Palerme est un oignon

Palerme est un oignon
Alajmo Roberto
Ed. Fosse aux ours

«On raconte des histoires fantastiques sur la Ville. Fantastiques, aux deux sens du mot : merveilleuses, mais fruit de l'imagination fantaisiste. Si bien que ta tête de pauvre voyageur qui vient d'arriver dans un endroit qu'il ne connaît pas est maintenant tellement remplie de données disparates que tu ne sais plus quoi penser.»

Avec cet antimanuel du parfait aventurier, Roberto Alajmo nous dévoile une Palerme complexe et attachante bien différente de celle des guides touristiques.

Ce qu'ils se mettent sur le dos

Ce qu'ils se mettent sur le dos
Grant Linda
Ed. Joëlle Losfeld

Vivien Kovaks est la fille unique d'Ervin et Berta, un couple de Juifs hongrois immigrés à Londres depuis 1938. Autant que Vivien le sache, sa famille se réduit à ces deux parents taciturnes et renfermés. Mais, à dix ans, elle se découvre un oncle, et pas n'importe qui, un truand célèbre, Sándor Kovacs, propriétaire véreux et maquereau occasionnel. Son père refuse de lui en dire davantage sur ce frère détesté, cependant la petite fille reste fascinée par la seule image qu'elle ait de Sándor, habillé richement et paré d'une montre en diamants. Puis le temps passe, et la vie de Vivien suit un cours monotone, qui culmine lorsqu'elle épouse sans conviction Alexander, un Anglais de bonne famille. Or un drame l'oblige à retourner vivre chez ses parents.

Ce qu'ils se mettent sur le dos est l'histoire d'une famille où secrets, déceptions et trahisons intimes se mêlent aux douleurs provoquées par la grande Histoire. Entre tragique et comique, l'auteur dissèque avec finesse les émotions que les personnages dissimulent, ou exposent, par le biais de leurs habitudes et de leurs codes vestimentaires.

Laitier de nuit

Laitier de nuit
Kourkov Andreï
Ed. Liana Levi

Avez-vous déjà entendu parler de « l'antifrousse » ? Ce breuvage made in Ukraine qui permet de vaincre sa timidité, de triompher de ses ennemis, de surmonter toutes les épreuves. Un remède pour lequel on tuerait père et mère, n'est-ce pas ? Mais là, c'est son inventeur, un estimable pharmacien de Kiev, qui est assassiné. Ensuite ? Ensuite tout se complique. Dans cette fable échevelée, les chats ressuscitent, un somnambule se fait suivre la nuit, un député ambitieux exige un lait très spécial, une organisation secrète manipule les braves gens... Trafics et tentatives de corruption s'enchaînent aussi vite que les énigmes (et les rasades de gnôle à l'ortie !) pour tisser peu à peu la trame, non seulement d'un roman savoureux, mais d'un pays tout entier.

Ton visage demain, vol. 3. Poison et ombre et adieu

Ton visage demain, vol. 3. Poison et ombre et adieu
Marias Javier
Ed. Gallimard/Du monde entier

Avons-nous une âme capable de supporter ce que nous devons vivre ? Devons-nous toujours raconter ce qui nous arrive ? Connaissons-nous vraiment celle ou celui qui vit à nos côtés ? Pourquoi nous trompons-nous si souvent ? Connaissons-nous le véritable prix de nos erreurs ? Et si nous le connaissons, serions-nous prêts à le payer ?

Conclusion idéale d'un travail prodigieux, peut-être le plus réussi d'un auteur qui compte parmi les grands d'aujourd'hui, ce troisième volume achève le roman Ton visage demain et nous pose une série de questions cruciales auxquelles le plus souvent nous n'aimerions pas avoir à répondre.

Le lecteur retrouve le héros-narrateur, Jaime (ou Jack ou Jacques) Deza, en train de regarder par une nuit pluvieuse plusieurs enregistrements d'actes d'une violence extrême perpétrés en toute impunité contre des dirigeants politiques, des célébrités ou de simples citoyens. Deza comprend alors quelle est la véritable nature du travail qu'il effectue pour son patron, le laconique et dangereux Mr Tupra, au sein de la mystérieuse équipe de traducteurs-analystes-espions, sise dans le « bâtiment sans nom » du prestigieux M16, les services secrets britanniques. Il quitte sans regret le groupe et rentre aussitôt à Madrid. Mais l'ombre de Mr Tupra va le poursuivre, car en Espagne débute pour notre protagoniste une autre vie (ou une autre descente en enfer ?) qui lui fera découvrir qu'il porte en lui, comme nous tous, si raisonnables, la possibilité de devenir Sir Death ou Sir Punishment, l'ange noir de la violence et de la mort.

La métamorphose de Deza n'est cependant qu'une des multiples histoires de ce roman riche et haletant, qui se lit d'une traite, comme un roman d'espionnage. C'est l'oeuvre d'un auteur au sommet de son art, une sorte de synthèse qui est à la fois un condensé de son travail et son expression la plus aboutie.

B. S. Johnson, histoire d'un éléphant vigoureux

B. S. Johnson, histoire d'un éléphant vigoureux
Coe Jonathan
Ed. Quidam

«Raconter des histoires, c'est raconter des mensonges», tel était le refrain obsessionnel de l'écrivain britannique B.S. Johnson (1933-1973), adepte d'une écriture-vérité au service d'une sincérité absolue et d'une mise à nu des sentiments, admirateur du Nouveau Roman et fervent défenseur d'innovations formelles de tous ordres qu'il mit en pratique dans des ouvrages aussi poignants et insolites que Albert Angelo, Chalut, Les Malchanceux ou R.A.S. Infirmière-Chef.
Issu de la classe ouvrière, évacué de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, sujet à des expériences mystiques, à la fois isolé et très entouré, Johnson ne cessa tout au long de sa carrière de s'inspirer des épisodes de sa vie personnelle pour livrer au lecteur une émotion brute et exorciser ses propres démons. Sa vie est à l'image de son œuvre : celle d'un jeune homme perpétuellement en colère, débordant d'énergie créatrice et d'humour noir, toutes plaies dehors. Une vie fulgurante à laquelle il mit un terme à l'âge de quarante ans.

Renaître

Renaître
Sontag Susan
Ed. Christian Bourgois

Premier d'une série de trois volumes présentant une sélection des journaux et carnets de Susan Sontag, cet ouvrage nous permet de suivre la trajectoire constamment surprenante d'un grand esprit en formation. Le livre s'ouvre sur les débuts des journaux et les premières tentatives d'écriture de fiction, lors des années d'université, et il se clôt en 1963, quand Susan Sontag devient à la fois une figure et une observatrice de la vie artistique et intellectuelle new-yorkaise.
Renaître est un autoportrait kaléidoscopique d'un des plus grands écrivains et penseurs nord-américains, que la curiosité et l'appétit de vivre exceptionnels de Sontag rendent d'autant plus vivant. Nous observons ainsi la naissance d'une conscience de soi complexe, nous la voyons s'enrichir des rencontres avec les écrivains, universitaires, artistes, et intellectuels qui ont structuré sa pensée et s'engager dans l'immense défi de l'écriture, le tout filtré par le prisme des détails inimitables du quotidien.

La polka des bâtards

La polka des bâtards
Wright Stephen
Ed. Gallimard/Du monde entier

Le jeune Liberty Fish a grandi dans l'Amérique dynamique mais inquiète des années 1850. Lorsque éclate la guerre de Sécession, il s'engage dans les troupes nordistes, conformément à l'idéal abolitionniste de ses parents. Mais si son père est un Yankee, sa mère est fille de planteur sudiste. Alors, las des horreurs du champ de bataille, il part en quête du domaine ancestral. Et ce qu'il y découvre excède ses pires hantises...
Entre ironie et cauchemar, le plus rare des grands écrivains américains brosse ici un tableau puissant et visionnaire, intensément romanesque, d'une période troublée. Mais à travers la vigoureuse précision et la truculence verbale de l'évocation historique, il offre avant tout une vision sombre et lucide d'une Amérique encore vivace, dont l'idéalisme ravageur prend les formes les plus contradictoires, voire les plus monstrueuses. Et sa réflexion dérangeante sur l'héritage esclavagiste et ses obsessions raciales, sur le métissage, mais aussi sur l'esprit missionnaire et la tentation utopiste, résonne avec une pertinence plus actuelle que jamais. S. C.

La mélancolie de l'anatomie

La mélancolie de l'anatomie
Jackson Shelley
Ed. José Corti

Dans l’Anatomie de la Mélancolie, Robert Burton tente de faire l’anatomie d’un état de l’esprit, Shelley Jackson (née en 1963) tente, au contraire, de spiritualiser l’anatomie. Ce faisant, elle donne au lecteur tout le plaisir que l’on peut trouver dans les vieux livres de science que l’on connaît surtout aujourd’hui pour leur qualité littéraire. La Mélancolie de l’Anatomie, explore ce même territoire, celui des limites entre la littérature et la recherche scientifique, entre la citation à outrance et une écriture entièrement neuve, entre la religion et la fantaisie. Comme le dit l’auteur, « Si certaines de mes phrases sont d’une grande complexité, ce n’est rien quand on les compare à celles de Burton. »
   Là où Burton pénètre dans le corps humain pour y chercher les liens entre l’esprit, la psyché et le corps tel qu’on le connaissait à la fin de la Renaissance (en fonction de la théorie des humeurs), Jackson imagine l’œuf, le sperme, le fœtus, le cancer, les nerfs, les godemichés, le flegme, les cheveux, le sommeil, le sang, le lait et la graisse comme extérieurs, séparés, influençant les humains, leur corps, leur culture, leurs relations, du dehors. Son livre est également structuré selon les humeurs, qui divisent le livre en quatre parties : Cholérique, Mélancolique, Flegmatique et Sanguin.

Jackson se concentre sur ce qu’elle appelle les « résidus » du corps, elle leur donne une vie séparée et imagine, avec humour, énormément d’imagination verbale et une très grande virtuosité de construction, comment les êtres humains peuvent interagir avec tous ces éléments dont ils font en général peu de cas.

Robert Coover a dit de Shelley Jackson qu’elle était un des talents les plus mûrs et originaux de sa génération.

Sylvia

Sylvia
Michaels Leonard
Ed. Christian Bourgois

« J'ai commencé à tenir un journal en 1961 alors que je vivais avec ma petite amie de l'époque dans un immeuble de Greenwich Village. Les murs étaient fins comme du papier à cigarettes et nos voisins entendaient presque tout ce que nous disions, d'autant mieux que la plupart du temps nous hurlions à pleins poumons. [Mais] je ne parlais [...] à personne et tenais un journal intime que je gardais secret. » (L. Michaels, Time out of Mind).

Léonard Michaels rencontre Sylvia Bloch en 1960 et l'épouse deux ans après. Leur relation passionnelle se termine tragiquement un soir de 1964. Ce n'est que trente ans plus tard qu'il décide de faire le récit quasi clinique de ce premier mariage. Dans Manhattan alors en plein bouleversement, le couple croise et se mêle à des cohortes de marginaux et d'intellectuels - de Miles Davis à Jack Kerouac, en passant par Lenny Bruce.

« Chacune de ses pages témoigne d'un talent remarquablement original et brillant. » (William Styron)

Conteurs, menteurs

Conteurs, menteurs
Michaels Leonard
Ed. Christian Bourgois

Conteurs, menteurs regroupe trente-huit nouvelles de Leonard Michaels écrites sur une période de plus de trente ans. Cette anthologie contient notamment l'intégralité de ses recueils Faire son chemin (1969) et Avec grandes terreurs et répugnance (1975) ainsi que ses derniers écrits parus dans The New Yorker, The Threepenny Review et la Partisan Review, juste avant sa mort en 2003.

Dans une langue d'une inventivité toujours renouvelée, Leonard Michaels met en scène des histoires aussi noires que drôles et dresse le portrait de ses personnages, autant de doubles de lui-même, avec un humour dévastateur et une franchise déconcertante.

« Une avalanche dense, paillarde, astringente de talent pur. » (Susan Sontag)

« Ces nouvelles sont des diamants bruts, à lire et à relire. » (William Styron)

« Espiègles, brillantes, irrévérencieuses et pleines d'aphorismes, les histoires que raconte Leonard Michaels sont à mettre au même niveau que celles de ses contemporains les plus célébrés, tels que Grâce Paley ou Philip Roth. » (Mona Simpson, The New York Times)

 

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