L'ex-marine Jimmy Boone essaie de se faire oublier en purgeant sa conditionnelle au Tick Tock, bar à touristes d'Hollywood Boulevard. Cédant comme toujours à son bon coeur, il décide d'aider un copain à élucider la mort mystérieuse d'un jeune clandestin guatémaltèque. Dans les bas-fonds de L.A., son enquête l'amène à croiser quelques dealers malchanceux, une stripteaseuse vengeresse, des organisateurs de combats de chiens plus féroces que leurs molosses, une ex-policière à la beauté troublante, un caïd vicieux et son gang... et, surtout, une fortune en faux-billets. Il comprend alors que sa quête de vérité est peut-être aussi sa dernière chance de rédemption...
Après le très remarqué Dead Boys, Richard Lange revient avec un roman noir aussi ironique que percutant.
«Formidable !... Mêmes les pires salauds sont dessinés dans toute leur humanité avec une sensibilité inattendue.»
Plus inventive - et brillante - que jamais, Joyce Carol Oates joue dans ces nouvelles à imaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine. Ainsi, dans Le Phare, Edgar Allan Poe, devenu gardien de phare, se retrouve, en proie à ses démons, sur une île déserte du Pacifique avec pour seule compagnie celle d'un chien, témoin aussi de sa lutte contre un monstre hybride né de sa démence. Grand-papa Clemens et Poisson-Ange raconte un Mark Twain obsédé par ses rencontres clandestines - et sa correspondance - avec de très très jeunes filles, tandis que Papa à Ketchum décrit un Hemingway réfléchissant avec soin à son suicide. Dans Le Maître à l'hôpital Saint-Bartholomew, Henry James, surmontant ses révulsions premières devant une salle remplie de soldats blessés, va fatalement s'enamourer de ces « chers garçons » qu'il a toujours désirés en secret... EDickinsonRépliLuxe redonne la vie à Emily Dickinson sous la forme d'une poupée androïde, un robot vivant fait sur mesure pour un couple de bobos entichés de poésie...
Un prodigieux tour de force que ces histoires de folie, de désespoir, de solitude et de frustration sexuelle, superbement tricotées par Oates dans le style même de chacun de ces cinq maîtres pourtant réputés inimitables.
Cecilia vit dans l'orphelinat abrité par l'hospice de la Piétà, à Venise, où elle a été recueillie à sa naissance, quand sa mère l'a abandonnée. Elle y mène une vie rangée, partagée entre la routine rigoureuse du pensionnat et le violon qu'elle joue chaque jour à l'église. Dans cet univers confiné et reclus où Cecila évolue, la musique est sa seule source de joie et de réconfort, tandis chaque nuit l'absence de sa mère la fait cruellement souffrir. Mais tout change l'année de ses seize ans, lorsqu'un nouveau professeur de musique vient remplacer le vieil abbé besogneux qui officiait auparavant : un jeune prêtre aux cheveux roux qui n'est autre qu'Antonio Vivaldi. Rendant compte du destin de nombreuses jeunes filles ayant appartenu à la maîtrise instrumentale de la Piéta, renommée à travers toute l'Europe, Tiziano Scarpa bâtit une fiction poignante qui est tout autant une enquête qu'un hommage au compositeur de génie qu'il admire depuis son enfance, ainsi qu'à ses brillantes interprètes.
Karen Nieto est une petite fille aux « capacités différentes », à la fois dure et étrange, drôle et géniale. Diagnostiquée autiste irrécupérable, elle a pourtant une mémoire et une appréhension de l'espace exceptionnelles. Karen est l'héritière d'une importante flotte de bateaux thoniers et de la plus grande conserverie de poissons du Mexique. Au contact des pêcheurs, elle découvre la plongée sous-marine avec délice et les massacres de thons avec horreur, et s'insurge contre l'idée cartésienne que l'on pense avant d'exister. Elle sait bien, elle, qu'elle existe d'abord et que parfois, avec peine, elle pense. Aux côtés des marins et de sa tante Isabelle, elle s'investit corps et âme dans l'industrie de la pêche, sauve l'entreprise familiale de la ruine causée par l'embargo américain et attire un investisseur qui lui ouvre les portes du marché international. Jusqu'au jour où une cellule écologiste terroriste la menace de mort.
Hymne à la tolérance, magnifique fable écologique, Moi appartient à cette sorte de romans qui laisse le lecteur émerveillé et sans voix après la dernière page.
Frank présente les infos régionales sur une chaîne de télévision locale à Birmingham. Quand il ne prépare pas un reportage sur le concours de la meilleure tourte des Midlands ou qu'il ne rend pas visite à sa mère dans sa maison de retraite, il est hanté par les disparitions : celle de son prédécesseur et ami, Phil Smethway, étrangement renversé sur une petite route de campagne par un mystérieux chauffard ; celle des bâtiments imaginés par son père architecte dans le plus pur style brutaliste et que l'éternelle soif de renouvellement de Birmingham détruit les uns après les autres ; celle d'inconnus, enfin, à qui une mort solitaire vaut un passage aux informations mais dont l'existence semble n'avoir laissé aucune empreinte. Entre les drames et les ridicules du milieu médiatique et une mère qui se complaît dans un cynisme ravageur, Frank va tenter de donner un sens à toutes ces absences.
Avec des personnages à la fois drôles et touchants, dans ces ambiances douces-amères qu'elle excelle à créer, Catherine O'Flynn compose un roman très anglais sur la famille, l'amitié et la mauvaise télévision. Livre après livre, elle raconte la tristesse du monde moderne sans jamais perdre son sens de l'humour.
Seul contre tous, dans une misère galopante, Andrew Whittaker tente de maintenir à flot Mousse, exigeante et néanmoins minable revue littéraire défricheuse de talents dont il est le fondateur, le rédacteur en chef et, probablement, l'unique lecteur, tout en gérant les avanies locatives d'un petit immeuble de rapport. Nous sommes au fin fond de l'Amérique des années 1970, sous le règne de 'la clique de Nixon', et il n'est pas aisé d'accoucher l'avant-garde créative d'un pays qui patauge dans ses conservatismes tout en réglant des problèmes de plomberie, de locataires 'de basse qualité' et en affrontant les médisances d'un environnement provincial petit-bourgeois.
On entre dans l'intimité d'Andrew - irrésistible odieux personnage, raté rageur à la mélancolie féroce et toxique, à l'humour proprement redoutable et à la philosophie questionnable - à travers son abondante correspondance qui, incidemment, constitue ses oeuvres complètes, car on y découvre aussi les ébauches, projets et autres acharnements romanesques de notre antihéros, écrivain contrarié, on l'aura deviné.
Baigné de l'ombre tutélaire de Fernando Pessoa, ce mano a mano de Whittaker avec des rêves et des aspirations mal ajustés est un autoportrait kaléidoscopique où l'on retrouve les thèmes de prédilection de l'auteur de Firmin : la solitude, la déchéance, ici visitée dans ses moindres recoins, et la noire ironie du sort des hommes, mais aussi son talent singulier pour faire surgir le rire des situations les plus sombres, des blessures les plus douloureuses, des obsessions les plus incongrues.
Spécialiste de littérature française dans une université anglophone de Montréal, le professeur Ben Allan vit dans la nostalgie de l'époque mythique où poésie rimait avec folie. Epoux incompris de Laura, père dépassé d'un adolescent que son addiction à la télévision a totalement déconnecté de la réalité, il est peut-être, avant tout, le fils de Morris, juif octogénaire à la gouaille et à l'ironie mordante qui passe dans une maison de retraite une fin de vie rebelle.
Lorsque, contre toute attente, Ben obtient un prix pour l'essai qu'il a consacré à la dromomanie, une pathologie de la fuite touchant exclusivement les hommes, il devient l'objet de toutes les attentions de l'université en la personne, notamment, de Carla McWatts, dont les fonctions de chargée de communication dissimulent un virulent tempérament d'artiste et qui, à sa manière pour le moins étrange, réveille sa libido en sommeil. Encouragé à céder au démon de midi par un collègue à la sexualité extraconjugale débridée, Ben, qui ne rêve en réalité que d'avoir une liaison avec... sa propre femme, s'engage alors avec précaution sur le chemin de la tentation, au bout duquel se tient l'inquiétant Dr Albanna, mi-psychiatre, mi-psychopathe...
A travers Ben Allan, personnage passé maître dans l'art de s'absenter de lui-même et qui traverse une crise de la cinquantaine aux allures de parenthèse hallucinée, à la recherche de réponses dont il n'a pas les questions, David Homel dresse, entre épopée burlesque et roman initiatique, le portrait d'une société en crise que son allégeance opiniâtre à une réalité virtuelle comme sa démission au nom d'illusions collectives rend toujours plus comptable de ses défaillances et de ses amnésies.
Certains auteurs tiennent un journal : Peter Handke, lui, prend des notes tous les matins, dans des carnets sans dates précises qui, en marge de ses récits et de ses pièces de théâtre, sont comme le laboratoire de son écriture toujours en mouvement, le noyau intime d'une pensée jamais figée qui se refuse à conclure et se garde de mettre un point final à la formulation d'une idée. La publication du premier tome de ces carnets, À ma fenêtre le matin, qui couvrait les année 1982-1987, a révélé ce fascinant travail quotidien de clarification, d'explication de soi avec soi, dans une tradition d'écriture fragmentaire qui remonte, en langue allemande, au moins à Lichtenberg, mais qui se nourrit aussi de l'exemple des grands moralistes français.
Hier en chemin représente la suite de ce grand oeuvre et couvre les années itinérantes qui précédèrent l'installation de Peter Handke en France, années au cours desquelles l'auteur écrivit notamment La Perte de l'image, Voyage au pays sonore ou l'art de la question, Essai sur la fatigue, Essai sur le juke-box, ainsi que le scénario de son premier film, L'Absence (tourné en 1993).
Tendue à l'extrême mais aussi jubilatoire, parfois érudite, souvent drôle, l'écriture vagabonde de Peter Handke fait de ces pages une fête de l'intelligence et de la sensibilité.
Le 7 décembre 1939, lorsque les troupes finlandaises incendient la ville de Suomussalmi, afin qu'elle ne tombe pas entre les mains de l'Armée rouge, TimmoVatanen refuse l'évacuation. Lui, le bûcheron considéré par presque tous comme l'idiot du village, va raconter l'histoire de sa survie, avec d'autres laissés-pour-compte finlandais et russes, des « hommes qui ne valent rien ».
Les bûcherons est une histoire de liberté, de responsabilité morale face à un choix, l'histoire d'un individu, un antihéros qui lutte contre l'autorité et contre l'absurdité. Surtout, c'est le récit d'un homme qui se débat dans les conséquences d'événements extrêmes - la guerre d'Hiver - et dans des conditions très difficiles - le Grand Nord -, sans jamais renier son humanité, ni celle des autres.
Grace Cleave, une écrivaine néo-zélandaise « expatriée » à Londres, est en vacances dans le nord de l'Angleterre. Son hôte lui demande pourquoi elle a abandonné sa terre natale : « Vous ne voudrez jamais y retourner ? - J'ai été officiellement déclarée folle en Nouvelle-Zélande. Y retourner ? On m'y a conseillé pour mon salut de vendre des chapeaux. » Janet Frame explore les thèmes du voyage, du retour, du mal du pays et de l'appartenance. Écrit en 1963, Vers l'autre été est un texte d'une justesse exquise, précurseur et annonciateur de son autobiographie. Malgré la pression, Janet Frame n'a jamais consenti à faire paraître ce roman de son vivant, le trouvant trop « embarrassant personnellement », mais a toujours manifesté le désir d'une publication posthume.