« Savais-tu que j'ai grandi au Congo ? » me disait-elle au début de nos rencontres. « J'ai grandi dans le ventre du Congo... je suis une vieille Congolaise, une fille de l'équateur, des forêts. » Lilyan avait découvert les splendeurs de ce pays en voguant, alors enfant, sur le steamer de son père, ce grand bateau à vapeur à fond plat, avec ses grandes roues. Comme il y en eut sur le Mississippi. Elle était sur le pont en haut, les Noirs en bas avec les marchandises. C'était comme ça, l'habitude. « Je ne savais pas que cette séparation portait un nom : la ségrégation... Je trouvais cela normal. » Est-ce pour expier cette innocente ignorance que cette Belge aux origines ostendaises devint une spécialiste incontournable de la négritude et de sa littérature qui n'intéressait personne dans les années cinquante ? (présentation de l'éditeur)
Depuis l'Antiquité et à travers les continents, l'histoire des librairies est celle de gens de passion qui ont permis aux auteurs de diffuser leurs idées, leurs savoirs, et aux lecteurs de faire provision de culture et de découverte.
En 1915, étudiant en médecine, il est, comme son ami André Breton, mobilisé avec un an d'avance. Dès lors, il va continuellement flirter avec la mort sans jamais renoncer à son goût pour la liberté. Envoyé en Russie en 1917, il assiste de près à la Révolution. Il en rentre marqué pour la vie. Aussi le retrouve-t-on en janvier 1920 parmi les premiers dadaïstes parisiens et ensuite au sein du mouvement surréaliste.
En août 1936, il participe à la bataille des Baléares.
Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, il se cache (il est Juif), puis il traverse à pied les Pyrénées avant de rejoindre l'escadrille Normandie-Niémen.
En 1973 Tom Wolfe inventait l'expression « Nouveau Journalisme » pour désigner ce type de reportage à mi-chemin du récit et du roman. L'auteur de L'Étoffe des héros, lui-même coutumier de cet effacement des frontières entre fiction et non- fiction, théorisait dans l'anthologie réunissant quelques-uns de ces « nouveaux journalistes » (Joan Didion, Norman Mailer, Hunter S. Thompson, Truman Capote, etc.) une écriture qui dans sa forme même se rapprocherait de la littérature mais dont le souci des faits et de leur véracité déterminerait son but : rendre compte du réel, raconter, enquêter, révéler. « Une investigation artistique », écrivait-il, tordant davantage deux termes qui de prime abord semblaient incompatibles.
Plus d'un siècle qu'on lui reproche sur tous les tons d'avoir à vingt ans abandonné la poésie. Or personne ne s'est demandé si ce n'était pas plutôt elle, la poésie, qui s'était dérobée sous ses « semelles de vent », devenue obsolète, désuète, avec ses alexandrins marchant d'un pas militaire à la rime, inapte à rendre compte des prodigieux changements que la technologie et l'industrie, au nom du Progrès, imposaient à la société de son temps. Et le jeune Rimbaud en fut le témoin, qui fut hébergé par Charles Cros, poète et inventeur du phonographe, qui fréquenta Paul Demeny dont le frère Georges fut un des pionniers du cinéma, qui connaissait par Castaner les discussions enflammées du café Guerbois où Monet, Manet, Cézanne, procédaient au dynamitage de l'académisme. « Il faut être absolument moderne », lâche-t-il dans Une saison en Enfer, moins pour s'en convaincre que reprenant un mantra du temps. Et la poésie dans tout ça ? Il s'en était ouvert à Banville, alors grand maître du Parnasse : « Ne va-t-il pas être bientôt temps de supprimer l'alexandrin ? » Avant d'exécuter lui-même la sentence dans les Illuminations. Et à Germain Nouveau qui se proposait de l'accompagner à Londres : « La poésie écrite ne me dit plus rien. Je préfère les voyages. » Et il partit.
J. R.
Tout lecteur s'est un jour inquiété de ceci face à un texte : comment bien lire ? Il est étonnant que personne ne se demande comment mal lire. C'est pourtant loin d'être une évidence. Il faut de l'art, de l'adresse, de la ruse pour pratiquer une mauvaise lecture véritablement inspirée. Une fois cela admis, vous cesserez de faire uniquement de la lecture une expérience de l'interprétation objective, de la collaboration avec le texte, de l'ordre, de la patience, de la concentration. Laissez-vous envahir par vos passions, laissez flotter votre attention, lisez de travers, sautez des pages. C'est ainsi que vous transformerez ce que vous lisez pour le réinventer. Vous en conviendrez alors : la mauvaise lecture est souvent une excellente manière de lire. (présentation de l'éditeur)
Quel discours se soucie encore de la vérité ? Pourquoi tenir cette exigence de vérité quand la parole est noyée dans des flux permanents d'informations et de duplications ? La littérature et la psychanalyse partagent un rapport singulier à la parole : celui du déploiement. À l'inverse de l'information, elles continuent à croire en la révélation d'une parole étrangère à l'intérieur de soi. En reprenant la scène de la rencontre entre Diane et Actéon des Métamorphoses d'Ovide, Yannick Haenel offre au lecteur une réflexion sur l'amour et le langage comme exposition d'une solitude sans laquelle aucun discours vers l'autre ne serait possible.
A partir de photogrammes du film Les sept mercenaires réalisé par John Sturges en 1960, l'écrivain évoque son rapport à l'écriture et interroge ses choix littéraires et esthétiques. Il établit une comparaison avec le western, genre populaire, et s'appuie sur les caractères des sept personnages pour aborder des couples thématiques comme simplicité et sophistication formelle, économie et excès.
Une histoire de l'idée de la Chine en littérature, un fantasme qui change de forme selon les individus et les époques.
Pour Vivian Gomick, se replonger dans un livre qui fut important à un moment de sa vie, « c'est comme s'allonger sur le divan du psychanalyste ». En compagnie des auteurs qui l'ont marquée (D.H. Lawrence, Elizabeth Bowen, Colette, Marguerite Duras, Natalia Ginzburg...), elle se retourne sur son enfance, sa découverte du féminisme et la révélation de sa vocation d'écrivain.
Réunissant son génie de lectrice et sa capacité à se raconter, ce livre singulier, véritable making of d'une icône de la culture américaine, pétille d'intelligence et d'humour.