Elles se rencontrent au coeur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très «radical chic», riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington.
Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique.
À cinquante ans, Pippa Lee apparaît à tous ceux qui la connaissent comme «une des dames les plus charmantes, les plus gentilles, les plus adorables, les plus simples et les plus rassurantes qu'ils aient jamais vues». Épouse parfaite, mère dévouée, hôtesse accomplie et sereine, elle semble avoir tout pour être heureuse. Mais lorsqu'elle et Herb, son mari octogénaire, quittent New York pour s'installer dans une luxueuse banlieue pour retraités, cette belle façade se fissure. Sa sensualité mise en sommeil se réveille et remonte à la surface un passé mystérieux et trouble, fait de rébellion, de passions et de déchirements - un passé dont elle a laissé loin derrière elle les excès et les dangers pour le confort du mariage mais qui la rattrape inexorablement... Les Vies privées de Pippa Lee, «roman à énigme psychologique», explore avec finesse le labyrinthe intime d'une femme en quête de sa véritable identité, écartelée entre son désir de sécurité affective et son aspiration à la liberté. Dans la veine des Corrections de Jonathan Franzen, ce roman dénonce avec drôlerie et lucidité les maladies de l'Amérique, son instrumentalisation de la femme, son culte du succès, du bonheur, et les hypocrisies que tout cela recouvre.
Christine, une jeune Allemande fiancée à un étudiant en théologie, part en voyage avec Herbert, un divorcé, et son fils Berti. Leur bref séjour dans un Paris caniculaire se révèle aussi désastreux que le trajet du retour en train, parsemé de rencontres intrigantes et d’inquiétants contretemps. De détournement en changements de directions, le train finit toutefois par les mener à Pegnitz. Cette gare de jonction, lieu de passage et de transition, réveille un sentiment de perdition chez les passagers, Européens meurtris, Nord Américains exilés dans l’Europe d’après-guerre, tous « voyageurs en souffrance ». Dans une prose élégante, Mavis Gallant parvient à faire de ce récit l’expression complexe des bouleversements générés par la Seconde Guerre mondiale, la vanité, l’absurdité et les contradictions des personnages reflétant en dernier lieu celles de l’Histoire.
« Tico Mariposa emmena Cookie Cruz dans sa chambre, au-dessus du bar Buena Suerte, au coin des avenues 16 de Septiembre et Pancho Villa. Fatiguée après sa journée de travail, Cookie n'était pas pressée d'aller préparer le dîner pour sa mère ; alors, elle accepta le shoot qu'il lui proposa. À un moment, elle tomba dans les pommes ; quand elle se réveilla, Tico était en train de la violer. Elle se mit à crier si fort qu'il lui flanqua son poing droit dans la mâchoire. Elle saignait et pleurait ; Tico la retourna pour essayer de la lui coller dans le cul. Cookie se traîna à quatre pattes, saisit une petite lampe sans abat-jour et la balança derrière elle, dans la figure de Tico ; l'ampoule vola en éclats. Tico lâcha Cookie ; elle se releva d'un bond mais, trop étourdie par la drogue pour tenir sur ses pieds, elle retomba et le regarda. [...] Tico se redressa sur les genoux, enleva lentement les morceaux de verre de sa figure. Puis il tendit le bras et saisit un pistolet qu'il pointa sur elle. » Extrait de « Deux récits de frontière »
Là-haut, tout au nord de l'Australie, sur les rives du golfe de Carpentarie, survit comme elle peut, entre sécheresse et cyclones, la petite ville côtière de Desperance, qui fut autrefois un port et que les caprices des fleuves ont abandonnée à l'intérieur des terres. Des Blancs se sont installés là, pour dominer les Aborigènes locaux, pour chasser le crocodile et, bien sûr, pour exploiter les richesses du sous-sol.
Mais les temps changent et la résistance aborigène s'organise, prête à s'attaquer aux installations modernes, charriant aussi revendications d'identité, de territoire et de droit au rêve. Interviennent alors dans un récit halluciné, souvent drôle, des personnages hauts en couleur, tel Norm Phantom, embaumeur de poissons, conteur d'histoires, soupçonné de meurtre, dont le combat est de rassembler le clan de l'Est et le clan de l'Ouest, séparés à la suite d'une querelle épique pour le contrôle d'une décharge. Deux frères ennemis s'activent sous l'oeil vigilant d'un maire criminel et du capitaine Nicoli Finn, en permanence à l'affût des dérapages indigènes.
Il y a aussi Mozzie Fishman avec sa gueule à la Clint East-wood ; Elias Smith, homme à la chevelure blanche rejeté par la mer, ni vivant ni mort, ses souvenirs perdus quelque part dans le non-temps du Temps du rêve ; des gamins qui sniffent de l'essence, un choeur de vieux qui commentent... et Angel Day, un peu clocharde, un peu sorcière, brandissant une statue de la Vierge récupérée dans les poubelles.
Empli d'un souffle magique mêlant agissements des personnages et vie des paysages, Carpentarie - guerre de Troie, ou Roméo et Juliette à sa façon - est un roman monumental et fondateur, combinaison de narration à l'occidentale et d'une forme propre aux Aborigènes d'Australie, mélange de récit oral et de mythologie, dont Alexis Wright est l'initiatrice depuis Les Plaines de l'espoir.
« On peut trouver une sorte de noblesse rustre, la noblesse d'un roi barbare, dans la confiance inébranlable que Thoreau a en lui-même et dans son indifférence aux désirs, aux pensées et aux souffrances d'autrui. »
À l'image de ce jugement à l'emporte-pièce, Robert Louis Stevenson oscille, dans cet essai publié dans le Cornhill Magazine en juin 1880, entre réelle admiration et profond agacement envers son illustre aîné. Il fait grand cas de Walden mais la froideur toute puritaine de l'écrivain l'irrite.
À l'heure où certains font d'Henry David Thoreau un précurseur éclairé des philosophies alternatives de ce début de siècle, il est intéressant de s'attarder un peu sur le portrait contrasté et parfois partial qu'en a brossé Stevenson.
«Il doit être minuit parce que les bruits, ceux du jardin, ceux de la maison et ceux de ma femme qui a fait partir les chiens en les fouettant légèrement avec une branche
- Fichez-moi le camp
Elle a attaché la chienne en chaleur dans le garage et je parie qu'elle s'est couchée parce que pas de lumière dans le couloir ni dans la chambre dans laquelle je ne pénètre plus depuis des siècles, je reste ici très loin d'elle avec tout ce silence et cette obscurité entre nous, pas de froissement de draps ni une latte du lit quand elle change de position, les lampadaires d'Évora de l'autre côté de la maison, par cette fenêtre des bruyères, même mon reflet a disparu sur les vitres»
«Qui parle, tout au long des immenses coulées qui forment les fleuves de l'oeuvre d'António Lobo Antunes ? Et à qui ? Peu importe après tout : ces voix se mêlent, leurs monologues intérieurs se croisent sans rompre la solitude où chacune ressasse ses obsessions. C'est toujours le même livre, et pour qui est sensible à cette écriture en incises, à ce trouble, à ce vertige verbal, c'est un bonheur toujours renouvelé.» (Isabelle Rüf, Le Temps)
The Best American series is the premier annual showcase for the country's finest short fiction and nonfiction. For each volume, the very best pieces are selected by a leading writer in the field, making the Best American series the most respected - and most popular - of its kind.
The Best American Nonrequired Reading 2009 includes PHILIP CONNORS, NATHAN ENGLANDER, JONATHAN FRANZEN, RIVKA GALCHEN, J. MALCOLM GARCIA, DAVID GRANN, DENIS JOHNSON, REBECCA MAKKAI, MATTHEW POWER, and others
Seven-year-old Max likes to make noise, get dirty, ride his bike without a helmet and howl like a wolf. In any other era, he would be considered a boy. In 2007, he is considered wilful and deranged. His home life is problematic. His parents are divorced; his father, immature and romantic, lives in the city. His mother has taken up with a younger man who steals quarters from the change bowl in the foyer. Driven by a series of pressures, internal and external, Max leaves home, jumps in a boat and sails across the ocean to a strange island where giant beasts reign - the Wild Things from Maurice Sendak's visionary classic.
This is an all-ages adventure, full of wit and soul, that explores the chaos of youth while Max explores the chaos of the world around him.
How did George Eliot's love life affect her prose ? Why did Kafka write at three in the morning ? In what ways is Barack Obama like Eliza Doolittle ? Can you be over-dressed for the Oscars ? What is Italian Feminism ? If Roland Barthes killed the Author, can Nabokov revive him ? What does 'soulful' mean ? Is Date Movie the worst film ever made ?
Split into five sections - 'Reading', 'Being', 'Seeing', 'Feeling' and 'Remembering' - Changing My Mind finds Zadie Smith casting an acute eye over material both personal and cultural. This engaging collection of essays - some published here for the first time - reveals Smith as a passionate and precise essayist, equally at home in the world of great books and bad movies, family and philosophy, British comedians and Italian divas. Whether writing of Obama, Katherine Hepburn, Kafka, Anna Magnani or David Foster Wallace, she brings a practitioner's core to the art of criticism, with a style as sympathetic as it is insightful.
Changing My Mind is journalism at ist most expansive, intelligent and funny - a gift to readers and writers both. Within its covers an essay is more than a column of opinions : it's a space in which to think freely.