«Nous nous présentâmes, French people partis sur les traces de Mervyn Peake.
Et Dürer, le K-way dégoulinant par-dessus le bonnet, les lunettes embrumées fixées sur les yeux très bleus de la dame, se mit à parler.
Il expliqua ce que Mervyn Peake était pour nous, combien nous l'admirions, combien ses oeuvres, ses dessins, ses récits s'étaient inscrits profond dans notre existence, combien il comptait, ce que nous lui devions et pourquoi nos K-way étaient en train de transformer en mare la place du chien, dans l'entrée impeccable de sa maison.»
Deux idiots du voyage, persuadés d'être en mission très spéciale, partent chercher dans la plus petite des îles Anglo-Normandes, Sercq, la mémoire perdue de Mervyn Peake (1911-1968), auteur-illustrateur anglais, héritier direct d'un Dickens sans espoir et d'une Charlotte Brontë que le fou rire aurait saisie, homme sous influence de cauchemars historiques (Londres sous le Blitz, le camp de Bergen-Belsen à sa libération) et personnels (une maladie de Parkinson précoce). Car sur cette île, seigneurie aux falaises noires, aux carrefours orthogonaux et aux pentes fleuries de cloches bleues, Mervyn Peake a vécu, et trouvé, peut-être, l'inspiration de la citadelle de sa trilogie romanesque, peuplée de personnages désopilants et pathétiques : Gormenghast, demeure de Lord Tombal, le seigneur mélancolique, et de Titus, l'héritier indocile, le heros inquiet.
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'Eh bien moi, vous me verrez tous les jours de la semaine.
- Vous plaisantez, monsieur Tanner. En tout cas, il faut qu'on se mette d'accord : qui est-ce qui va commander ?'
Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu'il s'échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous... tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible.
Récit véridique d'un chantier, chronique d'un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, Vous plaisantez, monsieur Tanner se lit comme une comédie. Une comédie menée par un narrateur qui ressemble fort à son auteur.
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A l'origine de cet essai, l'observation de figures récurrentes dans une oeuvre, celle d'Antoine Volodine. Ces figures, qui se confrontent à la fin tout en la refusant, une enquête les a repérées chez des auteurs contemporaines qu'on imagine proches : Pierre Guyotat, Valère Novarina, Olivier Rolin mais aussi chez des auteurs en apparence plus éloignés : Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Eric Chevillard ou encore Pascal Quignard.
Cette récurrence n'est pas anodine. Qu'elles soient devant le gouffre, situées aux confins géographiques, ou face contre sol, les figures ainsi décrites ont toutes un point commun.
Leur corps est une fin. Et la fin est cette idée.
Mais cette représentation est plus complexe. Leur corps est une frontière entre un avant et un après. Il se développe une histoire, après la fin, qui la prolonge ou la renouvelle.
Ce sont ces deux termes conjoints, fin et début, que le concept de 'dénouement' tente de saisir. Articulé aux discours perceptibles juste après la double chute (du mur de Berlin, des statues de Moscou) chez des philosophes marqués par l'histoire et la pensée du marxisme, il pourrait contribuer à nommer les enjeux esthétiques et politiques d'une époque, la fin du vingtième siècle.
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Alors on va me dire : mais au fond, c'est qui, c'est quoi, ce MAT ? Il est protéiforme, il change sans cesse d'aspect, de figure, il a des fonctions diverses. Mais oui.
Si les choses étaient simples, cela se saurait. Si la terreur, l'amour, l'amitié, la mort, la folie désignaient à chaque fois une seule figure, cela se saurait aussi et l'on n'en serait pas aussi encombré. Ce qui est merveilleux, c'est d'approcher ce corps protéiforme et inquiétant, ce changement à vue de visage, d'usage, sans jamais s'y brûler au point d'y perdre son latin (la plus grande perte). Tant que l'on peut rester vivant et possédant son latin à considérer le MAT face à face, c'est que l'on est écrivain, suspendu, protégé.
Être plus fort que lui, c'est la seule manière de survivre.
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Qu'en est-il de ces formes - lignes, couleurs, volumes - qui soudain nous parlent une langue qui devient la nôtre, nous communiquent une force dont nous nous sentions dépourvus ? Je ne fais guère crédit au hasard, même s'il me faut admettre que la conjonction brusque des circonstances, l'espace et le temps conjugués en un lieu et une minute, peuvent décider parfois d'un destin. Il en va des images comme des êtres de chair et de sang, hier encore ignorés de nous et que nous reconnaissons tout à coup, comme si depuis toujours une sorte d'attraction sidérale nous orientait infailliblement vers eux.
Il ne nous appartient pas davantage d'en précipiter le cours, car l'instant qui en décide n'est pas inscrit au cadran de nos horloges, mais dans la lente maturation de nos existences, dans leurs énigmes aussi, leurs échecs. Et peut-être que La Vocation de saint Matthieu, une toile peinte voilà quatre siècles par l'immense artiste que fut Caravage, m'attendait en effet, sans que je le sache, à ce moment de ma vie.
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Qu'il peigne les tempêtes ou qu'il pêche à la mouche l'ouananiche, le plus valeureux des saumons, dans les sauts déchaînés du Saguenay, au sortir du lac Saint-Jean, je voyais Winslow Homer, le peintre américain, comme le gardien de l'évidence naturelle, du souffle qui fonde la parole. Peut-être salue-t-il une dernière fois cette unité dans son aquarelle Les Vieux Amis.
Le guide qui touche l'arbre parle le langage oublié des grands bois. Faite de quelques gestes et de peu de mots comme en écho à l'étendue native, ne serait-ce pas, me disais-je, la langue de l'être au monde, celle que pratiquèrent dans sa splendeur les Indiens et dont les adeptes du wild ne balbutient plus que des bribes ?
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Bobèche est un homme d'aujourd'hui, c'est-à-dire une couille molle. Mari, père de famille et employé ordinaire, tout va bien pour lui : il s'ennuie. Sa femme, Auque, s'occupe de tout : l'argent, les sorties, les vacances, l'éducation de leur fils Julot. Sexuellement, c'est plus compliqué.
Manipulé par un certain Lothaire, chirurgien de guerre pervers, envoûté par Esmeralda la troublante épouse de celui-ci, débauché au Japon par son vieil ami Diodore, écoeuré par ses parents et ses collègues, Bobèche devient malgré lui un parfait cynique, prêt à 'assassiner' sa femme pour échapper à la médiocrité de sa vie.
Bigamie, adultère, inceste, masochisme : les personnages de ce bref roman affrontent les visages imprévisibles de la guerre sexuelle. Une guerre qui révèle leurs secrets, leur cruauté, leur impuissance, mais surtout leur volupté - sans oublier la part comique qu'appelle toute évocation du désespoir.
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C'est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d'une vie, l'orientent dans une direction jusqu'alors insoupçonnée. Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd'hui oubliés, mais je conserve l'essentiel comme un troublant héritage.
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'La Robe est un récit d'une profonde originalité, d'une grande qualité littéraire, servi par un style élégant. On pense au Gracq du Balcon en forêt, à la trologie des contes philosophiques de Calvino, à certaines nouvelles érotiques de Mandiargues (...).
L'incertitude gracquienne des lieux et de l'époque, la multiplicité des péripéties contées en si peu de pages, le thème exploré de l'ambiguïté sexuelle, tout concourt à la réussite de La Robe, dont le mystère n'a d'égal que la séduction.' Jean-Claude Perrier, Livre Hebdo
Régine Vandamme revient aujourd'hui sur le personnage central de Ma mère à boire, au moment où il apparaît que la maladie n'accordera plus aucun sursis à cette femme ordinaire et hors du commun. Durant ces jours comptés, la narratrice égrène ses souvenirs et laisse s'élever la voix de ceux qui, avec elle, accompagnent la malade en exerçant leur métier: le médecin de famille, la pharmacienne du village, l'infirmier, la coiffeuse, l'ambulancier... L'auteur aborde ici le sujet délicat de la disparition prochaine d'un être cher et de son accompagnement jusqu'aux limites extrêmes de la vie. Au-delà de la gravité du propos, c'est encore une fois d'amour et de dignité qu'il s'agit.
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«Nous sommes au début du vingt-et-unième siècle, dans le petit village ardennais de Jaisnes, et l'hiver s'ouvre sur la dernière odyssée de l'univers. Quelqu'un a-t-il jamais vu Christophe Colomb revenir? C'est qu'il n'est pas revenu. Pour Jules, c'est clair: il faut aller y voir, là-bas, au bout de l'océan, au risque des grandes cataractes et du grand bouillon du bout du monde. En dépit des entraves et des empêchements, il a tout préparé, il a retapé La Mouche, un petit bateau à deux rames...»
Des Pôlenordiens hypothétiques, des dignitaires étrangers, un faux Indien, des moines, des Kalmouks et tant d'autres traversent ce roman enchanteur et surprenant où plane une douce folie générale.
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