Mulder, un Néerlandais d'une soixantaine d'années installé à Paris, mène une vie de rentier bien ordonnée, entre son appartement impeccable et ses sorties vespérales quotidiennes, quand surgit sur les lieux d'un incendie un chien qui va transformer son rapport au monde. L'animal, un bâtard sans nom ni maître, bouscule ses habitudes d'homme maniaque et solitaire, et le détourne de son itinéraire de promenade immuable pour lui révéler cet autre monde, celui des exclus, de la rue, des squats. À ses côtés, Mulder va rencontrer Ngolo, le Chinois, Mme Sri, Fanta, le père Bruno..., et se heurter à toutes les difficultés que soulève le désir de venir en aide, de «faire quelque chose».
Adriaan van Dis dresse un tableau sans concession ni complaisance d'une réalité qui dérange, dans un roman où cohabitent avec bonheur un humour omniprésent et un immense besoin de croire en l'homme, d'espérer le meilleur.
Accoutumance à la nicotine, voilà un titre auquel l'air du temps peut donner l'allure d'une provocation, remarque Gilles Ortlieb dans son avant-propos. Parce que fumer tue. Mais dans les récits rassemblés ici, on s'aperçoit que la guerre également tue, que la bêtise tue, que le temps finit toujours par tuer lui aussi. Et c'est peut-être pour supporter tout cela que les personnages de Thanassis Valtinos allument parfois une cigarette.
Voici, très attendu, le tome 3 de l'Intégrale des Nouvelles de Henry James, dans la traduction de Jean Pavans, unanimement saluée par les lecteurs, la presse, et les spécialistes.
James a produit tout au long de sa carrière 112 nouvelles, dont certaines sont amples comme de courts romans, et qui donnent l'image la plus achevée de l'évolution de son génie. C'est parmi elles qu'on trouve ses chefs-d'œuvre les plus singuliers, comme Daisy Miller, Les Papiers d'Aspern, L'Élève, Le Tour d'écrou, La Bête dans la jungle.
En France, cet ensemble monumental est longtemps resté méconnu, à peine le quart se trouvant dispersé entre plusieurs éditeurs et traducteurs. Ainsi, la « Bibliothèque de la Pléiade » a dû faire appel à une vingtaine de traducteurs pour les débuts récents de son intégrale tardive (tomes 1 et 2 parus en 2004).
Lui-même écrivain, Pavans offre l'homogénéité stylistique d'une vision globale et personnelle. L'interruption entre le tome 2 et le tome 3 a été un temps d'approfondissement, durant lequel il a traduit d'autres œuvres majeures de James (La Scène américaine, Le Tollé, La Tour d'ivoire), et quelques autres classiques anglo-saxons (Edith Wharton, Virginia Woolf, Gertrude Stein, Harold Pinter).
Le tome 1 de notre Intégrale, paru en 1990, correspond aux Nouvelles de jeunesse (1864-1875), du temps où James était fixé dans sa famille en Amérique, et où l'Europe représentait une aspiration à la culture et à la maturité.
Le tome 2, paru en 1992, reflète la période d'européanisation (1876-1888) de James. Il développe son « thème international » de confrontation de l'Europe et de l'Amérique. Les nouvelles les plus marquantes de ce tome 2 sont Daisy Miller et Les Papiers d'Aspern.
Les 27 nouvelles groupées dans le tome 3 correspondent à la période de la pleine maturité (1888-1896) où, fixé à Londres, puis dans l'isolement de sa maison de Rye, James sonde la spécificité de son génie et sa relative inadaptation à son époque. Des êtres chers disparaissent, et leur souvenir devient une présence obsédante. Le public se détourne, et l'écrivain réagit en dialoguant seul avec son art. Cette double crise majeure inspire à James quelques-uns de ses textes les plus émouvants, comme L'Élève ou L'Autel des morts, et les plus énigmatiques, comme Le Motif dans le tapis.
En 1915, dans un village du comté de Donegal, au nord de l'Irlande, la famille Goold Verschoyle s'épanouit dans un manoir animé par les rires de leurs prestigieux invités. Mais le cours de l'histoire menace l'équilibre de ce petit paradis. Dans une Europe déchirée, chacun va devoir affronter son destin. Toute la famille sur la jetée du Paradis suit l'extraordinaire itinéraire de ces personnages impliqués dans les combats pour l'indépendance, la grève générale en Angleterre, les années 1930 à Moscou, la guerre civile espagnole...
Bolger, qui s'est inspiré d'une histoire réelle, a superbement recréé une famille dans sa diversité, toujours unie par les rêves, l'amour et la mémoire vive de l'enfance.
« La vision de Dermot Bolger est furieusement incandescente. [...] Bolger est au Dublin contemporain ce qu'était Dickens au Londres victorien. » Joseph O'Connor
Li Guangtou et Song Gang ne sont pas de vrais frères mais leurs destins se sont de longue date trouvés liés pour le meilleur et pour le pire. Enfants, puis adolescents pendant la Révolution culturelle, ils atteignent l'âge adulte au moment où la Chine entre dans l'ère tumultueuse des 'réformes' et de l''ouverture'. La solidarité, cimentée par les épreuves, qui les unissait jusqu'alors se fissure et leurs chemins, pour un temps, se séparent : tandis que Song Gang, l''intellectuel' doux et loyal, est rapidement dépassé par son époque, Li Guangtou, le 'brigand', tirera le meilleur parti des bouleversements sociaux et économiques en cours.
A travers ce couple de 'faux' frères, c'est près d'un demi-siècle d'histoire chinoise qui défile sous nos yeux, des années 1960 et 1970, marquées par la répression morale et les atrocités politiques, à l'époque contemporaine, où les énergies individuelles se libèrent dans un désordre épique.
Le 'loser' et le 'battant' résument à eux seuls une transition vécue par des millions de Chinois dans la fièvre et le désarroi. Li Guangtou, à la fois rustre et ingénieux, brutal et généreux, et avant tout doué d'une force de vie et d'un culot sans limites, est le digne représentant des entrepreneurs de la Chine contemporaine, et le 'bourg des Liu', microcosme où se reflètent les grands événements des dernières décennies, s'élève à la hauteur des grands lieux mythiques que l'imagination littéraire est susceptible de créer.
Avec ce roman qui contient l'expérience de toute une génération, celle de la faim, de la violence, celle de la frénésie économique et des grandes migrations, des ascensions fulgurantes et des naufrages individuels, Yu Hua a écrit une véritable odyssée de la Chine, de Mao aux JO. Le public chinois ne s'y est pas trompé, qui a fait un triomphe au livre.
«Je m'efforcerai d'être un serviteur honnête, soucieux de rassembler la matière susceptible d'être utile, par la suite, à une main plus experte», note la jeune Virginia Woolf, apprenti écrivain passionné déjà dévoué corps et âme à la genèse d'une oeuvre qui comptera parmi les chefs d'oeuvres du XXe siècle. Son Journal d'adolescence s'ouvre en 1897, alors qu'elle a quinze ans. L'écriture, d'emblée, s'y révèle salutaire pour la jeune fille au talent précoce. Refuge contre la douleur lorsqu'elle perd ses parents ; garde-fou contre la folie qui rôde.
Mais ce Journal est avant tout un cahier où Woolf s'applique à faire des phrases comme on fait des gammes, en se moquant d'elle-même. Et des autres, tant elle excelle à épingler d'un trait caustique visiteurs et auteurs lus. Car l'adolescente lit sans se rassasier : Aristote et Hawthorne, James et Hardy. Passant son esprit au tamis de la bibliothèque familiale, elle exerce son jugement critique et affine sa singularité propre.
Puis, au fil des années, l'apprentissage livresque se double de séjours à l'étranger. Les cahiers deviennent alors journaux de voyage, en Grèce, en Turquie, en Espagne. Loin d'y céder à la tentation d'un exotisme de convention, l'écrivain en devenir s'interroge sur la manière d'embrasser le vivant sans le figer, se plaçant déjà à rebours des canons en vigueur, des mécanismes romanesques faciles.
Au seuil de son entreprise littéraire, la grande Virginia Woolf touche déjà du doigt son génie à venir.
David Van Reybrouck, auteur et narrateur de ce livre, découvre par hasard, dans le cadre de ses recherches universitaires l'étonnant destin d'un écrivain sud-africain, spécialiste des grands singes et des termites. Dans un ouvrage emprunté à la bibliothèque de primatologie d'Utrecht, il apprend que les écrits de cet homme - un dénommé Eugène Marais - auraient fait l'objet d'un plagiat et que l'auteur de cet 'emprunt littéraire' ne serait autre que le grand Maeterlinck. Incroyable accusation.
David Van Reybrouck est un scientifique, l'un de ces êtres dont l'esprit éclairé ne peut se contenter d'un savoir qui ne serait minutieusement étayé par la démonstration.
Il n'est donc pas étonnant que, deux ans plus tard, sa thèse sur l'histoire de l'archéologie en poche, la lecture de tout Maeterlinck achevée, le jeune Van Reybrouck, intéressé par les travaux de Marais, intrigué par le manque de fondement d'une accusation de plagiat à l'encontre d'un lauréat du prix Nobel, veuille éclaircir les choses. Un nouveau sujet s'offre à lui et une rigoureuse enquête s'impose.
C'est ainsi qu'il s'embarque pour un long voyage sur les traces d'Eugène Marais, cet inconnu né en 1871 tout près de Pretoria...
Un livre inclassable, une non-fiction littéraire aussi érudite que divertissante, une réflexion sur l'observation des sociétés animales et un regard passionnant sur l'Afrique du Sud.
Chris Carver vit dans le mensonge.
Sa femme, sa belle-fille adolescente et tout leur entourage le connaissent sous le nom de Michael Frame. Ils ignorent que, dans les années soixante, alors qu'il était étudiant gauchiste, il est brièvement devenu terroriste - il protestait contre la guerre du Viêtnam en posant des bombes à travers Londres.
Et puis, un beau jour, les fantômes du passé ressurgissent : la silhouette d'une femme, Anna, la belle révoltée qu'il a aimée passionnément, et un ancien compagnon de cellule qui menace de faire vaciller son secret. À travers le miroir qu'ils lui tendent défile le film de ses illusions perdues : les combats enragés, les amours libres, les squats enfumés...
« À travers Mes révolutions, extraordinaire peinture d'un extrémiste raté des sixties à l'automne de sa vie (...), Kunzru livre un témoignage incroyablement convaincant sur une époque qu'il n'a pourtant pas vécue. » New York Times
Un journaliste négligent publie la notice nécrologique d'un homme encore en vie. Un professeur de lettres respectable se fait frapper par un mari jaloux mais accrédite la rumeur qui le dit agressé par des Noirs. Pris dans le braquage d'une banque, un critique littéraire se trouve en proie à un étrange fou rire qui risque de lui coûter la vie. En mission au Vietnam, W.P. Miller apprend le décès de sa mère, en réalité celle d'un homonyme, mais se laisse prendre à ce « jeu »... Tous ces personnages traversent un moment de crise existentielle, contraints de prendre des décisions qui se révèlent aussi cruciales qu'irréversibles.
En quinze nouvelles, Tobias Wolff administre autant de petits chocs ironiques et vertigineux qui nous laissent intensément vivants. « Ce sont des histoires morales. Certaines sont drôles. Certaines font frissonner... Et toutes sans exception nous parlent de la condition humaine. » (Raymond Carver)
Cipriano Parodi, jeune homme fantasque issu d'une antique famille vénitienne, est submergé depuis toujours par une imagination torrentielle d'où jaillit un univers peuplé de personnages de fiction échappés des plus extravagants romans d'aventures, qui l'entraînent comme malgré lui dans l'écriture. Si bien que l'étrange prédiction de sa parente la comtesse Zobenigo, une gitane obèse, lisant au creux de sa main la promesse d'une terrible rencontre dans un futur incertain, ne parvient pas tout à fait à le mettre sur ses gardes.
Peu après la parution de son premier roman, Cipriano est invité à New York par le mystérieux et célébrissime écrivain Caspar Jacobi, un nouvel Alexandre Dumas régnant sur l'empire du roman populaire, pour une entrevue dont le motif reste obscur. Avec un formidable enthousiasme, et accompagné de la cohorte de ses créatures - qui se font de plus en plus envahissantes -, il se présente au rendez-vous...
Alberto Ongaro, marionnettiste génial d'un monde littéraire qui, sous sa plume, semble vivre sa propre vie, orchestre ici un roman machiavélique sur le vampirisme de la littérature, sur sa faculté à gober ses proies, y compris les plus averties des dangers qu'elle est capable d'engendrer.