Les personnages des nouvelles de James Lasdun sont comme nous : plein d'illusions sur eux-mêmes ; inquiets et avides de l'image que les autres leur renvoient ; tout à la fois enferrés et confortablement installés dans leurs habitudes, leurs idées, leurs routines ; sincèrement épris d'une vie bonne qu'obère sans cesse la suite de leurs infimes mais douloureuses compromissions. Avec un instinct psychologique infaillible et le sens de ces situations faussement banales mais en vérité décisives où se laisse saisir l'essence d'une vie, James Lasdun raconte ces moments où « ça commence à faire mal ». Ecrivain précieux et discret, il nous montre avec ce nouveau recueil qu'il est bien, comme le dit justement le critique américain James Wood, « un des jardins secrets de la littérature anglaise... Lorsqu'on le lit, on se souvient de ce pour quoi notre langue est faite. »
« La ville de Tombstone en Arizona, pendant les années 1880, est notre Camelot national. Une terre fabuleuse où les vertus de l'Amérique s'incarnent chez les frères Earp et ses maux dans la bande des Clanton ; une terre imaginaire aussi, où l'affrontement d'OK Corral se revêt de la pureté dépouillée des joutes arthuriennes.
Dans son magistral roman Warlock, Oakley Hall rend son humanité véritable, sanglante et mortelle au mythe de Tombstone. Wyatt Earp s'y métamorphose en un tireur d'élite nommé Blaisedell qui, à cause de l'image donnée de lui dans les magazines spécialisés sur le Far West, pense qu'il est un héros. Et c'est parce qu'ils croient en ce héros que les citoyens exaspérés de Warlock font appel à lui. Mais lorsque Blaisedell découvre qu'il ne peut répondre à leurs attentes, il est obligé de reconnaître ses failles, son abîme intime n'étant pas si éloigné de celui qui règne en ville.
Avant même que s'achève l'angoissante épopée du livre [...], Warlock doit admettre que ce que l'on nomme la société et l'état de droit sont des concepts aussi fragiles et précaires que la chair, voués à retourner à la poussière des déserts aussi rapidement qu'un cadavre. C'est la sensibilité profonde de Warlock qui fait de cet ouvrage un grand roman américain.
Nous sommes, dans ce pays, encore nombreux à trouver naturel de jeter nos papiers d'emballage au fond du Grand Canyon avant de prendre une photo couleur et de remonter en voiture ; par conséquent, notre nation a besoin de voix comme celle d'Oakley Hall pour se rappeler l'existence de ce morceau de papier voltigeant qui, dans sa chute scintillante, n'en finit pas de tomber. » Thomas Pynchon
Sur la côte du golfe du Mississippi, Vaughn Williams, architecte sans emploi, s'efforce de parer à son désoeuvrement : il regarde la télévision, surfe sur Internet et enseigne de temps à autre dans une université locale. Lorsque son ex-femme, rouée de coups par son petit ami, lui demande de venir s'installer chez elle avec sa compagne Greta, il accepte. S'ensuivent des complications rocambolesques au sein desquelles Frederick Barthelme distille réflexions philosophiques et politiques, entre autres digressions réjouissantes.
Évoluant entre tristesse et drôlerie, les personnages de Barthelme s'efforcent de résoudre les problèmes qui les taraudent. Un an après le passage de l'ouragan Katrina, le paysage dévasté reflète parfaitement ces existences tranquillement déglinguées.
À La veille d'un voyage en Afrique, Laura Maldonada Clapper et son mari, Desmond, boivent du scotch assis dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, en attendant leurs trois invités : Clara, la timide fille de Laura née d'un précédent mariage ; Carlos, l'exubérant frère de Laura, critique musical raté ; et Peter, un éditeur falot et mélancolique que Laura n'a pas revu depuis un an. Ce qui s'annonçait comme une petite fête de départ se transforme bientôt en un amer et angoissant règlement de compte familial. Laura, sorte de « diva », qui tout au moins semble se considérer comme telle, orchestre la soirée avec une impériale cruauté et multiplie insinuations et hostilités pour tenter de cacher une terrible nouvelle qu'elle vient d'apprendre.
Paula Fox révèle une fois de plus son incontestable maîtrise esthétique et sa capacité à raconter les relations humaines telles qu'elles sont et non telles qu'elles devraient être. Elle met en scène avec une grande subtilité la toute-puissance maternelle dans ce qu'elle peut avoir de manipulateur et de déstabilisant.
New York, 1967 : un jeune aspirant poète rencontre un énigmatique mécène français et sa sulfureuse maîtresse. Un meurtre scelle bientôt, de New York à Paris, cette communauté de destins placés sous le double signe du désir charnel et de la quête éperdue de justice.
Superbe variation sur « l'ère du soupçon », Invisible explore, sur plus de trois décennies, les méandres psychiques de protagonistes immergés dans des relations complexes et tourmentées. Le vertigineux kaléidoscope du roman met en perspective changeante les séductions multiformes d'un récit dont le motif central ne cesse de se déplacer. On se délecte des tribulations du jeune Américain naïf et idéaliste confronté au secret et aux interdits, tout autant qu'on admire l'exercice de haute voltige qu'accomplit ce très singulier roman de formation. Au sommet de son art narratif, Paul Auster interroge les ressorts mêmes de la fiction, au fil d'une fascinante réflexion sur le thème de la disparition et de la fuite.
En France, toute l'oeuvre de Paul Auster est publiée chez Actes Sud.
Au début des années 70, dans un endroit sauvage de l'Ontario, deux adolescents se rencontrent le temps d'un été, alors que tout ou presque les sépare. Les conventions de la société, leurs familles respectives, le poids du passé, tout va à l'encontre des sentiments qui peuvent unir Lizzy Bird, une jeune Blanche, et Raymond Seymour, un Indien Ojibwé. Dans un monde où les adultes ont perdu leurs repères, ce sont leurs enfants qui paient le prix de leur petitesse et de leurs préjugés.
Avec Loin du monde, magnifique roman sur les illusions de l'adolescence et son idéalisme, l'éveil des sentiments et la complexité des relations, David Bergen nous bouleverse. Mais ce qui caractérise avant tout ce livre, c'est la beauté et la puissance de son écriture.
«David Bergen possède une pudeur qui n'empêche pas la force, une délicatesse qui n'interdit pas l'intensité, une émotion d'autant plus forte qu'elle est toujours retenue.» Le Figaro
Ce recueil nous plonge dans l'univers réel et fantasmé d'un narrateur discret, depuis ses tendres années (dans un pensionnat de la banlieue d'Oxford) jusqu'à l'âge adulte, lorsqu'il choisit de vivre de sa plume, d'abord comme critique pour diverses revues, avant de se lancer dans l'écriture de ses propres textes.
Il est l'observateur clairvoyant et admiratif d'une renversante galerie de personnages haut en couleur que l'on voit évoluer pendant un demi-siècle dans le Londres et le New York de la culture et de la politique - à partir des années 1920.
« Si seulement Francis Wyndham écrivait davantage ! La pudeur et la précision de son écriture compensent tous les livres qu'il n'a pas écrits. » Alan Hollinghurst
« L'ensemble du recueil est étonnant : infaillible, profond et d'une douceur désarmante. Wyndham est assurément un maître de la forme». The Observer
« Magnifiquement écrites, débordantes d'une émouvante honnêteté, ce sont des histoires à savourer, à relire ». The Times
À la fin des années trente, dans une petite ville du sud de l'Angleterre, le jeune narrateur grandit dans un environnement à la fois protégé et stimulant : il lit, découvre le cinéma auprès de sa voisine Dodo Basset, la soixantaine éclatante, et se lie d'une improbable amitié avec Kay Desmaret. Fille aînée de ses voisins, elle a dix ans de plus que lui et vit dans l'ombre de son frère, un acteur. Au fil des ans, il observe ses frasques et ses lubies avec une fascination désarmée tandis qu'en toile de fond se déroule la tragédie de la Seconde guerre mondiale.
« Comme tant d'autres, je révère Francis Wyndham en tant qu'ami, guide et pourvoyeur de jugements littéraires irréprochables. L'autre jardin est un chef-d'œuvre, ce dont nous ne doutions pas. » Bruce Chatwin
« L'autre jardin est une fiction parfaitement aboutie, écrite par un conteur classique. Il ne faut pas croire que ce que fait M. Wyndham soit aisé ; au contraire, c'est terriblement difficile. Simplement, il possède l'habileté et le savoir-faire pour y arriver. » Anita Brookner
« Ce court roman me semble parfaitement équilibré : désabusé, précis, posé. » Harold Pinter
L'art de pleurer en choeur. Du haut de ses onze ans, le narrateur ne saisit pas très bien les enjeux du monde des adultes dans la petite bourgade du sud du Jütland où il grandit. Il a bien remarqué que le chiffre d'affaires de l'épicerie de son père augmentait après chacune des prestations de ce dernier... lors des enterrements : cet homme dépressif et taciturne a en effet un talent, celui de faire pleurer les plus endurcis grâce à ses oraisons funèbres déchirantes. Le gamin, qui accompagne les envolées lyriques paternelles de ses mimiques affligées, se prend au jeu : la famille est enfin considérée, et l'atmosphère à la maison est plus légère après chaque cérémonie.
De là à susciter l'augmentation du nombre des décès, il n'y a qu'un pas, vite franchi par l'imagination débridée de l'enfant. Et il trouve en sa soeur aînée, Sanne, une complice de choix. Que l'adolescente ne puisse plus supporter de devoir dormir sur le canapé avec son père, qu'elle veuille se venger de lui, il ne le voit pas. Il veut continuer son train paisible, élever ses lapins, et préserver à tout prix l'équilibre du foyer.
Jouant du contraste entre l'innocence de l'enfant et la saisissante réalité sociale qu'il dépeint, Erling Jepsen met à jour dans ce roman grinçant et parfaitement maîtrisé les sombres mécanismes d'une société rurale encore repliée sur elle-même dans la fin des années soixante.
Des piazzas italiennes aux collines de Malvern, d'un appartement londonien à l'étage feutré d'un hôtel sélect de Hollywood, ce cycle sublime de nouvelles explore l'amour, la musique et le temps qui passe. Les personnages décrits sont des musiciens de rue, des stars déchues et des rêveurs, chacun en quête intime, chacun dans un moment de vérité. Comme le rythme de la musique qu'il évoque. imprégné de thèmes obsédants, quintette résonne de questions spirituelles et éternelles: le conduit humain pour s éloigner du désenchantement. et pour préserver intact le charme de la vie. même quand les relations s'embourbent et que les espoirs de Jeunesse s'émoussent.