Mineurs, carriers, ouvriers agricoles ou livrés aux arènes, les esclaves de Rome
représentaient un outil fort précieux pour une civilisation non mécanisée. Sans donner une vision idyllique de la situation et après avoir décrit les multiples conditions de vie des esclaves, l'auteur nous rappelle la grande attention dont ils pouvaient être l'objet. Peu à peu, leur sort va s'améliorer et un statut leur sera juridiquement reconnu. Toutefois, malgré diverses formes d'affranchissement, il apparaît que le christianisme naissant n'est pas prêt à accepter l'abolition pure et simple de l'esclavage. Le déclin de l'empire et les incursions plus fréquentes des Barbares, compte tenu des forces nécessaires aux armées, vont réduire la main d'?uvre servile disponible. Avec l'effritement du système politique et économique au IVe siècle, l'esclavage évoluera progressivement vers le servage et l'émergence du système féodal.
Une bonne synthèse de l'évolution et du déclin de l'esclavage, thématique dont les sources de l'historien nous permettent de cerner la variété de ses nuances et de ses enjeux.
Les historiens rattrapés par l'Histoire
Comment écrit-on l'histoire ? Qui sont les historiens ? Comment travaillent-ils ? Quelles sont les méthodes qui ont permis à certaines recherches de devenir des ouvrages de référence et de le demeurer encore ? Dans quelle mesure leurs auteurs ont-ils été tributaires, lorsqu'ils ont construit leur ?uvre, de leur itinéraire personnel, et du temps dans lequel ils vivaient ? Que reste-t-il aujourd'hui de ces livres qui ont fait date, et qui vivent d'autant plus longtemps qu'ils sont plus discutés ?
Cet ouvrage collectif retrace les destins singuliers et exemplaires des historiens les plus marquants du XIXe et du XXe siècle tels Alexis de Tocqueville, Jules Michelet, Moses Finley, Peter Brown, Marc Bloch, Fernand Braudel, ou Lucien Febvre, pour n'en citer que quelques uns. Mais cet ouvrage nous parle aussi d'héritage et de transmission, bref de la vie même d'une discipline.
D'autres pistes de lecture :
BOURDE (Guy) & MARTIN (Hervé), Les écoles historiques, 2e éd., Paris, Seuil, 1997, 422 p. (Points Histoire, 67) ; DUMOULIN (Olivier), Le rôle social de l'historien : de la chaire au prétoire, Paris, Albin Michel, 2003, 343 p. (Bibliothèque Albin Michel Histoire) ;
MÜLLER (Bertrand), Lucien Febvre, lecteur et critique, Paris, Albin Michel, 2003, 473 p. (Bibliothèque Albin Michel Histoire).
Pas un jour ne passe sans que l'actualité n'évoque le problème toujours irrésolu du Proche-Orient. Michel Abitbol, professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, nous fait remonter dans le temps et examine de quelle manière deux peuples et deux cultures ont vécu en relation tantôt harmonieuse, tantôt conflictuelle. Bien sûr, les rapports religieux entre islam et judaïsme sont explorés, mais l'auteur analyse également quatorze siècles de relations politiques, économiques et sociales qui occasionnèrent clivages ou rapprochements. De l'âge d'or judéo-musulman à l'époque des premiers califes, à la création de I'Etat d'Israël en passant par les croisades, les invasions mongoles, la Reconquista espagnole, l'administration ottomane, française puis britannique et les deux guerres mondiales, l'auteur évoque le passé mouvementé de cette région du monde. Première synthèse en langue française des relations entre Juifs et Arabes depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours, ce livre (paru en 1999 et réédité ici dans un format de poche) propose une tentative d'explication historique, culturelle et politique à une situation très complexe dont la durée même entrave la pleine compréhension de tous les enjeux.
Pour de plus amples explications sur l'histoire de cette région au XXe siècle, on verra deux excellentes synthèses parues également en format de poche :
CORM (Georges), Le Proche-Orient éclaté 1956-2003, 3e éd., Paris, Gallimard, 2002, 1068 p. (Folio Histoire, 93)
et GRESH (Alain), Israël, Palestine. Vérités sur un conflit, Paris, Hachette Littératures, 2003, 220 p. (Pluriel Actuel).
De jeunes dessinateurs créent dans les années 60 le mensuel Hara-Kiri dans lequel ils cultivent un humour irrespectueux. Pour que leur engagement contre les sottises, les conformismes et les tabous de leur époque soit complet, en 1969 naît Hara-Kiri hebdo, qui colle plus à l'actualité et devient Charlie hebdo après la une consacrée à la mort du général de Gaulle. Un album best of.
' Par quelle aberration a-t-on pu croire, après la chute du Mur, que la disparition d'un adversaire signifiait l'abolition de l'adversité ?
Par quelle sottise a-t-on pu considérer que l'Homo economicus allait pacifier la planète, et que les conflits subsistants n'étaient que des vestiges du passé, des bavures exotiques ? Je l'explique à la manière de Tchékhov. Par le très grand plaisir que les hommes ont à dormir. ' La Cerisaie ' est vraiment la grande pièce sur les dix dernières années que nous venons de passer. Tous les protagonistes, qu'ils soient propriétaires ou intellectuels, y sont acquis à l'idée que finalement tout s'arrange toujours, que le mal n'est que le fourrier du bien. Cet esprit-là domine en Occident depuis 1989. C'est ainsi que l'on a pu, sans rire, voir Fukuyama célébrer la victoire des Etats-Unis sur l'Union soviétique exactement dans les même termes que Kojève pensait fêter la victoire de Staline sur l'Occident? Fêter la victoire de Staline en 1937 et la victoire de Wall Street en 1987 exactement dans les mêmes catégories intellectuelles aurait tout de même dû poser un problème, non ? '
André Glucksman, in Le Nouvel observateur, janvier 2002.
' Par quelle aberration a-t-on pu croire, après la chute du Mur, que la disparition d'un adversaire signifiait l'abolition de l'adversité ?
Par quelle sottise a-t-on pu considérer que l'Homo economicus allait pacifier la planète, et que les conflits subsistants n'étaient que des vestiges du passé, des bavures exotiques ? Je l'explique à la manière de Tchékhov. Par le très grand plaisir que les hommes ont à dormir. ' La Cerisaie ' est vraiment la grande pièce sur les dix dernières années que nous venons de passer. Tous les protagonistes, qu'ils soient propriétaires ou intellectuels, y sont acquis à l'idée que finalement tout s'arrange toujours, que le mal n'est que le fourrier du bien. Cet esprit-là domine en Occident depuis 1989. C'est ainsi que l'on a pu, sans rire, voir Fukuyama célébrer la victoire des Etats-Unis sur l'Union soviétique exactement dans les même termes que Kojève pensait fêter la victoire de Staline sur l'Occident? Fêter la victoire de Staline en 1937 et la victoire de Wall Street en 1987 exactement dans les mêmes catégories intellectuelles aurait tout de même dû poser un problème, non ? '
André Glucksman, in Le Nouvel observateur, janvier 2002.
Dans la suite du Roi Soleil
Le 16 novembre 1700 n'est pas un jour quelconque dans l'histoire de France puisque c'est à cette date que Louis XIV accepte le testament du roi Charles II d'Espagne et place son petit-fils, le duc Philippe d'Anjou sur le trône vacant. Cette décision ne fera pas que des heureux, car bientôt les rivalités entre Habsbourg et Bourbon se concrétiseront dans les combats de la guerre de succession d'Espagne.
Mais pour l'heure, Louis XIV réfléchit. Tandis que les courtisans attendent avec une certaine impatience, et s'ingénient à être les premiers informés de la nouvelle, le roi se tait. Il pèse le pour et le contre avant de faire connaître sa décision finale. Nous le suivons pas à pas à travers les chambres, antichambres, longues galeries et vastes salons de Versailles. Son emploi du temps est minutieusement reconstitué par Béatrix Saule, conservateur en chef du château de Versailles. Elle nous présente une description quasi cinématographique de la journée du roi. Dans un texte bref, elle nous offre une fresque haute en couleurs, un exceptionnel instantané de la vie du Roi Soleil et de son entourage.
Pour une étude approfondie de la vie de cour sous le règne de Louis XIV, on verra l'étude d'Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Simon ou le système de la Cour, Paris, Fayard, 1997, 635 p. (édition reliée, 37,70 ?) où l'historien français montre, à travers les célèbres mémoires du duc de Saint-Simon, la complexité des relations hiérarchiques et l'importance des traditions dans l'entourage du roi.
Des Juifs enrôlés dans l'armée du IIIe Reich
Encore un ouvrage supplémentaire parmi la pléthore bibliographique consacrée à la Seconde Guerre mondiale, pourrait-on dire. Pourtant, le travail de Bryan Rygg, professeur d'histoire à l'Université militaire des Etats-Unis, apporte un éclairage nouveau sur un fait peu connu et, jusqu'ici encore peu étudié : de nombreux Allemands d'origine juive, à des degrés divers, ont été incorporés dans la Wehrmacht. Ces Mischlinge ont des histoires, des motivations, des parcours hétéroclites. Pour des raisons fort variées, ils acceptèrent de prendre les armes au service de leur pire ennemi, qui poussé par un patriotisme inébranlable, qui dans l'espoir de protéger ses proches. Leur nombre est estimé entre 120.000 et 160.000, certains d'entre eux accédèrent mêmes à des grades ou décorations élevés. La législation les concernant était particulièrement complexe dans un système reposant sur des bases contradictoires comme la théorie raciale nazie et l'opportunisme politique. Hitler lui-même consacra énormément de temps à l'examen de dossier d'exemption ou d'aryanisation des Mischlinge, qu'il s'agisse de généraux ou de simple soldats. Dans ce domaine également, les criminelles obsessions doctrinaires du Führer sont à l'origine de graves inconséquences tant sur le plan politique que dans la conduite des opérations militaires.