Au hasard d'un déménagement de sa mère, la narratrice tombe sur une boîte où est remisé tout de qui reste de son père : entre autres papiers, un certificat de démobilisation, le câblogramme annonçant sa naissance, et puis une montre.
« D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'un seul coup. »
Depuis qu'elle a retrouvé cette montre, qui ne la quitte pas, la narratrice s'est elle-même mise en mouvement : suivant une impulsion implacable, elle visite des maisons, comme pour retrouver le lieu d'un rendez-vous manqué.
Alors qu'elle est au bout de son improbable quête, le présent se substitue de plus en plus souvent, en autant de fondus enchaînés, à des scènes de sa vie passée : dans l'hôtel où elle s'est installée, le gros chat orange la renvoie à celui qui l'attend quelque part, mais aussi au compagnon de ses jeux de petite fille ; les pas de son voisin se superposent à ceux de son père, lourds de chagrin ; l'ombre de sa mère, silhouette frivole, rôde?
Dans la maison du bord de mer, dernière étape du périple, la houle des souvenirs l'assaille : les images de son enfance qui commença avec la guerre, celles des uniques vacances en famille, un désastre, celles d'esquisses de maisons aussi, dessinées par un père triste et mystérieux, mort trop tôt et avec qui pourtant elle n'a pas cessé de s'entretenir.
Peu à peu se construit, sous nos yeux, et presque à l'insu de la narratrice, un magnifique et subtil roman des origines : les fils de sa vie se dénouent, elle comprend, à la faveur des scènes qui se superposent dans son esprit, sa fascination pour le théâtre et son désir constant de trouver dans les mots des autres un début d'explication. Ses engagements politiques enfin s'éclairent à la lumière des idées qu'elle soupçonne avoir été celles de son père? et elle connaît enfin l'apaisement.
Jamais Michèle Lesbre n'est allée si loin dans l'entrelacement de son expérience intime et de la fiction, et jamais elle n'a montré de manière si lumineuse le pouvoir rédempteur des mots, qu'elle tisse comme un enchantement.
Présentation de l'éditeur
J'allais souvent céder à l'appel de l'innommable frontière, tout au long de ces années quatre-vingt, m'engouffrer dans le flanc est de la bête nommée Europe, découvrant à chaque passage un lieu inamovible et insoupçonné de la nostalgie, qui peut-être n'est que la voix de la mémoire; tout autour se levait un théâtre, un monde de fantômes qui cherchaient encore leur port en chuchotant hâtivement leur histoire à qui se souciait de l'entendre. Et le froid, sous son écorce, scellait l'empreinte d'une rencontre.
Le vieil empire faisait encore entendre ses voix aux abords des frontières : le hongrois pénétrait par l'ouest en Transylvanie, par le sud en Moravie; l'allemand par le nord en Hongrie et en Moldavie, par l'ouest en Bohême, l'ukrainien se mêlait au roumain et au russe dans une poche orientale; ce monde était un monde de minorités dispersées, traversé de colonies et de mouvances.
Cette matrice de l'Europe orientale, je l'avais poursuivie depuis ma naissance, me mouvant à tâtons dans une contrée où l'âme se languissait, j'étais peu à peu remonté à lentes brasses vers ses eaux, cherchant le courant qui me guiderait vers de nouveaux échos. S.B.
Présentation de l'éditeur
Quand on est un jeune intellectuel équilibré et progressiste, débuter sa carrière dans un collège infesté par la violence et l'antisémitisme pourrait suffire à engendrer des doutes. Il y a pire. Se laisser entraîner dans un cercle de notables provinciaux adonnés aux sciences occultes, à l'extrémisme politique et aux perversions sexuelles. Découvrir le contenu atroce de la bibliothèque d'un collectionneur mystérieusement disparu. Se demander s'il ne va pas revenir demander des comptes. Finir par se croire manipulé, ou possédé. Peu à peu monte l'angoisse d'être parasité par une autre personnalité. Mais laquelle ? La petite ville de Logres, où se déroulent ces événements, est un condensé ténébreux, effrayant et dérisoire de notre monde. Aux limites du réalisme et du fantastique, Festins secrets se livre à un décorticage de la sexualité moderne, à une satire cruelle du Léviathan éducatif et du monstre médiatique. Il s'agit aussi d'une anthologie des mauvaises pensées, d'un récit métaphysique sur le Mal, où apparaissent les figures voilées d'Orphée, du double, du diable.
Présentation de l'éditeur
Résumé
Le mot amour a, dans le langage, un statut très singulier : c'est un mot qu'il est facile de prononcer, mais qu'il est difficile d'entendre, l'eût-on longtemps attendu. Il a le pouvoir de donner vie et mort, les deux parfois se confondant.
Les quatre dialogues réunis ici mettent en scène quatre couples que hante une amitié amoureuse : Artemisia Gentileschi et Galilée, Julie Talma et Benjamin Constant, Eleonora Duse et Gabriele D'Annunzio, Maria Callas et Pier Paolo Pasolini.
Les quatre femmes sont des artistes qui vécurent la passion sur scène ou sur la toile. Toutes les quatre en ont retiré des plaisirs incertains. Artemisia fut tentée d'abandonner les sujets sanglants de ses tableaux. Julie renonça très vite à sa carrière de comédienne pour assurer celle de son mari. La Duse, enfant de la balle, aurait souhaité pouvoir se passer du public et du théâtre, mais, à l'exception de quelques mois de silence, ne se permit aucune pause et mourut en tournée. La Callas perdit sa voix et crut, l'espace de quelques années, préférer la vie à la scène, avant de comprendre qu'elle n'avait d'existence que par son art qui l'avait abandonnée. Toutes les quatre ont été, par ailleurs, sinon de grandes amoureuses, du moins des femmes obsédées par la représentation narcissique de l'amour, dans sa violence tragique. Aucune ne fut fidèle, aucune n'inspira de fidélité amoureuse.
Les quatre hommes qui furent leurs amis respectifs multiplièrent liaisons ou aventures. Aucun ne connut d'amour heureux.
Présentation de l'éditeur
Premier roman
Un homme rêve de retrouver une femme qu'il a aimée. Un maître espion cherche à recruter une taupe. Leurs chemins se croisent. Cela s'est passé au XXe siècle.
Présentation de l'éditeur
Waltenberg, hôtel Waldhaus, est le lieu où se retrouvent les personnages principaux de ce roman qui s'étend de 1914 à la chute de l'Union soviétique et qui est à la fois l'histoire d'amour de Hans, romancier allemand, et de Lena, cantatrice américaine, l'histoire d'amitié entre Hans et Max, journaliste français, une histoire d'espionnage et une fresque historique.
Les Pays immobiles est un roman inclassable - «une réponse, écrit Bayon, à la question 'Tu écris ?' qu'on me pose.»
Or la réponse est un entrelacs énigmatique de romans «inexprimables», combinatoire d'aventures, figures, passions et compassions, farces, décors, peurs et pages, qui font un grand livre voué à l'écriture autant qu'à la vie.
Impossible de résumer les lieux où file la narration : le Nil brûlé ; le Finistère l'hiver ; Montmartre la nuit ; l'Afrique noire où l'auteur et son frère martyrisent un «enfant-bouddha» ; l'au-delà.
Car les Pays immobiles communiquent avec les esprits : Michel l'ange mourant pour qui Bayon sera «mangeur de péchés», ou Thierry-Noël le Peter Pan togolais.
A chaque page la même violence, une langue lyrique et nette. Notre héros a aimé, beaucoup, pays et «fées». Certaines sont nommées, d'autres sont des fantômes, certaines enfin sont au bord du secret : compagne trompée dans la pièce à côté, dame d'ivoire post-colonial...
Immobile et cruel, comme le jeune homme qui accroche une «nature morte» au-dessus de son lit de plaisir, ce livre nous emprisonne, nous libère, et par son écriture hantée ne parle que d'écriture.
Présentation de l'éditeur
'Guy Vouine était mou de naissance. Il avait coulé de sa mère, comme d'un pot de confiture renversé. L'accouchement n'avait requis aucun effort, aucune poussée. L'enfant faisait un petit tas sur les linges et le cri qu'il exhala pour manifester qu'il était vivant montait de lui avec la légèreté d'une vapeur. La sage-femme, qui en avait vu de toute sorte, se dit seulement qu'elle n'en avait encore jamais vu de si mou.
Plus tard, il s'avéra que l'enfant physiquement mou était également mou à l'intérieur...'
Au fil de ces seize brefs récits, Franz Bartelt raconte des destinées exemplaires, dans un registre tour à tour goguenard et tendre, loufoque et cruel.
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Une aventure humaine et éditoriale
50 années de recherche et d'invention ; 10 années de rédaction par une équipe permanente dirigée par Alain Rey et Danièle Morvan.
Plus de 100 auteurs : spécialistes éminents, jeunes chercheurs et signatures renommées.
Un dictionnaire unique :
tout le savoir-faire du Robert :
- décrire la langue, dans la lignée du Grand Robert : 65 000 entrées, les significations les plus fines, des exemples d'emplois, des citations littéraires couvrant cinq siècles d'usage
- raconter l'histoire des mots, dans la lignée du Dictionnaire historique : des développements étymologiques détaillés
la puissance d'un concept révolutionnaire
Le concept : de la langue française aux cultures du monde
Chaque langue est apte à tout dire.
Chaque mot condense une parcelle de l'humanité tout entière.
Le Dictionnaire culturel en langue française révèle ce qui se cache derrière chaque mot : un vaste réseau culturel et historique. A partir du français, un regard nouveau sur les cultures du monde.
1 320 articles de synthèse sur des notions abstraites et des réalités concrètes - les arts et la culture, la faune et la flore, les sentiments, la philosophie et la science, la vie quotidienne - racontent la dimension culturelle des mots à travers le temps, l'espace et les civilisations.
Par la traduction des grands textes de toute l'humanité, le Dictionnaire culturel aborde mondialement les mots et les idées : Euripide, Virgile, Dante, Shakespeare, Cervantès, Einstein..., les auteurs de la littérature grecque ou latine, les grands textes littéraires, philosophiques et scientifiques, les chefs-d'oeuvre introuvables, sont conviés pour la première fois dans un dictionnaire français.
Le Dictionnaire culturel : un répertoire sans équivalent d'idées, de symboles, de croyances, de pensées.
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Dans le précédent volume, un homme qui n'existe pas se met en route - il est déjà mort, sans qu'il y ait à sa course ni fin ni début. Il avance et il chute en un seul mouvement. Il est freiné dans sa progression, mais aussi dans son déclin, par des obstacles que peut-être il s'invente car ils n'y étaient pas jusque-là et d'ici peu n'y seront plus. D'ailleurs, tout lui est obstacle. Son corps est une maladie à explorer, bien qu'il doute si ce n'est pas plutôt l'envers de l'endroit où il se trouve. Ce sont des attaques, des menées incessantes, d'une exécution assez technique mais dont l'effet reste sensible. Parfois aussi, ils sont plusieurs. Ce qui lui arrive n'est jamais mentionné : juste qu'il va toujours se dégradant. Il connaît pourtant des instants de bonheur et de curiosité. A deux reprises, il s'écarte à la fois de son chemin et (semble-t-il) de lui-même. Ce faisant, il se poursuit dans son texte.
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Avec, par ordre d'apparition et dans leur propre rôle, le poulain et la jument du grand-père, Matthieu et ses parents, la poule d'eau, la couleuvre, les clients du magasin, Claude Lelouch, Eric Rohmer, Jean-Louis Trintignant, Marie-Christine Barrault, Jeanne et ses petites culottes, Maurice Pialat, le baron, le marchand de bestiaux, Costa-Gavras, Emile, Blaise le balayeur, le contremaître, Liz la rockeuse, Brando, Pablo le peintre, l'homme au sandwich et tout le personnel de l'usine, Laura, le banquier, le chômeur, l'employé de l'ANPE, le responsable du centre culturel, les délégués de comités d'entreprise, le jeune auteur, Balzac, l'homme aux cheveux blonds attachés en queue de cheval, les programmateurs art et essai, Jean-Luc Godard, Shohei Imamura et Abbas Kiarostami.
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