes espèces, l'aventure de Firmin est aussi un fabuleux trait d'union entre littérature, exclusion et résistance.
« Firmin, le rat que Walt Disney aurait inventé s'il avait été Borges. Si lire est ton plaisir et ton destin, ce livre a été écrit pour toi. » (Alessandro Baricco)
Rudolf Herrnstadt est considéré comme l'un des pères fondateurs de la RDA. Il fut aussi un homme de presse incontournable dans l'Allemagne des années 1930-1940, participant notamment à la création du Berliner Zeitung. Il commença sa carrière de journaliste dès 1924, fut envoyé comme correspondant à Prague, Varsovie puis Moscou, et revint à Berlin où il entra en contact avec l'Armée rouge. Il adhéra au parti communiste allemand en 1950 avant d'en être exclu en 1954.
Irina Liebmann retrace le parcours de cet homme, son père, qui, partout, s'efforça de défendre la démocratie malmenée en Europe.
Plus qu'une biographie, Berlin-Moscou-Berlin est une véritable enquête qui offre un portrait détaillé de tout un pan de l'histoire du XXe siècle.
«Le père d'Irina Liebmann a vécu trois vies : il fut un excellent journaliste, un espion et le 'Citizen Kane' de l'Allemagne de l'Est. Sa fille a désormais écrit sa biographie : une brillante liaison entre sa propre histoire, celle du monde et celle de l'Allemagne.» (Die Literarische Welt)
«Berlin-Moscou-Berlin se lit le souffle coupé.» (Berliner Zeitung)
«Je ne suis pas historien et Human Smoke n'est en rien un livre d'histoire traditionnel. Je l'ai écrit car j'ai réalisé que je ne comprenais pas la Seconde guerre mondiale - la comprendre non pas dans le sens d'arriver à formuler des théories mécaniques qui en détermineraient les causes, mais dans le sens plus modeste d'avancer à tâtons, avec compassion, dans son énormité. [...] Le livre s'achève le 31 décembre 1941 - juste avant que les dernières barrières ne soient levées, quand la civilisation était au bord du gouffre. Comment en sommes-nous arrivés là ?
J'ai fractionné le temps en petits morceaux et en images. Je n'en tire aucune conclusion. [...] Mais j'ai choisi ces instants afin de poser une question qui doit être posée. Notre décision de combattre de la façon dont nous avons combattu, par des bombardements nocturnes et des blocus alimentaires, a-t-elle vraiment aidé ceux qui avaient besoin d'aide ?
J'espère que ce livre ajoutera une confusion enrichissante à votre connaissance de base de la 'bonne guerre'». Nicholson Baker
«Updike & moi est un 'texte d'écrivain', une introspection portant à la fois sur ce qui fait écrire et ce qui en empêche, sur les plaisirs rares que peut apporter ce drôle de boulot et sur le bon gros paquet, bien plus encombrant, de doutes, d'incertitudes, de bourdes et d'inaccomplissement qui viennent avec. [...]
C'est un texte drôle et sans complaisance, tant Baker sait s'y moquer d'Updike, de lui-même et de toutes les vanités littéraires. C'est un texte gratifiant, tant il sait, aux moments les plus inattendus, ménager ses surprises. C'est un texte émouvant quand il évoque en parallèle les relations entre Updike et sa mère et entre Baker et la sienne. [...] C'est enfin un texte passionnant, qui brosse un portrait partial, partiel mais fascinant de l'Amérique littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle.
[...] S'il est une seule raison de lire ce petit livre paradoxal, elle tient tout entière dans une phrase que Baker y sème, l'air de rien, avec une modestie sincère, et qui résume à elle seule son éthique professionnelle et le défi qu'il se lance à chaque livre : 'La tâche d'un écrivain est simplement de régaler et d'instruire du mieux qu'il peut.'» Martin Winckler
Described by the New York Times as 'an original and remarkable genius', Kazuo Ishiguro is the author of six novels, including Never Let Go and The Remains of the Day.
Now in Nocturnes, a sublime story cycle, he explores ideas of love, music and the passing of time. From the piazzas of Italy to the Malvern Hills, a London flat to the 'hush-hush floor' of an exclusive Hollywood hotel, the characters we encounter range from young dreamers to cafe musicians to faded stars, all of them at some moment of reckoning.
Gentle, intimate and witty, this quintet is marked by a haunting theme : the struggle to keep alive a sense of life's romance, even as one gets older, relationships founder and youthful hopes recede.