Rock-star et messie en herbe, Bucky Wunderlick, en proie à une crise spirituelle, lâche son groupe au beau milieu d'une tournée pour aller se terrer dans un appartement minable de l'East Village de New York, afin d'échapper à la machine infernale d'un système dont il a jusqu'alors parfaitement joué le jeu.
Pendant que les fans en délire aspirent au retour sur scène de leur idole charismatique, Bucky, moins coupé de ses semblables qu'il ne l'aurait souhaité, se voit mis en demeure, par divers interlocuteurs plus ou moins bien intentionnés et diversement amateurs de substances illégales, de déchiffrer la partition inédite composée à son intention par un monde déviant et éminemment toxique, capable de le manipuler jusqu'à attenter à son intégrité psychique.
Contemporain d'une époque - le début des années 1970 - dont il reflète les cauchemars et les hallucinations, Great Jones Street constitue une pénétrante approche des arcanes d'une pop culture au sein de laquelle s'inaugure la fusion de l'art, de la loi du marché et de la décadence urbaine.
Sur les origines d'une scène culturelle toujours prégnante et dont la mythologie ne cesse de donner lieu à des revivals en tout genre, Don DeLillo apporte ici, loin des clichés qu'engendrent de pures récupérations mercantiles, un témoignage aussi authentique que visionnaire.
Jeune femme d'une grande beauté et au caractère impétueux, Batsheba Everdene hérite à vingt ans d'un beau domaine, qu'elle dirige seule. Quand un incendie se déclare dans sa propriété, un ancien soupirant ayant connu des revers de fortune, Gabriel Oak, apporte une aide précieuse pour sauver ses récoltes. Elle lui procure un emploi parmi ses gens, mais devient l'élue de deux autres prétendants, bien décidés l'un et l'autre à obtenir sa main. Oak s'avérera quant à lui d'une étonnante fidélité...
Publié en 1874, Loin de la foule déchaînée est le premier des grands romans de Thomas. Hardy (1840-1928), à qui il apporte la notoriété. Il marque l'apparition dans son oeuvre de la région imaginaire du Wessex, calquée sur son Dorset natal. C'est le texte fondateur d'un univers familier aux lecteurs de Tess d'Urberville ou Jude l'obscur.
Les gens honnêtes à la vie réglée pouvaient espérer une soirée paisible.
Ilka Dimén s'exerça au baiser sur une reine-marguerite, puis elle défit ses cheveux et les parfuma avec de la menthe de Notre-Dame cultivée amoureusement. Et, pendant ce temps, elle caressait certains espoirs concernant le soir.
Mihályka apaisait son coeur tourmenté et, lorsque le temps le lui permettait, il tâtait sa gorge brutalisée.
Emre, lui, entama la meilleure période de sa vie. Le visage en feu, il plastronnait, versait du lait chaud dans la boîte à cire pour parfaire le lustre miroitant de ses bottes, car il est séant que les bras et jambes d'un jeune homme étincellent. Ses entrailles flamboyaient déjà du feu de son amour pour elle, et, plein d'une chaleur ardente, il voulait cueillir la beauté de la vie.
Deuxième livre d'Hemingway imprimé à Paris en 1924 à 170 exemplaires par la Three Mountains Press, In our time est ici réimprimé pour la première fois Édition bilingue
Traduction de l'anglais par Céline Zins et Henri Robillot
Avec le frontispice de l'édition originale, un bois gravé de Henry Strater
« Nous étions dans un jardin à Mons. Le jeune Buckley revint avec sa patrouille d'une virée qu'il était allé faire de l'autre côté de la rivière. Le premier Allemand que j'aperçus était en train d'escalader le mur du jardin. Nous attendîmes qu'il eût passé une jambe pour le canarder. Il transportait un équipement extraordinaire et il eut l'air terriblement surpris puis il tomba dans le jardin. Trois autres escaladèrent le mur un peu plus loin. Nous les descendîmes. Ils y passèrent tous de la même façon. »
Ernest Hemingway, De nosjours, chapitre 4, 1924.
Voici le premier roman qu'écrivit Robert Louis Stevenson, resté jusqu'à ce jour à l'état de manuscrit. Une lettre, datée de mai 1877, l'annonçait avec enthousiasme : « Sonnez tambours, résonnez trompettes - je suis embarqué sur - trompettes, tambours - un roman ! »
Un groupe de jeunes gens de Cambridge, à l'instant d'entrer dans la vie adulte, décident de s'en aller bâtir ailleurs un monde plus accordé à leurs désirs. Ils n'ont sur la question que des idées fort vagues, quelques penchants bohémiens, et la promesse d'une mystérieuse malle en cuir. Assez pour commencer à rêver aux îles des Navigateurs, dans les mers du Sud. Mais ils ne se doutent pas qu'ils auront à vivre pour cela bien des aventures : cambriolages, fuites nocturnes, île déserte à l'ouest de l'Écosse, bataille navale, tempête...
Entrepris parallèlement aux Nouvelles Mille et Une Nuits, La Malle en
cuir se voulait le roman des temps de bohème. Les épreuves du voyage en Californie devaient transformer profondément l'écrivain et clore pour lui cette époque : l'oeuvre, pourtant presque achevée, ne fut pas terminée.
Manquaient les derniers chapitres. Michel Le Bris, qui découvrit le manuscrit dans une bibliothèque américaine au bout d'un véritable jeu de piste, a utilisé sa connaissance approfondie de Stevenson pour imaginer la suite de son projet : la fin est tout aussi savoureuse que le roman lui-même.
Devant un mystérieux auditoire, un orateur livre des vues saisissantes sur la condition humaine. Évoluant dans un univers à la fois réel et étrange, repoussant ses propres limites et celles du langage aux confins de l'hallucination, il entraîne, par ses assauts répétés, le lecteur dans une troublante confrontation avec les lois de l'imagination.
Utilisant le mode narratif du discours, László Krasznahorkai explore dans cette fiction composée de trois mouvements des thèmes fondateurs de la littérature : la tristesse, la révolte, la possession. Face à l'escalade de la peur et du mépris, tel un anatomiste de l'apocalypse des désirs, il tisse une trame burlesque et acérée où l'invention jubilatoire se conjugue aux effets les plus périlleux.
«Le trou était au bout de l'allée du garage de Tal Walker. Une couche de goudron le recouvre aujourd'hui. Mais voilà douze étés, Tal est descendu à l'intérieur et n'est jamais remonté. Des semaines plus tard, ma mère me prenait encore dans ses bras sans raison, me serrait de toutes ses forces chaque fois que je quittais la maison, et dans la soirée, avant que j'aille me coucher, elle fourrait ses doigts dans mes cheveux en brosse en murmurant mon prénom.»
Des pelouses du Connecticut aux paysages ruraux de Pennsylvanie, La Théorie de la lumière et de la matière est une traversée de l'Amérique. Loin des épopées spectaculaires, ces dix nouvelles traquent les détails infimes, les paroles prononcées sans y penser, tout ce qui façonne silencieusement nos destins. L'écriture pure et délicate d'Andrew Porter le place dans la grande tradition des nouvellistes américains comme Raymond Carver ou John Cheever.
«Ce livre est semblable à une boîte de chocolats fourrés aux amphétamines.» (Francis Wyndham, Sunday Times)
«Choquant, brillant et diaboliquement drôle, Granny Webster est le meilleur livre de Caroline Blackwood. Avec la monstrueuse douairière de Hove, et la classe dominante qu'elle représente, Blackwood a trouvé un sujet à la mesure de son style extraordinaire qui mêle l'horreur à la jubilation.» (Jonathan Raban)
«Inoubliable. Granny Webster est le compte rendu pragmatique - un pragmatisme des plus sinistres - des infortunes d'une famille d'Irlande du Nord. Aussi court que puisse paraître ce livre, l'auteur parvient à y retranscrire l'esprit des époques victorienne, édouardienne, d'avant et d'après guerre avec un verbe précis et sonore... Une expérience littéraire unique.» (Philip Larkin)
Yangambi, 1903. Tout est calme dans ce poste militaire où s'est implanté un détachement de la Force Publique du roi Leopold II, au coeur de la forêt congolaise. Les officiers y récoltent le caoutchouc, tandis que les chefs se laissent aller à leurs rêveries : le capitaine Lalande Biran aspire à devenir artiste et multiplie les trafics en tous genres ; le lieutenant Van Thiegel songe quant à lui à ouvrir un bar à Anvers et cherche à séduire la femme de Biran.
Entre les cris des chimpanzés et des mandrills, l'ennui domine, les distractions se limitant à la lecture du courrier, de la presse locale et aux soirées alcoolisées. Tous n'aspirent qu'à rentrer en Belgique, jusqu'au jour où Leopold II annonce qu'il aimerait visiter le Congo, «son jardin de trois millions de mètres carrés». Rapidement néanmoins, les préparatifs font surgir des difficultés qui l'emportent sur l'euphorie initiale.
«Quand le livre a paru en Espagne, un journaliste qui connaissait l'endroit où je suis né s'est étonné de l'absence de Basques. 'Pas même un missionnaire', a-t-il dit. C'est tout à fait vrai. Ce livre ne parle pas de missionnaires basques, mais d'autres présences européennes en Afrique, en général plus grotesques.» Bernardo Atxaga
Au cours de leurs marches incessantes à travers parcs et rues de Londres, Jack Toledano raconte à son ami Damien Anderson qu'il travaille depuis des années sur Moo Pak, magnum opus perpétuellement inachevé, dont il échoue à produire ne serait-ce qu'une ligne. Un paradoxe qui n'est que l'une des nombreuses ironies de ce roman dont le thème central est le langage lui-même, symboliquement exprimé au travers de Moor Park, manoir qui au fil du temps a abrité Jonathan Swift, un asile d'aliénés, un centre de décodage durant la Deuxième Guerre mondiale, un institut dédié à l'étude du langage chez les primates et, pour finir, une école où un jeune illettré s'efforce d'écrire « l'istoir de Moo Pak ».
Monologue d'un seul paragraphe et palimpseste virtuose, Moo Pak passe en revue les thèmes qui ont préoccupé Gabriel Josipovici ces vingt-cinq dernières années. Un livre conduit avec brio, légèreté et fluidité.
Romancier, dramaturge et critique contemporain britannique, Gabriel Josipovici est né en 1940. Son œuvre, traduite dans la majeure partie de l'Europe, comprend notamment une douzaine de romans et trois recueils de nouvelles. Ses écrits ont souvent attiré l'attention de la critique, en particulier pour leur caractère innovant et « expérimental ». Il a reçu le prix Somerset Maugham en 1975.