Littératures

Littératures
Nabokov Vladimir
Ed. Robert Laffont/Bouquins

Littératures réunit l'ensemble des conférences données par Vladimir Nabokov entre 1941 et 1958 dans plusieurs universités américaines où il enseignait la littérature européenne. On y trouve, outre deux essais, «Bons lecteurs et bons écrivains» et «L'art de la littérature et du bon sens», des réflexions et analyses originales et percutantes consacrées aux oeuvres de Jane Austen, Dickens, Flaubert, Stevenson, Proust, Kafka, Joyce, ainsi qu'à celles de ses compatriotes russes Gogol, Tourgueniev, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov et Gorki. Ce volume propose enfin une longue étude, tout aussi iconoclaste, du Don Quichotte de Cervantès.

Balayant la plupart des idées admises concernant ces chefs-d'oeuvre, Nabokov affirme avec superbe, humour et ironie sa propre conception de la littérature : rejet des approches historique, sociologique ou psychologique (Freud, le «charlatan viennois», est constamment la cible de ses sarcasmes), suprématie de la structure, du style, du détail et de l'agencement des détails entre eux. «Caressez les détails, les divins détails», tonitrue-t-il de sa chaire. Et encore : «La littérature est invention. La fiction est fiction. Appeler une histoire 'histoire vraie', c'est faire injure à la fois à l'art et à la vérité. Tout grand écrivain est un grand illusionniste.»

Préfacière de la présente édition, Cécile Guilbert écrit : «Ce que Nabokov dispense a priori avec largesse à ses étudiants ? Pas moins que la crème de la littérature, les moyens critiques de la reconnaître et d'en jouir. Un don au sens du 'talent' comme de l''offrande', généreux et forcément aristocratique.»

Tol. Histoire d'une vengeance

Tol. Histoire d'une vengeance
Uyurkulak Murat
Ed. Galaade

«Ma mère était un peu cinglée. Je venais d'entrer à l'école primaire lorsqu'elle s'est vengée.»  - Murat Uyurkulak

Tol est l'histoire d'une vengeance. C'est aussi une étrange odyssée d'Istanbul jusqu'à Paris, Londres ou Rome.

En pleine nuit, le pays est réveillé par une violente explosion. D'Istanbul à Diyarbakir en terre kurde, un train roule dans la steppe immense.

À son bord, Yusuf, suspect aux yeux d'un pouvoir totalitaire, laisse encore une fois une ville derrière lui. Face à lui, Sair, le Poète. Un terrible secret les lie à jamais.

Avec Tol, c'est la soif d'une utopie folle et l'urgence d'une révolution que Murat Uyurkulak nous livre, dans un cri singulier où résonnent au loin les voix de Nâzim Hikmet, de Che Guevara ou de Rosa Luxemburg.

Perdu en chemin. Récit autobiographique

Perdu en chemin. Récit autobiographique
Klüger Ruth
Ed. Viviane Hamy

Ruth Klüger nous avait livré le récit de sa jeunesse dans Refus de témoigner (Éd. V.H., Prix Mémoire de la Shoah 1998). Déportée à onze ans, échappée miraculeusement d'Auschwitz, elle s'exilait à seize ans aux États-Unis.

Dans Perdu en chemin, on la découvre, adulte, confrontée au quotidien des années 50. Elle sera de celles qui se battront sans répit pour obtenir ce qui paraît le minimum : la dignité, le respect, la simple reconnaissance de soi. Sa vie est « banale », mariage, maternité, divorce. Mais elle écrit : « Quand ce fut fini, j'eus l'impression de sortir du freezer pour enfin décongeler. »

Devenue une germaniste réputée, elle est invitée en Europe, donne des conférences en Allemagne, est nommée Docteur honoris causa de l'université de Göttingen. Pourtant, elle poursuit le débat avec elle-même : quels sont les mécanismes de la mémoire individuelle et collective vis-à-vis des horreurs du passé, de leurs victimes, auteurs et témoins ?

Le fil du récit est la discrimination constante et intimement ressentie, mais aussi celui d'une double émancipation : celle d'une Juive et celle d'une femme.

Prosaïques à dessein, certaines pages fascinent par l'exactitude des sentiments exprimés ; constat et accusation s'interpénètrent. Ce qui semble d'une susceptibilité excessive émeut l'instant d'après par une lumineuse exigence d'équité.

Et l'on est submergé par la sincérité généreuse de cette femme à l'intelligence souveraine.

« Dès son titre, le livre annonce les pertes de cette vie. Ce qu'elle n'a pas perdu en chemin, c'est la conviction que rien n'est plus évident que de défendre ses droits. C'est en cela que réside le triomphe de Ruth Klüger. » Frankfurter Allgemeine Zeitung

La femme de Zante

La femme de Zante
Solomos Dionysios
Ed. Bruit du temps

« Et c'est alors que m'est venue à l'esprit, les devançant tous, la femme de Zante, qui s'évertue à nuire à autrui en paroles et en actes.

Et, cherchant à voir si, dans cette âme où bouillonnait toute la mauvaiseté de Satan, le désir d'un bien, aussi minime fût-il, s'était jamais manifesté, j'ai, après avoir longuement réfléchi, levé la tête et les mains vers le ciel et je me suis écrié : ' Mon Dieu, mais cela revient à chercher une fleur de sel dans de l'eau bouillante. '

Et j'ai vu au-dessus de moi briller toutes les étoiles, et j'ai reconnu la constellation d'Orion en soc de charrue, ce qui m'a mis en liesse.

Et je me suis empressé de reprendre la route vers la chapelle de Saint-Lypios, car je me suis rendu compte que je m'étais attardé ; et j'avais hâte d'être sur place pour décrire la femme de Zante... »
Dionysios Solomos, La Femme de Zante, 1826-1833.

 

Le blaireau et le roi. Avec Yves Berger

Le blaireau et le roi. Avec Yves Berger
Berger John
Ed. Héros-limite

Sur la place du marché, certains arrivent tôt le matin, d'autres plus en retard font leur place des espaces restants. Il y a ceux qui ont beaucoup à déballer, ceux qui cherchent à provoquer un échange, d'autres encore qui observent et semblent attendre. Les jours de pluie ou de grand froid, ils partagent des regards complices et se reconnaissent encore davantage.

Ce livre se rêve ainsi : la rumeur d'un marché, une place pour les voix.

Horizon mobile

Horizon mobile
Del Giudice Daniele
Ed. Seuil/La librairie du XXIe siècle

Un homme voyage vers «le Sud le plus profond et radical», l'Antarctique, de Santiago du Chili à Punta Arenas, jusqu'à «une autre planète, un corps céleste habité par des millions de pingouins, impeccables et gauches martiens». Il explore ce paysage hypnotique et indifférent, ce Sud gelé qui conserve dans ses neiges éternelles et ses glaciers les histoires de ceux qui l'ont habité, de ceux qui ont tenté de le rejoindre : hommes aventureux au destin souvent tragique qui ont connu le désespoir, la peur, l'emprisonnement dans les glaces, et parfois la folie.

Daniele Del Giudice nous raconte ce voyage dans la nuit polaire de l'homme et du monde.

Par un travail de marqueterie, à la limite entre la vie et la littérature, l'auteur reconstitue une «hyper-expédition» qui relie entre eux des épisodes de voyages historiquement réalisés, en refaisant leurs parcours sur les sentiers du monde et sur ceux de l'écriture.

Le nazi et le barbier

Le nazi et le barbier
Hilsenrath Edgar
Ed. Attila

1933. Max, le fils bâtard de la pute Minna Schulz, s'enrôle dans les SS à l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
Affecté dans un camp d'extermination, où disparaissent son meilleur ami (juif) et toute sa famille, il décide à la fin de la guerre de se faire passer pour un juif... et endosser l'identité de son ami assassiné. Max Schulz, devenu Itzig Finkelstein, épouse la cause juive, traverse l'Europe et rejoint la Palestine, où il devient barbier et sioniste fanatique.
Le nazi et le barbier fut, trente ans avant Les bienveillantes, le premier roman sur l'Holocauste écrit du point de vue du bourreau. L'humour (noir) en plus.

 

Demain, à Pampelune

Demain, à Pampelune
Van Mersbergen Jan
Ed. Gallimard/Du monde entier

Un homme en tenue de boxeur fait du stop sur l'autoroute, à la sortie d'Amsterdam. Il est hors d'haleine, détrempé par la pluie et visiblement sous le coup d'une émotion violente. Robert, l'homme qui le prend en voiture, est en route pour l'Espagne, où il veut participer comme tous les ans à un traditionnel lâcher de taureaux dans la ville de Pampelune. Il comprend que Danny n'a pas très envie de se confier, mais il lui propose de l'amener avec lui malgré tout. Il lui prête des vêtements, et les deux hommes poursuivent le voyage ensemble, sans beaucoup se parler. Danny est submergé par des images, des souvenirs de Ragna, la jeune femme d'origine thaïlandaise qui travaillait pour son imprésario de boxe.

Arrivés à Pampelune, les deux hommes participent à cette course périlleuse devant les taureaux, mais Robert se rend compte trop tard que Danny et lui ne la font pas tout à fait pour les mêmes raisons...

Dans ce roman parfaitement construit, qui ménage le suspense jusqu'à la dernière page, Jan van Mersbergen évoque une rencontre étonnante entre deux hommes que rien ne rapproche. Sa description de la rituelle course de Pampelune, une sorte de jeu archaïque avec la vie et la mort, lui permet non seulement de nous offrir des pages hautement dramatiques, mais aussi de se livrer à une réflexion subtile sur la place de la violence dans nos vies.

Le deuxième avion. 11-Septembre : 2001-2007

Le deuxième avion. 11-Septembre : 2001-2007
Amis Martin
Ed. Gallimard

Le 11-Septembre a ébranlé Martin Amis de façon toute personnelle : par-delà l'horreur et l'incrédulité unanimes, le romancier s'est senti confronté à une réalité qui dépassait la fiction, et l'humaniste à un événement qui défiait la raison. Très tôt, et à maintes reprises, il a rédigé des articles et des essais visant à donner sens et forme à ce traumatisme et à ses conséquences - dont la guerre d'Irak. Analyses à chaud, comptes rendus d'ouvrages, long reportage drolatique où il accompagne Tony Blair jusqu'à Bagdad : ce sont ces textes, volontiers polémiques et passionnément rationnels, qui sont rassemblés ici. Martin Amis y pourfend l'extrémisme, tous les extrémismes, avec la même rigueur impitoyable qu'il mettait à disséquer naguère le nazisme ou le stalinisme. Et même si l'on ne partage pas toutes ses analyses et positions, l'on ne peut qu'admirer son acuité et son éloquence. Le recueil culmine avec deux nouvelles, l'une évoquant un authentique terroriste du 11-Septembre, l'autre le sosie d'un dictateur à peine imaginaire : l'auteur y réaffirme, avec éclat, toute la puissance de la fiction, et le pouvoir qu'à l'écrivain de nous aider à penser le réel.

 

City Boy

City Boy
White Edmund
Ed. Plon

Les années soixante-dix : au seuil de la banqueroute, en plein chaos urbain, jamais New York n'a abrité plus de dangers, d'audaces et de talents. En pleine ébullition intellectuelle et artistique, la ville de Susan Sontag, Truman Capote et Jasper Johns voit défiler les scandales et éclore les génies. C'est là que le jeune Edmund White fait ses débuts d'écrivain, là qu'il croise William Burroughs ou Vladimir Nabokov, là que s'insinuent en lui cet esprit à la fois transgressif et désinvolte, cette mondaine subtilité et ce charme ambigu. Là encore que s'expriment tous ses appétits, ceux d'un lecteur boulimique, d'un curieux jamais rassasié, d'un sensuel en quête d'hommes, sans fard ni fausse pudeur, d'errances érotiques en interdits assouvis.

Parcours initiatique traversé d'icônes et de passions, ce texte brosse le portrait d'une époque et d'une ville mythiques, sous la plume sulfureuse d'un écrivain en devenir, porte-drapeau d'une génération d'artistes gays.

 

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